Jeudi 5 avril 2017

Que tu résistes ou non au poids, à ton poids et au poids de tout ce que tu rencontres, tiens dans tes bras ou repousses, le poids ne change pas. Tu peux grossir, maigrir, mais si tu persistes à refuser ton poids, ton poids, ça ne lui fera ni chaud ni froid, ton poids est l’expression la plus neutre et la plus entière de l’invariant ici terrestre.

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Lundi 3 avril 2017

Trois choses

  1. Journal journal, choses à faire, gestion, gestion, gestion…
  2.  Le mail de G. et ce qu’elle réalise de ce qu’elle n’a pas engagé avec moi – elle danse avec quelqu’un d’autre, avec éventuellement son toute-seule.
  3. Le soleil de 8h20 du 3 avril à Mont Saint Aignan sur le chat enroulé dans le fauteuil jaune, jaune sur jaune, blanc blanc du chat et ses taches marron jaune, en train de se lécher les pattes, yeux fermés, image à la Facebook désœuvré. Mais l’étonnement envers le vivant empli de vivant, ce prélassement dans la vie, l’image parfaite, et tendre, qui s’en dégage, etc.

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Dimanche 2 avril 2017

Il n’y a pas de livre ici.

Il fait froid.

Mouettes.

Des noisettes dans un plat ovale.

Souvenir d’arbre, d’écureuil

Et de rat.

On a eu des doubles rideaux comme ceux-là à bandes verticales verte, jaune, rouge, blanc.

Hier, en voiture, à l’horizon ouest, des nuages fenêtres, disait-elle,

Carrés.

Le ciel peint de l’anthropocène.

L’eau continue à vibrer dans la bouteille, sous les secousses des phrases.

Hier il faisait extraordinairement chaud dans la milonga, j’ai mouillé ma chemise très tôt.

Parfois on pense à Gogol, parfois à Balzac, parfois à Duras.

Un danseur se courbait complètement – pour jouer.

Il surjouait considérablement l’esprit de jeu, et l’esprit de malice,

il est du genre à s’agenouiller devant sa partenaire.

Marie était cassée disait-elle, un torticolis, qu’elle espérait dissoudre dans la danse.

A la première danse elle me dit, c’est fini.

Au retour, chez elle, elle souffrait encore.

Je me suis arrêté un moment, comme bloqué, figé dans la pierre,

Je croyais que Dominique ne répondait plus.

J’ai attendu qu’elle prenne la main, elle ne l’a pas prise,

ça s’est fini en paroles puis le mouvement a repris.

Nous avons eu de belles danses.

Une Valérie faisait le DJ.

Je ne vois pas les couleurs, je ne vois pas les vêtements.

Je vais proposer à Dominique de « commencer » tout à l’heure

et de place en place chercher les endroits où prendre la main.

Il n’y a aucune idée forte, aucune forme surprenante, aucune phrase plus haute que l’autre.

Chaque tanda, sauf deux, l’une avec une femme qui ne semblait pas rechercher la relation, mais la correction du mouvement,

Et une autre en maladresse sans contact,

Hormis ces deux tandas,

Toutes les autres racontaient, vivaient dans, une sorte de récit parallèle.

Il faut se souvenir de quelques détails, il faut dessiner, filmer quelques détails,

les mots eux vont naturellement à la frontière du vu et du senti.

Samedi 1er avril 2017

Est-il possible d’aller aussi vite

qu’un ordinateur, lentement, patiemment programmé pour aller plus vite que l’humain individué ?

– Qui parle de compétition ?

Est-il possible de parler de notre milonga-maison d’hier, raisonnable fin à 3h, est-il possible de parler du geste, très beau geste de pensée de J., faisant fond sur le mot ambivalence que je lui avais tendu, est-il possible de connecter cela avec au moins un épisode de rêve, où justement je parlais vite et adressais, dans le désir intellectuel informé de l’expérience physique psychique du tango, disais je ne sais plus quoi, une trouvaille, pour le mot trouvaille sans doute, c’est-à-dire sans contenu, mais trouvaille quand même…

Est-il possible de connecter cela avec notre histoire conjugale et familiale qui en ce moment est comme en salle d’opération, à cœur ouvert ?

Est-il possible de présenter la continuité de ce mouvement avec le mouvement de Tiago Rodriguès et son comparse acteur et metteur en scène lui-même, et leur belle et conséquente esthétique – pensée connectée, vraiment connectée, vraiment relationnelle. Entre les lignes, ça s’appelle « entre les lignes ». Héritage, ou plutôt connexion avec le meilleur de l’événement Brecht ; à l’intérieur du spectacle ils formulent très bien, très simplement leur ferme intention de ne jamais céder aux sirènes de l’identification, de l’identification dans les sentiments, par les sentiments – une intellectualité hyper sensible, Pessoa lisant et regardant du Brecht. L’identification fasciste est congédiée mais congédiée aussi le fascisme sous-jacent de toute militance, de tout théâtre engagé…

Est-il possible de tisser la toile qui est déjà tissée entre tout ça, et ce moment paradis du jardin, où camélia en explosion florale, explosion rouge tachetée, rebondie par le vert, où notre bon vieux cerisier cent cinquantenaire et sa japonaiserie blanche, et où le troisième larron, perfection picturale et « mouvementale » du magnolia tout en fleurs lui aussi… Mouvemental ?! quelque chose de monumental dans le mouvement bercé des branches qui plongent vers la terre avant de s’élancer vers le ciel et le vent qui décore, accomplit la force de gravité et de son déploiement dans un horizon : le magnolia ! Si l’univers n’était composé que d’un magnolia il dirait cela : horizon déployé par le poème de la gravité, le vent faisant office de gratte-papier, de scribe, d’invisible scribe pour l’élargissement de l’être.

Est-il possible de se regarder et tout également regarder en beauté têtue qui s’infiltre vraiment dans chacune de nos fibres ? Est-il possible de compatir avec nos détresses d’hier, et celles toujours et encore qui mènent nos tribus humaines et post-humaines ?

Est-il possible de se dire bonjour, de se dire au revoir au seuil de cette maison qui est bien plus que « nôtre » ?

Est-il possible que cet adjectif possessif, nôtre, s’associe à la langue florale, que nôtre s’enlace passionnément et lâche prise, toute prise, est-il possible que notre communisme lâche prise, lâche sa prise, et que nôtre résonne dans de tout autres paradis à dire, sans appropriation à la clé ?

Ni de moi, ni de nous deux, ni de nous élargi aux gens qu’on aime, qu’on enlace, spirituellement, d’un regard, d’une pensée, d’un abrazo, ou de ce je ne sais quoi qui sans que nous le sachions le moins du monde nous met ensemble, par… non, le nom d’affinité ne correspond pas à ce qui se dit ici, notre expérience de l’affinité suppose, présuppose notre expérience contraire : l’exclusion, l’indifférence, le non-concernement, la dissension éventuelle qui s’ensuit…

Est-il possible que la dissension elle-même en ce moment fasse partie de notre enlacement au monde, à la vie ; les grands moments artistiques ne disent-ils pas toujours, ne rabâchent-ils pas toujours ça ?

Est-il possible d’être plus précis en étant plus rapide ?

Mon impossibilité actuelle se nourrit, s’enchante de l’hymne de tous les possibles.

Scandaleux de dire ça au moment le plus inquiétant peut-être de notre devenir commun ?

Nous ne céderons rien aux nihilismes manipulateurs, aux sales prêtres qui traîtrisent à tour de bras.

