Et le vœu alors, pour 2019 ?

Mardi 1er janvier 2019, six heures.

Pas à la lumière de la bougie mais à celle des deux petites décos de noël restées allumées, parce que c’est fête, et que les « enfants » ne sont pas rentrés tous.

J’ai déplacé le beau bouquet de fleurs qui me bouchait la vue sur la fenêtre noire, la seule au rideau ouvert, en face – les quatre autres ont les rideaux chaudement fermés.

Besoin de la nuit en face, de l’extérieur nuit.

Besoin de ce contact très particulier entre extérieur et intérieur, entre société et vie dite privée, intime. Parce que le vœu de dire quelque vœu tient sa source, son jaillissement de là, paroi fine, espace infinitésimal et multivers entre

Entre

Entre

L’intérieur dit à l’extérieur : entre

Et l’extérieur dit à l’intérieur : entre

L’invitation, l’invitation mutuelle mais dissymétrique, l’invitation n’est pas donnée, n’est pas faite, ni par l’un ni par l’autre, à la légère.

Le personnage intérieur et le personnage extérieur s’invitent selon ce qu’on pourrait prendre, à raison, pour un protocole très élaboré, très complexe.

D’emblée nous sommes profonds et concentrés dans notre apparence légère et inattentive : festive.

C’est quoi le vœu ?

Et qui ? qui fait le vœu en même temps qu’il le prononce, qui propose un engagement valable pour soi et les aimé.e.s ?

Dire les aimé.e.s pour autrui : que ce soit clair, ce n’est pas pour idéaliser, réidéaliser le rapport social, juste pour l’observer dans son être réel : si on fait semblant d’écarter tout amour, c’est pour sauver en quelque sorte sa capacité, sa possibilité d’aimer et qu’autrui coule à nouveau dans les veines.

C’est quoi le vœu ?

Je crois que le vœu qui essaie de sortir comme un, comme quelqu’un qui veut absolument sortir du ventre aimé-aimant, c’est quelque chose d’assez énergique, voire violent, non, pas violent, coléreux peut-être.

Coléreux ?

Coléreux, c’est comme si c’était le jour où les joies se mettaient en colère.

Les joies se mettent en colère.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Les heureux se mettent en colère.

Les heureux ?

Pas les nantis, pas les privilégiés, ni les crapules qui avec eux ont proliféré, non, les heureux, les heureuses.

Je crois que le cri, que le vœu 2019 est cri de colère des heureux, des heureuses.

Par colère je crois qu’on entend cette capacité particulière de mobiliser pas mal d’énergie pour faire face à la pulsion d’effondrement.

Contre tous ceux et toutes celles qui se sentent obligé.e.s  de faire de l’effondrement une foi nouvelle, une vieille foi nouvelle, bref la troupe des déplorants et des dénégateurs, tous avec la même affreuse foi en l’effondrement, les mêmes accélérateurs d’effondrement.

Alors les heureux se mettent en colère : les nouveau-nés d’abord, et tout le monde heureux autour, tous les amants et tout le monde autour, toute pensée heureuse de penser et tout le monde autour…

Le vœu c’est quoi ? c’est que la puissance des heureux s’élève et neutralise les fauteurs de guerre, les fauteurs d’effondrement.

Tu sais que dans le langage militaire le verbe neutraliser est un euphémisme pour dire liquider, tuer, exterminer ?

Oui, mais dans le langage des heureux, ça veut dire vraiment neutraliser : ôter la capacité d’initiative aux fauteurs de guerre et aux crapules.

Crapules ?

Oui, crapules. Ma voisine vient d’être cambriolée par une ou des crapules qui, c’est l’hypothèse de la police, une première fois l’ont arnaquée en lui vendant très cher un traitement pour sa charpente et une deuxième fois en retournant tous ses meubles, cachettes, grâce au repérage qu’ils avaient pu effectuer. – Il faudrait écrire un livre pour patiemment tirer le fil analogique avec un certain nombre de situations économiques et politiques. Le mot crapule peut englober pas mal de monde.

Il y a les crapules et il y a les autres ?

Non, c’est juste affaire de degré. Nous expérimentons tous la crapulerie et pas à pas apprenons les seuils qui basculent le vivant dans un pur espace de calcul l’un de l’autre.

Et les seuils sont devenus aussi flous qu’intolérables : les crapuleux et les pervers sont les personnages principaux : principalement agissants dans un monde qui est fait pour eux.

Et le vœu ?

Le vœu c’est que les heureux mobilisent leur énergie pour neutraliser ça, partout, en Chine, aux Etats-Unis, en Russie, en France, en monde bruni par la haine et la crapulerie générale.

Heureux ? les Heureux ?

Je reconnais que c’est un peu biblique comme expression.

Dès que tu aimes, t’es heureux, non ?

Oui, ça devient une sorte de désignation pragmatique, de nature à calmer les manipulateurs en tout genre, en toute religion.

Disons les heureux dans ce sens-là (beaucoup de malheureux, au sens politique et psycho-social  se reconnaitront aisément dans ce vocable, et leur joie invisible augmentera peut-être un peu de n’être plus nommés, du moins ici, comme les pauvres malheureux).

Et le vœu alors, pour 2019 ?