saisissement

lundi 21 janvier 2019

par la case nulle

un coussin relevé sur le dos de la chaise

l’ombre d’une tête, mienne, mordant sur lui

une horloge sonore, campagne

le ronflement du chauffage dans le radiateur faisant penser à une autoroute au loin

la nuit noire dehors

non, un réel bruit de moteur dehors, une machine agricole allant très lentement, couvrant loin autour d’elle

une lune rousse, pleine, haute, très au nord-ouest

ici, à chaque fois, dans l’événement ostentatoire ou invisible

réservoir de vide

concomitance d’un glou-glou du radiateur et du bruit de la machine agricole, qui semble revenir, labour, engrais fatal ?

la lune rousse, comme en éclipse, petite terre projetée au milieu, mais non, lune rousse seulement

proximité du lointain, distance de l’intime

mère et fille

hier nous nous écoutions connectés dans la voiture

nous parlions délicatement du Très-Haut maternel

j’emploie la consonance Hölderlin pour désigner de doigt peint, spirituel, l’expérience exclusive de mère, hautement philosophique, étoile vivante en soi

tout-autre, chéri, abrité en soi est plus grand que soi

pourquoi le masculin aura-t-il cru, pour autant, être l’étoile du féminin, quelle illusion, quel effet d’optique ?

dieu au masculin, pas plus que dieu au féminin, deux en un ou en trois, deux en multiple, en divers ou en monochrome

à présent le retour vacarme de l’intérieur-extérieur mêlé dans la plaine picarde qu’hier nous avons traversée, tempêtant de morts et de cris, à présent il revient lorsque loin nous sommes, à l’écart nous sommes, dans un berceau où présent signifie plus loin dans la température vivante et la captation de la température vide

longtemps je refusai un peu d’apprendre tel quel un savoir – selon mon inquiète et ignorante et ignorée subjectivité – inadéquat, songeant qu’il fallait remonter plus loin dans la cause de tel ou tel phénomène, à présent je peux naître et recevoir la vie terrienne, j’apprendrais à l’heure juste et improviserais plus loin ma petite partition de musique-danse connectée, mieux connecté à ma mère et aussi mieux inspiré par la part un peu moins visible et pour cette raison davantage portée à l’invisible, à l’absence, au trône, mais erreur, illusion mises à part, je me vois mieux connecté à la petite part du père, à la magnifique petite part du père

renversement de perspective ? un père lune ? en partie lune, oui, d’où lunaire parfois dit-on des hommes qui rêvent, si amoureux d’une femme au ventre solaire

aimeras-tu ma poésie de grand-père ?

lorsque tu danses, suivre n’est pas plus petit que guider, ou guider plus grand que suivre, c’est avec le naissant que nous dansons-vivons

seul le naissant, plus petit que nous, est plus grand que nous

errant je me concentre sur l’intériorité au féminin, c’est très beau, très ancien, très nouveau

aimerez-vous ce vêtement vide pour petit d’homme ?

petit-père aurait eu du charme dans la chanson pour nommer grand-père

si l’affreuse histoire ne l’avait à jamais condamné en condamnant le mot peuple à rester, à lui, mortellement attaché

l’Histoire avec sa grande hache c’est pour nous à présent un livre d’enfant

ce que nous faisons fait histoire, fait terre

c’est très intime, inaperçu, réel, réelle mine écrivant livre réel

oh ! regardez, consultez le registre des astres !

ce jour à cette heure, à cette page même, la lune rousse était rousse… de la terre, nous la couvrions, tu la couvrais de tout ton amour ! j’ai levé les yeux tout à l’heure à l’heure exacte de l’éclipse totale, et la lune se défait du manteau de la terre, pardon pour ces pelures métaphores de bazar mais on s’en fout c’est beau de voir le lumineux  grossir et l’ombre rousse s’abandonner au noir et au vide

c’est beau

la bénédiction n’a rien de l’anthropocentrisme, c’est juste une imprévue exactitude, concordance, et disant cela je veux rendre hommage à l’océan discordant de nos individus disharmoniques, tout tremblants de décoïncidence, comme fourmis exclues de fourmilière, l’agitation inquiète est rythmée , en cet instant, par le lent dévoilement de la lune par une terre qui tout à l’heure va sortir de son trou d’obscurité

que nommait-il, Hölderlin, sous le vocable des Immortels, les dieux ? Les astres ?

la vie découverte, la vie nue, il nommait l’extraordinaire nue peinte, dévoilée dans les cieux

à trop longtemps regarder la pleine lune disait-on la folie guette

c’est une jolie danse même si le reflet prosaïque du meuble à tout dans la cuisine  brouille l’image, brouille l’expérience de l’éclipse, qui en est à sa moitié

La mère de la grand-mère est levée et se prépare à aller à l’hôpital pour une piqure au centre de l’œil

l’idée de cycle se chante avec cette machine agricole qui s’efface dans le lointain et revient sillonner notre parole

tout cela fait sculpture dans le bois de notre esprit

vous aurez toujours raison de préférer aux ébats tapageurs de l’enthousiasme l’enthousiasme invisible du réel

le timing de nos différences d’histoire est pour l’instant à la même heure trois quart d’éclipse

c’est grand calme, grande attente, c’est bonne température d’intérieur-extérieur, c’est bientôt point d’orgue, cqfd ou autre petit signe d’humain, c’est respiration profonde et don d’image d’une lune à présent un peu striée par des branches brindilles de pin

et moi je crois que je serais capable d’aller rechercher l’ombre de la terre au fond de la galaxie, insensé

pendant que vous contemplez la pleine lune à la quasi fin de l’éclipse de ce jour

nous sommes trois ? terre lune soleil

l’arrière-grand-mère me dit qu’ils annoncent de la neige pour demain

la séance est non pas interrompue par la lampe agressive derrière moi, la lampe des préparatifs de l’arrière-grand-mère, le retour de l’immense machinerie, l’immense fiction humaine, elle s’arrête à son point d’orgue, impassible

nous habitons.

La lune s’enfonce vers l’horizon, il est huit heures moins le quart, le ciel pâlit, il y a encore un arc de terre au bas de l’astre longtemps féminin, le jardin fait ombre chinoise, l’expérience très occidentale fait ombre chinoise, très orientale, les formes se lèvent comme dans un particulièrement excellent spectacle, super régie lumière, mais c’est le « spectacle », la présence astrophysique qui nous regarde, contemple ou craint, l’intérieur-extérieur tremble, nous sommes à des sources inquiètes, palpitantes et inquiètes

Comme elle est grosse, la lune, qui bientôt sera grisée par le jour de la terre et le bleu du ciel et dans l’éclatant orangé du soleil disparaîtra, sous la ligne d’horizon.