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mardi 17 novembre 2020

il y a  1 un, 1 deux, 1 trois, 1 ou 2 quatre, 4 cinq, 1 ou 2 six, 5 sept, 12 huit, 27 neuf, 1 dix, 1 onze, 2 douze, 3 treize, 2 quatorze

ce sont les Sources numérotées d’où proviennent les fragments de Rabi’a choisis et traduits de l’arabe par Mohamed Oudaimah dans l’édition Arfuyen

l’auteur a privilégié Attar, la source Attar, le numéro 9 et, loin derrière, Manawi, le numéro huit

1 ou 2 quatre ? 1 ou 2 six ? un fragment est mentionné sous le numéro, inexistant dans la table, de quarante-six et en page 46 un fragment sans aucun numéro

l’édition est un peu approximative, disons, rapidement exécutée, petites fautes d’inattention, interlignes parfois vagabonds

à l’heure de la rigueur numérique, l’approximation mystique, ou plutôt l’utilisation approximative de la mystique ne plaide pas forcément en sa faveur

mais qu’a-t-on besoin de plaider en faveur d’une mystique ?

je suis, moi, bien plus approximatif, dans tout ce que je fais, souvent expéditif, donc, aucune leçon à donner à personne

et peut-être moins de leçon à recevoir de quiconque

Rabia

j’ai quelques questions à te poser, je ne sais par où commencer

par la fin ? par le dernier fragment où ta voix est complètement recouverte par ces connards de mecs ?

Mohamed a organisé son petit livre en sept chapitres, ça fait disons sept jours

et le septième jour se compose d’un seul fragment, tiré de la source Attar

homme ou femme peu importe, au jour de la Résurrection, avec l’infini vivant, il y aura au moins deux femmes, Marie et toi, c’est pas beaucoup mais ça suffit pour dire homme ou femme, peu importe le genre, seule l’Intention

non, je ne commente pas ta religion

ce n’est pas du tout mon problème

ni les Chrétiens, ni les Musulmans ni aucun des autres je ne les interpelle au sujet de leurs croyances, de leur foi

je n’interpelle que toi

au septième jour donc, ils essaient de te récupérer, ou plutôt ils essaient de se récupérer eux in extremis, parce que tu leur as fait un sacré effet

je crois vraiment que tu y as mis aussi du tien, tu les as beaucoup séduit, l’amour unique , l’amour pour l’unique rend tout le monde jaloux, bien joué

dis-moi, tu l’appelles Seigneur ? c’est ça ? Seigneur ?

tu enseignes aux petits hommes la vraie soumission, je veux dire le vrai sens de soumission à savoir juste lâcher prise, rien d’autre

ou bien tu te cherches une porte de sortie là où ils t’ont cloitrée, les petits hommes

admettons, je suis là, en face de toi et je te dis que je ne suis pas un homme, qu’est-ce que tu me dis ?

je ne suis pas un de ces petits hommes justes bons pour la malfaisance, le mal faire avec toi, avec les petites mamans, avec les petites femmes

dis-moi, est-ce qu’ils t’ont excisée ? est-ce qu’ils t’ont cousu le vagin ? qu’est-ce qu’ils t’ont fait donc ?

tu vois bien, je ne suis pas un homme, je m’exclue de la communauté des petits hommes

Moïse ? un petit homme

Mohamed ? un petit homme

je ne fais pas partie de ces hommes-là

Toi et Moi, tu sais, le cageot de légumes, la marque, Toi et Moi

toi et moi c’est ton sujet, c’est ton cageot

la fusion, l’indistinction, au profit, au seul profit de Toi

mais

une caverne, tu dis une caverne ?

tu parles du prophète et de son ami, tu dis qu’il dit : T’en fais pas, il est avec nous, nous sommes trois, Dieu est le troisième

et toi, tu arrives, tu t’appelles Rabi’a et Rabia veut dire la quatrième

tu arrives, tu es la quatrième, tu arrives dans la caverne de la solitude, tu dis solitude

les doctes disent Mais comment donc, c’est quoi, ce multiple, cette plèbe au sein du repos unique, de l’unique !

et toi, quatrième, aussi jalouse que première

tu rentres dans cette histoire de mecs, on te dit à mots à peine couverts que t’es pas forcément la bienvenue, c’est pas pour les gonzesses

et soudain je pense aux chrétiens, à leur trinité et je te vois débarquer en pleine sainte trinité

et je te vois remporter la mise

parce que ta façon de parler d’amour, y a pas photo, c’est la seule à faire mouche

bon, on peut abandonner ce style foireux de la camaraderie

si je peux te parler comme ça, te rendre visite, comme on dit faire l’amour – c’est vraiment pareil, la visite et l’amour

c’est parce que je parle exactement pareil avec Do, tu vois, il n’y a pas cette foirade du niveau spirituel et du niveau corporel, temporel

j’ai envie de lui poser les mêmes questions qu’à toi

et je vois bien qu’elle me fait le même genre de réponse, qui demande des plombes à comprendre

il y a bien ce dualisme d’enfer qui nous sépare : ton histoire si majoritaire de mépris du monde, de ce monde-ci, mépris des créatures, au profit du créateur, de l’adoration de l’autre, de l’autre monde créateur du monde, c’est une histoire pénible même si ce n’est pas forcément la plus mauvaise façon de se dépouiller de toute possession, de ce monde comme « ma » possession

il n’y a peut-être que maintenant qu’on peut danser, vraiment

vagabonder ensemble-séparés dans la fusion non terminée, dans le tout non terminé de dieu