c’est une longue histoire

samedi 8 décembre 2018

 

où que tu mettes les pieds, c’est une longue histoire

le tango est une longue histoire argentino-occidentale, l’amour est une longue histoire

l’amour ? l’histoire d’amour et la vie de couple et l’encyclopédie des figures amoureuses et conjugales

l’esprit encyclopédique et méthodique s’inscrit dans l’esprit de longue histoire : de tradition.

C’est un progrès qu’un type comme moi reconnaisse ce fait, et aussi s’inscrive, comme il peut, dans cet esprit de tradition : chaque pas est de longue histoire

Mais l’effet que ça fait, à des types comme moi, c’est comme si juste avant de sombrer dans les maladies d’oubli, les types comme moi mobilisaient une attention soutenue pour quelques longues histoires d’avance inaccessibles en vérité, inaccessible en tant que longue histoire et soumission à l’ordre institutionnel de la tradition.

Des types comme moi font preuve de bonne volonté mais quelque chose fait que, malgré eux, ils n’y croient pas vraiment – sans doute parce qu’ils voient le temps perdu et non rattrapable pour acquérir ladite tradition et prétendre à la petite novation inscrite dans l’histoire traditionnelle – car il y a les tradi-tradi et les tradi-novateurs.

Il est difficile de rester le fou de tout : passionné et cinglé : à part, déconnecté à l’endroit stratégique de l’esprit traditionnel – tradi-tradi ou tradi-moderniste fait pour se reproduire.

Ai-je parlé de littérature ?

Des types comme moi sont des pousses maladives de l’individualisme, des individus enfermés dans l’individualisme, et c’est pour ça que la vraie sortie de l’individualisme a des chances de s’effectuer par des types comme moi, handicapés dans le communautarisme individualiste. Car l’individualisme est un communautarisme dont le totem est l’individu. Des types comme moi sont les fous et du communautarisme et de l’individualisme. Des types comme moi, ce qui les soulage, c’est la sensation, l’événement réel à l’intérieur de la sensation de ne plus exister comme type, comme solitaire, comme fou, ce qui soulage c’est que des types comme moi s’immolent sur n’importe quel autel et renaissent en dansant, avec toi, avec toi d’abord et avec toi, puis avec toi, et toi et encore toi d’abord, ce qui est apaisant, c’est que des types comme moi disparaissent et renaissent, soumis à personne, à rien, même pas à la détermination, et dominant rien, ni ses déterminations propres ni l’autre – l’autre sexe, l’autre genre, l’autre, et il semble qu’aucune tradition ne se soit encore installée sur ce phénomène, dont la mise en langage ici est d’emblée suspendue mais pas accrochée, suspendue au sens de disposée à te suivre, te sentir, t’écouter, suspendue – à ton cou, à ta gorge, à ta voix, à la singularité deux qui bourgeonne en toi, en nous.

On est obligé de revoir la copie des amants fous, de la passion désespérée et désespérante de l’amour fou, fou à deux dans l’antre tradi-tradi ou tradi-moderniste.

Si tu veux, je peux raconter, commencer à raconter cette micro révolution masculine, au risque d’être à nouveau enfermé dans la domination individualiste ou rapatrié dans n’importe quel fascisme communautaire.

Mais tu sauras, toi, toi avec le maelstrom de nos jeux d’amour et de vieux parents et d’enfants insistants, tu comprendras – ou pas – que cette histoire au masculin n’est plus une histoire au masculin, tu verras et tu diras – ou pas – comment elle se dispose dans ton histoire au féminin qui n’est plus une histoire au féminin. On aura partagé ça, en dansant, jour et nuit, sur le matin en petit-déjeunant, en marchant dans la forêt, en refaisant les chambres, en nageant et en apprenant le tango, en s’exerçant à l’exercice révolutionnaire, résolument contre les connards de la domination, c’est ça, une manière de vivre, de penser avec le label : anti-connards de la domination (avec notre art d’intégrer le contrechamp,la contre-posture).

Le nom et la voix pas très bien refaite par des comédiennes de Virginie Pencole, c’est ce que tu as apporté hier dans la voiture et ce matin au petit déj. Grande envie de danser avec elle, et grande grande envie de redanser avec toi. King-Kong théorie. Mieux vaut tard que jamais : entendre ça pour la première fois à l’époque vieillissante.

Ça se termine comment la séance de ce matin tardif ? n’importe comment ?

Nous n’avons pas le temps d’apprendre n’importe comment n’importe quoi, nous n’avons pas le temps de nous soumettre à quoi que ce soit…

Nous avons juste le temps de labourer ce seuil que personne n’a labouré, que personne n’a existé avant nous, c’est juste ça notre bible, notre projet de livre, et c’est invisible, personne n’y verra rien, n’entendra rien, ne touchera rien, avant que nous soyons morts, et sans doute même après, mais l’invisible révolution aura semé, et les formes comme nous, fantômes bienveillants et créatifs, parleront aux corps dansants des vies renouvelées.