Pour Duchamp dans sa ville

dimanche 20 janvier 2019

A, gilet noir, E, gilet blanc, I gilet rouge, U gilet vert, O, gilet bleu, rebelles,

Je dirai quelque jour vos naissances latentes

Alors, maintenant que c’est fini, que commençons-nous, en regardant légèrement en arrière de « Duchamp dansa, vil »[1] ?

Je crois que c’est bien toujours à deux, que nous sommes, un exercice à deux, l’être, requérant toujours davantage l’exigence, l’éthique absolue, de ne pas peser sur l’autre, de ne pas survaloriser l’autre ou l’accabler de toutes les défaillances, ou alternativement… L’autre ? qu’il soit dieu, qu’il soit femme si on est homme, ami si on est ami, artiste si on est lecteur, spectateur, savant si on est honnête – honnêtement ignorant… Ainsi du mort Duchamp, pour les quelques et nombreux ami.e.s et pour la ville longtemps inamicale. 

Je crains de nous rendre trop vite abstraits, de nous enfouir dans la mécanique de l’hommage, dans la mécanique socio-artistique, dans la mécanique duchamp avec ses veufs même, mais tout autant dans la mécanique de ma trouvaille secrète, trouvaille du deux (du deux-roues !) en amont de tout, du sujet, le deux de la danse, du tango, de l’art absolu, absolument concret et partagé – partage-source.

Alors…

C’est à relire quelques pages de la conversation stimulante entre Bernard Marcadé et Jérôme Alexandre[2], dans laquelle la figure de Duchamp fait office, je dirais de musique, d’habitation musicale, tapis sonore sur quoi la danse de la réflexion, l’échange des figures philosophiques (dont Nietzsche), littéraires (dont Flaubert), artistiques (dont Duchamp donc) a lieu, c’est à relire la conversation entre un « historien de l’art » et un « théologien (« de l’art ») » que le regard rétrovisé sur ce geste – grossier sans doute mais réitéré avec tant de soin qu’il en est devenu tout délicat : déprogrammer le programme de Duchamp dans sa ville –prend sa manière, son amble pour pas plus de 6000 signes.

Déprogrammer ? comme « déconstruire », comme « déprendre », comme « décroire », oh, « déprogrammer », on le décrira simplement, et amoureusement (l’amour de/dans la langue) – loin des guerres avant-gardistes, comme je crois Duchamp se tint avec constance loin de la quincaillerie des manifestes et des haines réactionnaires, et loin de l’ennui culturel et de la soumission des artistes fauchés par la Faulx de la conformité. Déprogrammer : dévier la langue, « déviavoicer », avec pour effet surprenant de réenchanter par voie de déprise, par voix errante.

Il faudrait encore plus de blanc entre les paragraphes, non pas pour dire ce qu’on n’a pas réussi à dire, mais pour laisser parler réellement ce qui nous tient, silence et vide, dans notre goût à danser, toujours deux à deux, à savoir :

Un discours tenu par quelqu’un, comme :

« Damien Féménias, Président de la Fondation Flaubert »

Et le même dis-cours détenu en quelqu’autre :

« DAME ! UN FEMININ préside au-delà – fond de son flot vert »

Et le jeu soudain se dés-Oulipe et pas seulement se désopile. Pas seulement jeux de mots pour joueurs fatigués, mais exercice intensif de dérive relationnelle, de déconnexion et reconnexion poétique – réelle – entre discours, actes et sens.

« La Fondation universitaire Flaubert a pour ambition de contribuer au rayonnement

L’affront d’assis, en anniversaire flou ! Bertha, pour abaisser des cons en tribus, erre au rayon dément

de la métropole rouennaise et à l’attractivité de la région normande, en

de l’âme. Etre au pôle, droit, à l’aise, bellâtre, actif, idée de la région normande, en

impliquant pleinement l’Université de Rouen Normandie dans l’animation de la

vie intellectuelle, culturelle et artistique de la cité.

un pli, quand planent amants nus et adversités de roues en or… Mais dis donc ! l’âne est maçon de lave éteinte, lecteur ! Il est culte ! auréolé d’un distique de la cécité !

