Lampions et décos décrochés

entre 4h10 et 5h44

une heure trente-quatre de micro expérience d’un passage de subjectivité universelle à relation universelle

4h10. Un peu trop tôt pour se lever, Elia et Simon arrivent à midi, pas question d’être décalqué par une nuit trop courte, je ne me lève pas, donc se rendormir mais se rendormir ne se commande pas, à moins de réessayer l’autohypnose, quelques rudiments d’autohypnose

on se commande, on se suggère un chemin

mon petit chemin singulier, petit problème ambulant

c’est désormais les limites extérieures de mon corps

et soudain un centre apparait

poser les limites extérieures du corps pose un infini centre, une zone centrale

limites extérieures du lit, limites extérieures de la chambre, de la maison, du quartier, de la ville, de l’agglomération, de la région, du pays, de l’Europe, du monde, du système solaire, de la galaxie, de la région galactique, etc.

sauf que

le centre, « l’infini centre » dégagé dans le lit fait écart avec le centre de la terre

et la sphère imaginée depuis ce centre déplacé en regard de celui de la terre vient toujours prendre en intersection la chambre, la maison et, et…

la chambre avec la cuisine et un bout d’extérieur et de sous-terre

élargir à la maison c’est élargir à un bout de jardin, à la nouvelle maison des voisins construite à la place du vieux cerisier centenaire, à l’atelier de la voisine derrière, de même le quartier, même avec une connaissance approximative de ma situation géographique et topographique, mon élargissement ne correspond pas à la division de la pensée active commune, aux découpes administratives et scientifiques

mes limites sphériques se creusent dans la terre, dans le ciel et dans les horizons terriens, puis spatiaux

mon élargissement au système solaire s’intersectionne avec une zone hors du système solaire et ainsi de suite, même dans l’ignorance des savoirs sur lesquels chaque mot ici présent repose, l’hypothèse sphérique s’intersectionne avec l’autre sphère, satellite elle aussi, de la terre

la présence de Do à côté de moi dans le lit engage la multiplication infinie des sphères

mon infini centre englobe ou s’englobe dans l’infini centre de Do à côté et de toute la population terrienne humaine, puis vivante, et peut-être même l’infini centre de l’âme de l’inerte

et si je m’arrêtais à l’intersectionnalité universelle je manquerais l’expérience inconfortable mais o combien intrigante et vivifiante

est-ce que les deux Nords, magnétique et géographique, et le différentiel appelé déclinaison magnétique, sont une image de ce différentiel relationnel qui déporte ma subjectivité et toute subjectivité non pas vers l’autre subjectivité ni, conceptuellement, dans l’intersubjectivité, mais dans un infini centre appropriable par aucune subjectivité, mais en soi centré

en descendant au plus infini de mon centre subjectif je découvre un deuxième centre, non pas celui classiquement appelé centre de l’Autre, d’une autre subjectivité, fût-elle absolue et désignable par le nom de Dieu

.

bref au bout de quelques tentatives attentionnelles de cet ordre, je compte jusqu’à cinq , c’est mon grossier code hypnotique pour m’endormir au bout de 5, et de fait, si je ne m’endors pas stricto sensu à cinq, j’observe un réel engourdissement

et j’arrive à un état qu’on pourrait qualifier d’intermédiaire entre veille et sommeil, entre rêve, rêverie, méditation, j’ai dû dormir puisqu’il est 5h44 et qu’à aucun moment il n’y a eu « l’ennui insomniaque »

et cette manière de vivre dans l’interstice du sommeil et de la veille ressemble à cette expérience qui se tient entre le sujet et l’autre sujet

bref à l’infini centre relationnel

qui déporte mon centre

.

l’expérience tardive de la danse, du tango, et l’expérience éminemment maladroite

parce que le corps a déjà toute une histoire

la distance, l’écart entre cerveau, cœur, mains, plante des pieds, qui chacun peuvent faire infinis centres est peut-être une image, une analogie du centre relationnel

cerveau, cœur, mains, plante des pieds, etc., ensemble, ont toute une histoire et une foultitude de déterminations, de reproductions schématiques

tout un tas de schémas imprimés comme une fois pour toutes

et cependant

une plasticité créative se trouve, entre 4h10 et 5h44

et induit une certaine métamorphose du même monde qui, en France, va reprendre son jour du 22 janvier 2021