Ecouter Simon Ripoll-Hurier

pièce radiophonique diffusée en guise de conférence dans le cadre de la série « Reflexio 2020 », le 1er décembre, sur la radio « PiNode » radio liée au master Arts sonores et Sounds Studies, à l’Université Paris 8 et réécoutable ici

effet secondaire bénéfique du reconfinement, de la longue année 2020 mettant à mal les artistes de la relation, de la rencontre – de ces artistes, comme Simon Ripoll-Hurier, dont le carburant est la situation, la rencontre réelle, organisée afin de documenter le sujet de la rencontre, et en ce qui concerne Simon, il s’agit en tout premier lieu de travailler sur le signal, et plus précisément le signal sonore, comme incipit de la rencontre

son travail est une méditation sur l’incipit, sur le signal

son intuition, car c’est un intuitif, a toujours été méthodique, resserrée, « dédramatisée » : confrontée au son mat de la vie réelle

ici on ne propose pas un commentaire de son travail ni de renvoyer à un commentaire avisé sur son travail, mais de se référer d’abord à son travail même, accessible en « version compressée » en quelque sorte dans cette « pièce radiophonique », ou plutôt cette performance qui transforme une invitation de rencontre et de présentation de son travail notamment à un public d’étudiants (on considère cet objet comme une œuvre s’ajoutant à son catalogue d’œuvres)

un artiste n’a jamais à montrer patte blanche, à se contorsionner pour prouver qu’il est artiste, un artiste fonctionne comme artiste, en devenant ce qu’il est, puisque n’importe quel artiste est un devenir artiste qui s’exprime par n’importe quelle occasion, ou, autrement dit, fait feu de tout bois

ce qui est le cas ici

donc, ici encore, écouter sa performance pour éventuellement examiner ce présent message de réception

c’est clairement une archéologie du futur qui est à l’œuvre dans la méthode artistique de Simon (« méthode artistique » à entendre en superposition, en palimpseste peut-être avec « méthode scientifique »)

archéologie du futur veut dire aller chercher d’abord dans le passé proche (le XXè siècle, les lieux et les situations berceaux de la connexion généralisée, de la connectique capitaliste)

mais ce n’est pas une méthode de la méthode, une fascination plus ou moins fermée pour l’aspect méthodologique

il y a bel et bien de l’intuition au travail

non pas une intuition qui déboucherait sur une « idée »

dans le monde de la science, son type d’intuition aurait pour objet une théorie

ici, dans « le monde de l’art », on dira  que l’objet de l’intuition est de déboucher sur une pensée, c’est-à-dire, au moins deux idées qui s’enchaînent et font des petits

on peut appréhender, toucher, sentir, examiner deux de ces idées.

un : celle du signal évoqué plus haut

peut-être y a-t-il un engouement pour une telle esthétique du signal tous azimuts, sans hiérarchie, trans-domaines (tous les sujets des pièces de Simon, jusqu’au film sur l’orchestre de Macédoine, où c’est l’ingé son qui est le pivot du film traitent de ce sujet), et cet engouement n’est pas sans rappeler l’engouement futuriste russe pour la remontée dans le langage en tant que signal sonore – une des grandes origines de la linguistique avec pour interface Jakobson)

deux :

la deuxième idée et l’articulation qui fait naître une vraie pensée en formation, selon nous, c’est… comment l’appeler ? à partir de ce qui se formule comme de la perception non sensorielle, propre à cette  étonnante et périmée pratique du Remote Viewing, à partir de et pas du tout en conversion néo-mystique pour une philosophie, au fond, de comptoir, mais bel et bien une intuition forte liée à ce qu’on pourrait appeler dans la foulée « la perception non subjective » : une perception qui s’émanciperait d’une conscience de sujet, d’une sensorialité pensée comme sensorialité de sujet – la question de l’imagination étant au centre de cette méditation, de cette intuition.

L’hypothèse en marche est de suspendre ce mot clé, imagination, ce mot chiffre de l’histoire humaine et d’en travailler les qualités et les énergies selon l’hypothèse du contact, du signal

Ce serait une autre théorie de l’imagination qui suspendrait le mot même et toute la subjectivité humaine impliquée par elle et s’intéresserait non pas à l’effet de réel (qui est encore un concept de l’ère de l’imagination), mais au réel de tout effet, ici, schématisé provisoirement comme signal

Sortir de la subjectivité n’est plus du tout un de ces dandysmes fin de siècle mais un vrai programme pour penser autrement

une pensée-signal d’une vie réelle tous azimuts, y compris cybernétique, qui ferait pièce à l’imaginaire toxique – capitaliste-religieux, non pas sur un mode critique mais sur un mode inventif – au-delà de l’imagination et du sujet auquel elle se rapporte indéfiniment selon une structure d’appropriation