Fiche de jeu « La générale » WILLIAM KLEIN Portrait avec œuvre (une à deux heures)

TELECHARGER la Fiche de jeu La Générale WK portrait avec œuvre

Choisissez un-e ami-e, une connaissance, un-e inconnu-e, qui devra participer à l’expérience en toute connaissance de cause. Vous lui proposez d’écrire son portrait, avec sa contribution active (le déroulé proposé ci-après correspond, au fond, à un « temps de pose »). Faites-lui choisir l’œuvre qu’il-elle souhaite considérer. Noter le titre de l’œuvre sur une première feuille*.

Vous vous proposerez d’écrire sous sa dictée les mots, groupes de mots, bribes de phrases des étapes 1 à 4. (Sans l’influencer d’aucune manière mais en la relançant à l’aide de la présente fiche.)

Maintenant, placez-vous ensemble devant l’œuvre (pensez aux variations possibles d’angles et de distances). C’est parti. Passez un bon moment.

  1. Nommer.

Notez en « paysage » (placement aléatoire des mots sur la feuille) les mots et groupes de mots (pas de phrases) que vous dicte votre modèle, selon ce qu’il-elle voit de l’image. Des éléments les plus simples, les plus évidents aux éléments plus complexes. Mots et groupes de mots correspondant à ce qu’il-elle sent, ressent. Rappelez-lui que c’est l’image, l’œuvre, qui lui donne tous ces mots et proposez-lui de privilégier, lors de cette première étape, ce qu’il-elle voit par rapport à ce qu’il-elle sent).

  1. Associer.

Proposez-lui de regarder à nouveau l’image, aidez-vous des mots déjà inscrits, et demandez-lui à quoi tel aspect, tel détail, tel effet lui fait penser, spontanément. Imagination, fantaisie, mais aussi souvenirs personnels, mais aussi, éventuellement (et pas trop), références. Aidez votre modèle : ça te/vous fait penser à ? on dirait quoi ? c’est comme quoi ? Pas de hiérarchie entre associations banales et associations plus singulières. Relancez avec bienveillance, sans jamais forcer ni influencer, sans commenter ni jamais parler de vous. N’oubliez pas de noter toujours, par mots, bribes de phrases.

  1. Intégrer personne et oeuvre.

Demandez à votre « modèle » de choisir son emplacement vis-à-vis de l’œuvre, choisissez le vôtre, faites votre photo en mots. Cadrer la personne, son rapport spatial à l’œuvre, décrivez-la simplement : physique, vêtements, fond, premiers plans… (Toujours par mots, groupes de mots, bribes de phrases.)

  1. Oublier l’image, regarder les mots.

Proposez à votre modèle de choisir 5 mots parmi ceux de la première et deuxième étape, les plus différents possibles les uns des autres, qui le-la concernent, l’interpellent. Placez-les sur une nouvelle feuille. Autour de chacun de ces cinq mots, notez ce à quoi ça lui fait penser. Associations, fantaisies, souvenirs, confidences… (Toujours par mots, groupes de mots, bribes de phrases)

  1. Improviser…

en utilisant, si possible au moins une fois, tous les mots et fragments de phrases des étapes 1, 2, 3 et 4. Un ou plusieurs textes créatif-s : pas de commentaire, pas d’analyse critique, ni même d’intention de « portrait ». Récit(s), texte(s) sans queue ni tête, chanson ou poème sans rime, saynète(s), méditation(s)… L’œuvre (et son artiste) ainsi que votre modèle font partie du texte, mais vous n’êtes plus devant une image, ni devant une personne mais dans un monde créé par les mots de l’image et par les mots de l’autre (votre modèle) que vous avez à disposition. Et c’est par la connexion à l’œuvre, la connexion à vous-même et à votre modèle que les mots vous entraînent dans cet autre monde. Vous n’êtes redevable d’aucune fidélité, ni à l’œuvre, ni à vous. Vous inventez avec les mots que vous avez et avec l’énergie de l’œuvre et de la personne qui continue de la regarder, pour vous (ce temps est important, remerciez-la de sa patience).

  1. (facultatif) Sélectionner, «composer», « danser »

Sélectionner ce qui vous intéresse le plus dans ce que vous avez écrit, ce qui vous surprend. Déplacez au besoin l’ordre de vos phrases. Privilégiez les effets de connexions entre l’œuvre, votre modèle et vous ; « composez », « faites danser » votre (vos) texte(s) avec l’œuvre, votre modèle et avec vous-même.

  1. Lisez…

à la personne (à moins qu’elle n’y tienne pas) le (ou les) texte(s) que vous avez écrit(s), lisez devant l’œuvre.

 

Lorsque vous avez terminé, venez agrafer vos feuillets à l’accueil et glissez les dans l’urne posée à cet effet. Vos participations seront lues, scannées et archivées, elles pourront être sélectionnées et publiées sur le blog dédié de Normandi®e.

* N’utilisez que le recto des feuilles mises à votre disposition et apposez à chaque fois votre pseudo.

 

Fiche de jeu « La générale » WILLIAM KLEIN / Autoportrait avec œuvre (une heure environ)

TELECHARGER la Fiche de jeu La Générale WK autoportrait avec œuvre

Choisissez une œuvre. Reportez son titre sur une première feuille*.

Placez-vous devant (pensez aux variations possibles d’angles et de distances). C’est parti. Passez un bon moment.

  1. Nommer.

Notez en « paysage » (placement aléatoire des mots sur la feuille) mots ou groupes de mots (pas de phrases) correspondant à ce que vous voyez de l’image. Des éléments les plus simples, les plus évidents aux éléments plus complexes. Mots et groupes de mots correspondant à ce que vous sentez, ressentez (en évitant toujours de faire des phrases). C’est l’image, l’œuvre, qui vous donne tous ces mots (privilégiez ce que vous voyez à ce que vous sentez). S’il semble impossible de ne pas faire de phrases, contentez-vous de morceaux de phrases, rien qui soit définitif.

  1. Associer.

Regarder à nouveau l’image, aidez-vous des mots déjà inscrits, et demandez-vous à quoi tel aspect, tel détail, tel effet vous fait penser, cela de la façon la plus spontanée. Imagination, fantaisie, mais aussi souvenirs personnels, mais aussi, éventuellement (et pas trop), références. Démarreurs : ça me fait penser à, on dirait, c’est comme… Pas de hiérarchie entre associations banales et associations plus singulières. N’oubliez pas de noter toujours, par mots, bribes de phrases.

  1. S’intégrer.

Choisissez votre emplacement vis-à-vis de l’œuvre, décrivez-le, puis décrivez-vous simplement : physique, vêtements, ce que vous venez de faire, ce que vous allez faire juste après l’expo (toujours par mots, groupes de mots, bribes de phrases).

  1. Oublier l’image, regarder les mots.

Reprenez les mots des première et deuxième étapes, choisissez-en 5, les plus différents possible les uns des autres, qui vous concernent, vous interpellent. Placez-les sur une nouvelle feuille. Autour de chacun de ces cinq mots, notez ce à quoi ça vous fait penser. Associations, fantaisies, souvenirs, confidences…… (toujours par mots, groupes de mots, bribes de phrases)

  1. improviser

en utilisant, si possible au moins une fois, tous les mots et fragments de phrases des étapes 1, 2, 3 et 4. Un ou plusieurs textes créatif-s : pas de commentaire, pas d’analyse critique, ni même d’intention d’« autoportrait ». Récit(s), texte(s) sans queue ni tête, chanson ou poème sans rime, saynète(s), méditation(s)… L’œuvre (et son artiste) font partie du texte, mais vous n’êtes plus devant une image, ni devant « votre personne », mais dans un monde créé par les mots de l’image et par les vôtres, que vous avez à disposition. Et c’est par la connexion à l’œuvre et par la connexion à vous-même que les mots vous entraînent dans cet autre monde. Vous n’êtes redevable d’aucune fidélité, ni à l’œuvre, ni à vous. Vous inventez avec les mots que vous avez et avec l’énergie de l’œuvre.

  1. (facultatif) sélectionner, composer, danser

Sélectionner ce qui vous intéresse le plus dans ce que vous avez écrit, ce qui vous surprend. Déplacez au besoin l’ordre de vos phrases. Privilégiez les effets de connexions entre l’œuvre et vous ; « composez », « faites danser » votre (vos) texte(s) avec l’œuvre et avec vous-même.

 7. Lisez…

ne vous « relisez pas », lisez, devant l’œuvre, même si lecture silencieuse, comme pour la première fois. Ne vous jugez pas.

Lorsque vous avez terminé, venez agrafer vos feuillets à l’accueil et glissez les dans l’urne posée à cet effet. Vos participations seront lues, scannées et archivées, elles pourront être sélectionnées et publiées sur le blog dédié de Normandi®e.

* N’utilisez que le recto des feuilles mises à votre disposition et apposez chaque fois votre pseudo.

Fiche de jeu « La générale » Portrait avec œuvre (une à deux heures)

Choisissez un-e ami-e, une connaissance, un-e inconnu-e, qui devra participer à l’expérience en toute connaissance de cause. Vous lui proposez d’écrire son portrait, avec sa contribution active (le déroulé proposé ci-après correspond, au fond, à un « temps de pose »). Faites-lui choisir l’œuvre qu’il-elle souhaite considérer. Noter le titre de l’œuvre sur une première feuille*.

Vous vous proposerez d’écrire sous sa dictée les mots, groupes de mots, bribes de phrases des étapes 1 à 4. (Sans l’influencer d’aucune manière mais en la relançant à l’aide de la présente fiche.)

Maintenant, placez-vous ensemble devant l’œuvre (pensez aux variations possibles d’angles et de distances). C’est parti. Passez un bon moment.

1. Nommer.

Notez en « paysage » (placement aléatoire des mots sur la feuille) les mots et groupes de mots (pas de phrases) que vous dicte votre modèle, selon ce qu’il-elle voit de l’image. Des éléments les plus simples, les plus évidents aux éléments plus complexes. Mots et groupes de mots correspondant à ce qu’il-elle sent, ressent. Rappelez-lui que c’est l’image, l’œuvre, qui lui donne tous ces mots et proposez-lui de privilégier, lors de cette première étape, ce qu’il-elle voit par rapport à ce qu’il-elle sent).

