2021, encore

nous recevons le plus long texto du monde, un copié-collé, qui parle de littérature, de tango, de foi dans le désir, dans un désir conjugué au féminin comme au masculin

une foi dans le désir !

et croyance que roman est le nom shaman d’accès à l’autre

ce sont les meilleurs vœux qui se puissent recevoir

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iI est des esprits et des corps qui sont fous de tradition d’esprit et de corps

et comment n’aimerait-on pas tout shaman, tout passant et passante, passeur et passeuse

aussi nous disons merci, nous qui voyageons aussi

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nous qui aussi aimons suivre yeux fermés et cœurs ouverts la prêtrise de tout art

– et qu’aujourd’hui des hommes cherchent à exceller dans l’art de suivre, yeux fermés et cœurs ouverts, cela semble un don, un abandon remarquable, historique

si longtemps l’homme a joué tout seul la femme qu’il désirait, qu’il était, sans être

qu’aujourd’hui il suive, yeux fermés et cœurs ouverts, le désir d’une femme

c’est chose heureuse

et une prosodie inouïe déploie l’ancienne et solitaire et masculine prosodie

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mais tu sais

la poésie non écrite

que les poètes interprètent comme poésie non encore écrite

et que les vivants boivent au quotidien

parce qu’il en est ainsi de l’écriture de vivant

la poésie revient, en 2021

non écrite, et toute chaude, entre deux qui dansent, corps à corps, c’est-à-dire esprit à esprit, c’est-à-dire galaxie à galaxie

au plus intime, au plus intérieur

car comme bafouillait un poète, l’intérieur est à l’extérieur et l’extérieur à l’intérieur

et le temps de tout mal comprendre afin de comprendre, c’est-à-dire le temps d’être tout mal compris afin d’être compris, à l’intérieur comme à l’extérieur

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nous n’avons plus le temps de jouer aux propriétaires, n’est-ce pas, ni propriétaires du moi, ni propriétaires du nous

nous n’avons plus le temps de jouer à ça, n’est-ce pas ? n’est-ce pas qu’on n’a plus le temps ?

on n’a plus le temps, hein ? hein ? hein ?

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reprenons

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depuis le début, suivre n’était qu’aller et aller encore

et aller, guider, aller n’était que suivre, suivre encore

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le mot, l’idée, l’expérience, la chose dite « amour », mal dite « amour »

passe d’art en art, dans le mot mal dit d’art

l’effort que je fais pour t’imaginer, c’est encore rien à côté de l’effort que je fais pour aller là où s’imaginent nos deux corps

redis mieux la phrase, car elle se prête à confusion

là où s’imaginent nos deux corps, c’est là où ils se créent, n’est-ce pas ?

bien avant que nous baisions et qu’un gosse émerge de la scène

qu’un genre émerge de notre danse

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le poète qui bafouille bafouille avec ce qui est, ce qui lui est le plus intérieur et le plus extérieur

avec qui ne parle ni ne poétise

et le ou la shaman est d’abord celui, celle qui ni ne parle ni ne poétise

puis selon le poème que nous aimons nous raconter, la ou le shaman fait croire au poète, à la poète en sa vertu shamanique de poète

mais nous n’avons plus le temps de jouer au propriétaire, n’est-ce pas ? n’est-ce pas ?

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Nous sommes en 2021, dis donc

Tu te rends compte !

Voilà un poème qui va faire le tour du monde, dis donc

Le poème de deux vers

Nous sommes en 2021, dis donc

Tu te rends compte !

quelle joie d’être auteur.e d’un tel poème !

faisons la fête que nous ferons demain, lorsque nous ne serons plus transis par le Corona et ses descendants pandémiques

faisons cette fête, cette danse, car « monde » recommence

en plus intérieur et plus extérieur que l’apparence de monde qu’on a voulu se concocter

quand absolument nous voulions mais voulions plus encore que vouloir veut dire, nous voulions nous tenir loin de la danse

dans la croyance superficielle et la douleur superficielle en notre séparation

en notre révélation solitaire, en notre solitude révélante et révélatrice, n’est-ce pas ? n’est-ce pas, au fond du fond propriétaire, d’une vérité, d’une terre, promises

est-ce que mes vœux pour 2021 tiennent la route ?

j’ai bien peur que non

mais c’est pas grave

on est l’auteur.e du poème qui a fait le tour du monde

Nous sommes en 2021, dis donc

Tu te rends compte !