vendredi 16 avril 2021


cette nuit, à deux heures, je me suis levé à cause d’une terrible envie de chier, je me suis assis, somnolent, sur le siège des WC, et je crois que j’ai fait le plus long et le plus sonore de tous mes pets

je croyais dur comme fer que ça devait être suivi, désagréablement, de merde mais non, rien, je me suis essuyé, c’était sans trace, vierge, pur, j’ai juste essuyé l’urine au bout du bout, pardon pour l’expression sottement littéraire, je me suis recouché, avec la crainte d’avoir chopé la gastro et puis je me suis grassement réveillé à six heures

j’ai rêvé le récit, que je ferai à coup sûr, de ce plus long et plus sonore pet de mon existence, je me suis vu racontant, avec une certaine délectation et avec l’assurance de mon effet sur l’auditoire             

j’ai aussi passé un long moment chez un écrivain célèbre, un hétéro, marié, avec des gosses, c’était une chouette ambiance, très désordre

je ne sais pas si j’étais plus jeune que lui, j’avais déjà publié mes quelques bouquins et à sa question si j’écrivais, je lui ai répondu que oui et que j’avais publié quelques livres, tout ça resté très confidentiel, cela, bien sûr, faisait la différence avec son statut, sa stature d’écrivain célèbre, mais il n’en joua pas, et pas plus moi, en symétrie contrite

ce n’était pas l’écrivain dont j’attendais soit le miracle d’une reconnaissance soit l’endettement définitif d’une admiration mal placée, d’ailleurs, dans le rêve, j’ai oublié le nom de l’écrivain célèbre, et au réveil jusqu’à tout à l’heure j’ai continué à l’oublier

à un moment je l’ai vu dans une pièce, assis sur le bord d’un lit, je crois, je l’apercevais de haut, un cahier sur les genoux, il écrivait au stylo, on s’est regardé brièvement, il ne s’agissait pas de le déranger et j’avais, moi, le plaisir du désordre familier dans le grand appartement, avec de nombreuses pièces, et le bruit, le bruit, oui, les humains faisaient du bruit, enfants, femmes et hommes à la fois très présents dans le rêve et tout à fait lointains, abstraits à l’esprit, le seul concret était les objets – leur nombre, leur désordre, les espaces et cet écrivain célèbre

ce matin, j’ai ouvert une de ces bibles à ouvrir éventuellement le matin, ces livres supportant d’être lus par touches, miettes, que j’ai rassemblés hier sur un coin de table, pour aiguillon

j’ai ouvert la première traduction intégrale des journaux de Kafka, pages 127 et 128, , il note à quel point  il se sent chez lui dans l’espace solitaire d’écrire, puis, le lendemain, à quel point « il est fier de s’être comporté humainement » avec ses amis, Max Brod je crois et quelques autres, fier de ça avant de se coucher

à quel point la relation habitée, à quel point la prison de la singularité conduit un homme sur le seuil de solitude et monde, qui est seuil-relation

au lieu de regarder le doigt de l’écrivain, le doigt biographique ou le doigt opératique, regarder l’opéra, la relation à l’œuvre, la danse à l’œuvre, le deux-impair à l’œuvre

cet écrivain célèbre, c’était Milan Kundera, et, bien sûr, dans le rêve il ne se ressemblait absolument pas, mais c’était lui