2. Associer.

Proposez-lui de regarder à nouveau l’image, aidez-vous des mots déjà inscrits, et demandez-lui à quoi tel aspect, tel détail, tel effet lui fait penser, spontanément. Imagination, fantaisie, mais aussi souvenirs personnels, mais aussi, éventuellement (et pas trop), références. Aidez votre modèle : ça te/vous fait penser à ? on dirait quoi ? c’est comme quoi ? Pas de hiérarchie entre associations banales et associations plus singulières. Relancez avec bienveillance, sans jamais forcer ni influencer, sans commenter ni jamais parler de vous. N’oubliez pas de noter toujours, par mots, bribes de phrases.

3. Intégrer personne et oeuvre.

Demandez à votre « modèle » de choisir son emplacement vis-à-vis de l’œuvre, choisissez le vôtre, faites votre photo en mots. Cadrer la personne, son rapport spatial à l’œuvre, décrivez-la simplement : physique, vêtements, fond, premiers plans… (Toujours par mots, groupes de mots, bribes de phrases.)

4. Oublier l’image, regarder les mots.

Proposez à votre modèle de choisir 5 mots parmi ceux de la première et deuxième étape, les plus différents possibles les uns des autres, qui le-la concernent, l’interpellent. Placez-les sur une nouvelle feuille. Autour de chacun de ces cinq mots, notez ce à quoi ça lui fait penser. Associations, fantaisies, souvenirs, confidences (Toujours par mots, groupes de mots, bribes de phrases)

5. Improviser

en utilisant, si possible au moins une fois, tous les mots et fragments de phrases des étapes 1, 2, 3 et 4. Un ou plusieurs textes créatif-s : pas de commentaire, pas d’analyse critique, ni même d’intention de « portrait ». Récit(s), texte(s) sans queue ni tête, chanson ou poème sans rime, saynète(s), méditation(s) L’œuvre (et son artiste) ainsi que votre modèle font partie du texte, mais vous n’êtes plus devant une image, ni devant une personne mais dans un monde créé par les mots de l’image et par les mots de l’autre (votre modèle) que vous avez à disposition. Et c’est par la connexion à l’œuvre, la connexion à vous-même et à votre modèle que les mots vous entraînent dans cet autre monde. Vous n’êtes redevable d’aucune fidélité, ni à l’œuvre, ni à vous. Vous inventez avec les mots que vous avez et avec l’énergie de l’œuvre et de la personne qui continue de la regarder, pour vous (ce temps est important, remerciez-la de sa patience).

6. (facultatif) Sélectionner, « composer », « danser »

Sélectionner ce qui vous intéresse le plus dans ce que vous avez écrit, ce qui vous surprend. Déplacez au besoin l’ordre de vos phrases. Privilégiez les effets de connexions entre l’œuvre, votre modèle et vous ; « composez », « faites danser » votre (vos) texte(s) avec l’œuvre, votre modèle et avec vous-même.

7. Lisez

à la personne (à moins qu’elle n’y tienne pas) le (ou les) texte(s) que vous avez écrit(s), lisez devant l’œuvre.

Lorsque vous avez terminé, venez agrafer vos feuillets à l’accueil et glissez les dans l’urne posée à cet effet. Vos participations seront lues, scannées et archivées, elles pourront être sélectionnées et publiées sur le blog dédié de Normandie Impressionniste.

IDENTIFIANTS portraitiste-modèle*

Si vous souhaitez remplir cette fiche confidentiellement, vous pouvez en remplir chacun-e une, en vous répartissant au préalable les rôles de portraitiste et de modèle. Vous ferez ensuite agrafer l’ensemble (de ces fiches et de vos productions) par la personne de l’accueil qui se chargera de le déposer dans l’urne prévue à cet effet.

PSEUDO de portraitiste :

PSEUDO de modèle :

AGE / LIEU DE NAISSANCE portraitiste :

AGE / LIEU DE NAISSANCE modèle :

SITUATION-ACTIVITES PROFESSIONNELLES ET/OU ETUDES portraitiste

SITUATION-ACTIVITES PROFESSIONNELLES ET/OU ETUDES modèle

ACTIVITES CULTURE /MILITANTISMES/ LOISIRS portraitiste

ACTIVITES CULTURE /MILITANTISMES/ LOISIRS modèle

AGE/LIEU DE NAISSANCE/ ACTIVITES PROFESSIONNELLES DES PARENTS portraitiste

AGE/LIEU DE NAISSANCE/ ACTIVITES PROFESSIONNELLES DES PARENTS modèle

CONVICTIONS MORALES/POLITIQUES/ RELIGIEUSES / ESTHETIQUES portraitiste

CONVICTIONS MORALES/POLITIQUES/ RELIGIEUSES / ESTHETIQUES modèle

Portraitiste : je souhaite recevoir un scan de ma production et de celle de mon/ma portraitiste ainsi que les informations et invitations aux restitutions de Normandi®e

Modèle : je souhaite recevoir un scan de ma production, ainsi que les informations et invitations aux restitutions de Normandi®e

Adresse mail portraitiste :

Adresse mail modèle :

Les adresses resteront confidentielles.

Date :

** N’utilisez que le recto des feuilles mises à votre disposition et apposez à chaque fois votre pseudo.

** Pour que vos participations soient prises en compte, vous devez remplir ce formulaire.

Fiche de jeu : « La générale ». Autoportrait avec œuvre (une heure environ)

Télécharger la Fiche de jeu La Générale autoportrait avec oeuvre

Choisissez une œuvre. Reportez son titre sur une première feuille*.

Placez-vous devant (pensez aux variations possibles d’angles et de distances). C’est parti. Passez un bon moment.

  1. Nommer.

Notez en « paysage » (placement aléatoire des mots sur la feuille) mots ou groupes de mots (pas de phrases) correspondant à ce que vous voyez de l’image. Des éléments les plus simples, les plus évidents aux éléments plus complexes. Mots et groupes de mots correspondant à ce que vous sentez, ressentez (en évitant toujours de faire des phrases). C’est l’image, l’œuvre, qui vous donne tous ces mots (privilégiez ce que vous voyez à ce que vous sentez). S’il semble impossible de ne pas faire de phrases, contentez-vous de morceaux de phrases, rien qui soit définitif.

  1. Associer.

Regarder à nouveau l’image, aidez-vous des mots déjà inscrits, et demandez-vous à quoi tel aspect, tel détail, tel effet vous fait penser, cela de la façon la plus spontanée. Imagination, fantaisie, mais aussi souvenirs personnels, mais aussi, éventuellement (et pas trop), références. Démarreurs : ça me fait penser à, on dirait, c’est comme… Pas de hiérarchie entre associations banales et associations plus singulières. N’oubliez pas de noter toujours, par mots, bribes de phrases.

  1. S’intégrer.

Choisissez votre emplacement vis-à-vis de l’œuvre, décrivez-le, puis décrivez-vous simplement : physique, vêtements, ce que vous venez de faire, ce que vous allez faire juste après l’expo (toujours par mots, groupes de mots, bribes de phrases).

  1. Oublier l’image, regarder les mots.

Reprenez les mots des première et deuxième étapes, choisissez-en 5, les plus différents possible les uns des autres, qui vous concernent, vous interpellent. Placez-les sur une nouvelle feuille. Autour de chacun de ces cinq mots, notez ce à quoi ça vous fait penser. Associations, fantaisies, souvenirs, confidences…… (toujours par mots, groupes de mots, bribes de phrases)

  1. improviser

en utilisant, si possible au moins une fois, tous les mots et fragments de phrases des étapes 1, 2, 3 et 4. Un ou plusieurs textes créatif-s : pas de commentaire, pas d’analyse critique, ni même d’intention d’« autoportrait ». Récit(s), texte(s) sans queue ni tête, chanson ou poème sans rime, saynète(s), méditation(s)… L’œuvre (et son artiste) font partie du texte, mais vous n’êtes plus devant une image, ni devant « votre personne », mais dans un monde créé par les mots de l’image et par les vôtres, que vous avez à disposition. Et c’est par la connexion à l’œuvre et par la connexion à vous-même que les mots vous entraînent dans cet autre monde. Vous n’êtes redevable d’aucune fidélité, ni à l’œuvre, ni à vous. Vous inventez avec les mots que vous avez et avec l’énergie de l’œuvre.

  1. (facultatif) sélectionner, composer, danser

Sélectionner ce qui vous intéresse le plus dans ce que vous avez écrit, ce qui vous surprend. Déplacez au besoin l’ordre de vos phrases. Privilégiez les effets de connexions entre l’œuvre et vous ; « composez », « faites danser » votre (vos) texte(s) avec l’œuvre et avec vous-même.

  1. 7. Lisez…

ne vous « relisez pas », lisez, devant l’œuvre, même si lecture silencieuse, comme pour la première fois. Ne vous jugez pas.

Lorsque vous avez terminé, venez agrafer vos feuillets à l’accueil et glissez les dans l’urne posée à cet effet. Vos participations seront lues, scannées et archivées, elles pourront être sélectionnées et publiées sur le blog dédié de Normandie Impressionniste.

* N’utilisez que le recto des feuilles mises à votre disposition et apposez chaque fois votre pseudo.

 

IDENTIFIANTS autoportrait*

 

PSEUDO :

 

AGE / LIEU DE NAISSANCE :

 

SITUATION-ACTIVITES PROFESSIONNELLES ET/OU ETUDES :

 

 

ACTIVITES CULTURE /MILITANTISMES/ LOISIRS :

 

 

AGE/LIEU DE NAISSANCE/ ACTIVITES PROFESSIONNELLES DES PARENTS :

 

 

CONVICTIONS MORALES/POLITIQUES/ RELIGIEUSES / ESTHETIQUE

 

 

Je souhaite recevoir un scan de ma production ainsi que les informations et invitations aux restitutions de Normandi®e

 

Adresse mail :

 

L’adresse restera confidentielle.

 

Date :

* Pour que votre contribution soit prise en compte, vous devez remplir ce formulaire.

