samedi 10 avril 2021

je suis passé par hasard sur ta terre de rêve et voilà ce que j’ai trouvé, cette nuit

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en ce moment je reprends des rêves déjà faits, je rerêve des rêves déjà rêvés, ou je rêve que je rerêve

j’ai une fille, elle a dépassé l’âge de l’adolescence

elle veut absolument s’en aller, c’est pourtant trouble le souvenir, est-ce que je l’envoie quelque part ou est-ce qu’elle part quelque part

bref elle s’en va

et ne revient pas

se pose la question à nous si elle est toujours en vie

était-ce dangereux, là où elle allait ? elle ne revient pas, il est très probable qu’elle ne soit plus en vie

pourquoi l’ai-je laissé partir

je me sens responsable de sa mort

cependant sa mort n’est pas certaine

ce qui est certain c’est l’oubli que nous en avons, nous avons oublié que nous avions une fille et qu’elle est partie

elle revient dans notre mémoire par hasard

j’ai rêvé plusieurs fois de ça, c’est sûr

ça me réveille presque, et, presqu’au réveil, je découvre que non, je n’ai pas de fille, j’ai trois garçons, je n’ai oublié personne, et pourtant

je crois que j’aurais envie de m’installer longuement dans ce rêve, dans cette nuit, dans cette méditation de rêveur

voulait-elle se donner la mort ? ce n’est pas impossible, ma mère est devenue ma fille ?

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au réveil est venue une méditation sur l’avortement

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je crois qu’il est nécessaire que nous parlions de l’avortement

le féminisme vers lequel je vais n’est d’aucun poids si je ne parle pas sincèrement de l’avortement

soudain nous sommes trois

toi, la femme de ma vie, l’ami théologien et moi

et beaucoup plus en vérité

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la production symbolique n’est pas humaine ni humaine maquillée divine

l’animal comme le divin sont les noms par lesquels je ne suis pas l’auteur de mon texte, de ce que je vous dis librement ce matin

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mais s’il y a quelqu’un, brandissant telle ou telle intelligence, très séduisante, et me dit c’est Dieu ou ceci ou cela qui te font parler libre

simplement je grogne, ours peut-être

peut-être je deviens l’ours de Nastassja Martin, je ne sais pas

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la pensée chinoise est belle, la pensée yogi est belle, y a-t-il quelque chose de beau dans l’appétit occidental, il faut bien le croire, nos voracités sont infiniment curieuses

curiosité en allée avec le non-vouloir saisir, rien ne m’appartient, ni même cette pensée que rien ne m’appartient

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souvent parler interrompt la méditation, les noms interrompent la méditation

plus que la pluie qui tombe sur le vélux, par gouttes sonores, irrégularité régulière

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je vois bien que je passe indifféremment de la terreur-fascination pour Dieu à la terreur-fascination pour ma mère

qui a eu droit de vie ou de mort sur moi

tu pouvais très bien décider que je ne sois pas

il y a une éternité que je suis entièrement livré à toi, Dieu a toujours été une femme, dans une traduc masculine, une femme en langue homme

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C’est vrai que je voudrais habiter à nouveau mon rêve mais ce n’est pas vrai que j’aie à nouveau envie de me recoucher et de redormir, non, pas du tout

Les intuitions sont faites pour aller avec les autres, les autres intuitions, les autres intuitionnant

Cette fille de mon rêve, il faut que je la retrouve, il faut que je lui parle

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Non, je ne détiens pas le dialogue intérieur, lorsque je me dis « tu »

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En moi il n’y a ni maître ni serviteur

Et s’il fut un temps où l’un devait absolument prendre le pas sur l’autre, ce temps est révolu, je me sens bien en multiple de deux et dans ce curieux deux impair

Et il n’est pas vrai par conséquent qu’entre nous, je veux dire entre nous : ces deux personnes majeures et vaccinées, nous soyons encore dans cette histoire interminable de maitre et serviteur, le tout au masculin bien sûr, même le féminisme est décliné au masculin

Où se trouve le deux impair dans notre petite paire ? voilà une question stimulante

La pensée n’est pas faite pour t’avaler, l’extraordinaire réflexivité n’est pas faite pour t’avaler ni pour s’avaler elle-même

Mais pour dégager l’espace entre

La teneur, la consistance qu’il y a entre nous

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La pluie commence à tambouriner sur le vélux au-dessus de ma tête

Comme les vagues commencent à me lécher les pieds lorsque je suis longuement assis sur la plage

L’immensité advient par un bout

La relation advient par la nuit, par un rêve, et par une consistance imprévue

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Mon imaginaire se laisse modeler

Je travaille le rôle féminin chaque lundi, non, je reprends, je travaille avec Do, par zoom avec Elise depuis sa connaissance du tango qui est féminine et masculine – elle est seule et propose du travail en solo chacune dans son chez soi, en France, en Pologne, à Montréal… et je profite de cette opportunité pour travailler plutôt le rôle féminin lequel m’apprend bien évidemment les deux rôles, plus que l’inverse j’ai l’impression, plus que si je me prenais des cours hommes

Je remarque que ce sont principalement des femmes qui m’ont appris le tango

Les hommes ont été des remarques, extrêmement utiles, mais des remarques

C’est intéressant, cette provenance féminine active d’un art encore massivement masculin

Je prends ça comme un cadeau

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Il faut vraiment que je parle à la fille de mon rêve, qui vient vraiment de quelque part, qui n’est pas « ma » fille, ni la fille de la mort

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Tu veux dire en face à face ? c’est quoi le face à face d’un rêve ?

Une méditation chaloupée à la tienne, c’est ça le face à face

Le rêve est un moment, comme dieu et l’animal sont un moment dans la vie pensée