Nous ne céderons pas à ce qui aussi de tout temps nous habite, car chaque horreur dite, faite m’habite, à un moment ou à un autre.

Est-il possible de dire cela sans se laisser emporter par les facilités du lyrisme, de l’affect paradisiaque ?

Je propose qu’à ce maelstrom confus qui n’est autre qu’un bonheur passager, une joie visiteuse et qui bien vite s’en ira toquer ailleurs, je propose, quoi ? je propose quoi ? je propose de laisser place, là, là , juste devant, sur le seuil de cette porte, là, là, tout devant, de laisser place à ta parole, à ta spécialité, à ton affect autre, à ta pensée, à ton souci, à ta joie autre, à ton labeur, à toi, à toi, à toi… ce mouvement qui risquerait encore de recentrer la main tendue à l’autre, l’invitation, de la recentrer autour d’un soi, d’un moi, d’un égo recomposé, d’un post-égo en quelque sorte, or, non, le travail de cet axe, dans ce texte, comme dans les autres et dans les gestes-textes et non-textes qui parsèment les jours, les nuits, dans le crâne qui m’habite, dans l’air que mon corps foule, l’axe et son ouverture très concrète – parce que bien sûr si ça n’est que de la rhétorique, je peux bien aller me faire foutre, c’est que, ici, tu as toute une place, ici et maintenant, juste la place, en croisant les coordonnées de cette maison, de ce site, tu apportes, tu t’apportes, et quand tu le veux, dès que tu le veux, et ce n’est pas, ce n’est pas seulement par potlatch anthropologique, don contre-don, qui est une bonne description sans doute mais encore fondé sur l’autisme des cultures lequel fait tout pour se conserver, non cette maison ne m’appartient pas, cette culture ne m’appartient pas, et à tout moment je vois, et je fais effort de ce que je vois, chez toi, et je vais chez toi, si tu m’invites, je vais chez toi, et je t’écoute, et nous explorons le nouvel univers en formation, en formation sur quoi, à partir de quoi, en formation à partir d’une révolution, d’une reconsidération générale de feu notre maitre-mot : richesse. Nous investissons un nouvel univers, je préfère parler d’univers plutôt que de monde, il ne s’agit pas de refaire monde, mais de refaire univers…

 

 

Ce n’est pas parce que je ne maitrise rien de ce, de ce qui s’exprime ici et maintenant, même si vous ne me croyez pas, même si moi-même je ne me crois pas, même si je maitrise toujours mais infiniment mal, ce qui s’exprime ici, ce n’est pas une raison pour ne pas se mettre à danser, redanser, sous toutes les coutures, et quelles sont nos coutures ? quelle est la couture de la question est-il possible que… est-il possible aussi que, est-il possible… ?

Jeudi 30 mars 2017

(Hier)

J’ai trop tardé à te répondre, mais tu m’as livré une réflexion en même temps qu’un affect, quelques obligations par là-dessus, un manque de temps, ou d’aisance à le vivre, et voilà que ça tarde, que tout tarde.

Je n’aime pas les vieux démons, mais il faut s’y faire puisque l’époque ne nous concède que ça, des vieux démons recyclés à la mort moi le nœud (c’est la première fois que j’inscris cette locution, ça me saisit).

Ton paragraphe sur la portée libertaire du christianisme me plaît.

Je reconnais tes thèmes.

Spiritualité, laïcité… bon.

Je me permets de faire court, par paresse autant que par style.

L’ambivalence me semble être le sujet majeur à démêler, dans notre conversation d’existence. Sujet ? la forme majeure à interroger. A suivre.

Ton texte est très bien, un peu lourd comme tu dis, peut-être… il décolle pour moi à La portée libertaire du christianisme, avant de s’appesantir (un peu) à nouveau sur la laïcité. Mais je manque moi-même tellement de cette légèreté que pourtant je sens de mieux en mieux, et je serais bien en peine d’exprimer sur le même plan réflexif que toi les raisons pour lesquelles en effet ce texte prend trop de poids.

Si j’avais le temps (le courage me diras-tu plutôt !), je me consacrerais à la question de l’ambivalence dans ta pensée théologique, en relevant d’abord les occurrences où elle s’exprime… J’ai un peu commencé mais qu’est-ce que l’ambivalence ? sans prétendre à une entreprise définitionnelle à la Paul Ricoeur ! un petit dépliement du mot s’imposerait. Qu’est-ce qui s’exprime quand s’allume le signal « ambivalence » ? Prends-moi au mot, que je n’oublie pas cette forme d’engagement que je prends à aller plus loin sur la question de l’ambivalence.

 

(ce matin)

J’essaie, au lever, au moment où se déposent des signes de ma vie réelle, simple, moment presque aussi digne que la vie animale dans le territoire de vie qui lui est propre, aussi nécessaire que libre, j’essaie d’orienter ce moment-là sur la reprise, une continuation, une bifurcation de ma lettre.

La plupart des médiations tournent mal : elles avouent, elles finissent par avouer, par tomber dans, leur prétention qui est de s’interposer, de dire et moi ! et moi ! au lieu de persévérer dans leur être de médiation qui est de se fondre dans le paysage invisible, le territoire encore inexploré qui relie, qui fait territoire de vie commune entre deux êtres qui s’ignorent ou se connaissent de trop près, se déchirent volontairement ou par négligence, comme par négligence, pour faire vite, les riches déchirent les pauvres – je compte pour exception, même si celle-ci devient massive en période d’élection, en période de négociation de contrats juteux, les cas où délibérément les riches déchirent les pauvres. Déchirent ? oui, coupent les êtres de leurs possibilités d’être.

J’essentialise la politique ? comme tu l’essentialises à travers la ritournelle entêtante de la foi ?

Ce qu’essentialise la vie poétique (j’embarque cette formule dans ma carriole), elle le restitue immédiatement, elle le dissous dans l’expérience concrète…

Je reprends.

Le langage étant la première médiation, une essence de médiation, le langage finit par barrer la route à ce qu’il tend à révéler du territoire de vie qui relie vivants et inertes, démarreurs et mécanismes.

Quelque chose s’éclaire à mesure que je lâche la prétention à talonner, à interagir avec ton texte, un de tes moments de vie pensée, dont, pas seulement par coquetterie, tu déplores la lourdeur.

Une persévérance dans l’être, si je reprends la métaphore très vécue de l’animal du matin rencontre la persévérance dans l’être de tel autre, de tels autres dont jamais je ne force l’approche, le contact. Je le fuirais même plutôt – je parle de l’animal plutôt solitaire.

J’aimerais rester plus longtemps sur ce qu’on pourrait appeler la vie poétique du danger. L’entre-dévoration archaïque et hyper-contemporaine est le danger quotidien qui éprouve notre « héroïsme quotidien ».

Je pense à la souveraineté de la proie, au moment où elle va quitter la vie, dans la gueule de, sous le coup mortel que lui inflige, son prédateur.

 

Je reprends. Le langage nous encombre, s’encombre de lui-même avant de fournir la joie de son opération de langage.

Le sujet dans le langage, l’interlocution dans le langage, cette façon dont les parlants veulent croire que le langage est uniquement fait pour parler d’eux-mêmes, les parlants.

 

L’ancrage anthropologique de toute religion est-il un argument de défense et illustration de la religion ?

Pourquoi ta foi a-t-elle tant besoin de se ré-universaliser, dans son désir de tout-autre et de tout-même ?

Qu’est-ce que l’ambivalence ? C’est, dans l’ordre occidental de la distinction, de la discrimination des contraires, de l’exclusion des contraires, plaider pour et réaliser une fusion, une identité, par avance compromise par l’ordre rationnel qu’elle entend conserver.

