Barbara, Jacques Rancière et les autres

dimanche 4 février 2018

Arte replay ou autre biais. Barbara, le film, Matthieu Amalric et Jeanne Balibar, un mauvais exercice d’admiration, de bout en bout. Un biopic (ça s’écrit comment ?), un biopic aurait mieux fait l’affaire – de l’admiration en veux-tu en voilà mais avec ce petit effort biographique qui donne l’impression d’une vie. Là, rien, des fragments d’admiration, des fragments d’envoûtement. Matthieu Amalric prend la place du spectateur sans prendre le courage de se sonder comme spectateur idiot (tout spectateur médusé est un idiot sans doute, brossant l’idiotie de l’artiste dans le sens de son idiotie… Mais rentrer dans son idiotie propre, se la coltiner, c’est autre chose…) Continuer la lecture de « Barbara, Jacques Rancière et les autres »

Deux textes en cours, Deux en cours

jeudi 1er février 2018

La nappe est rouge.

Les rideaux sont rouges.

Les murs sont orange.

Son pull à elle est rouge.

Son pull à lui est rouge.

Cris et chuchotements.

 

Peut-être que c’est deux textes différents qu’il faut écrire, Les Lettres d’Elise, et ce texte, sans titre encore, qui fait du couple, de notre couple, le sujet, l’initiation. Continuer la lecture de « Deux textes en cours, Deux en cours »

Tú el cielo y tú

Tango, 1944, Música: Mario Canaro, Letra: Héctor Marcó / version espagnole et traduction française

Pourquoi si heureux d’avoir trouvé

Contre toute attente

Prisonnier de ma langue française

Cherchant sur la toile la traduction des letra de Hector Marco

Mis en musique par Canaro

Tu, el cielo y tu

Découragé

Et in extremis

Un clic, un site et

Les deux colonnes

Version espagnole, traduction française

Et quelle traduction

Juste omis, ellipsé, en début d’errance

Ce « que tu adiós me repetía »

 

Tu, el cielo, y tu

C’est le titre de la chanson de 1944 et

C’est le titre du spectacle de 2017

De la troupe de Catherine Berbessou

Vu vendredi au Rive Gauche,

Saint Etienne du Rouvray Continuer la lecture de « Tú el cielo y tú »

Tú el cielo y tú / Toi, le ciel et toi

Tibio está el pañuelo, todavía,

que tu adiós me repetía

desde el muelle de las sombras.

Tibio, como en la tarde muere el sol,

mi sol de nieve, sin esperanza y sin alondras.

Tibio guardo el beso que dejaste

en mis labios al marcharte

porque aún no te olvidé…

Tú…

yo sé que el cielo,

el cielo y tú,

vendrán acá para salvar

mis manos presas a esta cruz.

Si esta mentira audaz

busca mi pena,

no la descubras tú

que me condena.

Guárdala en ti,

que es mi querer,

desengañarme así

será más cruel.

No…

no me repitas ese adiós…

que esto lo sepa sólo Dios,

el cielo y tú…

 

Toi, le ciel et toi

Depuis le quai des ombres.

Tiède comme le soleil qui meurt en soirée

Mon soleil de neige

sans espérance ni alouettes.

Tiède comme le baiser

que je garde et que tu as laissé

Sur mes lèvres en t’en allant

Car je ne t’ai toujours pas oublié(e)…

Toi…

Je sais que le ciel,

Le ciel et toi,

Viendront ici pour sauver

Mes mains prisonnières de cette croix.

Si ce mensonge audacieux

Fait mon malheur,

Ne le démens pas toi

Qui me condamnes.

Garde le pour toi,

C’est ma volonté,

M’ouvrir les yeux ainsi

Sera plus cruel encore.

Non…

Ne me répète pas ces adieux…

Que seuls le sachent Dieu,

Le ciel et toi…

Notes-paysage en vue des ateliers Ecriture-Tango, en prison, et ailleurs

lundi 8 janvier 2018

La marche.

Le paysage.

L’oubli du paysage. L’oubli du corps.

Regarder où on met les pieds. Ne pas avoir besoin de regarder où on met les pieds.

Marcher d’un point à un autre. Je vais chercher quelque chose. Je ramène la chose mais ne sait quoi en faire. Cette question me fait revenir à mon point de départ mais sans motivation. Le retour vers mon point de départ flotte.

Qu’est-ce qui se passe dans le corps ? je regarde l’objet, je ne regarde plus ma direction. Continuer la lecture de « Notes-paysage en vue des ateliers Ecriture-Tango, en prison, et ailleurs »

Dédicace à une personne aimée en guise de vœux 2018

 

 

 

 

 

 

jeudi 4 janvier 2018

La dédicace porte sur le livre de François Jullien, Dé-coïncidence.

Et elle ne reste pas entre nous deux.

Ni supporte d’éternelle quête de reconnaissance de la part du dédicateur.

 

Lorsque nous parlons directement à Dieu, l’affaire semble réglée.

 

Elle est réglée, nous parlons librement, entre nous.

 

Littérature fait, provisoirement, bulle de protection.

On ne te sommera pas, toi, la dédicataire, de t’exprimer.

Esprit milonga. Tango fait bulle de protection idem.

 

En quoi sont-ce des vœux ?

