Remous

samedi 5 janvier 2019

en fait tu ne commences jamais, tu ne recommences jamais, tu continues, tu continues, la répétition est l’illusion du cycle

je peux être collectionneur de commencements et recommencements

ou collectionneur de mort et de remort

j’invente les mots de mon illusion, j’œuvre et fais usage de mon travail artistique et le délaisse au moment où une vérité plus opérante surgit, la tradition, est-ce tradition ?

descendus au cœur d’une vie nous continuons et continuons, recommencements et ruptures ont le goût de la continuité

ainsi ce journal, qu’est-ce qu’être père ?

qu’est-ce qu’être mère ?

chacun de ces moments, les mots, ici, sont des moments, du temps arpenté, en tout sens, du cycle et de l’événement, l’idée de refaire et refaire, l’idée difficile à distinguer de la pulsion, l’idée de défaire et défaire, selon la loi, la loi tout horizon, et selon la décision, l’impulsion, qui est déviation de la loi, du cycle, de l’ordre

cet espace-temps est sacré, dans lequel les mots, n’importe quels mots se glissent, font la farandole puis vont roupiller dans leur usage quotidien : répété.

Je suis injuste, l’invention sacrée a lieu n’importe quand et sous n’importe quelle configuration de parlants (constellation des parlants)

Mais cet espace très silencieux, très concentré, très solitaire, très idéal – nous avons besoin de descendre seuls dans le deux, dans la conversation

Qu’est-ce que nous inventons, lorsque nous nous aimons ?

Qu’est-ce que nous inventons lorsque nous faisons des enfants ?

Les remous que fait la soirée avec Simon et Myriam, les remous que font Judith Butler et Maggie Nelson

Les remous au tréfond de l’expérience et de la pensée

Je ne suis pas moi dans mon corps d’homme fut une question métaphysique et toute métaphysique doit finir dans la physique, les transgenres sont nos théologiens du jour

Hier on entendait, à distance, on entendait jean-Pierre Winter, le disque rayé de la psychanalyse

Mais père, le mot père reste de toute beauté, comparable à la beauté du mot mère, de l’expérience mère, très océanique

C’est la mère dit-il, autorisé de longue date, qui fait place au nom du père

Première pelote dans le lit au sortir du petit paradis inquiet du sommeil, la pelote, c’est que père est ouverture-synonyme de autre, vous mettez autre à la place de père et vous comprenez qu’enfant vous avez bien senti que l’Un veut du Deux, et que ça fait trois, tout de suite, puisqu’enfant vous êtes là, témoin et inventeur

L’univers va, vivant (deuxième pelote).

J’aime beaucoup ces moments, trop courts, où la solitude offerte dialogue et débouche sur de telles expériences d’univers vif, car l’hypothèse d’un vivant à hauteur d’univers est de plus en plus probante et nous en sommes à cet instant où plus aucun croyant ne peut dire : je vous l’avais bien dit, car l’idée de dieu reste bien faible devant cette intuition, et n’importe quel athée ne peut plus la ramener avec son matérialisme inconséquent.

C’est l’intuition heureuse de cette aube, j’aimerais avoir la capacité magique de rentrer au cœur de quelques grandes œuvres, des volumes et des volumes en quelques secondes, ces grandes solitudes offertes et offertes

Et reprendre la question du corps, et la question des pères et l’amour des mères

Finalement, ces fins et ces débuts d’années, du fond de leur répétition  ont la bonté de nous relancer, de nous réinventer, voyez, nous dansons comme des gamins qui se sont mis des guirlandes lumineuses dans les cheveux (ces mêmes guirlandes, enluminures à la lumière desquels je viens de m’offrir à cette improvisation, avant de tout à l’heure les débrancher et les ranger dans le grenier).

(La ponctuation doit, je crois, rester ainsi.)