Plaider pour une pensée de l’altérité en plaidant la vérité unique du Christ. J’aurais bien aimé danser le tango avec le Christ.

La laïcité n’est pas une réponse à cette crise d’essence mais elle est un calmant historique. La laïcité comme calmant, à ce titre, comme médiation. Mais elle s’est mise au-devant, elle s’interpose et fait son ravage, entérine la destruction, l’entre-destruction générale.

A l’intérieur de chaque autisme, et chaque culture a quelque chose de l’autisme, à l’intérieur de chaque autisme, il y a des voies de traverses, qui sont les voies de l’altérité, altérité à l’œuvre – c’est tellement beau les premiers signes de relation, de relation vivante, attestée entre un autiste et quelqu’un.

Nous sommes, j’imagine, malgré l’extraordinaire sophistication de notre culture, en droit ouverte aux autres cultures mais en fait dans la dévoration unilatérale de tout-autre, nous sommes tout juste dans des gestes d’événements préliminaires de relation réelle, dans lesquelles l’altérité s’expérimente jour après jour, seconde après seconde, à titre d’exception encore maladroite, mais tellement belle.

Mais mon langage d’errance risque de se replier sur lui-même et faire le contraire de ce qu’il dit. Comme parfois on fait le contraire de ce qu’on dit.

Toutefois l’écart est parfois salvateur, l’endroit même où de l’altérité s’exprime.

Qu’un philosophe fasse le contraire de ce qu’il dit, ce qu’il « professe », serait peut-être une chance que sa philosophie s’ouvre, pour son lecteur, dans un territoire plus commun, c’est-à-dire plus ouvert, et non plus « même »…

Je reprends.

Non. Je laisse le territoire entre Paris et Mont-Saint-Aignan exprimer sa vitesse de pensée.

Quand une intelligence s’exprime, ce n’est pas la mienne, ni celle, convoitée, d’autrui.

Mercredi 29 mars 2017, en entendant tango

Ce matin nuit je n’ai rien fait

j’ai juste écouté les quatre tandas de Gaëlle

Les quatre tandas de deux morceaux

Qu’elle nous a demandé de danser devant son public

Avant sa présentation

Son texte s’appelle A bras le corps

Elle l’expérimente pour sa mini résidence à l’insa

 

J’ai juste écouté en solo de nuit avant le matin

les deux premiers Canaro

Como las flores et Nena

puis Soledad et Ciego

de bons vieux Canaro

Si tu n’y entres pas, c’est d’un désuet

tu te retrouves coincé dans un bal du quatrième âge

Mais si tu te fais saphir, diamant ou autre pointe de lecture

tu joues ta vie actuelle dans les bras d’un musicien mort

En qui tu peux avoir confiance

Un mini système solaire à sa façon

Tout est prévisible excepté l’invu,

l’inouï qui arrive toujours à se manifester quelque part

 

Puis la touch’ Di Sarli, Bahia blanca et Comme il faut

El Jaguel et el ingeniero

Lyrisme assuré, découpe du temps qui taillade le corps

Et le sublime en Corchestral

 

Dans mon solo de nuit avant le matin

j’ai écouté dansé avec Paola, qui est grande, fine et belle

j’ai écouté dansé avec Gaëlle qui quand elle donne est une prêtresse

j’ai écouté et dansé avec Dominique

C’est avec elle toujours que la vérité fait point d’orgue

Instant-miette tombé gravé en motif sur toute la nappe d’existence

La vérité aimante est absolue le temps d’un tango

lorsqu’elle est vraiment vraie, lorsqu’elle est vraiment aimante

Mais vaut mieux ne pas parler

Vaut mieux faire comme si

Quasiment personne n’est armé pour supporter vérités d’amour et amours de vérité

C’est un peu ce que racontent les mystiques

C’est pour ça qu’il ne faut pas la ramener avec ce genre de mots

Qui vont forcément faire mal là où tu crois que ça fait du bien

Alors tu te les gardes pour toi ou tu les donnes recouverts par la musique

Une musique parfois qui les comprend tous et instantanément

instant sculpté dans son éternel mouv’

Mardi 28 mars 2017, rien, cyclone

Ce matin nuit, ce sera rien, une bulle parfaite de rien

rien qu’un reflet de chemise rouge

dans la nuit qui a toujours peur d’elle-même

ce matin nuit ce sera rien

juste une chanson insomniaque dans la nuit urbaine

 

Il y a bien des ombres qui s’agitent pendant ce temps-là

mais ici dans la colonne de notre demeure

il n’y a que tes seins contre ma poitrine

et mon cœur qui s’emballe

un tango à quatre lettres, et quatre directions

Est Ouest Sud Nord

et voilà, notre colonne, notre demeure court, glisse, file

sur une terre qui n’appartient à personne

 

Ce matin nuit, ce sera rien, une bulle parfaite de rien

rien qu’un reflet de chemise rouge

dans la nuit qui a toujours peur d’elle-même

ce matin nuit ce sera rien

juste une chanson insomniaque dans la nuit urbaine

 

C’est rien, c’est rien

c’est le cyclone de quatre lettres

nous sommes dans l’œil de rien

C’est calme et vide mais

Bouddha, Jésus et Consorts seront revenus avec leur autre,

leur hôte, dans le duo de toute méditation

dans l’inversion des intensités de l’aube

le reflet de chemise rouge s’efface

 

Sur la piste chaque deux est un cyclone

La quincaillerie de nos représentations vole en tous sens

Nos constructions, notre ancien est déraciné et tournoie dans le ciel

Nous ne pensons à rien en dansant,

à rien qu’à nos quatre lettres, nos quatre pieds, nos quatre mains

Cœur contre cœur

Voilà le cyclone

 

Ce matin un homme se croyait seul avec soi

Et la quincaillerie de la solitude a été arrachée de son socle

Ce qui est détruit

Ce sont des croyances

ce sont nos croyances qui volent comme ça autour de nous

Et au cœur du cœur de la croyance, ce matin

On se retrouve, poitrine contre poitrine

 

Je n’aime pas trop quand tu essaies à tout prix

de fabriquer quelque chose

dis-le plutôt comme ça

au départ, tu es seul en face de ton reflet

et soudain vient la sensation profonde

l’unité dansée du deux

la sensation du cyclone

 

La force de destruction qu’il y a derrière le calme mot de rien !

le souffle et tout ce qu’il arrache, derrière le plat, le creux, l’absence de souffle

c’était quelque chose comme ça qui ce matin rôdait

 

Hier j’ai fait écouter à Sam ‘tis a Pity,

le morceau de bravoure de David Bowie

engouffré dans le scandale de 14-18

Pendant que d’autres commémorent

le poète chanteur danseur actualise,

absorbe la violence d’Histoire

Et compose pour une piste de cyclones

 

A présent, le silence du jardin s’éclaircit

L’aurore aux doigts de magnolia

vient à bout du réverbère jaunâtre

qui veillait sur nos angoisses

 

Peut-être est-ce une chanson

Peut-être juste rien

L’œil de rien

Et je ne vois plus le pendant puissant,

la puissance de destruction

qui s’exercerait tout autour

 

Les amis qui nous regardent danser se disent

Que c’est juste pour nous, pour l’égoïsme de nous

et qu’on les envoie balader dans notre ciel de pacotille

Mais il suffit qu’ils s’approchent de nous

Et qu’on s’approche d’eux

Et toute langue danse pour qui veut chanter

 

La danse est une voie de réel

On peut bredouiller, s’emberlificoter

dans des phrases qui ne nous ont jamais appartenu

La marche dansée, pensée, partagée nous restitue

tout entiers dans le manque : dans le mouvement d’être.

