Sacré tango

mardi 29 janvier 2019

la vie onirique

comme on se lève et va à la vie du jour, on se couche et va à la vie du rêve

comme on ne se souvient pas abondamment de la vie du jour, on ne se souvient pas abondamment de la vie du rêve

parfois plus, beaucoup plus, parfois beaucoup moins

la vie du rêve est une vie de foi : on croit dur comme fer et les choses se déroulent comme on le croit. C’est parce que nous croyons dur comme fer à nos fantaisies que nous nous étonnons le matin d’avoir rêvé ainsi. Cette nuit j’étais dans les écoulements d’eau, entre source et tout à l’égout. Il y avait de l’eau vive à l’endroit du compteur, à la limite désormais de propriété. Il n’y avait pas seulement de l’eau vive, mais les eaux usées étaient, je le découvrais ! séparées, eaux de pluie d’un côté, eaux sales de l’autre. J’étais troublé d’avoir vécu jusque là dans l’ignorance et de cette source et de cette partition désormais obligatoire des eaux de pluie et des eaux usées. Ce qui était le plus frappant, et que je revois bien, c’était l’eau claire, belle, abondante qui coulait dans le regard.

Avec quoi encore nous nous réveillons ?

Avec une idée sensation encore, ou une sensation idée, n’est-ce pas le propre de la foi ou de la passion philosophique ou de la création artistique ou de la vie ordinaire ? ni complètement abstraite ni complètement corporelle…

Quelle sensation ? quelle idée ? je crains de l’avoir déjà perdue.

Tantôt la vie solitaire est source, tantôt la vie de l’autre est source, que je remonte comme un saumon, tantôt l’une tantôt l’autre, n’empêche que je lâche aussi mon frétillement en résistance scintillante et me laisse porter par le courant des deux qui font fleuve jusqu’en voie lactée et océan

Mais ce que je vois et crois comme sources, vie solitaire et vie de l’autre, n’est qu’un nœud de passage, ni la vie solitaire ni la vie de l’autre ne sont sources

C’est une pensée tango à la source mais un tango qui n’existe pas encore, il existe et n’existe pas encore, c’est cela qui prolonge la vie du mot et autour de lui la passion de s’exercer, à vivre, vivre la source solitaire et la source de l’autre

Lorsque je repasse par moi jusqu’à devenir soi et que je repasse par l’autre jusqu’à devenir soi, le petit mot soi ne suffit plus du tout à décrire la passion de l’expérience, la passion de l’archaïque et la passion toujours neuve, comme le mot dieu ne suffit pas – il suffit juste à satisfaire le besoin d’être absolument sûr, à combler l’affirmation nue du besoin

La nuit d’avant c’était un roman, très judiciaire, et cette nuit, c’est un traité, un poème mystique décortiqué

C’est ravissant de vivre, au jour le jour, à la nuit la nuit

Dès que s’ouvrent œil, oreille, langage et motricité contact avec l’air et le monde constitué en contact, en contiguité et en écart : en coupes sauvages selon telle ou telle règle civilisationnelle :

Je n’a pas le même son, tu n’a pas le même son

L’expérience mystique de nous n’a pas le même son, l’expérience mélancolique de la troisième personne, de l’éloignement n’a pas le même son

Dois-tu remonter les sources ? te laisser emporter par les courants ?

Mon sentiment de dette ne sera jamais purgé, tantôt je DEVRAI remonter, tantôt je DEVRAI me laisser emporter

A l’intérieur de ma colonne, à, l’intérieur du petit moi il y a l’espace de rencontre, il y a un petit toi qui autrement va à sa source extensive, comment dire, comment défendre cet instant « sacré » – sacré parce ni toi ni moi ne le touchons réellement, au plus intime de nous nous ne le touchons pas, au plus intime de notre contact, de notre abrazo nous ne le touchons cependant que nous le touchons

Que tu dormes, emportée par la profondeur du lit, pendant que je chantonne au lever du jour, voilà l’abrazo du petit matin, la vie du jour et la vie du rêve embrassées

Ne tombons pas dans le mot mystique, dans le mot foi, ce ne sont pas les bons mots

Nous n’avons plus les mêmes besoins

Nous ne sommes plus dans la société du besoin individuel

La source de l’indivisible est autre

Le genre ne se multiplie ni se divise à l’autre genre

Et il n’y a pas de solipsisme

Quel que soit ton genre, l’autre genre fait source, tantôt tu le remonte comme saumon et tantôt se laisse porter comme bois flotté

Mais relisons calmement, et passons au labeur, rémunération comprise.