Jeudi 26 janvier 2017

Pile.

S’enroule, s’endéchire, se coud, prend la place, déséquilibre, puis, l’exactitude aidant, engrange la perfection
Je parle des passages, des ruptures, des blancs et des coutures entre vie non écrite et cela, l’étendue d’ici
La vie non écrite c’est aussi, aussi les ateliers d’écriture, les réunions autour – d’un projet Beckett, d’une Fabrique d’ Elbeuf ; le tango, la maison, l’amour, la solitude même
S’enroule et s’endéchire, l’adéquation et l’inadéquation, la perfection est une danse des deux qualités, des deux qualités de mouvements
Trois minutes non écrites comme trois jours non écrits
Fluides
Pour la poésie abstraite lire l’Innommable fait l’affaire, autobiographie abstraite de tout lecteur saisi par le livre : dont le livre se saisit
Le journal concret continue, même si chuinté, chaque seconde de vie consommée, un livre, une vie, nous nous exerçons à la relation, à la danse, ils me font pitié désormais les créateurs soliloques et tyrans dans l’âme, ou claniques
S’enroule, s’endéchire, s’encoud, est-ce vague le geste langage – abstrait assumant sa matière toute ?
C’est un poème qui se désirait, le silence, le silence par grand vent y pourvoit

Face.
Nous nous opposons à la dilapidation générale, aux érecteurs de murs pour s’y scratcher, aux désarrois France, aux Europes Ceta entre marteaux et enclumes, aux Chines Tao des Princes Machiavel, aux peuples russes qui grelottent dans la fourrure nationaliste, aux cultes juifs et arabes pour la mort de l’autre, nous nous opposons à la pulsion de l’époque, nous nous opposons à notre propre inclination à nous croire quand tout en nous dit vrai, nous préférons danser, danser, danser, pour la science que c’est, pour l’amour que c’est, pour la survie que c’est – se nourrir, désormais, c’est danser avec l’autre vivant, c’est s’entre-nourrir, et non la croyance atavique en l’Entre-Dévoration.

Révolitions du XXIème siècle, vœux 2017

Hier j’ai écrit quelque chose, qui t’était destiné, et j’ai tout perdu. L’occasion des vœux s’y était glissée, et non pas l’inverse comme souvent, quand l’occasion de soi se perd, s’emberlificote dans l’occasion réglée des vœux réglés.

A un moment il y avait ceci : qu’est-ce qu’on voue, et à qui ?

Et à soi ? ses propres promesses ? Qu’est-ce qu’on voudrait décider vraiment pour l’année qui vient ?

Et venait la question : qu’est-ce qu’une décision ? et venait cette réponse qu’une décision nait de ce qu’on est, donne forme à ce qu’on est, ainsi la question qu’on se renvoie aisément : je te souhaite ce que tu te souhaites de meilleur, qu’est-ce que tu veux, pour toi, qu’est-ce que tu décides pour toi, quelle est, quelles sont ces décisions qui vont te faire, te rendre à ce que tu es ?

Le fil était hier, mon fil de funambule me semblait correctement tendu pour marcher dessus. « Hier », c’est à peu de jours près hier qu’a eu lieu la perte, et hier l’idée allait, l’idée de décision tirait vers ceci : ce que nous sommes, ce que nous décidons à être est une part et n’est qu’une part, ni infime ni prépondérante, écrivais-je, d’une décision générale… Pour prévenir contre la pluie de malentendus engendrée par une telle expression, le fil du texte perdu proposait d’entendre par décision générale une écologie de décisions. Et de même ta décision, tes décisions : part, ni infime ni prépondérante, de la décision qui a lieu dans l’être, dans ce qui est. Nos décisions sont une danse de décisions partagées. Le partage, l’idée de partage n’a rien à voir avec un gâteau qu’on se partagerait, il n’y a plus de gâteaux, les enfants, c’est fini, c’est une époque révolue, notre amour et de liberté et d’égalité n’est plus en lien avec ou notre avidité ou notre fantasme d’une répartition égale du gâteau-richesse de la terre. Le mot partage convient mieux à l’espace vivant que nous habitons, et la danse, ici le tango auquel on s’initie, convient mieux à imager cette autre signification du partage.