 

Lundi 27 mars 2017, encore un petit

 

 

 

 

Je ne me retourne pas

je crée des yeux à l’arrière du crâne

je ne me retourne pas

et lorsque je me retourne

ce qui est devant

est un autre au-devant qui s’élance

jamais je ne me retourne

vers la fiction de la mort

 

Je ne me retourne pas

l’horloge, signe du passé, flotte

dérive vers les bords du fleuve

la mélancolie est une invention

dans l’ouvert au-devant

 

Je ne me retourne pas

je crée des yeux à l’arrière du crâne

je ne me retourne pas

et lorsque je me retourne

ce qui est devant

est un autre au-devant qui s’élance

jamais je ne me retourne

vers la fiction de la mort

 

Je suis mal-né, je suis malmené

la vie, passant ici, est malmenée

le pronom d’appropriation souffre

il perd son sang

que regardez-vous ?

le doigt mélancolique

ou la trouvaille dans le bleu du ciel ?

 

Je ne me retourne pas

je crée des yeux à l’arrière du crâne

je ne me retourne pas

et lorsque je me retourne

ce qui est devant

est un autre au-devant qui s’élance

jamais je ne me retourne

vers la fiction de la mort

 

 

Dimanche 26 mars 2017

Une pensée « stellaire » pour toi, cycle d’une terre autour d’un soleil, ritournelle des astres au cœur de notre chant au sein d’une Voie lactée qui dérive.

– «  Notre galaxie, la Voie Lactée, est une sorte de grande « île » de 100 000 AL de diamètre, qui contient 200 milliards d’étoiles : l’arche de lumière pâle visible dans le ciel de la terre correspond au disque d’étoiles vu de l’intérieur, notre soleil en faisant partie. »

Première occurrence google sur la recherche de Notre galaxie.

 

Vu De l’autre côté de l’espoir, de Kaurismaki.

Pensant à toi, vient la phrase : « de l’autre côté de la lune ».

 

Quelques-uns seulement sentiraient la vision vitale d’un monde dans lequel l’homme, cette entropie, s’envisagerait vraiment dans le décentrement.

Ni la Terre, ni l’Homme ne sont au centre de quoi que ce soit, ni un dieu ni un homme. Notre modernité paradoxale : à proportion d’une lucidité qui éloigne l’humain de quelque centre autour de quoi s’agencerait la vérité, l’univers de vérité, l’humain s’est créé une bulle, une autarcie, une gabegie d’autarcie, un aveuglement qui fait de nous une simple, une pure espèce de nuisibles.

 

La part religieuse de l’esprit n’est ni à mépriser ni à endosser comme le bon gros sac d’angoisse égocentrée.

La part scientifique de l’esprit est autre chose qu’éternelle souffrance prométhéenne, un vol qu’il nous faille payer au prix de l’autodestruction.

 

Chaque chose dite ici a un air d’avant-centre et de has been de la pensée. Je me verrais donc à présent, mirage d’orgueilleux encore, comme un ancêtre dissous dans l’air familier et étrange que tu respires.

Quelqu’un, un corps, une formule impalpable, un souvenir qui s’inventait à proportion de son échec, de sa tombée dans la mécanique des cendres.

 

Il y a 32 ans qu’une autre méditation se concocte, se déploie, se concocte en se déployant, se déploie en se formant. – vie poétique attestée. Il est, changement d’heure humaine, huit heures quarante-sept, soleil printanier moins chaud qu’il y a trente-deux ans mais aussi beau.

 

Je t’embrasse.

Vendredi 24 mars 2017, petit tango après le tango (chanson)

La chanson ne saura pas parler de nous

Et nous ne saurons pas parler de nous

Les tables de Hans ne sauront pas parler de nous

Nous sommes une étreinte vagabonde

Dans le cliquetis des verres

Y a plus de place dans le bar, dans la chambre de Hans

Chez lui c’est brocante

On se retrouve à conspirer autour de deux tables rondes

Et même quand la table d’â côté se libère on y reste

Collés comme dans un exercice de tango

La chanson ne retient pas la musique d’ambiance

Elle retient la fougue des voix et des rires

Et la douceur lasse des silencieux

La chanson ne retient pas les conneries qu’on lance,

La chanson oublie celles qu’on pense

La chanson retient juste l’éternité flottée

L’étrange découpe de nos corps vaisseaux

Dans la rue Eau de Robec

 

De semaine en semaine le tango nous sculpte

Il nous convoque dans son cabinet de vérité curieuse

Ausculte tes tendons, son genou, vos ceintures

Il passe au crible ta poétique de muscles

et ton squelette savant

Il nous embrasse, il nous étreint, en détail, le tango

En détail

Il détaille nos douleurs d’aimer

Il détaille les niches saugrenues où le désir est venu nous choyer

Et nous abandonner comme des vieilles chaussettes

 

La chanson, d’un regard, emporte le trop-plein et le trop vide

La chanson fait tomber plein de romans de l’étagère de Hans

 

Il était question du rêve de Christophe

Tout nu dans la ville où il vit

Ne rêvez-vous pas cela aussi ? demande l’ingénu savant

Aussi bien nu que bien né

Dans la vie le vit ce vide

Cette nuit, promis j’en rêverai

Mais danser nu disions-nous n’est pas pratique

Les sueurs freinent la fluidité des corps

 

Et maintenant on paye et on s’en va

La chanson c’était notre tango après le tango

Même si on ne sait pas chanter elle nous a chantés,

Elle nous a chantés de fond en comble la grâce la garce

Elle nous a chantés et s’en est retourné.

Jeudi 23 mars 2017 (encore un p’tiot tango)

Regards (miradas)

Nous nous connaissons et nous ne nous connaissons pas

Notre histoire a commencé avec une phrase qui accourait vers toi,

Puis lentement je m’éclipsai,

T’offrant mon dos tout vibrant de ta présence

Tu as repris la phrase

Tu l’as incarnée la phrase en la traduisant

En t’élançant vers moi

Tu ne l’as pas redite la phrase, tu l’as rejouée à ta sauce

En t’élançant vers moi

Ce fut notre première étreinte

Je me souviens, nous étions dans un château

Dans des combles de théâtre

 

– Je crois que tu te trompes

Au départ de tout ça ce ne fut qu’un regard

J’ai ouvert mes yeux, les tiens étaient là

Tu as ouvert les yeux les miens sont entrés

Les poètes parlent d’un regard

Les tangueros parlent de mirada

Mais nous savons que ce regard

S’est formé comme se forme un fœtus

Durant dix jours

Dix jours de formation en théâtre

Nos yeux allaient et venaient

Etait-ce nos yeux ou plutôt nos peaux

Et les volutes dans l’air

De nos gestes nos déplacements

Etait-ce la peau de nos gestes, l’épiderme de nos déplacements

Car ils ont leurs yeux que nos yeux suivent en esclaves délicieux

Et pour moi rien que pour moi je crois, tu avais, avant le spectacle

Tu avais allongé tout le groupe

En séance de décontraction

Et près de moi tu t’étais allongé

Et près de moi tu respirais

Et près de toi je respirais

Notre regard était né

Tu as juste eu besoin d’un détour,

d’un retour sur tes pas

Tu t’es juste détour né, mon amour

et j’ai couru vers toi

 

