L’âme du matin

lundi 5 février 2018

De même que s’échauffent chevilles, genoux, hanches, torse-dos, épaules, mains, tête, le corps de la nuit se déverrouille, la fantaisie des pensées, depuis les restes d’hier jusqu’au programme d’aujourd’hui, du souci éternel au désir qui revient, l’exercice, je le crois, est aussi méthodique, l’autre cerveau commande au cerveau-main, la créature fantasque est aussi construite que ce corps déverrouillé de la tête au pied

La danse, l’histoire en cours du mouvement, peut reprendre, non pas sa finalité, sa chorégraphie anticipée par quelque créateur, mais un corps vivant, une intégrité, une forme, une évidence, une écoute en fait, entre dedans et dehors

Ce qui vient de l’étonnant dedans, sa vieille histoire, la stèle de son passé

Et un horizon, toi, synonyme de demain

Des artistes, metteurs en scène, comédiens, se confient à d’autres – absents la plupart – et créent de les suivre pas à pas. C’est touchant

D’autres, engageant une pensée, avalent tout astre à proximité

Puis une certaine œuvre, autre, une existence, a lieu

 

Le ressassement émietté cesse d’un jour à l’autre

L’âme du matin, le découragé du soir, le piège du recommencement, ça s’efface

Si ça recommence, on ne le sait pas

Si c’est pour la première fois on ne peut faire semblant ni de le savoir ni de l’ignorer

Onlesaitl’ignore

 

Le mathématicien s’exerce, le tanguero s’exerce

et toute elle féminine s’exerce

et une langue abgenrée s’écoule des failles et cratères

 

Hier, pour la première fois peut-être, on a travaillé tous les deux

désinstallés de notre discors d’entrée – sirène Varèse ou fracas Penderecki

L’intelligence, le cœur n’exigent jamais qu’on prenne la main sur qui on aime

Le moteur est entre

Ce n’est plus du tout une conversation socratique

ni une mélancolie Kierkegaard

ni l’ellipse du dialogué dans l’histoire d’amour entre Deleuze et Guattari

histoire passée dans la trappe de la pensée une et indistincte

Je parle sans savoir vraiment

Le Deux aujourd’hui est une fiction plus puissante que la fiction solitude

Le monologue fictionnel rattrapé, toujours de justesse par la molle fiction deux du théâtre : public, lecteur, attentif à soi en passant par l’autre

se dissout

Dans le deux – toujours en création, en exercice, rien ne revient à soi ni à cet autre bercé ou noyé par l’amour de soi

La jouissance singulière est un exercice de plus pour le singulier-deux qui jouit en soi et sans cesse

se libère de la jouissance

– Jouissance , son paradigme-orgasme, joue de ce qui m’échappe au moment même où je possède complètement

C’est une délicatesse divine matériellement inscrite dans le matérialisme résolu, un matérialisme athée inscrit au cœur de toutes les pensées de Dieu

Si nous continuons à danser, à nous exercer, c’est pour plus que la jouissance première et dernière, c’est pour l’amour conversé – au cours duquel orgasmes s’invitent et nourrissent la boucle de la possession et de son expression incontrôlée, et cela pour, toujours, le compte du solitaire, du marchand solitaire, du client solitaire

Si nous continuons à nous exercer, ce n’est ni pour l’appétit de mourir et celui de renaître

au sein de la Boucle enfer, enfermée

mais pour la volute du deux

la volition ailée du deux parce qu’ancrée

dans nos solitudes et failles entre

 

Si tu formules ça à plat, ça donne quoi ?

Un poème-axiome peut-être

Un théorème, un moteur, un clap pour agir

Où est-ce qu’on arrive ?

Sur cette table ?

Oui, sur la piste

Je me suis réveillé en dansant