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qu’est-ce qui se dit avant-hier ?

avant-hier, mercredi 4 novembre 2020

il se dit nuit

nuit : ma vie entière est ce livre et ta vie entière sa lecture

c’est vraiment la nuit, penser comme ça c’est vraiment la nuit mais c’est comme ça pour l’instant, il est quatre heures, et c’est aussi le suspens américain

je me lève, je n’essaie pas de me rendormir, je me lève, j’espérais des résultats plus tranchés, que Trump soit explicitement viré, ça va se jouer à peu on dirait, à très peu, oui

le sort de l’Amérique est vraiment dans le cerveau, ici

et en même temps, le cerveau est complètement travaillé par autre chose

est-ce que quelque chose du sort du monde se joue, là, ce soir, entre ces élections américaines qui commencent à être dépouillées

et ce livre dont l’existence se dispute entre moi qui suis censé l’écrire et toi censé le lire

qu’est-ce qu’on fait avec une telle question onirique, absurde ?

je me suis levé d’un bond quasiment, d’abord pour cette histoire de livre, puis pour cette histoire américaine

franchement tout ça est foireux

– tu es sûr que tu veux continuer cette amble grotesque, notre livre une jambe, l’élection américaine l’autre jambe ?

le cirque médiatique le lance cette nuit, notre livre, comme une douleur aigüe

quelle est la petite idée de la nuit, derrière cet immense cirque, ou dedans, en plein plein cœur ?

la vie entière est ce livre et sa lecture est une vie entière

je serais plutôt du côté de l’écriture de ce livre et toi, tu serais plutôt du côté de sa lecture…

mais le livre n’existe pas :  c’est ça l’idée !

l’idée qui oblige à se reformer la pensée

il n’y a pas de parallèle entre les élections américaines et le livre d’ici

il y a juste quelqu’un qui se lève ici à quatre heures du matin, un mercredi 4 novembre 2020

il y a tout un peuple à venir dans le livre et tout un peuple passé sur le continent américain, rien moins

les Américains ne vont pas me demander d’aller voter chez eux !

et je ne vais pas leur demander de se prononcer sur le livre d’ici !

nuit blanche et nuit noire !

tout ça c’est du rêve, et le rêve nous ordonne de rêver sur nos deux oreilles

notre oreille européenne et notre oreille américaine

pendant ce temps-là, c’est sûr, Chine, Afrique, Moyen-Orient et autres continents perturbateurs investissent le corps du rêveur, de façon virale ou d’autre façon

on cherche, on se tourne et on se retourne dans le lit, on pense avoir trouvé la soluce pour dormir sur les deux oreilles en même temps et puis non, ça nous ravage le crâne, on n’y arrive décidément pas

un mauvais écrivain s’est avisé d’envoyer à nouveau sur une liste CCI de destinataires mails, un texte par jour, cette fois-ci c’est un poème par jour, au dernier confinement, c’était un récit par jour

je n’ai pas le cœur de lui dire explicitement, S’il te plait, ne m’envoie plus rien, je ne veux pas lui faire de mal, il est vieux, peut-être malade

mais si la vie entière est ce mauvais livre qu’on est obligé de se farcir chaque jour, ça ne peut pas aller

allons donc, l’idée du jour est foireuse et tu es peut-être ce mauvais écrivain, sûrement même

tu te prends pour Dieu pour avoir une idée par jour ou quoi ?

notre avenir se joue ! notre livre se joue ! cette nuit !

c’est juste une conclusion foireuse 

foireux, foireux, tu sais, c’est le mot pour l’éjaculation précoce, pas d’explication, pas de développement, juste une conclusion foireuse

tout à l’heure on va faire une séance de yoga par Zoom, j’aurais redormi un petit peu, ça ira mieux

ma grosse mélancolie c’est quand même ce foutu livre qui ne voit pas le jour ! qui ne verra jamais le jour, s’empresse de dire son lecteur préféré !