– Et tu m’as retourné, de fond en comble

Dans le grenier du théâtre

Tu m’as retourné, ce fut notre première étreinte

 

Nous nous connaissons et nous ne nous connaissons pas

Ce soir tu danses et tu vas t’asseoir à l’autre bout de la salle

C’est une milonga improbable, black blanc beur et

Et l’Asie est de la partie

Et le Chiapas est là

et le fleuve Whanganui est de la partie

Après la tanda, la piste est restituée

à l’air, au vide qui la possède

et tu vas t’asseoir là-bas au bout sur une chaise

Il y a foule mais toi et ta chaise

Vous vous découpez, vous vous éclipsez

Dans l’espace-temps de notre regard

De si loin nous nous trouvons nous nous retrouvons

Et la première tu cours car la première tu es,

de tout temps, dans mon cœur

Et le second j’accours

à travers la piste

Et c’est notre première étreinte

Ce sera toujours notre première étreinte

 

Nous nous connaissons et nous ne nous connaissons pas

Nous avons vieilli

Et notre amour juvénile ne cesse de courir, d’accourir

Pour aller, pour marcher à l’infini

Jusqu’au noyau des existences

 

Mercredi 22 mars 2017, un tango (paroles)

Refuge

Refuge

Refuge

Ici, maintenant, aube claire, cyan et magenta

Refuge

Refuge

Refuge

Partout, en tout : refuge

Demain naitront les phrases autour de

Refuge

Refuge

Le silence s’est réfugié dans la chanson

Refuge

 

Toutes les paroles de tango étaient encore si loin

Si loin

Toutes les paroles chérissaient ton absence dans les couloirs de la Ville

Toutes les paroles de tango ne t’ont pas vue

Ne t’ont pas connue

La musique s’élançait vers toi

Avec sa manière de trouer le cœur

A chaque mesure plus grande la déchirure

 

Refuge

Refuge

Refuge

Ici, maintenant, aube claire, cyan et magenta

Refuge

Refuge

Refuge

Partout, en tout : refuge

Demain naitront les phrases autour de

Refuge

Refuge

Le silence s’est réfugié dans la chanson

Refuge

 

Non toutes les paroles de tango n’ont pas encore connu

La perfection de tes bras

Ils ont rôdé les amants dans tes parages

Ils ont vidé leur sac de solitude

Et ils te cherchaient quand tu étais là, dans l’aube claire,

Cyan et magenta

 

Refuge

Refuge

Refuge

Ici, maintenant, aube claire, cyan et magenta

Refuge

Refuge

Refuge

Partout, en tout : refuge

Demain naitront les phrases autour de

Refuge

Refuge

Le silence s’est réfugié dans la chanson

Refuge

 

Qui donc a trouvé refuge

Refuge

Dans tes bras, dans ta danse

Je suis mort combien de fois dans mes paroles de pacotille

Dans mes paroles de tango

Et toi, à l’autre bout de l’univers

Tu allais, tu dansais, déjà tu dansais

 

Refuge

Refuge

Refuge

Ici, maintenant, aube claire, cyan et magenta

Refuge

Refuge

Refuge

Partout, en tout : refuge

Demain naitront les phrases autour de

Refuge

Refuge

Le silence s’est réfugié dans la chanson

Refuge

 

Avant-hier j’avais envie de pleurer

Hier je t’ai aperçue, au très loin

Et j’ai bien vu que tu marchais

Et de là où j’étais j’ai bien vu

Tu marchais avec moi je crois

Tu fuyais avec moi je crois

La ville était à feu et à sang

 

Refuge

Refuge

Refuge

Ici, maintenant, aube claire, cyan et magenta

Refuge

Refuge

Refuge

Partout, en tout : refuge

Demain naitront les phrases autour de

Refuge

Refuge

Le silence s’est réfugié dans la chanson

Refuge

 

Et tu m’as regardé, de très loin

Du très loin tu m’as regardé et je t’ai aperçue

Aujourd’hui nous sommes des réfugiés

Nous sommes dans notre étreinte, nous sommes des réfugiés

Notre étreinte est notre refuge et nous allons

Nous allons fouiller l’univers

Dans notre fuite nous allons

Dans notre fuite d’amour nous allons fouiller l’univers

 

Mardi 21 mars 2017, Cher-e-s ami-e-s, chères amies, chers amis…*

Je vous adresse cette courte lettre pour vous proposer un « deal » que j’espère à votre avantage.

Depuis plusieurs mois je réfléchis à un mode de partage travaillé de notre travail, si je puis dire, si cette lourdeur peut mieux dire qu’un silence léger trop léger. Celui-ci, ce travail, se déroule, plus ou moins, « en secret », dans ce qui aujourd’hui fait véritablement secret, cache : lettre volée cachée à la vue de tous, pour reprendre le grand classique d’Edgar Poe, remixé par Jacques Lacan et toute une tradition psychanalytique et littéraire.

Je peux parler, en ce qui me concerne, d’une certaine confiance, bien souvent inquiétée par des trous vertigineux, des pertes en abime, d’une certaine confiance dans ce qu’il me reste à faire, c’est-à-dire à écrire. Et je peux parler aussi, en ce qui vous concerne, un à un, une à une, d’une confiance, trouée, vivante, la vôtre en propre. Aussi, ma proposition de « deal » n’a rien à voir, ou, prudence, peu à voir, avec une demande de reconnaissance, d’encouragement par louanges ou critiques étayées, sur le dit travail engagé. Ni dans un sens, ni dans l’autre, à moins que l’amitié, précisément, soit cette sorte d’encouragement têtu que nous nous exprimons, à longueur d’amitié, même quand celle-ci a sombré dans le défaut d’amitié (je pense à une expérience naguère douloureuse, aujourd’hui plus fondamentalement étrange). Alors quoi ?

Le deal est proposé à « des amis triés sur le volet ». Quelques amies donc, quelques amis. Pour lesquels sans doute une forme de dette symbolique est ressentie, dette d’amitié fondée sur les partages de vérités, les vérités de partages que propose toute amitié.

Vous travaillez aussi, « dans votre axe », et il est possible que nous ayons, de place en place, le goût de nous lire, de nous voir, de manger ensemble, de danser ensemble.

Alors voilà, je ne voudrais pas surinvestir mes capacités de réciprocité, ni même les vôtres, mais s’il y a quelque chance que nous entrions en connexion, en bonne connexion, je ne voudrais pas faire l’amer constat rétrospectif d’en avoir négligé des occasions tangibles.

Le deal est simple : je vous ouvre une « catégorie » de mon site, intitulée « Sans titre, journal », qui depuis le début de l’année se nourrit en effet d’un journal, d’un chantier de « journal », se lisant à rebours, cette forme étant aussi bien l’annonce, la périphérie que le centre et la réalisation du chantier lui-même. Nul engagement à tout lire (ouf !), vous respirez comme vous voulez à l’intérieur de cette proposition. Nul engagement à lire même, car la connaissance – l’expérience –  infuse que nous avons l’un-e de l’autre prévaut, et nous savons que certaines régions, ou certains événements de notre pensée, de notre vie, sont, de fait, adressables à tel-le autre.

Toute réaction manifestée de votre part, ou toute manifestation spontanément adressée à notre interface, fera en quelque sorte partie du chantier d’ici, sans vous engager au-delà de ce que vous souhaitez engager, votre réaction, votre manifestation, selon vos vœux – et les miens – pouvant rester strictement privée, ou pouvant être partagée sur la même étagère, à vue et généralement non vue, de mon site. Aucune pression pour « manifester une réaction » ou « agir une manifestation ». Toutefois, au bout de six mois d’expérimentation, si vous n’avez rien manifesté de, et dans, vos visites, vous sortirez de facto de ce deal.