Maitre Eckhart, IN OMNIBUS REQUIEM QUAESIVI

SERMON 60

Ces paroles sont écrites au Livre de la Sagesse. Nous allons cette fois les interpréter comme un dialogue de la Sagesse éter­nelle avec l’âme. La Sagesse dit : « J’ai cherché le repos en toutes choses. » Et l’âme reprend : « Celui qui m’a créée a reposé dans ma tente. » La Sagesse éternelle prononce une troisième parole : « En la ville sainte est mon repos 2. »

(I.) Si l’on me demandait de rapporter intégralement quelle a été l’intention du Créateur quand il a formé toutes les créatures ?, je dirais : «le repos». (II.) Si l’on me posait une deuxième ques­tion : Que cherche absolument la Sainte Trinité dans toutes ses oeuvres ?, je dirais : « le repos ». (III.) Si l’on me posait une troi­sième question : Que cherche l’âme dans tous ses mouvements?, je dirais : « le repos». (IV.) Si l’on me posait une quatrième ques­tion: Que cherchent toutes les créatures dans leurs désirs et leurs mouvements naturels ?, je dirais : « le repos ».

 

(I.) Nous allons d’abord constater et examiner comment le visage divin de la nature divine rend insensé et fou le désir que toute l’âme a de lui, afin de l’attirer à lui. Car la nature divine, qui est repos, a tant de saveur pour Dieu et lui est si délectable, qu’il l’a projetée hors de lui-même pour exciter et attirer à lui le désir naturel de toutes les créatures. Non seulement le Créa­teur cherche son propre repos du fait qu’il l’a projeté hors de lui-même et inséré dans toutes les créatures, mais 11 cherche à ramener à lui toutes les créatures en leur première origine, c’est-à-dire le repos. En outre Dieu s’aime lui-même dans toutes les créatures. De même qu’il cherche l’amour pour lui dans toutes les créatures, il cherche aussi en elles son propre repos.

(II.) En deuxième lieu, la Sainte Trinité cherche le repos. Le Père cherche le repos dans son Fils, c’est pourquoi il a épanché et formé en lui toutes les créatures, et tous deux cherchent le repos dans l’Esprit saint émané de tous deux en tant qu’amour éternel sans mesure.

(III.) En troisième lieu, l’âme cherche le repos en toutes ses puissances et tous ses mouvements, que l’homme le sache ou l’ignore. Jamais il n’ouvre les yeux ou ne les ferme sans cher­cher par là le repos : ou bien il veut rejeter hors de lui quelque obstacle, ou bien il veut attirer à lui quelque chose où se reposer. C’est par ces deux mobiles que l’homme accomplit toutes ses oeuvres. Je l’ai déjà dit souvent : l’homme ne peut jamais éprou­ver amour ou joie en aucune créature sans qu’il y ait là une res­semblance avec Dieu. Ce que j’aime, c’est ce en quoi je reconnais le plus de ressemblance avec Dieu, et dans toutes les créatures, rien n’est si semblable à Dieu que le repos. Troisièmement, nous examinerons comment doit être l’âme en laquelle Dieu repose. Elle doit être pure. Qu’est-ce qui rend l’âme pure ? C’est qu’elle se tient aux choses spirituelles, ce qui l’élève, et plus elle s’élève, plus elle devient pure dans sa piété, et plus elle devient pure dans sa piété, plus elle devient puissante dans ses oeuvres. Un maître dit au sujet des étoiles : plus elles brillent près de la terre, plus elles sont faibles dans leurs opérations : elles ne sont pas à leur juste distance. Lorsqu’elles parviennent à cette juste distance, elles se trouvent au point le plus élevé, on ne peut pas les voir de la terre, mais leurs opérations sont alors le plus puis­santes. Saint Anselme dit à l’âme : (I) Éloigne-toi un peu de l’agitation des oeuvres extérieures. (2) En deuxième lieu : Fuis et cache-toi devant la tempête des pensées extérieures qui pro­voquent aussi l’agitation dans l’âme.

(3) En troisième lieu : en vérité, l’homme ne peut rien offrir de plus agréable à Dieu que le repos. Dieu ne se préoccupe abso­lument pas et n’a pas besoin de jeûnes, de prières et de toutes les pénitences comparativement au repos. Dieu n’a besoin de rien sinon qu’on lui offre un coeur en repos; il opère alors dans l’âme de telles oeuvres secrètes et divines qu’aucune créature ne peut l’y aider ni les voir; même l’âme de Notre-Seigneur jésus­Christ ne peut jamais y regarder. La Sagesse éternelle est d’une délicatesse si subtile et si rayonnante qu’elle ne peut pas sup­porter que quelque créature intervienne lorsque Dieu agit seul dans l’âme, c’est pourquoi la Sagesse éternelle ne peut pas suppor­ter qu’aucune créature en soit témoin. Le Seigneur dit : « Je conduirai mon amie dans le désert et je parlerai a son coeur », c’est-à-dire dans le désert vide de toutes les créatures.

(4) En quatrième lieu il dit (Anselme) que l’âme doit reposer en Dieu. Dieu ne peut pas opérer dans l’âme l’oeuvre divine car tout ce qui pénètre dans l’âme comporte une mesure. La mesure est ce qui inclut quelque chose en soi et exclut de soi quelque chose. Il n’en est pas ainsi des oeuvres divines : elles sont sans mesure et sont incluses dans l’ouverture de la révélation divine. C’est pourquoi David dit: « Dieu siège au-dessus des Chérubins »; il ne dit pas qu’il siège au-dessus des Séraphins. Les Chérubins désignent la Sagesse, c’est-à-dire la connaissance, celle-ci porte Dieu dans l’âme et conduit l’âme vers Dieu. Mais elle ne peut pas l’introduire en Dieu. C’est pourquoi Dieu n’opère pas ses oeuvres divines dans la connaissance, car celle-ci comporte une mesure dans l’âme, mais il les opère divinement en tant qu’il est Dieu. Alors se présente la puissance supérieure – c’est l’amour – et fait sa percée en Dieu et conduit l’âme en Dieu avec la connais­sance et avec toutes ses puissances et l’unit à Dieu; alors Dieu opère au-dessus de la puissance de l’âme non pas en tant qu’elle est âme, mais en tant que divine en Dieu. Alors l’âme est plongée en Dieu et baptisée dans la nature divine, elle reçoit là une vie divine et elle attire à elle l’ordre divin, en sorte qu’elle est ordon­née selon Dieu. On peut le constater par une comparaison, ainsi que l’écrivent les maîtres en sciences de la nature : quand l’en­fant est conçu dans le sein de sa mère, il a la mesure de ses membres et son aspect extérieur, mais lorsque l’âme est intro­duite dans le corps, la forme et l’aspect extérieur qu’il avait d’abord disparaissent et il acquiert une unité, ceci par la puis­sance de l’âme, et il reçoit de l’âme une autre forme et un autre aspect, conforme à la vie de l’âme.

Il en est ainsi de l’âme : quand elle est totalement unie à Dieu et plongée dans la nature divine, tous les obstacles, toute sa faiblesse et son instabilité disparaissent, elle est absolument rénovée dans une vie divine, elle est ordonnée dans toutes ses moeurs et dans toutes ses vertus selon les moeurs et les vertus divines, ainsi qu’on peut le constater par la lumière : plus la flamme brûle près de la mèche, plus elle est noire et grossière, mais plus la flamme s’élève loin de la mèche, plus elle est lumi­neuse. De même plus l’âme est élevée au-dessus d’elle-même, plus elle est pure et claire, et plus Dieu peut opérer parfaitement en elle son oeuvre divine dans la ressemblance avec lui-même. Si une montagne s’élevait à deux lieues au-dessus du sol et si l’on écrivait dessus des lettres dans la poussière ou le sable, elles resteraient complètement, ni vent ni pluie ne les efface­raient. Ainsi un homme vraiment spirituel devrait être élevé dans une véritable paix, totalement et immuablement dans les oeuvres divines. Un homme vraiment spirituel doit avoir honte d’être si facilement transformé par l’affliction, la colère et la mauvaise humeur : cet homme n’a jamais été vraiment spirituel.

(IV.) En quatrième lieu, toutes les créatures cherchent le repos par leur tendance naturelle; qu’elles le sachent ou l’ignorent, elles le prouvent par leurs oeuvres. La pierre n’est jamais dépourvue du mouvement qui l’entraîne vers le sol tant qu’elle n’est pas posée sur le sol. Il en est de même pour le feu : il tend à s’élever, et chaque créature cherche son lieu naturel; ceci prouve la ressemblance avec le repos divin que Dieu a projeté dans toutes les créatures.

Que Dieu nous aide pour que nous cherchions et trouvions ainsi en Dieu la ressemblance du repos divin. Amen.

 

 

 

Les Soirées du vendredi 1983-1989, matériaux

intervention le 8 octobre 2015 dans le cadre du Colloque

« Cultures en Normandie, Années 80 »

LE TOURNANT DU CONTEMPORAIN DANS LES ANNÉES 1980 ?

AUDITORIUM DU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE ROUEN ENTRÉE LIBRE 7 ET 8 OCTOBRE 2015

Pour avant-propos, pour « zoner », griser la zone de notre propos, à savoir une relation jouée au plus-que-présent, comme on dit plus-que-parfait, une relation à un révolu qui fait retour, une interrogation sur la dimension d’Histoire – ou ce qui en fait sensation –, je ferais lecture, à l’heure de Mandelieu la Napoule, désastre présent, de Déluge sur les terres, Tomas Tranströmer, Gallimard (1996/2004/2011 : un texte des années 60, traduit en français, en 96, puis 2004, par un auteur révélé vraiment en France par son Nobel de littérature en 2011) page 138. Lire, ou bien écouter.

Après lecture, N.B : les « montjoies » du poème m’ont fait penser aux monticules de sable, de Guy Chaplain, lors de son installation le vendredi 22 janvier 1988 : « 1 jour… dans le jardin du pharaon », Chaplain, de qui Michel Servière, philosophe (Université de Rouen et Collège international de philosophie), écrivait ceci : « L’œuvre de Chaplain se déroule selon les rigueurs d’une logique d’entêtements intelligents. Il reconstruit, pour s’y inscrire, lui, seul, de grands blocs d’histoire et de culture ». Histoire, nous y voilà.

