Traité d’amour

vendredi 8 juin 2018

Cuatro tango. Stef. Elise. Christophe. Ouahli. Anne… Un certain axe. Une certaine pensée ? j’assume d’être à l’écart, et parfois très à l’écart – comme hier Dominique s’est écartée de la conversation sur l’organisation des cours de la rentrée. La soirée était d’une douceur d’Eden, on faisait cercle élargi sur la rue piétonne en terrasse, elle s’était cachée derrière l’Aubette, ou le Robec, cours d’eau découvert recouvert selon les caprices d’une époque de l’urbanisme.

Elle s’était assise sur les marches d’une maison, derrière la végétation.

T’es où ? lui ai-je demandé en texto, juste avant de lever la tête au-dessus de mon téléphone, et de la voir.

Je crois que nous sommes entrés dans une ère « studio » – envie de rejoindre Christophe, Ouahli, de découvrir Claudio Coppola…

 

Une réduction. Ecrire-réduire de la plus juste des manières, une manière fatale, une manière libre. Réduire la perfection de la vie à l’imperfection d’une œuvre, mais une imperfection sincère, constamment rapportée à la perfection sentie.

Ainsi, si j’écris un traité sur l’art d’aimer, j’écrirai sincèrement comment je ne sais et ne peux toujours pas aimer à hauteur de l’amour que pourtant nous sommes – comment rendre ce verbe être en verbe de mouvement, l’amour que nous sommes est au-delà de l’amour que nous nous faisons et que nous défaisons, fatalement, et librement ?

Beaucoup de belles choses dans l’air. Dans l’air. Qui se sont achevées par Isabelle, débutante douée et peu sûre d’elle, mais douée, véritablement. Pensée flottante.

Je dois vite filer « au boulot » : organiser les déviavoices Duchamp, la déprise Duchamp, mais ici capter ce fil qui attache et délie mon devenir, et qui s’appelle Cuatro. Dominique, elle, appelle désormais le yoga, elle sort par là pour, je le crois, mieux y rentrer, dans notre art d’aimer, car vraiment nous nous aimons de mieux en mieux, j’ose croire, non pas techniquement… quoique nous ayons encore à progresser dans nos techniques érotiques…

Désormais lorsque je parle d’elle c’est comme si je rentre, allez, oui, comme dans un temple et nos histoires de maison, même si mon imperfection me fait négliger comme j’ai me suis toujours négligé : en repoussant le matériel, la matière derrière l’appétit de l’esprit, en repoussant le ménage, le rangement, ce temple nous l’avons construit ensemble – ai-je raison de dire « temple » ? sûrement pas, encore une regrettable imperfection, mais temple quand même car nous avons construit quelque chose qui ne nous appartient pas, c’est là la « grâce » de notre histoire, de l’amour qui se fait, se pense, se vit, chaque jour, et nos histoires de maison, qui s’insèrent bien sûr dans l’histoire de la propriété, se jouent avec le soubassement de cette histoire de temple, de non-appartenance, de don non transformé en titre de propriété.

Suis-je condamné à revêtir ma pelure masculine jusqu’au bout – une solitude d’amant, ou bien sommes-nous déjà dans une autre histoire ?

Le saisissement, le feu d’une autre histoire – quand bien même nous gardons cette capacité, cet art même de détruire, de démentir à mesure qu’on se révèle à soi, à toi…

C’est une pensée qui embrasse, qui t’accueille, qui te serre à mesure que tu me serres et te délie à mesure que tu me délies.

Un traité d’amour, disais-tu ?

Oui. Une révolution, une mutation, un changement de paradigme.

Au travail. A hauteur du tien, toi qui n’écris pas et vis, danses, accomplis ce que tu vis, ce que tu danses, ce que tu accomplis.