Hier, c’était ça

jeudi 18 octobre 2018

Tout ce qu’il vaut mieux taire, tous les sujets de honte, honte première : incompréhension.

Qu’est-ce qu’il y a , qu’est-ce qui noue honte et incompréhension ?

La honte devant ceux qui savent. La honte, l’humiliation. Les méthodes, les bonnes vieilles méthodes de l’humiliation dans l’apprentissage.

 

Ou bien

Y a-t-il un lien entre la difficulté et la mélancolie : une difficulté de la perte (compréhension c’est prendre avec soi, ne pas comprendre c’est être dessaisi) ?

Y a-t-il une difficulté à compter ?

A se dissocier mentalement ?

La dissociation, dit-il : la dernière fois on a travaillé la dissociation, dit-il (à fond la dissociation, on l’a travaillée à se déchirer l’abdomen), et aujourd’hui ce sera la dissociation mentale. La dissociation entre l’intention et la réalisation, entre la représentation mentale et la réalisation musculaire. Mobilisations musculaires préalables à la mobilisation musculaire adaptée au mouvement. Il, c’est le nouveau prof de tango de Cuatro.

La vraie violence c’est celle de l’incompréhension, il t’est demandé quelque chose, tu veux faire quelque chose que tu ne comprends pas.

L’animal se fige lorsqu’il ne comprend pas, il arrête tout.

Il y a pourtant une quantité infinie de choses, de processus, de phénomènes qu’on ne comprend pas, qui sont comprises par d’autres, et on n’y pense pas, cette incompréhension ne fait pas souffrir. Quelle est cette incompréhension qui fait souffrir, qui incarne peut-être le phénomène de souffrance psychique ?

Quelle est cette incompréhension pour laquelle la souffrance semble être la réponse la mieux adaptée ?

 

L’incompréhension est une figure de ce qui nous résiste. L’incompréhension ne se comprend pas en-dehors du désir de comprendre.

On veut essayer de vaincre ce qui nous résiste.

Aucune explication. Que de la description. Ces guises d’explication ne sont que des modes descriptifs. La souffrance est liée à ce qu’on désire (vérité ancienne).

Les pédagogues pervers, sadiques ne sont pas obligatoirement de mauvais pédagogues. Ils peuvent obtenir des résultats auprès de leurs élèves, si l’élève consent à être humilié et à s’humilier davantage – quels que soient les dehors policés, les dénégations polies dans les apparences sociales, dans le jeu des apparences sociales.

 

L’hiver du déplaisir.

L’agressivité, l’ordre de l’agressivité.

L’immensité du champ agressif.

La tentation de la conduite agressive, de la résolution agressive de toute difficulté, de toute souffrance.

Ou plutôt la fixation agressive – la souffrance, toute souffrance présuppose l’agressivité, réelle ou imaginaire. Le problème c’est de s’y fixer, de la fixer en agressivité.

Respirer sur son mal, dit-elle au yoga. Inspirer et expirer sur la zone qui est difficile. Hier premier cours de yoga et deuxième salve de cours de Coppola. Jour et nuit.

Je décide de travailler, de souffler sur mon mal.

Si on est deux, comment se passe ?

Comment se passe la difficulté, la souffrance ? il se passe la décoïncidence (terme et pensée de François Jullien), la discorde. Si le deux progresse, il se discorde, il en passe par la discorde. Deux cœurs allant autrement l’un et l’autre, souffrant autrement la difficulté.

De même qu’une décision individuelle est possible pour s’exercer à respirer sur la difficulté (laquelle décision subsume l’individu), une sorte de décision deux est possible, une décision du deux pour franchir la souffrance dans le deux.

Le jour est levé, des enchaînements ont eu lieu dans l’air, dans l’oubli ordinaire, des phrases, un espace, des rencontres, des interpellations, l’interpellation solitaire de la communauté, de la société de la veille est nécessaire au souffle vital de l’existant individuel, mais c’est un risque aussi : celui de prendre cette interpellation pour l’instance de vérité.

 

La société du lendemain ne cesse d’interpeler l’individu dans son présent.

C’est le devenir de la relation qui interpelle.

Le devenir de la relation est un présent plus ample que tout ce qu’on appelle présent.

J’ai décidé de travailler. Je ne veux pas qu’on me fasse la morale. Spinoza : éthique de la passion. Je ne veux ni justifier ni tancer mes passions. Qu’hier j’aie voulu arrêter le tango à cause de ces difficultés rencontrées avec un homme dont le tango qu’il maîtrise n’a rien à voir avec celui auquel j’aspire, révélant par là la dissociation assez irréversible avec la nouvelle orientation de cette association Cuatro tango, m’incline à m’humilier devant « eux » afin de progresser par contre-emploi, par décoïncidence. Ainsi, cette année, rien peut-être ne sera plus profitable à mon élan général que de m’atteler à un certain nombre de difficultés majeures (difficultés physiques et mentales).

Le yoga, dont l’esprit philosophique ne m’inspire pas beaucoup d’admiration mais dont la discipline de toute évidence ne cesse d’apprendre en précision et en « habitation de l’intérieur » sera un contrepoint plus bienveillant – d’ailleurs, je me rends bien compte que j’ai pris appui sur cette technique fondamentale proposée au cours d’hier consistant à respirer sur son mal, sur sa blessure, sur sa plaie (« blessure », « plaie », c’est moi qui extrapole de façon forcément grandiloquente, mais j’aime cette grandiloquence-là, qui va racler quelques sensations fondamentales qui autrement me passeraient au-dessus du corps, avec ce genre de dommage qu’on se représente bien quand des trains entiers, une société entière, passent dans votre chambre et vous roulent dessus, et que vous êtes mort sans savoir qui quoi où comment pourquoi).