C’est encore une chanson pour le tango

mardi 25 septembre 2018

À l’intérieur du son répété, répété encore

Enfermé à l’intérieur du son répété

Bercé, torturé même à l’intérieur du son répété

 

Basse continue, cellule rythmique

Bruit et chant : parole.

Un jour il n’y a plus rien à découvrir dans la croyance, la croyance est passée

La croyance dans le son répété et répété encore et encore, le son s’arrête

Il s’arrête vraiment ?

En musique ça s’arrête, pourquoi pas en vie ? le son qu’on répétait et répétait encore on l’arrête et on ne le reprendra plus jamais

Plus jamais ce son-là qui pourtant vous enveloppait et que vous chérissiez, enveloppiez vous-même de langes adorables

 

Qu’est-ce que c’est, ta façon de réclamer du sens, encore et encore, autour de ce son, que tu répètes et répètes, que tu enveloppes et qui t’enveloppe et que tu chéris et chéris encore ?

Et toi, qu’est-ce que c’est ta façon de paresser, de t’endormir et de ne rien faire et ne rien faire encore avec ce son que tu enveloppes et qui t’enveloppe et que tu chéris et chéris encore ?

Même , même si ce son, cette cellule, n’est plus utilisé dans la suite du concert, il obsède

 

On les voit s’ébattre, pépier plus fort ce son les uns contre les autres

Et l’on voit ceux qui aiment toujours plus que l’aimé.e, et pépie leur son plus fort à l’oreille et dans le sexe de l’aimé.e, et dans les bras de l’aimé.e

On les voit bien ceux-là

 

Il se peut que les mots de tous les jours, l’usage utile, l’usage marchand, l’usage toujours intéressé, l’usage vil, parce que toutes les croyances sont viles, tous les désirs, tous les intérêts sont vils, et avec eux tous les mots, tous les mots sont vils, vils mais vrais dans la vilénie de l’Usage, intéressé, calculé, pour la survie, il se peut que les mots de tous les jours valent mieux quand même, beaucoup mieux, mieux que l’usage des mots hors sol : que littérature.

Les apprentis, les prétendants, les puceaux utilisent le mot pour le mot, pour l’esbroufe

Quand toi, au moindre son que tu prononces tu risques ta peau parce que le mot boomerang est réel, les mots répondent en réalité, mais pour eux, pour les enfants, pour les enfants de toute vie, les mots ne sont d’aucune conséquence, ils sont grenouille et bœuf

 

Qu’est-ce qui s’obtient par invective ?

Tout ce qui se perd lorsqu’est congédiée l’invective, la plainte, la menace, le jugement dernier (parce que c’est tellement plaisant d’invectiver, de se plaindre, de menacer, de juger en dernier) ?

L’Histoire s’est remise à invectiver fort

 

Et quel est ce son répété qu’ici tu ne répètes plus ? un mot de tous les jours ?

 

Aube – mixions de croyances, nocturnes et diurnes, mixions et dispersion de croyances et concentration de rien, concentration silencieuse

Le vivant est replié plus loin encore que la régression quantique

Il y a cette jonction, non, cette naissance, non, cette concentration, ce centre d’où s’étirent l’univers en ses deux sens, en ses deux forces

Il y a cette sensation vivante au cœur

Au cœur

La sensation, cette danse entre deux êtres

 

Quels étaient, avant ce silence, les mots esbrouffés ?

Qu’est-ce qui se disait des mots de tous les jours et de la littérature ?

Il se disait aube, il se disait passage, il se disait pluie de croyances, grêle puis ciel de théâtre, uni, transparent, bleu, évaporation de croyances, de mots, d’utilités, de calculs, évaporation de cette répétition du son, du son coupé, comme on coupe un peu les tiges d’un bouquet de fleurs à chaque fois qu’on change l’eau du vase, ce son coupé qu’il faut couper et recouper, afin que la vie aille vraiment sa vie jusqu’à plus loin que la mort voulue par la tige non coupée

C’est doux, et nous pouvons nous mettre à danser

Il fallait que chaque jour un peu soit coupé ce son, cette répétition, cette cellule rythmique qui s’appelait j’.