POLITIQUE TANGO, reprise

jeudi 27 septembre 2018

On se réfère à notre expérience, l’Histoire fait partie de notre expérience et inverse. On commence par une ordinaire incapacité à commencer, on est nul, on ne se souvient de rien, et on n’a rien à dire, rien à faire vraiment, on ne désire rien ou ce qu’on désire se heurte à : je ne sais pas quoi. On est en panne, ça commence comme ça. Le pouvoir est exercé par des incapables, comme mon expérience me l’indique lorsque j’essaie d’exercer le pouvoir d’être moi et que je n’y arrive pas. Nous sommes arrivés à une époque où le pouvoir ne peut être exercé que par des incapables parce que le pouvoir  est un régime d’incapacité relationnelle.

On se souvient que parfois « le langage dévale sa pente », ça coule tout seul, on est heureux, ou heureux d’être malheureux, ça coule tout seul. Et parfois, ou souvent : rien : panne. Mais dans un cas comme dans l’autre, on est, on se sent non-synchrone dans la vie sociale, dans la vie avec autrui. « L’abrazo de l’existence est chaotique » : la connexion, la fluidité, la relation, et le sentiment d’amour qui s’y découvre irréductible, ça se barre en couilles, en vrille, en non-lieu : situation idéale pour prise de pouvoir. Celui qui croit bien danser édicte sa loi, son ordre, sa façon. L’autre se soumet. La vérité sociale semble être de toute éternité l’histoire de cette soumission.

C’est quoi « le cours autrui de la vie sociale » ? ça veut dire que la vie sociale est menée par autrui, autrui soit en faiblesse, en incapacité, soit en maître, en roi, en dirigeant, en conquérant, etc. Si l’expérience personnelle indique plutôt la version faible, elle montre aussi, en seconde lecture que le faible prend toujours sa revanche et assoit quelque part un pouvoir.

L’alternative au cours autrui de la vie sociale n’est pas du tout un cours sujet, une conduite qui serait véritablement subjective, actrice dans un agissement social au nom du sujet : le sujet c’est précisément ce qui est pris dans les rets d’autrui, du cours autrui. Non, l’alternative c’est le cours relationnel de la vie sociale.

Le cours autrui, la logique du pouvoir est un stade archaïque de la vie sociale. Comme toute constitution archaïque, elle restera ancrée, présente, voire dominante, mais ne saurait se confondre avec le stade à la fois ultérieur et plus profondément antérieur qu’est le stade relationnel.

L’égalité est une première approximation pour sortir de la gangue de la domination, mais c’est une approximation qui reste soumise à l’ordre autrui de la vie sociale – d’où nos histoires de mérite qui font de l’égalité une fiction d’appoint au stade archaïque dit moderne, toujours structuré par la domination laquelle est faillite de la relation.

(En guise de version vulgarisée, simplifiée, on peut aller se rhabiller. Mais il faut aller là où on doit, où la vie nous mène vraiment.)

Que viennent faire ces histoires d’honneur et de honte dans l’histoire ?

L’honneur de soumettre, la honte d’être soumis.e., voilà, en raccourci, le lien, et de quoi lire fluide la suite du développement de Politique Tango à partir de « Il n’y a pas plus d’honneur à être femme, homme soumis, victime, etc. ». Et en prenant comme centre du propos politique la phrase : « je ne sais pas si je débouche sur une proposition politique intéressante, mais j’essaie. » Tentative et expérimentation sont placées au cœur du geste politique, avec fougue et détermination. Paradoxe vital. Nous quittons l’ordre de l’hésitation repue, qui a fait florès dans nos générations – principalement de gauche européenne mais nous résistons fermement à la tentation honteuse de tout honneur – à être vrai, à être blanc, hétéro, nationé et tout le tintouin, comme à être vrai, noir, homo, trans, réfugié et tout le tintouin.

La mise en travail de nos manières d’aimer est un projet politique, c’est cela le refrain de notre « POLITIQUE TANGO ».