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et que disait la veille, le lundi 2 novembre 2020 ?

une nuit de mue ?

crocodile vécu de l’intérieur, en train de changer en quoi

en quoi la mue ?

un furieux rêve de crocodile, très présent, le crocodile, cette nuit

je ne me donne pas raison

je ne verse pas la raison que je n’ai pas vers toi, à ton encontre

je ne la verse pas de ton côté

je prends mon crocodile à pleines dents

mon expérience de père est devant moi, en pièces détachées

et je ne vais pas savoir la remonter

est-elle aussi mise en échec que mon échec littéraire ?

oui, dieu merci

l’échec ou la gloire, kif-kif, toute-puissance malgré soi

c’est quoi l’histoire ? demande l’écrivain Emmanuel Carrère, tempérament narrateur de fond, comme on dit coureur de fond

c’est quoi la relation ? se demande-t-on ici

l’histoire, le récit tient l’opacité à distance, l’avale crocodile dans la fluidité d’une histoire simple, toute histoire est histoire simple aussi compliqué que soit le pitch

dès qu’on commence à raconter, c’est simple comme bonjour

j’aimerais pouvoir en dire de même de la relation : comment je relationne cette relation

mais justement non : je ne relationne pas la relation

elle se relate

de l’intérieur

et à l’intérieur ce n’est pas je, ce n’est pas moi

ni toi

ni mon fils d’ailleurs, ni mes trois fils

ni la littérature d’ailleurs, poésie, philosophie ou récit

quoi alors ?

j’aurais bien aimé en fait faire patriarche, genre fonder une lignée qui me reconnaisse comme point de départ

au lieu de ça j’ai voulu faire christ, non-père, petit point d’arrivée tout pâteux de la pâte-mort puis mue céleste, prétendue

est-ce que mes fils ont fait les frais de ma toute-puissance non-relationnelle ?

la pensée-vie se scande à la va comme je te pousse

mais elle est scandée, voilà en guise de manifeste poétique

j’aimerais vraiment ne jamais avoir fait de mal à mes fils, vraiment

mais la réalité est que je leur fais mal et je ne sais pas comment, et eux non plus peut-être

le mot père n’existe pas

tu peux tourner ton expérience quotidienne dans mes quelques phrases, ce matin, ton existence quotidienne peut lever avec ça, je crois

je préfère dire n’importe quoi avec cette fougue qui ne dépend pas de moi

que te sortir un bon pensum en période de confinement totalitaire

toute l’histoire poétique arrive jusqu’ici, à ici

tu t’y attendais pas, hein ?

ici est un point trop dense, je le reconnais

ou bien une salle bien trop vaste, trop de vide sans écho

mais c’est comme ça

tout le monde passe à confesse ici

j’ai remis le nez dans ce que j’ai, à quelques reprises, écrit et adressé à des gens que j’aimais et qui m’avaient blessé, j’en ai humé le ton, les bonnes raisons, l’allure puis j’ai été repoussé par l’odeur nauséabonde que ça avait pour mon temps présent et je me suis dit que je pouvais aujourd’hui déviavoicer ces écrits (vous connaissez peut-être le logiciel Viavoice ?), les envoyer paître dans une langue homophone complètement autre

et désamorcer le mal idiot que j’ai fait

je me promets de ne plus faire usage de mon écriture d’ici pour obtenir quoi que ce soit de ceux et celles que j’aime, ou que je n’aime plus, résolution de nouvel an de polichinelle, on verra bien

ce que l’écriture veut t’apporter sur son plateau d’écriture est un instrument de torture, j’en ai fait l’expérience

on est tous tarés

nous ne voulons absolument pas de relation entre nous

c’est ça la folie

le fou est celui ou celle qui s’arrange pour ne pas avoir de relation

et ma séance de confesse comme d’invective, c’est ça, c’est cette peur panique

qui aurait besoin de bras protecteurs

mais les bras de la relation ne sont ni des bras de papa ni des bras-ventres de maman