Visite de free man, suite

samedi 31 mars 2018

encombré ?

bas nœud haut nombril drame serré puis drame desserré contracter le nombril rire rentrer rentrer rentrer, séparer bas et haut puis relâcher dénouer le drame la naissance angoissée maintenant tu rentres le nombril tu serres en l’ouvrant tu vas chercher la sensation claire qui se produit lorsque tu relâches subitement tout et quand dans la profonde inspiration le nombr, le nombril

 

Technique, vérité. Exercice, révélation, avération, ce qu’on voudra bien lancer comme mot faux beau. Ouvrir en fermant, fermer en ouvrant. Lorsque j’inspire je souffle, lorsque j’expire j’inspire.

Ce sont des maladresses encore, des approximations.

Entretemps nous avons beaucoup dansé respiré, dans des deux que nous aimions.

Nous avons dédramatisé le nombril du couple.

Tu t’es beaucoup battue contre moi, j’ai fait, j’ai vu venir un grand masque, ma peur profonde, d’une mère de violence devenue dune, merde, vie et lance.

Nous avons donné un deuxième petit « cours de tango » à des enfants de cinquième, nous nous sommes donnés un cours.

L’une des trois profs était en méditation, elle travaillait vraiment en nous regardant, en regardant ses élèves. Elle a une sacrée envie de se mettre au tango.

Je suis dans ma bulle, dis-tu, hier soir.

Le nombril descend au sexe, je suis femme et embryon.

C’est à ma capacité à lier, délier les phrases multiples que se juge le poème.

J’ai un souvenir d’handicapé des mesures, des logarithmes, mais chaque pas, chaque regard se place, qualités précisées pour chaque mouvement et tout ça reste en exercice, en entraînement, je n’ai pas de spectacle à vous montrer, de grand roman à présenter, du poème à vous slamer-vautrer, chaque instant vécu écrit trouve une place dans ce monde qui est un autre monde, dans cet autre monde qui est notre monde.

J’aime les matérialistes, les chrétiens matérialistes, les mystiques matérialistes, cette déclaration doit se faire maintenant, je peux mourir à tout instant, je n’aurai jamais eu le temps de livrer le livre, la matière du livre, le livre de cette matière-là, il faut donc faire la déclaration pour que ça ne se perde pas dans des limbes d’idiotie. Je ne crains pas non plus d’être idiot, de devenir idiot, puisque je le suis amplement, médiocrement, dire je est le comble de l’idiotie. L’atmosphère, l’air respiré, circulé, échangé rassemble méditants et activistes.

C’est très confiantes que se lancent ces phrases, ces airs de tango, une unité en exercice, faite de connivence et de ratage dans le tourbillon originaire de ce qui existe et n’existe pas, pas et oui.

Nous avons un Rimbaud à la maison, dis-tu, notre Soudanais de 17 ans, cet homme libre nous revient en effet – sa bibliothèque de pas, entre Soudan, Lybie, Italie, France, Marseille, Strasbourg, Le Havre, Dijon, Nancy, Dieppe, Caen…

Voilà la bulle.

Il nous faut du temps pour éponger la colère, l’envie, l’énergie de la revanche. Au contact du jeune homme libre, qui ne veut pas être accueilli par une France rabougrie, chometeuse, une France qui laisse mourir mon frère soudanais devant ses yeux (consigner le, les faits divers), ça ne me fait pas peur, dit-il, de retourner à la rue, je peux avoir faim et froid, c’est en Angleterre que je veux aller, je ne veux pas de la prison de l’aide française. Je le regarde écouter sa musique, chanter avec, dans sa bulle, juste là-devant, sur notre fauteuil, devant notre chaîne, sa musique, son corps, sa pensée de jeune homme revenu du continent de notre Rimbaud, aussi libre que lui et Semelles de vent prend un sens qu’on ne laissera pas aux Villepin et autres grands vaniteux de l’Occident.

Je mets mon troisième fils face à lui. Qu’ils discutent, s’ils veulent. Mon fils ne parle pas arabe, Adam ne parle pas Anglais ni français juste jargon, avec ces danses loufoques avec le téléphone, la traduction arabe français, français arabe, avec le son, on s’approche on parle dans le micro, on tend la voix de la traduction et le défilé du mot à mot sur l’écran, et grosso modo on finit par y arriver, à quelques gros contresens près. Mon troisième fils aura-t-il la patience de cette étrangeté ?

Sa mère se sent-elle coupable d’aimer Adam comme son fils ?

Moi je suis sûr que mon troisième fils est éveillé et réalise patiemment ce qu’il faut réaliser. Il commence juste par le contraire, un énorme et désarmant contraire, désarmant ? je suis sûr de mon troisième fils, comme je suis sûr du premier, sûr du deuxième, je suis sûr, entendez-vous ? entendez-vous cette incertitude de moi, de ce vaisseau malhabile, prononcer des phrases certaines, non de prédiction, non de suggestion, non d’intimidation, non d’intrusion, mais fidèles à l’air, à la vie qui nous porte, lie, délie, relie ?

Est-ce qu’on parle d’une tribu ? est-ce qu’on parle de guerres à venir comme passées, est-ce qu’on évoque la possibilité qu’en ce moment même un conflit ravageur nous ravage en effet ? Hier nuit et matin, oui, j’étais en guerre, mais aujourd’hui je vois ruines et renaissances, langage, langage.

Nombril, cul ancré, torse libre, géographie de la respiration, globe composé de cette histoire qui vit ici, nombril, cul ancré, torse libre, inspirations expirations l’une dans l’autre, création de températures, de variations propres à l’enthousiasme du vivant.

Qu’est-ce qui est de guingois ? cette bulle de langage ou ces maisons, immeubles autour qui n’arrêtent pas de faire le singe, imiter sans comprendre qu’habiter est un verbe aux semelles de vent ?

Tu es un homme libre, lui dit-elle. A free man…

Yes, yes, moi Free man! Éclats de rire.

En attendant la rudesse de la suite.