  1. Nous ne sommes pas les historiens de notre histoire, en sommes-nous davantage les témoins, pas sûr non plus, on a peut-être besoin d’autres mots, on a besoin d’écriture pour déplacer mots, faits et temps. Lire Ivan Jablonka, 4ème de L’Histoire est une littérature contemporaine, Seuil, 2014, Jablonkapuis page 19. Jablonka 2Ou bien écouter:
  2. Dire qu’une soirée du vendredi pourrait aujourd’hui s’esquisser en invitant l’auteur, et en lui proposant un dialogue, avec, mettons, Pierre Guyotat, pour d’emblée intranquilliser le rapport au réel posé par l’historien-écrivain. Explications, page 82-85. Et même 86. Ecouter             ou lire Guyotatlire Guyotat 2lire Guyotat 3
    Décrire, justement, la soirée, conçue et organisée par Jérôme Alexandre, le 4 mai 1984, « Le Livre », lu par Guyotat, « assisté de » Jacques Henric et Philippe Muray. Un français plongeant dans les entrailles du français, un français étranger, une table, un auteur lecteur, un public en face, tout près. Pierre guyotat, en guise de politesse, avant de commencer, dit : ça peut être très long, vous pouvez m’interrompre. Il lit, trois quart d’heure peut-être et un spectateur l’interrompt : « c’est bon, ça peut s’arrêter maintenant ! » S’ensuit un débat un peu lourd, lent, bourré d’angoisse.  Les « assistants » restent dans l’ombre jusqu’au bout. Solitude de fond de l’écrivain, et mon sentiment alors, sans doute injuste, de « non-assistance à personne en danger », de la part de Henric et Muray.)
  3. A partir du « marxisme » de Guyotat, évoquer la reconstitution de la fête de la raison le jeudi 23 octobre 1986 et la soirée du vendredi avec Claude Mazauric, alors directeur du département d’histoire de l’Université de Rouen, et membre du parti communiste, représentant de l’historiographie marxiste de la révolution française, et Michel Vovelle. La tension intellectuelle versus François Furet, Mona Ozouf. Malentendu ou coexistence des mondes? Les premières rangées de l’émotion commémorative au son de la première Marseillaise dans le temple Saint Eloi bourré à craquer, et notre « reconstitution-déconstruction » de la langue en terreur (souvenir de Frédéric Révérend en acteur critique de l’orateur)La fête de la raison, dans P.N
  4. L’invention des Soirées du vendredi, la figure de Jérôme Alexandre, à introduire par la quatrième de Passion fixe – lire    Sollers Passion fixeou, peut-être mieux, écouter :

    Philippe Sollers, la figure de référence qu’il constitue à cette époque, selon des passions, parfois violentes, toujours plus équivoques que contradictoires, équivocité qui est le lit de la Littérature, et la lie de la morale. La Soirée Paradis à l’époque de la sortie de « Femmes ». Lecture de 10 heures de Paradis, le 13 mai 1983. « Il représentait tellement un mythe vivant, il comptait tellement dans mon existence de recherche… ». Jérôme : récit. Arrive à ce poste de responsable culturel de la ville de Mont-Saint-Aignan après un repli, une retraite de deux ans dans le fin fond de la Provence, une vie de berger quasiment, en rupture avec une vie parisienne à la Drac Ile de France. Son état intellectuel d’alors : « Je me disais haut et fort anarchiste, un chrétien anarchiste. Attentif à tout ce qui était extrême, c’était ma névrose. Les situationnistes, Debord et consorts ». C’est cette part encore toute chargée des années 70 qui s’investit en contre-courant des années 80, lesquelles s’avancent comme des années plutôt positivistes dans le champ culturel : augmentation substantielle des moyens, pour un développement culturel à double face : légitimation des cultures dites populaires et démocratisation des arts élitaires pour tous (Vitez) assortie de pratiques de courtisans (le théâtre et son prince, Robert Abirached, 1992), ou bien, Marc Fumaroli, L’Etat culturel, 1991). Loin de cette vulgate, Jérôme Alexandre invite par exemple le 9 mars 1984 les animateurs de la revue TXT, Christian Prigent, Claude Minière. Christian Prigent, auteur notamment de « la langue et ses monstres », anthologie critique d’une littérature conçue comme organon des grandes irrégularités (textes rédigés entre 1975 et 1988). La passion fixe de Jérôme est assurément le christianisme et la figure névralgique de Pasolini notamment nous réunira, un nous à grande distance de la croyance chrétienne, autour d’une lecture dont il a l’initiative, du scénario non porté à l’écran consacré à Saint-Paul. Je fais partie de l’aventure de cette soirée du vendredi 4 novembre 1983 avec quelques comédiens de la région. La figure de Valère Novarina qui alors commence tout juste à émerger sur la scène littéraire et théâtrale française : invité à plusieurs reprises par Jérôme et par moi (dont Le drame de la vie, lecture par l’auteur le 16 mars 1984, le Discours aux animaux, joué par André Marcon, suivi d’un échange avec l’auteur le vendredi 23 mai 1986), Valère Novarina incarne une créativité iconoclaste et fervente dans laquelle nous nous retrouvons avec enthousiasme. Jacques Falguière, à Évreux, prendra le relais d’un accueil fidèle des productions de l’auteur-metteur en scène dans la région haute-normande. Ce que sont ces soirées du vendredi : souvent en-deçà ou au-delà de ce qu’elles veulent être, mais toujours tendues entre réalité des rencontres « vraies » et manifeste de la poésie vécue (j’emprunte l’expression à Alain Jouffroy, à son livre éponyme, 1994).

  5. Lecture de trois textes, deux de Jérôme, un de moi. (2’ + 4’30 + 2’35), qui forment un autoportrait en miroir des Soirées du vendredi, sous l’angle du désir qui les soutenait. Trois textes à traiter comme trois documents. Le premier texte de Jérôme, daté d’octobre 1983 je crois, je me souviens de sa confection et des avis que Jérôme sollicitait auprès de nous (moi j’arrivais à Rouen avec un spectacle qu’il avait intégré à ses soirées). Ce texte est directement référencé à Daniel Sibony, figure alors de la psychanalyse rayonnante, libre, ouverte à tous les vents – de la philosophie, de la religion, du théâtre, de la danse… Sibony a été invité au moins trois fois, l’une pour son livre, L’amour inconscient, Grasset, 1983, la seconde pour une lecture en hébreu et un commentaire du Livre de Job, en compagnie de Philippe Nemo (Job, et l’excès du mal, Grasset, 1978). La troisième autour de son livre « Avec Shakespeare » (c’est moi qui l’invitait alors). Le second texte, actuel, de Jérôme témoigne du théologien qu’il est devenu, et du dialogue qu’il ne cesse de nourrir avec les artistes – en témoigne par exemple son livre dialogue avec Bernard Marcadé, L’urgence de l’art, Parole et silence, Collège des Bernardins, 2015. Sa parole d’aujourd’hui explicite son engagement chrétien d’alors, elle le met à découvert. Le troisième document est un texte signé par moi. A cette époque je suis davantage nourri par la figure insistante de Maurice Blanchot, la constellation philosophique, littéraire, artistique de Jean-Christophe Bailly, Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Luc Nancy, et par la passion Deleuze. Mais ce qui importe alors c’est l’ouvert de l’amitié, l’échange des sincérités, et ce qui en résulte, la variété, la diversité, un éclectisme qui ne devait rien à la paresse culturelle prétendant vouloir faire plaisir à tout le monde, et tout à une authentique curiosité et désir de l’autre libre en son fond. Le document accompagne une soirée de clôture très fournie (13 juin 1986). C’est en fouillant les quelques archives qui me restent que j’en prends connaissance, à travers ce fait, tout à fait insolite, qu’il a été publié par le quotidien Paris-Normandie (le quotidien régional devenant revue !), avec toutefois une grosse coquille dans le titre qui reprenait le titre du texte et formait celui de la soirée : LE LIEU DELIÉ y devenait un absurde LIEN DELIÉ. Une autre coquille, témoignant de l’outillage rudimentaire d’information de la ville de Mont-Saint-Aignan alors, la feuille A4 pliée en trois y est encore appelée « Rantanplan » quand elle est passée, sur un papier un peu plus « noble », à « Informations culturelles », une dernière faisant carrément contresens : « C’est un lieu de peur » au lieu de « ce n’est pas un lieu de peur ». La soirée comprenait une performance radio-théâtrale avec la complicité de la radio FMR (Laurent Delabouglise) qui diffusait en direct une lecture déambulatoire dans les locaux du centre et les rues de Mont-Saint-Aignan, une exposition trace des rencontres et performances d’artiste (Noir Limite, Denis Godefroy, Guy Lemonnier). Soirée trace du maelstrom de rencontres, d’événements, d’expériences que constituait une saison de soirées du vendredi. Lecture donc, ici :Carton soirées du vendredi 83là : Carton 2 soirées du vendredi 83et là :Le lieu délié, dans P.N ou bien écouter ceci :

    et cela.

