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vendredi 6 novembre 2020, c’est « en moi » que ça a lieu, le cirque, les élections américaines, la série intitulée Trump, la série intitulée Covid 19, c’est « moi », j’abrite ça, j’abrite ça aussi, aussi, aussi, aussi, bien sûr aussi je danse, j’apprends aussi à me réviser complètement en dansant avec « toi », « avec », « j’apprends », oh, tous ces guillemets qui nous mettent sur le qui-vive de la mutation, chaque jour, et ça recommence, ça recommence aussi, « le cirque », la fiction, cette fiction, « ma fiction », je la signe aussi, j’en suis le coauteur, malheureusement j’en suis le coauteur, j’en suis scandaleusement le coauteur, du calme, un peu de méditation, un peu d’oubli, un peu de danse, un peu de pensée, un peu d’amour, celui qu’on s’apprend tous les deux, du calme, je n’existe pas et tu n’existes pas, le cirque n’existe pas, Trump n’existe pas, le peuple d’extrême-droite américaine n’existe pas, la Covid 19 n’existe pas, j’organise ma désinformation massive symétrique, je déroule mon grand n’importe quoi symétrique au grand n’importe quoi que j’ai sous les yeux, sous les paupières, dans la terre de ma tête

il faut juste que je me répète, que je rabâche l’hypothèse que j’ai pu danser avec l’extrême droite, sans le savoir, j’ai dansé avec des femmes qui puaient, j’ai dansé avec tout ce que je déteste, j’ai dansé aussi avec tout ce que je déteste, je danse aussi avec tout ce que je déteste, et si j’épuise ce que je déteste autant que ce que j’aime et qui me dresse l’échine

si je danse avec toutes mes passions, comme on dit, avec tous les accidents de la passion qui déferlent sous le crâne-corps qui marche, s’assoit, fait le jardin, baise, parle, écrit, lit le journal numérique, et si logiquement je devrais pouvoir reprendre mon souffle dans quelques secondes, et danser, et écrire, et agir, de façon moins bordélique, si ça doit se calmer tout à l’heure, le bordel rationnel et sa nuit

ce n’est pas du tout que tout à l’heure, hop, comme repos et viatique, hop, le monde disparaisse, l’extrême-droite disparaisse, la panique des gens qui perdent, le spectacle de la panique des gens qui perdent, qui ne veulent pas perdre, tu vois le personnage Trump, ce que d’abord perdre veut dire, perdre veut dire ne pas vouloir perdre, la panique des gens qui spéculent sur le gain qu’ils obtiendraient à perdre, tu vois le personnage moi et ses amis littéraires, ils sont vraiment dans moi, tous, je le sens, et si je les tue, je me tue, ici, le suicide est aussi exorbitant que le bouton nucléaire sur lequel tu vas appuyer pour te débarrasser de ton ennemi, non, non, je ne suis pas en train de philosopher, là, tu te trompes complètement si tu penses un truc pareil, calé dans un fauteuil en train de croire lire un bon bouquin au coin du feu, il n’y a pas de livre, ton activité de lecteur, de lectrice est au-dessus du gouffre, est déjà dans le gouffre, bienvenue dans le gouffre

rien ne disparait dans le gouffre

et c’est là que ça commencerait ? quoi, l’expérience dont il faut parler ici, qui mobilise nos vies entières, depuis ce petit événement, depuis qu’on a découvert qu’on dansait ensemble, depuis septembre 2014 où on a découvert qu’on dansait ensemble et qu’on s’y est mis, à apprendre, à apprendre le tango, tu sais, tout se ramène toujours à des histoires locales, à des petites anecdotes, des histoires de pas grand-chose, et c’est comme ça qu’a commencé notre histoire, notre livre, en pleine tourmente, en notre pleine et petite tourmente, je m’en souviens comme je sais que je me souviendrai des élections américaines et des peuples masqués qui errent sur la planète 2020, et sur la planète Europe, du calme, nous allons essayer d’alterner les jours qui nous collent à la vie, le journal de cette vie qui s’achève, avec l’intuition heureuse, appelons-la comme ça, alternons les jours avec l’intuition heureuse, la notation des jours avec la petite construction de cette « intuition heureuse », non pas la joie d’un ou d’une qui enfin trouverait son bonheur mais ce bonheur très particulier qui s’exprime entre nous, quand nous jouons de nous, nous ? je dis nous pour nous désigner tous les deux, toi et moi, ça, je peux, c’est tout près, c’est à portée de main, et très vite se trouvent à portée de main un paysage ample et un peuple ample, nous, et le mot peuple ne convient pas bien, bien sûr, le nombre ne se rassemble pas dans un nom unique, nous, c’est un lieu et une forme de méditation, et nos techniques, et nos politiques, je ne sais pas, nos phrases changent, sont en train de changer, là, sous nos yeux, allons-y, commençons