Ce sont des vœux pour nous, immensément personnels et immensément politiques, mais en creux, en creux de nos personnes et en creux du politique. Le politique : manières de vivre avec notre vouloir et notre incapacité, de vivre avec ce qu’on veut et avec ce qu’on ne sait pas vouloir, et manière aussi de vivre avec ce qu’on ne veut pas – réguler ce qu’on ne veut pas.

J’ai aimé la première partie des vœux de Sandrine Rousseau (Mediapart). Liberté, Marianne, mon corps de femme, magnifique. Après, exercice de positivité républicaine qui tombe de soi-même dans son négatif, le négatif du bon sentiment (le négatif du positif, si on lit François Jullien).

Tiens, je n’ai pas écouté les vœux du Général poupon.

Voici les vœux, voici la dédicace. Continuer la lecture de « Dédicace à une personne aimée en guise de vœux 2018 »

Tango du jour improvisé et autres pavés dans quelques mares

Fernand Deligny à l’époque de « La Grande Cordée », 1959. © Archives Josée Manenti        cf. Médiapart 19 décembre)

mercredi 20 décembre 2017

Au bout du compte c’est seul qu’a lieu la rédaction du texte, l’exercice

Sur la piste et Dans notre vie s’invitent chez la solitude d’ici

On peut dire aussi les choses comme ça et rassurer tous les allumés, les angoissés et tous les moralistes

de la solitude Continuer la lecture de « Tango du jour improvisé et autres pavés dans quelques mares »

L’art du couple à l’intérieur de soi

vendredi 8 décembre 2017

L’art du couple à l’intérieur du corps solitaire, l’art du couple à l’intérieur de soi, l’art du couple dans le tango, grâce au tango.

Avant-hier il y avait cours avec Stef Lee. Un échauffement, tout un déroulé de formes, formations du mouvement, en faisant dialoguer deux à deux des points écartés, opposés mais pas que, du corps. Par exemple poignet et cheville, croisés et de même côté, mâchoire pouce du pied, coude, hanche, etc.  – un moment, beau à pleurer, selon Stef, c’est cet exercice : deux à deux, l’un met en œuvre, évolue, fait évoluer ses duos, ses couples devant l’autre qui regarde, qui met en œuvre ses neurones miroir, œil latéral plutôt que scrutateur, surtout pas scrutateur, émouvant en diable… Je confirme, Continuer la lecture de « L’art du couple à l’intérieur de soi »

Féérie, langue française, dans la nuit

mercredi 6 décembre 2017

Une féérie. La trouvaille de Dominique – une guirlande lumineuse enroulée autour des baleines d’un parapluie qui était promis aux ordures et qu’elle a libéré de sa toile, suspendue au-dessus de la table du salon ; un bouquet de guirlandes graciles, lumineuses aussi, acheté à Emmaüs, posé sur la table roulante du salon, accoudée au canapé.

La féérie Noël est amplifiée par le reflet dans la porte vitrée noire. La suspension vient prendre la place de la « fleur » verte au bout de sa tige abstraite – forme dominante dans le tableau de Bourquin reflété.

C’est une féérie. Le verre de la vitre ondule, fluidifie l’image qui est passée au noir intense de la nuit. Ma silhouette achève la rêverie.

Les ateliers d’écriture sont une telle féérie, souvent. On enfile des mots scintillants, on recherche les mots scintillants, les flous, les noirs, les bosses, les effets. Continuer la lecture de « Féérie, langue française, dans la nuit »

A TRAVERS TEMPS

A travers temps

de Philippe Ripoll

en compagnie des habitants de Pîtres,

du Manoir sur Seine et de Romilly sur Andelle

Avec 10 photographies de Alain Tendero

 

Nos sociétés européennes vieillissent.

De cette vieillesse, il y a peut-être à réinventer une fonction symbolique vivante pour l’ensemble de la société.

 

A travers temps est un récit qui se dessine à partir d’allées et venues dans un paysage rural, industriel, légendaire, archéologique, métissé, au croisement de la Seine, de l’Eure et de l’Andelle. Un micro-paysage européen en devenir.

Un « visiteur » accompagne David, « porteur de repas » auprès de personnes âgées. Il rencontre Madame Biville, Madame Godard, Monsieur Hannoteaux, et bien d’autres. Il laisse agir leurs paroles, leurs récits de vie. Il croise des enfants dans des classes. Il sillonne la plaine normande, les écluses, le Mont des Deux Amants. Des voix s’élèvent, témoignent, se taisent. Le récit rencontre des personnes bien réelles, croise les temps ― mémoires, légendes, temps présents, et à venir. Un photographe se coule dans la pérégrination.

Puis, un événement fictif se prépare, une performance, plaçant une population, dans tous ses âges et dans tous ses états, face à elle-même et à son devenir. Tandis que pour le visiteur un autre événement a lieu, intérieur, invisible :une ouverture, « un autre passage, de l’un à l’autre, des uns aux autres. D’un monde à l’autre. »

 

Ce livre a été écrit au cours d’une résidence d’écrivain au centre social intercommunal de Pîtres et du Manoir-sur-Seine, en haute-Normandie.

 

Philippe Ripoll a en effet accompagné le porteur de repas, conduit des entretiens, animé des rencontres, qui ont évolué, de l’atelier de parole à l’atelier de lecture en passant par l’atelier d’écriture. Il a animé quelques rencontres avec des enfants, dans des classes ou après la classe (aide aux devoirs), rencontré les petits de la crèche, fait connaissance avec l’équipe du resto du cœur, esquissé des rencontres générationnelles…