  6. L’environnement immédiat de l’initiative de Jérôme en 1982-1983 : Christian Garros, Michel Jules, Pierre-Albert Castanet, Louis Thiry, Denis Godefroy, Laurent Delabouglise, Dominique Boivin… Christian Garros, son bigband, l’école de Jazz, au sauvetage et à la consolidation de laquelle Jérôme consacre les premiers mois de sa fonction. Et de façon adjacente les ateliers musicaux dans une conception pédagogique « libertaire », du moins au départ. Jérôme en avait confié la responsabilité à Pierre-Albert Castanet, en thèse de musicologie alors (lorsque je prends la suite des soirées, fin 85, la complicité avec Pierre-Albert produira des soirées du vendredi mémorables : rencontre avec Pierre Shaeffer, concert rencontre avec Georges Aperghis, Martine Viard, la revue Entretemps avec Antoine Bonnet et François Nicolas, la rencontre fructueuse avec Michelle Biget – une soirée consacrée au romantisme allemand, intitulée La légende dispersée, en hommage à Jean-Christophe Bailly et bien sûr l’initiative de la Fête de la raison)… C’est l’époque où tous les concerts de Rouen Jazz Action, organisés par Michel Jules, se déroulent au centre Marc Sangnier. Souvenir d’une session ensorcelante de Cecil Taylor, dansant son piano devant un public plutôt clairsemé. C’est l’ère des amitiés créatives, traductions concrètes de nos formulations parfois jugées intellectualistes. Les amis de nos amis deviennent nos amis, une communauté ouverte. Entre Jérôme Alexandre et l’organiste-claveciniste Louis Thiry, une amitié presque familiale, qui s’étend au peintre Jean-Pierre Bourquin, et que je relaie plus tard en programmant un concert Bach sur le clavecin peint par l’artiste, et entouré par une toile de grand format. Ce même artiste ami, JPB, que j’embarque dans une performance autour de Richard III, à l’occasion de laquelle est accueilli Daniel Sibony. A cette époque, Jean-Pierre Bourquin forme une sorte de duo avec Denis Godefroy, qui est la voix forte de la peinture en Haute-Normandie. Les Soirées du Vendredi fonctionnent en relation avec la galerie Déclinaison(s). A l’initiative de Jérôme Alexandre, Godefroy met en scène une rencontre lecture du « best-seller théorique » de l’époque, en tout cas pour nous, repère passionnel et très étayé, La peinture et le mal, de Jacques Henric, interprétée par l’auteur et Michaël Lonsdale. Denis Godefroy qui est aussi musicien, s’engage dans des performances de peinture en public pendant des concerts. Une performance mémorable avec Steve Lacy, le 18 octobre 1985. Le terrain de la philosophie, de la religion, de la théorie esthétique lui est aussi familier, il organise avec Jérôme une soirée intitulée L’art et l’argent, avec notamment le staff d’Art Press, des critiques et des collectionneurs.
  7. Dominique Boivin/Beau Geste, que Jérôme accueille au Centre Marc Sangnier (on ne parlait pas encore de résidence, courte ou longue) apporte une créativité tous azimuts, un art de l’événement. La danse est au cœur des arts de la scène des années 80. Autour de Beau Geste, grâce à eux, découverte de Grand Magasin, de Karl Biscuit, peut-être aussi de la Compagnie Alis, que j’invite en janvier 1986. Pour le coup, des esthétiques très ludiques, très débarrassée des pesanteurs théâtrales ou des emphases à la Béjart. La « touch » Beau Geste et d’une certaine manière leur réseau d’esthétiques voisines donnent aux soirées du vendredi une légèreté, un goût de la liberté, du déjanté qui permettent aux spectateurs une approche décomplexée de l’ensemble des soirées. Liberté, c’est le maître mot qui subsiste du côté des artistes comme du côté du public. Un même mois enchaînait une rencontre avec Natacha Michel, une écrivaine dans le sillage d’Alain Badiou, Alain Finkielkraut avec sa « défaite de la pensée », qui contenait sans doute le Finkielkraut d’aujourd’hui, perclus de ressentiment, mais qui alors devait faire écho à notre conservatisme caché ou éclairé, comme on voudra. Puis une soirée (inoubliable) avec le penseur artiste protéiforme Pierre Schaeffer. Ou bien la dernière création de Grand magasin, une soirée dédiée aux Palestiniens, et une autre réunissant Valère Novarina et Daniel Busto
  8. La radio FMR, radio locale emblématique du développement des radios libres de l’ère mitterrandienne est hébergée dans le centre, sur initiative de Jérôme, et elle se rend complice de tout ce qui se passe au Marc Sangnier et principalement des Soirées du Vendredi. Laurent Delabouglise s’associe à l’aventure, nous confie ses ondes pour des émissions régulières. Chaque soirée du vendredi nous amène à descendre dans le sous-sol (c’est là qu’officie la radio) avec les artistes, écrivains, philosophes pour des quarts d’heure insolites. Je prends en charge une émission mensuelle avec des entretiens « en mouvement » avec des artistes. Je me souviens de Denis Godefroy que j’ai interviewé dans le grand huit de la Foire Saint Romain, Jacques Petit en bicyclette… Ce qu’en dit aujourd’hui Laurent Delabouglise : « Ce qui s’est passé alors au Centre Marc Sangnier a été une chose unique. Je n’ai jamais vécu une chose similaire, cette liberté de croiser les genres, nous n’étions pas enfermés dans des préconçus. Avec Beau Geste, avec Jérôme, avec toi, tout le monde avait compris ce qu’on pouvait faire de ce lieu-là. Qui n’était pas en soi formidable mais qui se caractérisait par sa malléabilité. C’était une salle-cube neutre, le champ de tous les possibles. Ni un théâtre, ni une salle de spectacle, ni une MJC, ni quoi que ce soit de répertoriable. C’était un lieu hybride, on n’était pas intimidé et en même temps il y avait un niveau d’exigence très élevé.»
  9. Le lieu, en effet, était fruste. De lourds praticables en bois qui faisaient gradins en tous sens, espaces scéniques, ou qui disparaissaient totalement, un grill technique sur toute la surface du plafond, un son tout à fait correct. A la poétique des relations artistiques il convient de rappeler la poétique du lieu qui en était le foyer. C’était un « black cube ». L’une des toutes premières soirées que j’ai signées en révélait, je crois, la puissance et le mystère. Il s’agissait du groupe « NOIR LIMITE», qui réunissait Jean-Claude Bélégou, Florence Chevallier et Yves Trémorin, trois photographes engagés dans une passion commune, dans des esthétiques partagées, à l’heure où il n’y avait pas, comme le rappelle aujourd’hui Jean-Claude, de marché de la photographie en France, tout au plus quelques galeries à Paris, comme celle de Chaumette, embryonnaire et militante. La soirée : les photographes en combinaison, un noir parfait, des gouttières au sol pour l’écoulement des produits, des pulvérisateurs, les très grands formats de Florence. Une véritable échappée de l’incompréhensible 30/40 qui dominait alors toutes les expos de photos. Souvenir exaltant, disent-ils aujourd’hui. Moment collectif, d’un art aussi hyper solitaire que celui d’écrire. Epoque partagée, qu’une formule de Florence résume assez fortement : il s’agissait de faire œuvre pour faire une vie. Pour la magie du lieu ? Plusieurs performances, celles de Guy Chaplain, bien sûr (et je me souviens d’un moment latéral dans son travail, où nous nous sommes retrouvés, lui à percer au chalumeau un grand gong de métal et moi à lire un poème de Michel Deutsch méditant sur la physique, des présocratiques à l’astrophysique.), celle de Guy Lemonnier qui avait introduit un pylône électrique dans la salle pour nous introduire dans l’alchimie d’un dessin…
  10. Mais la magie du lieu pouvait être aussi dans ces situations simplissimes, telles qu’un certain vendredi 1er mars 1985, où nous écoutions Marie Madeleine Davy et Alain de Libera qui ressuscitaient le XIVème siècle de Maître Eckhart, de la mystique rhénane, où nous nous reposions avec Louis Thiry, au clavecin, sur le génie de Bach. 25 jours plus tard, mon premier fils naissait au son des partitas jouées par Casals et Tortelier. La lecture de Maître Eckhart, suscitée par mes échanges avec Jérôme et par la grâce (d’allure sévère peut-être mais grâce tout à fait) de cette soirée fut pour moi le sceau qui fondait en une seule pression amour de l’art et de la pensée, amitiés concrètes, et amour tout court. Lecture, dans laquelle alors le nom trop sonore de Dieu s’efface derrière, ou devient simple prétexte, pré-mot de l’immensité, de la vitesse opératoire de la pensée et de son partage, de sa circulation, du réel et de son échange de forces, de l’absolu mouvement que constitue l’énoncé du repos le plus intrinsèquement vivant qu’on ait jamais articulé (précisément hors d’un imaginaire de mort). Lecture, ou bien audition de la première page, juste, pour la proposition de vitesse hors cathédrale.

La fin de l’histoire ? 1989. Ce qui se libère à Berlin se resserre à Mont-Saint-Aignan. Le pouvoir pour le pouvoir remporte la mise. Les choses rentrent dans l’ordre. La culture pour la culture va son cours. Et, conformément à l’énorme révolution conservatrice qui a démarré dans ces années 80, et qui connait son hyper-fin toxique de nos jours, la valeur pour la valeur, ce sésame de l’ultra-libéralisme, a inondé le monde de l’art, de la culture, de la consommation. Si un retour sur ces années 80, à travers une expérience alors déjà « inactuelle » (au sens de Nietzsche), peut avoir un sens et une utilité aujourd’hui, sur le terrain même de l’urgence, alors, retournons-y, non pour nous y complaire ou nous « patrimonialiser », mais pour y polir des armes, c’est-à-dire une « âme », un « animé » pour notre singulière époque.

Le mot de la fin, je le laisse à Jérôme Alexandre :

« Pauvreté du lieu, pas de moyen financier, pas de moyen de communication. C’est ce qui me mettait en condition pour désirer le faire. Traverser les fissures du malentendu, des contretemps, des manques, pariant sur la générosité, l’authenticité, la vérité du désir. Celle-ci, quand elle est portée au moins par quelqu’un, elle est reçue. Et c’est ce qui s’est passé. »

 

Philippe Ripoll, le 7 octobre 2015

 

 

 

 

DÉLUGE SUR LES TERRES, Tomas tranströmer

La pluie martèle le dessus des voitures.
L’orage gronde. Le trafic marque le pas.
On allume les phares en pleine journée d’été.
La fumée se rabat dans les cheminées.
Tout ce qui vit se terre, ferme les paupières.
Un geste à l’intérieur: sens la vie de plus près!
La voiture presque aveugle. Il s’arrête,
se fait un feu privé et fume
tandis que l’eau ruisselle le long des vitres.
Sur un sentier de forêt, qui à l’écart serpente
près d’un lac avec des nénuphars
et d’une longue colline s’estompant sous la pluie.
Là-haut reposent les mont-joie
de l’âge de fer quand ici il y avait
des guerres de tribu, un Congo plus glacé
et le danger rabattait les troupeaux et les gens
en un centre de murmures à l’abri des murailles,
à l’abri des ronces et des rochers de la crête.
Un talus obscur, quelqu’un qui avance
gauchement grimpe avec un bouclier sur le dos,
voilà à quoi il pense dans la voiture à l’arrêt.
Le jour revient, il fait descendre la vitre.
Telle une flûte un oiseau parle tout seul
sous une pluie muette de plus en plus ténue.
La surface du lac se tend. Entre les nénuphars
le ciel d’orage chuchote à la vase.
La forêt lentement entrouvre ses volets.
Mais le tonnerre tombe droit de l’accalmie!
Un bruit assourdissant. Puis ce vide
où les dernières gouttes doucement se posent.
Il entend dans ce silence une réponse qui vient.
De loin. Comme une grosse voix d’enfant.
Un beuglement qui monte de la colline.
Un fracas de sons agglutinés.
Une longue trompette éraillée de l’âge de fer.
Et peut-être même du plus profond en lui.

