Est-ce une pensée-tango?

dimanche 7 octobre 2018

Mantra.

Il n’y a pas d’autre vie à vivre, ni hier ni aujourd’hui ni demain. L’autre vie c’est pas de vie avant et c’est pas de vie après et l’autre vie c’est toutes les autres vies qui ne sont pas la tienne.

Ah ?

Retour dans la bonne vieille case, la bonne vieille brique de l’individu ?

Tu ne seras pas ce que tu n’as pas été. Tu n’as jamais su ce que tu voulais être, à l’époque des rêves et des projets, mais ça a toujours été plus que ça, plus que n’importe quoi que tu aurais désiré et projeté dans le menu de l’existence sociale. Ce que tu désirais c’était cette vie qui n’est pas une autre vie… et cette vie qui est une autre vie.

Ce bureau est ton bureau comme cette vie est ta vie, le possessif ne te noue pas à la propriété, à la possession, mais au fait qu’il n’y a pas d’autre vie que cette vie. Pour qu’il y ait de l’autre il faut que cette vie-ci ne soit pas une autre vie. Exit le grand poème de toutes les substitutions. Tu peux jouer à autre chose que ta vie, à autre chose que ce que tu es et c’est même fortement conseillé mais jamais tu ne vivras autre chose que ta vie. Et si tu veux bien comprendre le possessif tout autrement que l’atavique propriété de soi, la phrase idiote prend un autre relief, la philosophie idiote prend un autre relief. Il y a même un effet d’étrangeté dû à cette vérité ritournelle. Cette vie qui n’est pas une autre vie reste à découvrir, à explorer, à chanter, déplorer, réécrire. Est-ce que ça s’approche de ce que le philosophe appelle la Reprise ?

L’extraordinaire plasticité de cette vie allée avec l’extraordinaire et implacable rigidité de cette vie qui semble bien morte avant même d’avoir été vécue, c’est cette vie qui n’est pas une autre vie… si c’est une vie terrienne c’est une vie terrienne.

Ah ?

 

Il n’y a pas d’autre vie que cette autre vie que je rencontre. Il n’y a pas d’autre vie que toutes les autres vies que je rencontre. La vie de D. n’est pas la vie d’une autre. je ne vis pas avec D. en attendant de vivre avec telle ou telle autre, ou en attendant de vivre avec Dieu. (Ici et maintenant j’ai juste besoin d’être encouragé dans mon petit solo, si vous voulez bien accompagner mon petit solo de jets vocaux comme au flamenco.)

Les obsessions de l’individu, artiste ou quelconque, à être la star d’au moins un jour, cette obsession vient de cette nécessité un jour d’être dans un solo encouragé comme solo. Le besoin de reconnaissance n’est pas seulement cette poche infantile qui vous noie en noyant le poisson, c’est aussi cette réalité d’un solo ayant besoin d’être encouragé pour être cette vie qui ne peut pas être une autre vie.

C’est ça ?

Si je suis en prison c’est pareil : il n’y a pas d’autre vie à vivre que la vie en prison.

Quelque chose ne va pas ?

Si tu penses que le château de carte que sont les représentations humaines et l’organisation sociale correspondante constitue cette vie qui n’est pas une autre vie, tu as raison : c’est une phrase idiote, nulle et non avenue, faite pour les oppresseurs de toutes catégories, qui ne disent rien d’autre que : reste à ta place et laisse-nous nous engraisser sur ta connerie… Mais si tu entends que cette vie qui n’est pas une autre vie fuit par elle-même, en quelque sorte : se sauve au centre d’elle-même, alors, cette vie qui n’est pas une autre vie est capable de modeler et remodeler sa vie, ses conditions de vie, à l’infini quasiment (de son segment de vie). Chouette !

Mais juste pas toute seule, juste jamais toute seule, car cette vie qui n’est pas une autre vie fait connaissance d’une autre vie, et danse avec une autre vie, c’est le même mot mais ce n’est pas la même chose, ce n’est pas le même vécu.

Tout ça pour ça ?

L’appétit de modeler l’autre se dissout.

Il y a cette vie extraordinairement modelée qui n’est pas une autre vie, il y a cette vie extraordinairement modelée de cette vie qui est une autre vie, et il y a cet extraordinaire modelé de la vie qui pousse au milieu…

Est-ce une pensée-tango ?

C’est un exercice tango.

Au travail.