Tú el cielo y tú

Tango, 1944, Música: Mario Canaro, Letra: Héctor Marcó / version espagnole et traduction française

Pourquoi si heureux d’avoir trouvé

Contre toute attente

Prisonnier de ma langue française

Cherchant sur la toile la traduction des letra de Hector Marco

Mis en musique par Canaro

Tu, el cielo y tu

Découragé

Et in extremis

Un clic, un site et

Les deux colonnes

Version espagnole, traduction française

Et quelle traduction

Juste omis, ellipsé, en début d’errance

Ce « que tu adiós me repetía »

 

Tu, el cielo, y tu

C’est le titre de la chanson de 1944 et

C’est le titre du spectacle de 2017

De la troupe de Catherine Berbessou

Vu vendredi au Rive Gauche,

Saint Etienne du Rouvray

On y a dansé le tango un peu avant

Et un peu après

Ce tango dansé pensé par la danse

« contemporaine »

Et vraiment lâchée la complaisance habituelle

Qu’on tartine sur le mot, sur le slogan « Tango »

La chanson de l’homme réclame

Dans sa mélancolie italienne, espagnole, argentine

L’ultime complicité de l’être aimée

Avec le mensonge masculin, avec son mensonge d’amour

Qui lui dit en secret :

Toi, le ciel de toi est là pour me sauver

Un jour

Certain

(Et chanter, danser le tango, c’est confier ce secret

C’est l’amplifier en le confiant)

 

Le spectacle ? six femmes et quatre hommes

Six et quatre, c’est important cette dissymétrie

Car il s’agit de porter la contradiction

De porter le courage de la cruauté

« M’ouvrir les yeux ainsi

Sera plus cruel encore », dit l’amant…

Qu’à cela ne tienne, ouvrons les yeux

Les femmes dans ce spectacle sont exceptionnellement belles

Et cet adjectif impose son unité absolue, infragmentable

Entre corps et pensée, entre histoire et présence

Les hommes aussi, bien sûr, sont beaux

Mais comme nécessairement en retard sur

La passion du vrai et le don qu’elles prodiguent

Très beau Federico, qui après la nuée de baisers

De besos d’alouettes

Douces, drôles, vives

Que les six femmes accrochent

A son cou, ses lèvres, sa tête, ses bras…

Très beau Federico soudain seul et

Anéanti, défait, interdit

Par l’impérieuse vie de l’autre

 

Nous avons chacun, chacune des traces longue durée

De ce spectacle

Par exemple le tango dansé dans la couverture de survie

La musique de ce moment ? juste le chant du mouvement

exprimé par la couverture même

par exemple le tango à trois d’une douceur

D’autant plus paradisiaque

Que se déroule dans son infinie diversité

La cruauté réelle du conflit, du rapport de force

La cruauté des ambivalences de la passion amoureuse

Au sein de l’histoire cruelle des genres

 

Et si nous retrouvons, en dansant après le spectacle

Après avoir vu une pensée

Et un danger, le nôtre, à fleur d’émotion

Si nous retrouvons le paradis de l’abrazo

Nous comprenons

Que celui-ci nous coûtera encore beaucoup de courage

Pour regarder en face

La possibilité de l’amour

 

L’amour n’était pas encore le sujet du spectacle

Juste la passion amoureuse

Et le poème de la passion, et de sa mélancolie,

Dit, deux fois de plus, par le féminin

Elles étaient deux de plus

(Six femmes, quatre hommes)

Et elles étaient, elles faisaient souffler le deux

La pensée du deux si singulier au tango,

Celui-là même qui nous réinitialise

Au-delà de notre faim solitaire et de notre violente peur