Un atelier des commencements, un théâtre réouvert

mieux vaut-il commencer par toute ma vie je l’ai passée à la commencer ou bien  tout s’est passé sous l’air du commencement

il faut reconnaitre, la phrase est symptomatique de celui qui énonce, qui l’énonce : sous l’air de il faut se rendre à l’évidence c’est l’air d’une injonction faite à un père qui n’a pas reconnu sur le papier qu’il avait un enfant d’une autre que de sa femme légitime qu’il a pourtant quittée – ont-ils divorcé ? peu importe, toute cette histoire est une histoire à laquelle on invite les lecteurs de ne pas s’intéresser – entendre : ne plus s’y intéresser

il faut reconnaitre l’assujettissement magique, la crédulité initiale

il faut reconnaitre : le sujet reconnait qu’il se met en travers du chemin

qu’est-ce qui a poussé un philosophe à produire une philosophie de la reconnaissance ?

qu’est-ce qui pousse Samuel Beckett à entrer dans une seule tête

qu’est-ce qui pousse à poser des questions qui ne dépendront pas d’abord ou du destinataire de la question, ou de l’autre, posé symétriquement au sujet

posé comme entrave, le sujet-entrave pose une question à ou en provenance de l’autre-entrave

deux phrases dansent ensemble : je me mets en travers du chemin et l’autre se met , dieu ou quiconque incarnant l’intégrale de l’autre, l’autre se met en entrave de chemin

lever les embûches, les entraves : les regarder, comme en méditation, sans autre intention que les regarder

comment lever l’entrave que je suis – que je suis enclin.e à faire peser sur l’autre, soit en m’exerçant à sans cesse entraver l’autre soit en contrant l’autre dans sa production d’entrave contre moi, ma classe, mon genre

c’est une histoire qui commence, dans l’esprit qui s’y aventure, c’est un big bang, un phénomène vu de l’intérieur comme de l’extérieur, un phénomène-Moebius

et si l’histoire en fait ici c’est juste l’histoire d’un journal, ce journal commence selon un logarithme qui échappe à l’entendement de qui commence, soit à écrire ce journal, soit à le lire, de qui cherche à le publier, ou qui le trouve dans une vieille édition, ou bien le voit pour la première fois incarné sur une scène de théâtre

en poésie il convient d’apprendre le saute-mouton

c’est ainsi que les phrases passent

et le même jour à la même heure s’enlacer moutons dans le chaud de nos laines

le cours non pas alternatif ni paradoxal ni contradictoire ni aporique, juste en même temps, deux états différents, comme dit l’autre, physicien

cela nous fait juste un atelier des commencements

dans ce bon atelier il y a la bonne température pour commencer

en plein milieu comme dit l’autre, philosophe

en plein milieu comme vivent les méditant.e.s

rien ne l’emporte sur l’autre genre, ni sur soi ni sur l’autre

en attendant Godot, des garçons voient un public de femmes, pas du tout là pour louer, applaudir ou siffler la bonne ou mauvaise partie

ils voient qui regarde, qui est en train de regarder, et, comme ils ont compris qu’ils étaient un mirage, une diffraction de lumière, ils se mettent à regarder la diffraction qu’est l’idée même de public, et découvrent qu’ils sont en train de rencontrer un nouveau phénomène

c’est comme ça que les théâtres changent

il faut les occuper autrement, les théâtres

il faut occuper autrement nos lieux fermés, depuis des mois fermés