Dimanche, dernier jour de février 2021

l’encore pleine lune est derrière moi qui suis tourné à l’Est, une lampée de thé, une lampée d’air et observation de la cheminée intérieure, mouvement presque perpétuel, ainsi les créatures vivant d’air résonnent-elles avec ce qu’on appelait éternité, presque

ce qu’est une respiration

la fenêtre Est reflète la lune encore pleine dans le vélux d’Ouest

c’est pendulaire, c’est tranquille, c’est deux à deux, va-et-vient, amble

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j’expérimente seul ce que tout à l’heure je vais expérimenter avec toi : à deux, science ou art de Deux

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le tango n’est pas une alternative politique mais parfois on aimerait bien

on aimerait bien que ça vienne calmer la pulsion politique, l’extrême-droitification politique

la politique des Cogneurs de Femmes et d’Etrangers, de Pédés, de Juifs et d’Arabes

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puisque nous n’avons plus à nous toucher les uns les autres nous pouvons aggraver la politique des exclusions, c’est ce qu’on a l’impression d’entendre en écoutant le nombre qui s’apprête à glisser le nom dans la fente des petites machines à voter, dans les écoles et salles de vote

à glisser un nom vraiment chargé, en France

face à ce nom, je suis plus résolument que jamais Algérien, plus résolument que jamais Juif, Arabe, Pédé, Trans, Femme

c’est comme si, glissé fatalement en vous, je me repentais de ce que vous allez commettre

Est-ce que la danse pensée dansée jusqu’au bout des ongles vaut lutte politique, lutte biopolitique ?

J’aimerais bien

J’aimerais bien convertir les masses

J’aimerais bien que le tango convertisse

J’aimerais bien qu’en pleine période de Covid, le tango, l’exercice, l’âme, le projet tango convertisse la grosse angoisse planétaire, la convertisse en mutation biopolitique

Le tango se convertissant lui-même, selon son compas propre, dans sa méditation trans-genres

J’utilise le vocabulaire diabolisé par le blanc penseur de la néocolonie humaine

A quoi bon l’asticoter ?

Nous aimons aimer disent les êtres qui dansent

Et nous aimer c’est nous préparer, nous exercer au contact renouvelé des corps, des corps dans leur intégrale, au sens non complet, infinitésimal

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mais si vraiment tu n’aimes pas que l’autre te touche, ou si tu n’aimes surtout pas toucher l’autre

Pour toutes sortes de bonnes raisons

Tu peux faire ça à distance, cet amour dansant

Puisque tu es toi-même une distance, une infinie distance, de toi à toi et jusqu’au bout de l’univers lequel réagit au moindre de tes mouvements

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Montre-moi ton art et je te montrerai le mien

Puisqu’en ce moment nous ne sommes pas autre chose que des artistes

Aujourd’hui, les communautés s’échangent leurs passions d’être

Et se transmettent leur art de communauté

Notre façon de parler aux fourmis ou à toute autre communauté d’espèces a changé

Le tango que nous dansons se convertit au tango des interespèces

C’est juste plus long à apprendre

Mais comme notre tango, dès la première initiation, tu es happé par l’art de la vérité, c’est-à-dire par l’art de la relation avérée

Danser ensemble ce n’est pas se reconnaître interdépendants, c’est se vouloir en relation

C’est accorder toute qualité de vouloir à ceux, celles et ce avec qui et quoi on danse

Et ce vouloir, c’est comme une forme entre nous, une œuvre en cours, en gestation, en production, nous l’initions tout autant que nous le suivons, ce vouloir

Et nous observons la presque éternité qu’il forme, dans notre médiation du jour, de ce jour, dimanche, dernier jour de février 2021

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Oui, nous avons une putain de fringale de nos arts, les ami.e.s