Je vous adresse cette proposition par mail, sans lien affiché sur mon site.

Si vous êtes partant-e, je vous enverrai la même lettre sous forme d’article, à la fin duquel se trouvera le lien sur le texte d’ouverture de cette « catégorie ». Libre à vous ensuite de circuler dans les différents articles, dans l’ordre que vous vous donnerez.

Vous remarquerez qu’il n’y a pas de fonction « commentaire » accessible. C’est que votre participation, de quelle ampleur qu’elle soit, ne sera pas de l’ordre du commentaire.

Vous aurez un statut d’auteur, vous prendrez soin d’associer à chacun de vos articles la catégorie « Ami-e-s ». Cette catégorie n’apparaitra dans aucun menu et vos articles ne seront donc pas visibles aux visiteurs du site, à moins que nous décidions d’un commun accord de rendre accessible tel ou tel article, sous une autre rubrique appropriée.

Vous pourrez bien sûr à tout moment vous retirer du deal, si possible en me le manifestant (le « possible » en question n’étant que la forme polie du « souhaitable »).

Voilà. Je suis à votre disposition pour en parler si vous avez envie d’en parler. Ça peut se mettre en route dès votre réponse. Et si ça ne vous dit rien, votre simple non-réponse fera l’affaire. Il n’y aura pas de courriel de rappel !

Mon amitié,

Philippe Ripoll.

 

*petite plongée au cœur insoluble du langage, pour une re-poétisation (problématique et non axiomatique) des genres dans la grammaire.

Mardi 21 mars 2017

Mardi 21 mars, on est mardi 21 mars, 21 mars, 21, lendemain de l’équinoxe de printemps. La tablette,

écran allumé, page activée, est posée sur la table, en triangle avec deux numéros de Courrier international, plus loin une petite pile de livre du Musée de l’Horlogerie, à ranger, le casque et son fil sur le numéro grand ouvert à la page « 360°, mon cercle de poètes sans abri », initiative américaine d’un certain Parker, magazine littéraire, revue, publication régulière d’un atelier, d’un groupe d’écriture. C’est T. qui me l’a fait lire. Ça devrait t’intéresser, me dit-il. Tu l’as lu ? Non. Juste parcouru, il l’a juste parcouru et s’est dit que c’était pour moi, l’autre Courrier International est ouvert replié sur une seul page, Michelle Obama, Otan…

D. se lève. Pas de bruit du côté de T.

De la statue de marbre tendre, épuisée, brisée par la pluie, le vent, étalée depuis plusieurs semaines dans le bassin en plusieurs morceaux, j’ai sauvé la tête, la tête tranchée net, essence de la ruine, tendresse presque mièvre, romantisme blanc, que j’ai posée sur le piano, sous la lampe-casque grise.

L’atelier d’écriture c’est mardi prochain. J’imagine une séance dans une école, à partir des Vagues de VW. Un même lieu, six enfances reliées.

Je pourrais très bien ne pas parler d’hier, avant-hier.

Une logorrhée dans le silence ? un tournoiement d’images, de dires, de cris, un théâtre, un film, une performance ? un moment de vie archi privée…

Si dans ce mouvement-là, de ce matin tardif, presque huit heures, je peux déplier, montrer, suggérer, replier, circuler dans l’intimité généreuse de nos deux êtres, y présenter le tragique, lui restituer une philosophie, la philosophie partagée à l’intérieur des événements singuliers de cette maison, que nous nous apprêtons à quitter, si, sans la violo, sans la violence du viol, sans effraction, mais avec le goût pour une transparence, c’est-à-dire une universalité, une universalité : non pas un ordre de pensée et d’agir déclaré tel, mais une pensée et un agir ouvert, adonné à la vérité partagée, c’est-à-dire plutôt, au partage de vérité(s)…

D. dans la cuisine écoute un extrait du débat d’hier, que nous n’avons pas regardé, les voix de Macron et de Le Pen, à distance, débit assuré de Macron, lourdeur de Le Pen.

De quel universel parle cette maison – qui a décliné le débat d’hier soir ?

Avant-hier, dimanche, au lendemain de la belle milonga au Magic Mirror…

 

Pour mémoire : Jean-François bayart, sur France culture

« Le repli dans la mondialisation

La mondialisation, cette ouverture, peut-elle engendrer le repli ? Jean-François Bayart, politologue, explique comment le national-libéralisme profite aux riches au détriment des populations dans son ouvrage L’impasse national-libérale : Globalisation et repli identitaire (La Découverte). »

 

Sur la question des noms, à rendre publiques, ou à préserver. Prendre les noms de l’entourage comme des noms de personnalité, et travailler leurs régimes de visibilité publique de la même façon, sur la même corde raide qui la sépare de l’intrusion dans la vie privée. Vie privée et propriété privée, est-ce la même chose, le même ordre ? Et si oui, comment échapper à l’ordre de la propriété sans tomber dans le totalitarisme, le communautarisme, la transparence fasciste, la propriété commune annexée par ses (mot qui manque toujours, qui m’échappe toujours, et c’est Richard III qui vient l’incarner alors et me le rappeler, c’est :) usurpateurs ? Car toute propriété commune appelle ses usurpateurs. La propriété commune est elle-même une usurpation. Nous penserons une nouvelle civilisation sur les cendres chaudes de toute propriété, privée et collective, de tout « bien » ramené à l’ineptie de la propriété.

Samedi 18 mars 2017

D’abord s’asseoir correctement. Correctement. Détaillez correctement. Siège un peu trop bas, un peu trop mou ? Compensez, coccyx ancré, torse léger, taille avalée, sans que l’effort musculaire envahisse votre esprit. Faites en sorte que le corps se souvienne.

De quoi le corps se souvient-il ?

De quoi se souvient-il d’hier. De quelle lourdeur, de quelle mélancolie, le corps ? Un abattement, en corps.

Et aujourd’hui, dans la tempête ? et dans la tempête, le visiteur félin, dans l’encoignure nord du jardin ? quel dialogue des corps, entre espèces ?

A quel désagrément de la vie entre hommes je prêterais le flanc ? L’inimitié de T. est-elle ancrée dans une figure dont je suis le dépositaire ?

La question est la même pour la séquence politique que nous traversons. L’inimitié générale. La haine, seul véritable combustible politique en ce moment.

 

Le langage ne souffle pas à la même vitesse, de la même force que la tempête du jour. Il ne souffle apparemment pas du tout, il enregistre comme un vieux greffier tout poussiéreux la fougue juvénile de la terre.

Il répond aux sollicitations de sa compagne, une femme que le souffle, mécanique (mon masque) et naturel (le vent) a importunée. Il dit, il puise maladroitement dans le sac de phrases du petit matin. Le corps, balourd, le précède en le gênant, comme un serviteur contreproductif, ou il le suit de trop près, en se mettant dans ses jambes.

Hier matin, le langage s’ébrouait dans les vagues de VW. Il était dans l’enchantement-enfantement de lui-même, du monde humain toujours au bord de l’anhumain. Emotion continue, émotion continue, chez VW, émotion continue, marche, marche, comme au tango marche inépuisable des phrases. Nous entrons, toujours nous pénétrons dans le monde physique de l’esprit, de ses représentations, la conscience corporelle est permanente.

L’a-t-on déjà vraiment lue sous cet angle ?

