LGBT

samedi 22 septembre 2018

 

Ah bon ?

 

Des fenêtres surgissent, des noms, des corps

Jean, Raymond

Un fils, encore une autre vie

 

Il me semble que tu vivais sur un seuil étroit

Des bordures, des connaissances étroites

Les révolutionnaires aussi furent étroits

 

Suis-je plus présent qu’hier et demain, il y a beaucoup de bourrage de crâne sur la question

Hier requiert ma présence, demain, un étroit demain, requiert l’abandon strict : ils font musique à interpréter

 

Ah bon ?

 

L’oiseau ou le visiteur surpris dans la cloison sont sans cesse surpris, eux aussi

 

Ça veut dire quoi, LGBT ?

Surpris par le seuil de toute vie

j’ai peur, puis

je suis surpris, puis

je joue, puis

j’aime, puis

je fais la popote, la vie répétée, comme les animaux savent

 

Ah bon ?

 

Il y a bien des miroirs, dans les jardins, dans les chambres, dans les viseurs, dans les pièges à représentation

Jadis quand j’étais effrayé et vide, je m’attelais derrière un mot, puis un autre, puis un autre, j’avais toute confiance dans leur conduite insensée, ça me reposait, ça me centrait

Ils faisaient place, les Bienveillants, au vide, à l’adorable vide qui m’avait effrayé

et que j’avais voulu boucher de mille créatures – non consentantes

 

Jadis

– il est des poètes qui vous font habiter des mots-clés

 

C’est silencieux, comme avant la fin du monde, dans les films

 

A pile ou face tu as joué ce matin

 

Ah bon ? pile ou face avec quoi, quelle pièce ?

La pièce du mot et de la vie

Ah bon ?

Une face le mot une face la vie

Ah bon ?

le ?

t’es sûr ?

le ?

la ?

Un, une, ça marche aussi, vie est à employer comme mot avec dictionnaire plus vaste, aussi fini et pareillement progressif dans l’infini

Il va de soi que la vie n’est pas autre chose que ce qu’on vit, et le mot pas autre chose que ce qu’on parle

Ah bon, c’est une pièce de monnaie ? frappée par quel roi ?

Comme dans un film on rentre dans la pièce, elle prend du volume, et les deux faces dansent ensemble, dans le vide que fait toute vie, là où ça bat, là où ça se bat de mots qui vont et viennent

 

Je pouvais raconter hier jusqu’à avoir remis le couvre-lit ce matin sur elle, et sur elle avoir laissé perler quelques baisers

Ou bien écrire une petite poésie, faite de pas, de paysages, d’émotion

Mais la pièce a continué à rouler, ou à tomber rouler dans l’air

Et nous voilà avec une journée sur les bras, des arbres à éclaircir, des travaux, des seuils plus réduits mais tous, journée, arbres, travaux, seuils, appellent ce sourire assez irrésistible j’avoue que je recueille de toi, tantôt par le dehors tantôt par le dedans

 

Ah bon ?

 

Je ne m’appartiens pas, je ne m’appartiens pas, chante le poète allions-nous dire

Mais le chant nous vient tu sais d’où ? de

 

La Grande et Belle Traverse

 

Ah bon ?