(Aujourd’hui est dans la besace d’hier et demain est une besace ancienne qui nous reste chère.)

Nous dansons parce que nous avons tout perdu, disais-je hier. Et vite de prévenir ceci, prévenir contre cette image hollywoodienne d’une salle de bal dans un navire qui coule. Non. Ce Nous avons tout perdu ne se chante pas sur tous les modes de la plainte et du malheur, mais en brique vivante, comment dire ?… 
Nous sommes nés dansant, l’adn de l’univers est une danse, nous n’avons pas d’abord un axe chacun puis un axe de deux dans l’infini de la salle de danse, nous naissons en même temps vers notre propre axe comme vers l’axe du deux, du couple, s’il faut avouer ce mot, prompt aux malentendus, comme vers l’axe musical, comme vers l’axe du monde dansant.

Le petit événement d’idée-phrase d’hier, c’est, c’était cette colonne dans laquelle nous nous embrasons, cette verticalité inépuisable, et l’infini de la salle de danse qui fait vraiment : horizon.

Notre révolution, s’il faut reprendre ce mot qu’on croyait recyclé dans celui de mutation – mais mutation manque de décision quand révolution s’est toujours fait une indigestion  de décision d’année-zéro –, ici, sur la page, innocence connectée à nos crimes, à notre sentiment si puissant de culpabilité qu’il nous pousse à l’acte coupable, sur cette page, révolution se transforme en ce mot révolition : revouloir vraiment, et vraiment autrement ; exercice du jour, exercice pour l’année 2017, pour nous revouloir en partage de décisions, en échanges, en connexions de singularités, vraiment… comment donc nous organiser cette année pour danser notre éclair de vie, de révolition ?

Nous sommes le 17 janvier 2017, un mardi

Un pauvre type malaxé dans l’orgueil, phrase d’un Dieu plutôt en colère. Phrase à décliner, à tirer sur tout masculin qui bouge. Une féminine se faufile à travers les mailles du filet, image pour un temps seulement, vite rattrapée par Vanité féminine. L’orgueil c’est le sentiment, la foi dans la domination, rien d’autre.

Et le monde des hommes-femmes seraient un monde, le gros du peloton serait un monde d’envieux ? rien que d’envieux ? Envier la domination, s’y soumettre par envie, sagesse dépressive, je m’y reconnais bien, hélas.

Le reste de l’existence, pour passer le colossal ennui de vivre et le déplaisir de l’envie : la suffisance, le peuple des Je me suffis comme je suis, la démocratie des Je me suffis, Je veux me suffire.

A prétentions ravalées, suffisance se tient toute prête pour garder tête haute, et même la hausser d’un poil.

C’est une bonne grosse colère, là, on dirait. Pendant ce genre de déclaration, comment se porte le détail de l’existence ?

Votre détail d’existant ?

Mon petit détail ? Insomnie, table dont le désordre se resserre comme sur une plage de sable la mer entoure une bosse, la mer ? un désordre de livres et de papiers, un désordre que j’aime et que je hais, qui m’étrangle et me réanime. Quelques homologies font ouragan, cyclone, chaos de langage autour d’un point aveugle. La mer, la mère, l’amer.

La danse nous a repêchés, l’intelligence, le cœur de la danse, la sagesse de la danse, elle et moi nous a repêchés, lorsqu’à nouveau nous puisions dans notre énergie malheureuse le courage de nous séparer, de nous réparer et de nous reparer pour la danse d’amour, et cela n’est jamais prévu, au-dessus de l’abîme notre socle.

L’amour n’est un viol que pour ceux qui ne connaissent pas l’intelligence en retour de pulsion, où la pulsion se met à être dialogue d’intelligence.

Alors dans ce paradis retrouvé à quoi me sert l’orgueil, à quoi la vanité, à quoi la suffisance ?

Quand bien même à cette page manque le roman qui la contient, elle chante devant une salle qui affiche complet – une assistance. La véritable perfection se tient dans cette assistance qui va chercher, s’abreuver à son manque à dire, à être. Voilà le roman perpétuel qui est théâtre éternel… jusqu’à l’arrivée de nos doubles sur-actifs, suractivité de l’artificiel, cette intelligence robotique marchant vers l’intelligence et son anéantissement.