Paquet 2 – 10. Lendemain qui chante

13 août 2015

Dans cette

Maison

Au nord magnétique

Elevée à la vue, à la mer

Que dans la nuit le phare et l’éclair balaient

Des hommes industrieux nomment, s’affairent

Construisent châteaux et savoirs

Et des hommes sans

– Fous, alzheimers, alcooliques, chômeurs

Par-delà leurs jeux en pendentif

Autour du cou de ceux qu’ils aiment et envient, de ceux

Qui règnent

Par-delà douleur d’exil –

Voient

– phare et éclair –

La vie qui nous est faite

– nous ne vivons ni mourons

Juste roulons acrobates en vélo

Sur le fil

Entre phare et

Eclair

Tombons et voyons

La mer, le vent, le gouffre

La terre, ses naviguants

 

A l’intérieur d’un poème gonflent

Des romans, des traités, des sciences

Et les toits font une présence miroir à la nuit

Avant d’allumer la lumière, de battre

Le fer actif

Prends place autour de cette

Table – qui est tienne comme

Cette maison est tienne

Et vois la nuit qui s’évapore – doucement

Sous le rythme du phare, de l’éclair

Des vagues, de la salle des machines

– car c’est un vaisseau, ton foyer

 

Le dieu – la vie non possédée

Se distribue

Magnanime

C’est un sommeil créateur

Le maire de cette

Commune

Reviendra nous conter les millénaires

Alternés de silice et de calcaire

Et l’intime des goélands

– chœur grec piaillant d’enthousiasme aux premiers coups d’ailes de leurs petits

A présent nous pouvons en

lever

Table, chaises, canapés

Dégager le sol

Comme l’est

Dégagée

Notre vue

Sur la tempête, le jour qui se lève

Et danser

Secret contre secret, destin contre destin

Cette musique nous meut

Le nom d’homme passe, comme cette silhouette dans la pénombre

A franchi, chancelé la clôture

A vingt mètres de là

Celui de femme aussi, mais plus près, lui

Du deux que nous sommes

A fouiller l’expérience, l’u

nité

De vent, pluies, vagues, ciel pâle

Désormais page visible

Paquet 2 – 9. un régime d’existence

Mardi 11 août 2015
Funambule sur l’onde du milieu
Amants ils expérimentent d’une même main amour et haine
Justice et injustice
L’équilibre, grec – rhythmer l’action
Dévoiler politique la poésie
Coûte que coûte un vainqueur
Qu’on mette Bien en oriflamme ou
D’autres atrocités
Les faiseurs de déni sont prêts à tout
Dans le tango on parle de troisième volume :
C’est la place du poème
Je dis poème comme un mendiant
Je n’ai rien, aucune réalité poétique
Je mets poème à la place de mon vide
Mais qu’il sonne creux ce mot, juste creux
Et c’est ma pièce d’or du jour
Qui est-elle, celle qui se préfère ?
Et ce que je suis pour amplifier
La souffrance commune
Qui fleur pendant que bourdon butine ?
Qui est ce fleur-et-bourdon ?
Qui l’écrivain et qui Monsieur Smith
Frère de Bartleby et de Molloy
(lire le passage afin de s’éviter contorsions explicatives)
Suis-je prêt comme je le voudrais
Qu’à tout moment
Mon abri disparaisse – mon corps
Et quand je dis alors « mon »
Cela désigne telle force
Qui n’appartient pas
J’aimerais
Mais peut-être la minute d’après
Le danger se concrétisant
Je refuse méchamment la possibilité de mourir
Soit
Mais le poète, cette figure sans propriétaire
Danse sur l’onde au milieu
Il faut que je me détache de mon nom-rimbaud
Non parce que je ne suis pas rimbaud
Non que je ne suis poète
Ni rien de la troupe qui s’est laissé happer par le nom, par le nhomme
Il n’y a concurrence du nom ni du moi
Ni machine d’ailleurs ni machine : ne va pas penser remplacer
Ce quoi qui pense par le nom de machine
Nous mourrons en machine, certes
Notre héritière
Mais c’est encore une histoire de surface
Ni machine ni technique ne conviennent pour nommer
Le phénomène désapproprié
L’éco-méditation
Parole ni savante ni poétique ni médiatique
Nue, au lendemain d’une engueulade avec elle
Et d’une trouvaille, entre nous
Un régime d’existence

Paquet 2 – 8. Copie

Lundi 10 août 2015
Autre chose que ce qui est là (comme un halètement)
Rien que là (pratique amateur de mantra)
Dans le présent du corps connecté au tout de la vie
Une phrase morale et une phrase utile
Les vertus d’échec, les vices de la fortune
La simplicité heureuse, l’obscurité
Mon personnage se confie
Soit il fuit soit il meurt en héros non vu
La confidence déplacée toujours
Il suffit de partir d’un autre mot que le prévu prévisible
En ce qui concerne légitimité, reconnaissance,
Et toutes les plumes de mots qui volent autour
Nous nous sommes parfaitement compris
Celui qui parle est vieux sans un sou, sans prestige
Celui qui écoute a encore le démon, la croyance, l’esclavage
Celui qui réécrit change de lit, de livre
Réécrire, désécrire
O saison, ô châteaux,
Quelle âme est sans défauts ?
O saisons, ô châteaux,
J’ai fait la magique étude
Du Bonheur, que nul n’élude.
O vive lui, chaque fois
Que chante son coq gaulois.
Mais ! je n’aurai plus d’envie,
Il s’est chargé de ma vie.
Ce Charme ! il prit âme et corps,
Et dispersa tous efforts.
Que comprendre à ma parole ?
Il fait qu’elle fuie et vole !
O saisons, ô châteaux !
O saisons, ô châteaux !
Quelle âme est sans défauts ?
J’ai fait la magique étude
Du bonheur, qu’aucun n’élude.
Salut à toi, chaque fois
Que chante le coq gaulois.
Ah ! je n’aurai plus d’envie :
Il s’est chargé de ma vie.
Ce charme a pris âme et corps
Et dispersé les efforts
O saisons, ô châteaux !
L’heure de sa fuite, hélas !
Sera l’heure du trépas.
O saisons, ô châteaux !
(Cela s’est passé. Je sais saluer la beauté.)
Ce sont des comptines
C’est pour dire que ce n’est pas grave, la vie
Mais grâce
Qu’il parle, à la place
Mais je ne lis pas pour reporter ma tâche
Exercices, chaque jour
Muscles en action

Paquet 2 – 7. Prendre l’espace vite

Samedi 8 août 2015
Dans la foulée au réveil
Tourner dans le bout de ville comme autour du point d’interrogation
Qui a dormi dans un lit chaud
Un exercice d’atelier d’écriture proposera d’inventorier tout ce qui aura été vu
Les graviers avec quelques herbes, la proximité de la petite maison de la voisine
Qui s’est résolue en étrangère croissante
Le ciel, haut, pâle, quelques hauts nuages
Je n’ai pas regardé le panneau publicitaire qui surveille notre maison
J’ai vu l’air frais que je poussais et qui se refermait derrière moi
Je n’ai pas regardé le connu, je n’ai jamais regardé le connu
Ce serait le moment d’en faire la liste – pour qui ne périt pas ce jour
J’ai vu un homme tonneau promener son tout petit chien
Puis je l’ai vu tanguer vers sa voiture et sa grosse femme
J’ai dit bonjour à la femme, l’homme avait déjà disparu dans la soucoupe
Je vais faire l’inventaire du présent urgent en ce qui concerne le point d’interrogation qui s’est levé
Peut-être n’est ce qu’une poussée de marche
Un enlèvement à l’immobile
Les rencontres ne sont pas faites pour faire fructifier l’homme seul, mais inverse
Or la solitude est encore une mondanité
Les rituels, les paris, les spéculations, tout ça est clos
De quoi ai-je fait le tour
En regardant si peu mon trottoir, le passage bordé d’une haie et d’un parking, l’avenue, le rond-point, le morceau de boulevard, le feu et à nouveau ma rue
C’est juste une résolution
D’aller lire plus loin dans le même livre
Ressourcé de livre en livre
L’écriture est cet atelier
La sortie a lieu autour de ça :
« Le loup criait sous les feuilles
En crachant les belles plumes
De son repas de volailles :
Comme lui je me consume
Les salades, les fruits
N’attendent que la cueillette ;
Mais l’araignée de la haie
Ne mange que des violettes.
Que je dorme ! que je bouille
Aux autels de Salomon.
Le bouillon court sur la rouille,
Et se mêle au Cédron. »
C’est l’air poussé pulsé des syllabes
Le vers est bousculé, malmené
Rime, mètre, sens
Volent comme la volaille
Gare au lecteur
Pendant des Fêtes de la faim
Le poème rassasie de travers, rageur
Le poème se dépose par caprice des neurones
Faim à satiété
En trois quatrains
Le deuxième est un geste vers Breton Soupault
Haie rime avec fruits et haïr
Et l’araignée fait son régime végétarien
Le troisième est une résolution mystique de la faim
L’ébullition du sommeil secoue tout le corps du poète
Le jugement c’est se fondre au paysage noué de l’homme et du dieu

Paquet 2 – 6. Confidence

Mardi 4 août 2015
Repousse sur repousse
Je
Tu
Je te
Tu me
Repousser – des deux verbes, trans et intranse
Repousser végétal toujours en premier
Même si NON parait toujours premier
Si tu commences la phrase par Non, aujourd’hui que
La séquence vitale des révoltes, poésies, philosophies, dissidences, générosités ou callosités pingres de la critique déjective
C’est clos
Par pénurie de carburant
Nous le savons, nous qui nous aimons
Le non nous a entoilés
Tu as poussé sur mon non et symétrique – à peu près
La p)ésie veut repousser là-dessus, nous dansons maintenant, méticuleusement
Sur les oeufs de notre pensée à venir :
Ne plus commencer par NON

Paquet 2 – 5. Retour de Faux

IMG-20150726-01904

 

 

 

 

 

 

Avant de reprendre le cours, le lit, des choses, chez moi – un nous, à

600 km de chez vous, près de Tarnac

Ces mots, calme du jour, mailés

A Faux la Montagne

Face au soleil qui sur ma table

M’orchestre fixe et peint

Fleuve de lumière au milieu avec

Ombre vaisseau du dos de la chaise d’en face

Avançant imperceptible vers le vide

Il va être neuf heures

Sommes en pleine révolution mais pensons que vivons dans le même ancien monde, à peu de chose près

Etourdissante vitesse mais à si grande échelle nous apparaît

Limace inoffensive

2015 nous happe, pont insolide entre Charlie et Cop 21

J’ai trouvé Serge l’organisateur du fest fol les mts

Mélancolique

Et

La maire Catherine aussi

Pourtant autour d’elle d’eux la troupe des précaires de tous bords était heureuse

