2020

mardi 18 février 2020

avez-vous – êtes-vous…

suspension

avez-vous indicatif présent avez-vous des possessions, ou bien avez-vous mal ?

êtes-vous… ceci, cela, monsieur Machin ? Madame ? l’être même ?

ou bien avez-vous – tout au passé

et êtes-vous… tout au passé

verbes chevilles de notre condition

de l’être et de la propriété

lesquels sont à mettre au passé

s’éprouvent au passé

non pas reniés, non pas précipités dans l’inexistence du passé, dans l’archive biodégradable

mais présents au cœur comme passé

bonjour Lionel Macron, bonjour Edward Bush, bonjour Eddy Louis, bonjour plateformes et raffineries de TOUT, marque bien connue de tous et toutes

la confusion des avoirs et des êtres est si ordinaire chez les gens ordinaires et si sacrilège chez les gens sacrilèges

tu dis « gens sacrilèges » pour « Grands de ce monde », pourquoi ?

les Grands de ce monde sont-ils donc de grands sacrilèges ?

oui, tout barbouillés de propriété et d’identité

à l’époque où propriété et identité ne rayonnent qu’au passé

ils bouzillent la ferveur présente

et que nous présentez-vous au présent ?

se présente au présent toute relation qui étire les êtres et les avoirs et les module dans d’autres mots

vous croyez ça ?

je ne pense pas que ce soit une croyance

juste une hypothèse heureuse

pensez-vous que la logique se marie à l’affect comme ça en deux mots « hypothèse heureuse » ?

je ne sais pas mais science et sentiment dansent bien ensemble malgré leur réputation

à quoi vous échauffez-vous en ce moment même ? à de la poésie ? à de la philosophie ? ou simplement à vivre le restant de votre vie plutôt en vie qu’en mort mécaniquement mu pour donner le change, faire des signes vivants dans un spectacle qui ne vous a jamais concerné.e ?

est-ce que vous construisez présentement quelque chose de présent et non un commentaire dit pour ne rien faire présentement mais rester dans le passé et rêvasser à l’incertain et au flou, à l’incertaine et floue inexistence de demain ?

nos deux corps à présent sont déposés, nous les avons laissés là

et notre perception s’acclimate à la nuit de la perception

moitoutseul ne va pas parler à ta place ni taplace parler pour moitoutseul

la perception pleut sur nous dans la nuit de la perception

entre nous la perception se perçoit dans la nuit de la perception

les mots empruntent la voie mystique

une venelle du passé pour sillonner un langage présent, une relation

mais la parole quotidienne, familière nous va aussi bien

le rythme des jours égrenés, sculptés dans la matière terrienne, céleste et dans la virtualité de tous les mondes, ces jours égrenés comme chapelet nous vont bien

je vois encore le ciel quand il point à travers les tuyaux et boyaux noirs de la glycine

d’avant le printemps

il est plus long de détecter l’intentionnalité des espèces autres

il faut bien que nous nous servions les uns les autres et que nous nous servions les uns des autres

nous ne sommes jamais là à simplement nous regarder dans le blanc des yeux, nous finissons par faire l’amour et par nous quitter, toi la première, moi le premier

à chaque tanda, à chaque milonga, c’est pareil

nous sommes de même espèce parait-il mais je n’en suis pas sûr

l’humain n’est pas une espèce à part, c’est juste une multiespèce

et ce que nous expérimentons dans l’apparente familiarité de nos « cercles »

c’est l’étrangeté de nos espèces différentes, si écartées les unes des autres et si amoureuses les unes des autres

l’indifférence est-elle donc aussi un mode de l’amour parce qu’à t’entendre nous sommes tous amoureux les uns des autres ?

bah oui

et parfois, comme aujourd’hui, la glycine ne m’est plus indifférente, je la contemple  et je sens ses racines tout près de mes pieds, sous le carrelage et lorsqu’elle me redeviendra indifférente, ce sera avec plus d’amour

et toi qui dors à côté, ou tarde à te lever, où donc sont placés tes pieds lorsque nous nous tournons autour et que nous allons, et allons encore

dans le difficile réapprentissage des directions, des rôles, des genres, des espèces

lorsque nous allons dans d’autres mots que ceux que nous avons et que ceux que nous sommes ?