Les opérations qu’elle soutient ouvrent des questionnements et s’adressent à

tous, pour faire circuler les savoirs et mieux les partager, pour alimenter les

débats de société et renouveler notre rapport à l’actualité.

Les aberrations qu’elle soutire au doux vent des caisses, tout bonnement, c’est ça. Dresse-toi, tousse ! pourfend, resserre l’ukulélé des savoirs et miaule-les. Par ton jet sur Ali, aimante les ébats en sauce. Il était : il errait. Et nous relevions notre rapport à l’actualité.

En soutenant l’événement Duchamp dans sa ville, manifestation culturelle

d’envergure, ambitieuse et contemporaine,

En soute !… Non, les veines mandent du sang, et dans leur vile manie, font station-cul du réel sans vergogne, en vicieuses contemporaines.

la Fondation s’engage auprès de l’Université de Rouen pour la diffusion des savoirs scientifiques et artistiques auprès de tous les publics.

Le fond d’action s’engage, auprès de l’adversité de Rouen, pour la ZAD qui fuse au nom des savoirs si anti -fric et artistiques auprès de foules pudiques.

Marcel Duchamp est une figure emblématique de la ville de Rouen. Précurseur

de l’art contemporain et largement reconnu à l’échelle internationale, il est

une porte d’entrée de grande qualité sur la ville de Rouen, son histoire et sa

modernité.

Ma selle enjambait une figue sur un remblai, moustique ! et de la lave et de la vie d’or ou en grès coursaient l’art. Contemple le Rhin large, Dément ; recouds-le à l’échelle internationale. Il est une sorte d’antre qui ne gronde qu’à l’été sur les filles de Rouen. C’est sans histoire et c’est mondanité. »[3]

Ce fut, c’est un geste, ce déprogramme, ce fut un jeu, ce n’est qu’un début, une anecdote déguisée en manifeste, ou l’inverse latent, c’est une petite contribution à la mutation intégrale (une vraie mue) de notre monde.

La roue de Duchamp a toujours eu deux e : une vraie rouée.

La roue de Duchamp a toujours eu deux roues : l’art, atrocement ou divinement solitaire, s’est toujours joué à deux.

P.R.


[1] DUCHAMP DANSA, VIL, édition limitée d’un double du programme « Duchamp dans sa ville ». Un atelier d’écriture nomade intitulé : « L’idée, c’est déprendre Duchamp » s’est déroulé durant l’opération « Duchamp dans sa ville » sur le principe du « déviavoice ».

Le « déviavoice » est un logiciel mental délibérément défaillant de dictée vocale, forme e-technologique héritière de l’holorime, de l’homologie approximative et des méthodes dérivantes de Raymond Roussel.

Une équipe de déviavoiceurs et déviavoiceuses a entrepris de faire dériver le programme dans son entier. Un participant-artiste a caviardé, avec la complicité de l’équipe de Duchamp dans sa ville, la maquette du programme. Le principe d’écriture, comme de lecture, a été d’arrimer constamment le texte déviavoicé au texte d’origine. Il faut donc avoir les deux livrets en main (ou sur écran) : le programme et le déprogramme, pour être dans la réalité du projet.

Les auteurs-participants sont, par ordre d’apparition : Gilles Åsmund, Mieszko Bavencoffe, Isabelle Gard, Eric Lebourg, Pascale Marchalduchamp, Hélène Vé, Cat Web, et la participation ponctuelle de Cléo.

[2] L’Urgence de l’art, Bernard Marcadé, Jérôme Alexandre, Editions Parole et Silence, 2015

[3] DUCHAMP DANSA, VIL, page 4.