La domination est notre forme d’anéantissement, notre forme préférée d’anéantissement.

Vous voyez un texte, là ? vous feuilletez un film ? vous jouez avec la matrice ? vous épluchez votre banane et êtes bien content de jeter la peau dans le caniveau, dans les ruelles pestilentielles du mépris ?

Comme mon fils je crains l’extérieur, je crains les Tribunaux qui ont pullulé.

Or ici c’est un lieu de vie, et non de monstration, de démonstration pour un public averti ou de badauds ou d’esclaves, vie inxtérieure. Allons-y voir notre vie comme elle vit, bien plus belle que nous, toujours.

 

L’œuvre, c’est quoi, l’idée d’œuvre vraiment, c’est-à-dire l’idée de fil qui se tisse, qui tisse quelque chose, et crée sa machine à tisser au fur et à mesure, c’est quoi ? c’est quoi ce mot pour moi impossible puisqu’aucune œuvre ne semble vouloir voir le jour, et me laisse comme un sale petit retraité y voir encore dans l’alcôve de la mort lente un mirage pour parader, pavaner et autres verbes toupies. C’est quoi œuvre ? quel agencement vraiment agencement de ce fil qu’araignée je parviens encore et toujours à dégurgiter, et quand bien même attaques de vent, de pluie, d’hommes, ça recommence et ça s’attache aux branches, aux figures même invisibles dans l’espace, dans l’air – au fait, une araignée respire-t-elle ?

Que ne dure pas la métaphore arachnéenne.

L’œuvre ce n’est certainement pas manière de donner le change. Or combien d’œuvres faites exclusivement pour donner le change ? Même des grands grands : ainsi celui qui veut donner le change face à son Parnasse ? élégante voire géniale quoique toujours vulgaire et manière imbue de donner le change.

 

Ce qui est intéressant dans l’océan de langage, c’est de voir que le clapotis des oppositions farouches, des distinctions impériales ne réussit pas du tout à masquer le grondement continu et un de la phrase qui porte dans sa négation l’affirmative dont elle se détache, et porte la négative de chaque affirmation postulée.

Journal, faut-il ajouter : de mutation, faut-il ajouter : dans∉s et vi∉s, c’est un peu de la foutaise, cette volonté de titrer pour chapeauter ce qui demande seulement à respirer, mieux vaut se contenter, comme beaucoup d’artistes d’un « sans titre ».

Sans titre, journal. Voilà le plus juste pour l’instant.

 

Bien sûr, on l’a déjà dit, l’œuvre est cela même qui se tisse de soi, pardon, ce n’était pas prémédité, cela qu’il faut rejoindre, l’existence autonome dont la phrase est le seuil.

Mais si ce n’est pas pour parader, pour donner le change, ce n’est pas non plus pour déléguer éternellement au tout-puissant lecteur le soin de dégager et de prouver l’œuvre.

Ni change, ni vérité déléguée.

Cette œuvre-là, c’est comme si j’y accédais un peu chaque jour et que chaque jour elle se dérobait davantage dans sa splendeur, dans toute sa splendeur, comme on dit d’une nue.

 

Je n’ai pas l’intelligence du joueur d’échec, la science de l’enchainement des coups, la mémoire des combinaisons, je suis franchement bête, un poil désarmant plus que la normale. Mais l’œuvre, elle, a cette intelligence, il suffit juste de s’y soumettre allais-je dire dans la vieille langue des dominations, juste la suivre comme on suit le gibier qu’on ne tuera plus mais auquel on reste jusqu’au bout attaché puisque l’effort de vérité est le même que celui pour se nourrir.

Alors le journal, oui, parfois descendant, parfois ascendant, parfois rassemblé en jours diffractés, parfois interrompu par « un livre », « un texte », le journal, jusqu’à la mort, de l’esprit si celle-ci survient avant celle du corps, du corps si l’esprit s’y réanime jusqu’au bout.

Quelques règles de mondanité, tenant compte de la susceptibilité agressive des contemporain-e-s, suffiront à cette autofiction déclarée fortuite dans l’épaisseur réelle des jours.