Même orpheline dans sa soirée de clôture conduite par rien

Sauf à la fin par les balbutiements du Tango qui ont soulevé nos corps cœurs jusqu’à trois heures du matin

Il n’a pas fait beau, les recettes des repas ont été plus minces

Il a fait froid nous avons été affaibllis

La capacité à poétiser un nous temporaire aura été…

Mais nous continuons à chercher nos mots

Précaires on l’est, en nombre

Dans la Creuse, et dans ce qu’elle rassemble

Que ça vienne du Nord ou de Marseille ou d’ailleurs

On ne joue pas les pauvres de luxe, comme à Avignon

(Le poème éternel parie sur l’éternité de la page blog de la fête à Faux

L’éternité n’appartient à personne et tous habite :

Sauvez la poésie qui sauve

Par-dessus bord la vanité et des poètes et des contemporains satisfaits d’être leurs auto-contemporains

Maïakovski ne fait pas seulement de l’autopromotion)

Il n’y a pas eu connexion entre Alessandro le danseur poète par infirmité passagère

Et la poète préfacée par Bergounioux

Qui maman instit mâchait le public en extension de ses enfants

– De grands petits êtres ficelés à l’herbe, vivant baillant avec allégresse tout devant elle nous

A tel point que

La parfois sauvage polysémie entre son corps de femme et le corps du monde

Dans ses vers

S’effaçait dans une boue identitaire, limousine ou autre

Pourquoi ? d’autres questions déblaieront nos impasses

Alessandro a, lui, diffracté la lumière des arbres

Il a dilaté le temps scénique, vrai

Moi je l’ai Maïakovskié et un peu tombé trou noir, densité à faire un peu peur

Nous repartons en emportant chacun la part de l’autre

Comme le premier Vivacité de Sotteville

Où Dante fricotait avec la culture ouvrière du rail et des locos

Habitants, artistes, spectateurs, anciens artistes, travailleurs et touristes

Tous ils se faisaient tirer les cartes en face des dessins de Baudoin

Qui a croqué la communauté villageoise, et tiré ses vers du nez…

La belle histoire

On veut l’aimer et à tous dire

Continuez rien n’est épuisé

Une Europe renaît chez vous chez nous

Chez eux vivants divers en leurs jardins

Chez les précaires, du Roy Hart théâtre à Ambiance Bois

Travailleuses sociales et artistes en camionnettes de bd

Et Sans-papiers ou autres endettés de l’exil

Je me souviens de la file d’attente pour manger

Et comment il  a fallu insister

Insister pour qu’ils ne nous cèdent pas leur place

Ne s’effacent dans le non-lieu du transit

La relégation naturalisée, le fossile esclave

Pourquoi pas appeler ça Folie les mots

Si par Fou on entend du Moi-Roi et de son marché

Et ne cède sur aucune secousse insense de nos langages et de nos actes

Continuons. Une Europe s’horizonne ailleurs

Rien n’est épuisé au sein des cassures

Ni des faiblesses de style

C’est une eau qui épouse parfaite les nuances et cataclysmes de nos sols

Et cela s’appelle d’un mot de chevalerie dans le désastre mais invention du jour :

Beauté.

Paquet 2 – 4. Je suis

Mardi 21 juillet 2015
Qu’apporte la nuit
Vraie et nulle
Des morceaux de langage tombent sur la dalle
Dans des rythmes de chat, puce, ou tique
Je me tiens derrière, je suis
Les éclats de la communauté, les gens se les tendent
Comme les miroirs que se tendaient les acteurs du prologue de la dispute de marivaux chéreau
L’unique et le nombre se tiennent dans l’ombre
L’auteur mort, le metteur en scène et le public
Morts eux aussi
Les cigales reprennent langue, mieux qu’ici, du point de vue du vers
Hier le vivant c’était Pensotti et ses acteurs

Paquet 2 – 3. Petites scènes

Jeudi 16 juillet 2015
Hier grande journée d’elle, avec grelottement au fond du lit
Le poème sitcom se déroulerait en trois temps
Premier temps au bout de sa nuit et dans la cave du jour
Elle épouse son fils et répudie son mari
Elle renonce à la loi commune, balbutiée deux jours plus tôt
C’est lui qui résume, pendant qu’un autre poème s’ouvre en silence, en elle
Curieuse scène d’été ici présent : juste devant, un gaura, épanoui
Les fleurs blanches et rouges s’élèvent au-dessus du massif comme la brume au-dessus de la plaine
Depuis tout à l’heure je suis intriguée par comme des feuilles marrons racornies dans la partie supérieure du massif
Mais ces feuilles longues ne sont pas celles, menues, délicates, du gaura. Tombées d’où ?
Ce sont juste des limaces qui ont escaladé les tiges graciles de la plante
Et qui pendouillent aux feuilles, les antennes dans le vide
Parfois elles se collent à deux tiges et dans leur lente coulée en lâchent une, la tige est libérée et se balance, seule dans la communauté des tiges
L’une d’elles en ce moment sort, de la fleur évasée et joue à la prolonger, en arabesques molles
Dans le massif si divers de l’être avec qui je vis je ne me comparerai ni aux limaces ni aux bourdons
Ce serait trop de sens greffé
Quand le végétal et l’animal l’un et l’autre m’appellent dit-il hors de ma tresse humaine
Nos difficultés je les trouve très belles
Pour autant je ne sais pas si je serai capable tout à l’heure de lui dire ce que j’ai compris
ni surtout ce que je ne comprends pas
d’une voix mienne
à l’abri de ces emprises qui veulent faire ciment de l’autre
pour rafistoler l’abri branlant de soi
A cet instant elle pend de tout son long, à dix centimètres du sol, elle descend prudemment, elle s’étire, les antennes effleurent le ciment du muret, elle pose la tête, la colle
Ce que je prenais pour l’extrémité effilée de la feuille était un fil de bave solidifiée
L’observation est une chose, l’envahissement en est une autre
Il faut faire quelque chose pour détourner ces limaces de notre territoire.
Deuxième temps, elle fait du jardin
Troisième temps nous invitons, nous parlons de choses et d’autres et nous fermons les lumières

Paquet 2 – 2. Suite

15 juillet 2015
Lorsqu’ils disent d’amour, sont-ils prêts de tomber
Ou au coeur de leur axe
C’est une science c’est un art et toujours une inexpérience
Un instant je tiens ton savoir entre mes bras
Veines de marbre calme bloc ici moi
Lorsqu’ils disent d’amour ils parlent de toi
C’est un poème pour les poètes
C’est un regard, un souffle pour le sans rien
Ça dit un peu n’importe quoi parce que je ne voudrais pas blesser
Ni celle que j’aime ni celle qui éclaire que j’aime
Le vocabulaire est difficile à retenir
C’est que j’aime exclusivement
Tout inclus
Au-dedans le fleuve unique
du tout
qui un être à la fois embrasse
Lorsqu’ils disent d’amour, ils sont beaux, ils disent vrai maintenant et tout à l’heure non
Mais toi lorsque tu dis d’amour c’est forcément toujours
Lorsqu’ils disent d’amour ils se moquent bien d’être entendus, compris
Par qui revendiquerait cela, d’entendre et prendre
Ils sont à l’instant compris dans ton étreinte
(Pour l’instant c’est un homme toutes ces phrases – qui tape nt au carreau
Le voyageur c’est moi, l’errant
Et toi qui parcours l’Europe
Et vas revenir dans ton centre d’hier à Buenos aires
Un peu tonitruant du vide qu’il laisse, le mort, le maître, le père)
Tu habites le temple de la relation
C’était tellement beau quand tu te-me tenais entière dans tes bras entre deux morceaux, deux danses
Vient le mot clinquant d’éternité
Alors que simple apprentissage par le coeur du coeur
Une patience
Dans cet enseignement-là la jeune fille apprend au vieux maître
Comme Antigone au vieil OEdipe
Je ne sais pas à quoi tout ça ressemble
Les corps ne sont pas encore passés dans le verbe
Alors que inversement oui aveuglément-passionnément
Si un poème d’amour se renouvelle, il, il tourne, donne un cours à la langue
Plus imprévu que la chute de l’Europe
Et girent alors les corps dans la haute patience qui parle
Mais c’est une condition rarement remplie
Et il faudrait qu’on travaille encore et encore pour joindre l’absolu à l’utile de nos notes du jour

Paquet 2 – 1. abrazo

Le onze juillet

C’est d’abord des gens qui ont envie de dire des choses douces

Une soie d’un jour rassemblant toute

Tous les récits de toute leur vie mais en un geste, en un soir léger

En dansant et en parlant un peu

C’est rare

Langage et corps sont du même fil, phrases et pas : même chose

Pour cela nous avons dégagé toute la salle

Elise nous a donné un affluent de son cours

Ils sont arrivés

Soir, langue et musique nous ont pris en abrazo

Cet embrassement sans bras, cette connaissance de

L’éclair

Qui enflamme, cueille, recueille chacun dans la molécule du duo

Chaque poème doit être complété par ceux, celles qui le vivent

Par qui lit et par qui dit

Compléter pour élargir l’infini concret, pragmatique

Comme-encore-jamais-peut-être

Tu dis, merci, j’ai passé une très bonne soirée

Je dis – c’est la tentation du poème, de son embras(s)ement je voudrais dire

Ce que seul un langage divin mais

Les superlatifs lessivent, abrasent ce qu’ils sont censés dire en plus grand que la langue

Le mot enchanté reprendrait son lustre médiéval et surréaliste

Et il vaut mieux dire finalement : nous avons passé une très bonne soirée

Et laisser l’esprit, le génie du lieu dire ce qu’il avait à dire

Et le génie du lieu, c’est toi qui l’as dit, nomade, voyageuse, avec trois paires de chaussures

Paquet I – 13.

