Je suis qui je suis

mercredi 30 mai 2018

C’est un jour peut-être où à la place du geste d’écrire, ou d’agir selon tel désir et telle décision, le jour lui-même, et son aléa, n’importe qui passant par-là, selon son être, sa splendeur, sa détermination propre, m’emmènerait, dans son sillage,  je me mets à sa disposition, je suis, je le suis. Ma volonté propre, si volonté propre il y a, si même volonté de quelque sorte que ce soit il y a encore chez moi ce matin, c’est de le suivre. Je n’ai pas particulièrement le goût d’écrire ce matin, et aucun autre goût – ou alors peut-être celui d’aller, de marcher, mais selon ce que le jour, selon ce que le jour, le jour, la lumière paisible de ce petit matin, six heures et des poussières, selon ce que le jour me propose, selon l’invitation qui m’est faite par le jour – je le suis, je le suivrais, je le suivrai, je l’ai beaucoup suivi.

 

De fait j’ai beaucoup de choses à faire, c’est-à-dire que j’ai beaucoup de choses à suivre – l’obligation, le sens de l’obligation, c’est cela suivre, se soumettre volontairement.

Et à mesure que le ciel se couvre, que je marche plus avant dans le paysage du clavier, l’ordinateur étant au loin, la page blanche étant au loin, témoin d’horizon, en quelque sorte, à ma droite, à 3 mètres environ, je vois, je pense, que le hasard, la chance ne m’a pas, ne m’aurait rien présenté que je suive dans l’allégresse de l’accompagnement, de la soumission volontaire…

Est-ce cela, la paresse ?

Le chat s’est installé sur la balancia, à 2h, en face de moi, il fait la pointe de l’aiguille dont je fais le pivot.

Le jour baisse, comme quand on meurt. C’est très mélancolique. Le chat vient de refuser cette proposition, cette inclination à la mélancolie, il s’est retrouvé et a brisé la métaphore, c’est redevenu un chat enroulé sur lui-même, sur son être, s’adonnant à son sommeil de chat.

 

Je dois parler de la rencontre philosophique au centre de détention de Caen, je dois parler du concert entendu hier, en hommage à Marcel Duchamp, et je dois commencer mes impôts, et ma déclaration à l’Agessa, je dois peut-être accompagner Dominique à son lycée, pour un atelier théâtre amical, je dois travailler sur l’atelier Duchamp, je dois, je dois finir le corbusier…

 

Est-ce que chacune de ces micro-tâches à faire est une partie de cette chance, une de ces rencontres qui fait que l’on se met à suivre, à vivre selon son être qui suit, je suis qui je suis, je ne sais ce que dit l’hébreu, mais la langue française fait sonner notre humeur de tango.

 

L’homme est une femme.

On se débarrasse trop vite des problèmes qu’on rencontre, on s’en débarrasse par de la rhétorique ou par le geste fallacieux d’écarter ce qui nous semble être, relever de la rhétorique.

Femme du côté de ce qui suit, homme du côté du leader… Il n’empêche, c’est la rhétorique dominante du tango, et c’est la dominance encore du masculin dans le monde.

Le féminisme est devenu l’alternative sérieuse de l’humanisme. L’homme est une femme.

Avec des phrases comme ça, certitude de conduire à des sentiers qui ne mènent nulle part ?

On comprendra renversement de domination, des conneries de ce genre, quand féminisme veut seulement dire, ici, pensée se ressaisissant.

Sentiers qui ne mènent nulle part !

Le machinique est-il un genre indépendant du masculin et du féminin ? et complémentaire ?

Qui dit homme dit femme, qui dit femme dit homme.

Qui dit homme et femme dit machine.

A-t-on besoin d’une rhétorique tordue pour faire droit au transsexuel, au queer ?

A-t-on besoin de dire, après avoir dit Nature ! Pas de nature !

 

 

Qu’est-ce que c’est bien quand on ne sait plus quoi suivre ni qui suivre !

Le ciel est à présent entièrement couvert et j’ai la tête parmi les grands courriers, bien au-dessus.

Et mon bassin danse selon l’aimantation de la terre et selon le désir céleste.

 

 

Je suis qui je suis, c’est le génie de la conversation, du dialogue.

je t’aime.

Je te suis, j’aimerais être ton ombre.

Je ne suis pas, je ne coïncide pas avec ton ombre, je me trouve à te suivre, je me sépare à te suivre, à vouloir me fondre corps et âme à ton mouvement propre…

Je t’aime. C’est vertigineux et c’est calme. La subjectivité est confiée.