Pas forcément le temps, la capacité, de chercher. Cherchez, vous, cherchez, si je peux me permettre de vous suggérer quelque chose, au cas où vous soyez en attente d’une tâche, à faire. Ou en attente d’une vérification de ce que vous éprouvez, à l’instant, à notre contact.

 

L’immédiat, le nid de l’immédiat, offre une totalité de monde, chaque chose, chaque manifestation est une réserve, l’immédiat (fournir les coordonnées, non, laisser paraître, laisser s’inscrire les coordonnées, du moment), l’immédiat est une immense médiathèque, chaque objet, chaque série d’objets, matériels, immatériels, offre son monde, son histoire, beaucoup croisent ton histoire à toi qui inscrit mot à mot les volutes de l’instant dans son registre, mais nombreuses sont les choses qui ont volé et qui volent dans des histoires parallèles, chez d’autres narrateurs, ainsi que chez aucun autre narrateur.

Petit film de l’environnement qu’est l’immédiat à cet instant t.

Voilà c’est fait. Éventuel objet de travail.

 

Tu veux un café ?

C’est l’heure de suspendre, dans le même environnement, dans la même énergie continue, cet ici et maintenant, cette médiathèque de l’infini.

Mercredi 15 mars 2017

Sons nocturnes. La tuyauterie du chauffage, les intestins, cliquetis. Pas de présence animale dans le grenier, sons mécaniques irréguliers. Présence fantôme, on tend l’oreille, bruits externes, bruits internes, non, pas de fantôme.

Tu as été calme cette nuit, tu ne t’es pas agitée, tu ne t’es pas réveillée je crois, ou alors vite rendormie. Je crois. Peut-être diras-tu autre chose au réveil. Ce n’est pas une lettre. Je n’ai pas relu ma lettre d’hier, je crains ne pas pouvoir te l’envoyer. J’aurais moins de souci à te faire lire ceci, qui ne t’est pas adressé, quoique tu y sois, et peut-être plus entière qu’hier. A cause de la mauvaise nuit dernière j’ai pris un cachet hier soir, je me suis quand même réveillé, très tôt, et pas rendormi, quoique calme. J’ai dansé, j’ai aimé. Tu n’étais pas seule cette nuit. J’ai revu V. de Nantes, j’ai vu une inconnue, j’ai vu C., que j’ai congédiée lorsque son étreinte est descendue aux reins, j’ai eu la douceur des baisers effleurés puis à pleine bouche à la fin d’une tanda, et je t’ai eue à nouveau dans les bras, nos individuations amoureuses sont des harmoniques d’une voix sans frontière. L’homme ne court pas après son bonheur, ni la femme, l’un et l’autre courent l’un vers l’autre, pour franchir le mur de la satisfaction.

L’ordre de la satisfaction et de la punition est un registre d’illusion, nécessaire au registre de l’individuation. L’individuation est nécessaire à la toile de la danse, à la mathématique des formes, à la mathématique de l’amour, mais elle n’a rien d’un accomplissement, d’une fin.

L’idée de fusion n’accomplit pas l’au-delà de l’individuation. Fusion signifie seulement un autre degré d’individuation, deux individus fondent en un, en un individu, individu reste l’horizon de leur fusion. La vérité est plus orgiaque et plus dénouée que cela.

Deux êtres qui s’aiment font l’expérience non de leur fusion à eux, individus, fusion en un pâle individu de l’amour, de leur amour, non, deux êtres qui s’aiment, avec l’insistance, la même insistance que l’univers met à être univers, font l’expérience d’une unité prodigue, donatrice. Ils regardent leur littérature passée, une considérable anthologie et s’engagent dans la littérature non encore parcourue, celle de leur relation dansée, dans la médiathèque futuriste, qui archive en inventant, invente en archivant – l’amour qu’ils déchiffrent, en allant, en marchant, au fur et à mesure de leur danse, dans la salle de danse, dans telle région de danse, leur galaxie chorégraphique au sein de la médiathèque.

Est-ce fuir que de laisser libre cours à ceci, une hémorragie de langage doux, est-ce fuir le prosaïsme de nos existences malmenées en France 2017, aux Etats-Unis 2017, en Turquie 2017, en Europe, en Inde, en Chine, en Afrique… Est-ce fuir la réalité haineuse, l’avarice de l’humain qui ne cède plus rien au non-humain ?

Est-ce fuir la consomption générale de nos forces, de nos richesses, lesquelles dépérissent, étrangères à elles-mêmes ?

 

Est-ce fuite devant la maigreur de mon existence, de notre existence à tout deux, à nous tous toutes ?

Lundi 13 mars 2017

C’est inerte, c’est passif, c’est habituel, c’est humain, c’est pauvre, sans imagination, c’est fatigué, c’est diary, c’est le petit potin, la petite popote, et soudain lorsque se lèvent les yeux c’est une créature blanche, assise dans le vert, loin en face et soudain bondit cette forme blanche et détale dans l’oblique. Seules la poésie ou la vie abrupte interceptent cela, se nourrissent d’un tel événement.
Ni Enfances ni Dieu fait des maisons sur terre ne font les titres, le titre du texte, de la séquence écrite sous la commande de D.
De même qu’une feuille morte tombe près du tas de bois dans l’herbe, et que de cette feuille, on dirait, surgit un moineau, qui fait le trajet inverse de la feuille.
Je lis Les vagues, de Virginia Woolf. J’ai lu, à mon petit groupe d’écriture, la nouvelle, de larges extraits de la nouvelle Ce qui n’a pas été écrit. C’est seulement à présent que je comprends, je veux dire que je sens la limpidité de son cerveau, de ses phrases cerveau, un cerveau tendre, poreux, réactif au moindre frémissement de son environnement, un cerveau chair. Ce n’est pas « intellectuel », VW, c’est le sensible à l’état pur, c’est le corps féminin noué au corps des mots, dans la corps des mots.
Virginia Woolf est je crois l’évènement de notre rencontre, D. et moi. On se lisait des nouvelles, comme on se lisait les dialogues de Claire Parnet avec Deleuze dans sa 2CV.  Mon admiration alors mettait beaucoup de mystère, beaucoup d’incompréhension dans les phrases que je lisais et relisais. Je ne déplore pas du tout cette époque d’incompréhension têtue qui a perduré jusqu’à,  jusqu’à hier. La limpidité d’aujourd’hui est l’événement qui explique l’événement que fut notre rencontre sous le signe, sous l’aile de Virginia Woolf, il me fallait, il nous fallait ? la découverte, la pratique du tango pour ouvrir cette limpidité. C’est ce que je me dis, pensant en même temps que cela pourrait être vraiment mal compris, encore surchargé de vanité.
Il ne s’agit pas du tout de comprendre enfin quelque chose aux femmes, selon l’expression idiote qui entretient chacun, chaque genre dans son grotesque, dans son avarice respective.
Juste comprendre que ce que j’ai à raconter, à éclaircir, à fredonner, c’est cette histoire d’amour à l’époque de l’avènement, de la pluie, de l’averse, du féminin, cette relance anthropologique qui lui est liée, et le tournant écologique est un épisode, un épisode ? de la reconsidération intégrale de nos cultures amoureuses, de nos façons d’aimer, et donc de manger et d’apprendre et d’agir.
Tout peut être raconté sous cet angle-là.
Tout, tous les récits peuvent être repris, et re-sculptés depuis ce constat, depuis l’évènement de ce constat.

