des vœux ou des confessions ?

de l’espoir pour la suite ou du remord pour ce qu’on vient de traverser, 2020, et 2020 sonnant résonant de toute notre vieille histoire ayant mal tourné

et qui sommes-nous pour souhaiter ou pour confesser ?

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pour nous embrasser, nous pouvons nous rejoindre par la tête, par la racine des cheveux, par la pointe des cheveux, par l’intellect le plus immatériel, qu’il soit incarné par nos représentations savantes ou par nos « valeurs » morales, sociales. Nous avons presque supprimé la notion de poids, et le corps entier n’est plus qu’une idée de corps, et la terre n’est plus qu’une idée de terre, au service de l’intellect que nous avons au bout des cheveux, flottant dans l’air virtuel que nous leur avons inventé, pour notre campagne publicitaire existentielle

nous pouvons nous rejoindre par le sexe, par le bas, par notre identité, de genre, qui appelle, en bas du tronc

nous pouvons nous rejoindre sans nous embrasser en marchant côte à côte, en confiant au sol le soin de composer l’arc souterrain entre nos quatre pieds

nous pouvons nous rejoindre pour nous éliminer, que l’un ou l’autre ressorte vainqueur de notre distanciation radicale

ou bien nous pouvons nous rejoindre pour mourir ensemble, que l’un et l’autre s’effondre sous les coups du corps étranger qui a juste besoin qu’on l’héberge, de vie à mort, indifféremment, on peut se toucher afin d’être atteint par ce corps étranger. On peut se rejoindre par ce curieux goût à mourir ensemble

on peut aussi couper nos cheveux, se castrer mutuellement et couper les phrases qui nous touchent n’importe comment

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et reprendre autrement

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reprenons autrement

j’aimerais juste te souhaiter une bonne année, comme tout le monde

et t’embrasser de tout mon cœur, de la racine des cheveux aux métatarses

et plaider pour ce qui nous est commun, tout au fond de nous

et ce « nous » n’est pas une propriété collective qui viendrait mal compenser notre si toxique propriété privée, individuelle, subjective

je ne sais pas si ce sont des vœux ou des confessions

je peux te vendre du besoin avec son mini kit de réalisation, notre petit rituel de vœu

je peux te vendre cet espoir en flacon premier prix

je peux te vendre ma sincérité repentante : plus jamais, plus jamais, je te le promets, pareil, en flacon premier prix

je peux te vendre un désespoir bien ficelé

je peux tout faire pour rejoindre ton supposé goût commun, ton goût pour ce qui est supposé nous concerner, nous, nous les, comment on s’appelle déjà ?

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à qui, ici, le président de la terre veut-elle s’adresser ?

pour adresser ses vœux pour 2021

à tous et toutes ?

un mot à chacun, chacune, ça va être long

Un mot de substantifique moëlle rassemblant son adresse à toutes et tous dans sa seule substance ? ça va être extrêmement difficile à traduire dans la langue de chacune et chacun

et si c’était un non-président, une non-présidente du non-ensemble faisant espace vivant

et un.e président.e de tout vivant

qui dansaient ensemble en guise de vœux pour 2021, qui dansaient un tango, pour 2021 ?

qui dansaient ce tango-là, pour 2021, avec, en une seule phrase, un seul élan musical, l’espoir et la douleur, le vœu et la confession, de passer de 2020 à 2021, du XXème au XXIème siècle ?

car l’entrée dans le XXIème siècle, ce n’était pas les Twin Towers du 11 septembre 2001, c’est l’année 2020 et son passage à 21

juste un tango, pour comprendre, au fond du fond, ce passage – si risqué