J’ai pour te parler une bourse pleine de silence
Quelques mots anglais, une femme traduite par une autre femme – pour maître singulier
Notre couche fut entre les deux pôles
Nous ne nous appuyons pas l’un sur l’autre et ne reprochons l’imperfection et défaillance de l’un à l’autre
Pilier nous ne le sommes pour nous-même seul
Nous jouons dans un autre air
Tient à rien le fil, la composition entre nous – deux
Tu n’accrédites pas une légende que j’aimerais, pour une postérité de paille : reposer en une même poignée de cendres, sous la Pierre unique
Mais mieux à lire tu offres
La différence d’avec le temps dickinson, l’activité recluse va à découvert
invisible comme la lettre volée
et jamais seul-e auteur-e à la barre
Pensez-vous, Monsieur, parvenir à ne serait-ce qu’un début de Formulation ajustée à la nouvelle situation que vous offre la v, la vôtre, des deux bouts du segment
pincé sur cette corde ?
L’abandon croît je crois à proportion de la tâche
et davantage si, à cette ligne même, votre question est restée la même

Colone

Sandouville-20150704-01893

Hier et ce matin, Œdipe à Colone, dans ma salle, interne externe

Notes à l’ami, mais sans le dire, qui m’invite à lire

J’ai une émotion incompréhensible lorsqu’aveugle je vais droit au secret

C’est dix ans qu’il faudrait, d’études et de pratique langue, scène, corps, communauté de travail et solitude de fond

Le jour fait croisée, référendum grec et migrants devant les constructions de murs d’Europe

Colone serait un bourg de Bruxelles

Mais Merkel ferait un anti-thésée

On rêve tous de clarté avec ce Sophocle-là – la clarté, l’éclaircissement de/par la fin

Et on tombe tous dans l’obscur ou bien dans l’appropriation décomplexée et sans autre intérêt que les petits intérêts, les petites mesquineries de l’existence du moment 2015 – notre existence d’usurier : on extorque les derniers intérêts du capital-civilisation européenne

Ça y est, la dette est pleine, le capital est dilapidé, les intérêts une comédie d’intérêts, des ombres, des virtuels, place à l’entretuement, à l’origine, la matrice, est-ce clair ?

Il faudrait marcher dix ans, avec Œdipe, les textes, et les mondes parcourus, rencontrés

Mais on n’a pas dix ans devant soi, on n’a plus rien

La vie repousse quelque part, les destructeurs font ce calcul, les victimes font cette prière, les observateurs font cette autruche

(la vie repousse réellement à condition paradoxale de la vouloir vraiment)

 

Que la scène soit sacrée, qu’elle soit inhabitable

Inabordable et inhabitable, c’est le fait inaugural, archaïque contemporain

Que vient fouler l’artiste-oedipe

l’artiste-Parricide

quel nom pour Inceste-Jocaste ?

l’artiste-sacrilège (s’établir dans le sacré d’autrui : Colone)

Et quasiment l’artiste-infanticide : jette un sort à ses deux fils : qu’ils s’entretuent.

Sacré et sacrilège, sacré pour sacrilège (en vue de)

En quoi la parole parcourt l’opposition des pôles

Tout dire

Tout dire, c’est l’obsession

Dis-moi tout du paysage (quel silence il faudrait après une telle phrase

Lorsqu’en effet elle est dite en plein paysage, vivre de paysage-françois-jullien)

Dis-moi tout de ta vie (quel vibrant mutisme pour réponse)

Autant de ferveur que de décroyance : nous sommes au théâtre

Je suis pour les lectures les plus matérialistes possibles jusqu’au seuil, à ne pas franchir, où tout matérialisme bascule dans la croyance matérialiste, la pire des certitudes

A ne pas franchir : pourquoi mis-je tant de temps à voir la nécessité ambivalente, la jouissance créative de l’interdit

(faire moins l’effarouché quand on se voit entouré de ce sacrilège là, ce seuil franchi de la croyance la plus certaine, la plus rationnelle : notre Europe 2015, écouter Jean-Luc Nancy demain 6 juillet, et ses couples de danseurs : Descartes-Pascal, Kant-Hölderlin, Marx-Kierkegaard, quel plateau !)

 

La vieillesse a-t-elle de l’expérience ?

Œdipe n’a rien appris, tout appris-rien appris

Théâtre de vieillards, ça, ça me parle aujourd’hui que tout me pointe dans une vieillesse, de corps et d’existence sociale

Imaginer Sophocle/Beckett/ Lévi-Strauss/ Resnais/Oliveira… (Nancy a quel âge ? et Deleuze ayant renoncé à vieillir-perdre)

La délivrance atteint l’autre – coup de théâtre, larcin, de l’écrivain athénien qui s’adresse à son peuple à lui

Le pour Athènes quand Thèbes souffre

C’est parfaitement injuste

C’est l’autre que la délivrance touche

Athènes n’a pas besoin d’être délivrée de quoi que soit sinon du danger à tout jamais

Mais c’est Athènes qu’Œdipe est venu délivrer

On ne délivre pas sa famille

Colone dénoue, Antigone à Colone dénoue, leur mot commun, à père et fille, dénoue

Mais pas eux-mêmes

car en même temps

la délivrance fige, éternise la boue des répétitions, des reproductions, le cycle de la damnation des Labdacides, la thébaïde, le tragique

[je me sens entièrement antigone, opposé à épigone

Epigone, c’est : les sept chefs contre Thèbes, dont Polynice, le frère aîné qui veut reprendre ses droits

Face ou contre la naissance, je suis entre les vivants et les morts

(plusieurs proximité avec l’imaginaire chrétien : le christ homme-dieu, entre vivants et morts : dans le tombeau-église nous clamons que nous sommes vivants : mort je dis que je vis

Et à sa mort mise en scène, à Œdipe : la subtilisation du corps, un coup de maître

La différence entre grec et chrétien, c’est entre temporel et spirituel :

Il y a Thésée : le témoin, la transmission du secret d’Etat, on se repasse le secret, d’homme d’état à homme d’état

Le chrétien étant un état à soi seul dans le tous, le secret de la subtilisation se transmet de fidèle en fidèle)]

 

Un texte comme ça, comme tous les « grands textes » nous invitent à ne faire qu’une et une seule chose : les écouter, nous écouter en les écoutant, écouter ce qui se passe quand on les prononce

Et quand on se prononce de tout ce qui fait notre petite vie au moment où ça se passe et qui généralement n’a que peu à voir avec le texte, sauf à un endroit – qu’il faut dénicher, et sentir, et apprivoiser

Je rêve d’un théâtre qui serait joué par des lecteurs qui s’aiment

Qui se fassent l’amour de la lecture – sur plateau.

La simulation est une expérimentation, pas seulement une jouissance

La catharsis ? une politique d’usurier de la passion si on ne table que sur elle

La situation analytique est un très beau théâtre intermédiaire, une pratique décrue

(je me souviens de Alain-Didier Weil)

Une parole a lieu, en limite de sens

Que faisons-nous donc de nos archives ?

 

– Je ne corrige pas : je ne saurais décider du sacré-sacrilège dans la langue

Quelle faute aggraver, quelle faute nettoyer avec soin et sensualité même

Quelle perfection conserver

 

Comme j’aurais aimé marcher aux côtés du vieux Sophocle, juste ça

Et comme j’aimerais marcher aux côtés de l’ami, juste ça

Plutôt que la pusillanimité de nos calculs narcissiques

– Goldsmith écrit-recopie ceci, que l’écrivain, l’artiste fait ça d’abord pour être aimé, puis pour la postérité, puis loin derrière pour l’argent

Ça décrit bien l’espèce à peine différenciée de l’espèce capitaliste – à peine : on ne comprend rien à l’argent si on ne répète pas cette devise pour le capitaliste-même, le richissime spéculateur de l’existence

Si la poésie avait une action dissuasive quant à tous les délires de reconnaissance – être aimé, être mémorisé, être riche de cela

Je serais le plus heureux des hommes –

Mais je suis le plus heureux des hommes : dans la bascule, foyer vivant où passivité se trace de la même ligne que faire

Mon problème très pragmatique c’est pourquoi je l’oublie tout le temps

Je repense intensément à mon fils, c’est une prière, juste une prière, je ne le livre pas à la rivalité de ses deux frères

A la mort rivale de la vie

Je prie pour lui au sein de leur trinité, qui me parle tant, mythe et histoire

Un souci et une joie

Oui, magnifique, c’est un cercle de vieillards qui a tenu concile ici même

Les mots qu’on prononce sont sauvés d’un naufrage du temps (je repense aux fragments d’Archiloque, l’extrême poésie du fragment sauvé de la disparition du tout

Je repense aux alzheimer avec qui j’ai fait poème en dépit de l’oubli du poème qui règne dans notre hôpital général)

(Et pourquoi ai-je toujours envie d’engueuler l’ami, vraiment de lui gueuler dessus, même si moins fort que sur moi?

je veux comprendre la dissension, la porter, l’ingérer, l’ingester, plutôt que m’y voir victime propitiatoire sur votre autel)

 

Paquet I – 12.

C’est un jour heureux même s’il n’y a pas de mots adéquats
Passion méditée patiemment dans le corps hier soir et ce matin Apollon en plein visage
Heureux même si le corps reste et persévère en maladresse
Heureux parce que l’universel au féminin compose un poema sur quoi j’apprends une danse venue de je ne sais pas
Heureux parce que tu es là, et que c’est vrai
Le solipsisme d’homme est l’enveloppe sèche que laisse la libellule
Le jour présent dans sa munificence n’écrase plus rien ni des jours d’avant ni de l’alvéole du futur
C’est un jour heureux en présence même de celui qui dit le contraire
Je n’ai raison ni d’être heureux ni d’être malheureux ni dans l’indifférence des mécaniques terrestres
Les gens heureux, les gens malheureux, les gens indifférents sont insupportables de vanité
L’oiseau qui accomplit son chant ne le claironne pas comme une vérité
Je n’ai raison ni d’approuver ni de nier ce que je suis
Il y a des gammes qui s’exercent, quelques lignes quelques accords
Une connexion d’un bout à l’autre de l’univers
Un temps aimé, juste
C’est pourquoi je suis heureux
Dans le geste que tu me fais d’être
Les poésies du comblement sont chiantes, toujours
Celle-ci vient alors que je meurs, ça va
L’actualité touffue est un bolide sur l’épiderme, chair de poule
Je me souviendrai toujours de cette annotation de Tchékhov dans la Cerisaie
Une corde casse, au loin
Je me souviens de ma propre brume
Qui plaçait mon propre corps universel, ma sensation d’être dans ce lointain rassemblé par la cassure
Je suis heureux ouvert ce matin parce que mon corps me parle depuis tous ses horizons
Ma partition clopin-clopant va mieux à jouer, avec ce savoir
Cette poésie de savoir

(à suivre)