Samedi 11 mars 2017

Tu as écrit quelque chose, quelque chose, tu n’as pas écrit des stickers, les stickers verbaux qui font l’âme courte de facebook, tu as écrit quelque chose, comme il arrive parfois qu’on y écrive quelque chose et que ce quelque chose ne soit pas seulement une opinion un peu plus écrite que le flot des opinions stickers qui font l’âme courte de facebook, en cela conforme à l’âme courte de ses créateurs qui ont eu le génie de rencontrer l’âme courte des foules mondialisées, tu as écrit quelque chose, et tu as recueilli des « c’est beau ce que t’as écrit ». Tu as écrit quelque chose, un exercice d’admiration, comme il est coutume d’en faire en littérature, ce que tu écris sur facebook a, sans le crier sur les toits, une vocation littéraire, un écrivain reconnu like souvent tes dires écrits, tu es comédien, tu es sensible, sensible, délicat, vrai, tu aimes ton métier et tu accèdes ou désires l’accès à la littérature en empruntant le cours d’eau qui file entre les deux, et, ici, ton exercice d’admiration porte sur les sportifs, les grands, et les grands sont pour toi ceux qui se relèvent des causes perdues, et tu cites tes exemples, ce n’est pas une métaphore de circonstance, tu suis l’actualité sportive, tu as une culture sportive. Et tu dis que les sportifs sont des philosophes, et ce sont dis-tu des philosophes existentialistes, et deux noms étayent ton propos, Sartre et Camus, tu dis surtout, surtout tu dis que ça t’a aidé, toi, dans ta vie, d’avoir des exemples comme ça de dépassement de soi, que tu es redevable de gens comme ça pour ne pas avoir abandonné ton métier de comédien, je redis de mémoire et ça se déporte sans doute dans autre chose que ton vrai. Te lisant, je lisais aussi l’autre face de ta parole et l’inéluctable hommage aux ratés, à ceux dont les désirs et les ambitions auront été balayées par l’existence, et deux autres noms pour étayer la face obscure, Beckett et Cioran par exemple, ou Dostoïevski et Melville par exemple, et le nécessaire pour moi exercice d’admiration pour la non victoire, la têtue non-victoire de l’humain dans la croisière, dans l’Iliade, dans l’odyssée de son existence et le nécessaire hommage aux perdants qui seront toujours la condition nécessaire des pâles victorieux, des étroits victorieux, de la pusillanime pensée de la victoire, et sortant de ces hommages qui aident soit le perdant soit le gagnant à surmonter sa défaite ou sa victoire, j’ai ici envie de rendre hommage à une danse de nous cherchant la nouée de perfection et de débilité, de connaissance extrêmement élaborée et d’inconnaissance de fond, car notre tapis de sol, notre parquet, notre marquetterie est un tissage de ces deux-là, alors oui, j’aime la respiration rapprochée de ta parole d’enfant et j’aime lui associer cet hommage à ceux qui, bien concrètement, de leur propre chef ou du chef d’autrui jusqu’au bout semble-t-il perdront la guerre de l’existence. Nos regards, en dansant, ont quelque chose de lavé, nos visages, en dansant, ont juste ça : un sourire de contact. Le grand sourire.
Nous ne nous connaissons pas suffisamment pour que je t’envoie, pour que je t’adresse une telle réponse, dans cet orage de flux des âmes courtes, mais tu es là, bien présent, au bord de la fiction où je porte ton double. Désormais la lecture, la danse de la lecture nous échappe, et nous sommes déjà dans d’autres bras, dans d’autres contacts, l’un et l’autre.

Vendredi 10 mars 2017

Mots « Mal vu mal dit » mal pas vu mal pas dit mots pas mots en corps mal mu mal tu si se glisse quelqu’un d’autre, avec ferveur si avec la même ferveur se retire quelqu’un d’autre si les simagrées de significations cessent si la quête cesse ni déçue ni oubliée si ces récits ont lieu si improbables mais. Ces mots-là ne disent plus rien ne te disent plus rien j’attends que D. se lève j’attends que mon mal cesse j’attends que le fils parte j’attends cet après-midi à la Fabrique des Savoirs j’attends le soir qui se déroulera à ladite fabrique j’attends que ces mots passent et laissent la place à ceux qui sont derrière.
Tous mes récits prennent place ici, mais un mot seul ôte la clé de la place, un mot errant : le mot ordre. Le mot ordre non seulement ferme la place mais empoche la clé et s’en retourne ou bien se poste là comme ça, pieds comiquement écartés, gardien fou, comme le jeune homme noir que j’ai vu au centre de détention de Caen, jambes immensément écartées, bras immensément croisés, au milieu de nous qui avions passé un bon moment, peut-être un de nos meilleurs moments.
La question de l’ordre ne se pose pas quand une puissance survient. Cette puissance survient dans son ordre à elle.
Les mots d’ordre, les commandeurs d’ordre sont de pauvres âmes stressées qui ont besoin d’être rassurées. Les fascistes sont de pauvres âmes stressées qui ont besoin d’être rassurées, les manipulateurs d’opinion sont de pauvres âmes qui ont besoin d’être rassurées, Marine Le Pen a besoin d’être rassurée, d’où provient sa force de nuisance.
Je suis son ennemi et en tant qu’ennemi le seul à pouvoir la rassurer vraiment.
Ne pas vouloir du mal à son ennemi voilà la clé de la joie et de la lente reddition des ennemis. Reddition ?
Ce n’est pas parce que tu dis n’importe quoi, ici où tu peux dire n’importe quoi, ce n’est pas pour ça, ce n’est pas pour autant
Les mots, la confusion tombent
Quel vol gronde dans mon ciel
Mon n’est pas un possessif, mon est un territoire
Le ciel de Mont Saint Aignan, le 10 mars, à 6h30 heure locale.
Quelle que soit ma situation, de confort ou de ruine, j’écris, je vole un coin de table, un coin de paix et j’écris. J’écris n’importe quoi, j’écris, j’écoute l’immédiat, le branlebas du camion poubelle, une couleur de l’aube, j’écris, j’écris n’importe quoi, quelle que soit la paix, la guerre, la liesse ou le drame où je me trouve, j’écris, je dévisse les attaches immédiates, le malfaçonnage de tout mon confort ou de tout mon drame, et quand plus rien ne peut se prétendre raison, raison, effet ou cause de, du mot résumé de cette petite longue histoire qu’est moi, alors j’écris.
Actuellement c’est sur une tablette, dont l’écran éclaire  le clavier séparé, c’est bientôt le jour.
Même si, comme je danserai toujours en-deçà de ce qui devrait danser, j’écrirai en-deçà de ce qui devrait s’écrire, j’écris, et la page, une page se lève, comme D. est en train de se lever, elle a dormi au deuxième, comme la nuit dernière, à cause de ses insomnies, à cause des miennes, à cause de, quelque chose se lève, dans cet ordre-là que je ne connaitrai jamais que par contact aléatoire, une sexualité et une pensée de contact aléatoires, aussi vrai que je vous parle. C’est une séance qui m’est bien utile, bienfaisante, les mots semblent vouloir la partager, cette séance, mais si un partage existe c’est de ne pas se vouloir comme partage, ce qui est seul ici, impartageable, inéchangeable, se partage de place en place, de temps en temps.
Pourquoi le mot poète réapparait-il dans une force anthroposcénique en dehors, en ennemi même, du cirque absurde, de la confiscation tous azimuts du mot par les grotesques sociétaux du jour. C’est un fait, le mot réapparaît, incontestable, par la bande, une bande passante ici par exemple, tous ces ici mineurs, invisibles qui voyagent dans les cœurs solitaires ouverts à l’étreinte, et quelle étreinte.