Aujourd’hui, c’est ça

vendredi 19 octobre 2018

Beaucoup, beaucoup de choses, dans le désordre, beaucoup, beaucoup de désordre : juste un horizon, un certain horizon de phrases, à 360° donc, mais ces phrases concernent aussi la pesanteur, l’infini bas, la gravité, l’infini haut, tout ça n’est jamais qu’esquisses d’infinis, ces désordres qu’esquisses de désordres, et les ordres qui en découlent, esquisses aussi.

 

Sans doute cette esquisse d’œuvre, qui, je le crains, n’aboutira jamais, concerne-t-elle un reformatage (pour employer peut-être abusivement la métaphore informatique), reformatage radical du psychisme humain, du co-psychisme humain car le psychisme est co-psychisme, d’emblée, la vie est co-vie, à la source.

Le psychisme individuel, capitaliste, libéral et l’économie relationnelle qui en résulte sont à bout de souffle.

Les psychismes identitaires, autoritaires, à pulsion fasciste ou à décompensation communiste s’enfoncent dans la toxicité radicale de la domination et de la contre-domination.

L’anarchisme est une rêverie de l’époque individualiste, généreusement envisagée dans des associations d’individus.

 

J’ai beaucoup de questions à poser à la femme avec qui je vis, beaucoup de questions à poser aux féminismes qui m’ont construit mais auxquels aussi j’ai résisté.

J’ai beaucoup de questions à poser à l’intérieur de mon « couple », au sens de : un appétit de questions – l’appétit intellectuel est aussi fort que l’appétit sexuel.

Il est des temps pour parler de la liberté, de notre liberté – des droits, de l’écriture comme introductrice et garante de liberté, et il est des époques pour la mise en œuvre, l’exercice de la liberté. Contrairement à ce qu’on peut croire, c’est la mise en œuvre, l’exercice de la liberté qui précède le temps – politique, social, économique – de la liberté comme droit. Toujours. Et parce qu’on pense devoir l’oublier à travers nos institutions des Droits, nous tombons et nous tombons dans cette liberté paradoxale, toxique, de renoncer à la liberté.

Beaucoup, beaucoup de choses, d’idées, de sensations, d’élans, autrefois une panique, ou bien une promesse de dépression, une impuissance caractérisée à laisser s’exprimer les puissances intellectuelles et sexuelles.

Reprendre la question de la sexualité au cœur de la turbine intellectuelle et au cœur des turbines politiques, économiques et sociales, c’est sans doute ce qu’on a de mieux à faire, mais, si j’ose dire, avec tact, avec art, et, paradoxalement, en lâchant la fausse centralité de la pulsion  sexuelle.

A l’époque où l’IA semble s’engouffrer dans le calcul infini, exorbitant, de toutes les fonctions, de toutes les émotions, la notion de pulsion sera bien faible pour lui opposer autre chose que du calcul – de la pulsion sexuelle, religieuse, artistique etc. (je dis pulsion à la place de « valeur », le mot étant assez indécent dans sa pruderie d’anciens ogres).

Le travail de ce week-end doit se centrer sur notre « revue PAS A PAS ». Il y a quelque chose, là, qui fait partie du centre de notre turbine, non pas que les personnes détenues ainsi que les dispositifs extrêmement idéalistes et peu ancrés dans la pâte même de l’existence sociale, ces dispositifs de la fin de l’ère démocratique soient pour nous des prétextes… Nous n’utilisons pas à notre fin propre ces personnes et ces institutions, nous voulons plutôt leur rendre hommage en essayant de faire vraiment don de ce qu’on est ici – ici : cet espace libre, enfin, assez libre, dans lequel résonnent nos pas, ces pas qu’on nomme trop vite nos pas, ces manières de marcher librement à travers ce qu’on est et ce qu’on vit, toujours d’abord à deux – c’est la difficulté centrale de cette nouvelle ère post-individualiste et indissociablement post-totalitaire (si on rassemble dans ce mot toutes les nuances entre autoritarismes et fascismes), difficulté qui déplace en leur fond autant l’individu que le groupe.