Notes-paysage en vue des ateliers Ecriture-Tango, en prison, et ailleurs

lundi 8 janvier 2018

La marche.

Le paysage.

L’oubli du paysage. L’oubli du corps.

Regarder où on met les pieds. Ne pas avoir besoin de regarder où on met les pieds.

Marcher d’un point à un autre. Je vais chercher quelque chose. Je ramène la chose mais ne sait quoi en faire. Cette question me fait revenir à mon point de départ mais sans motivation. Le retour vers mon point de départ flotte.

Qu’est-ce qui se passe dans le corps ? je regarde l’objet, je ne regarde plus ma direction.

Inversement. Je vais, je marche sans savoir où. Je « tombe » sur quelque chose qui m’intéresse. Je le ramène à mon « QG ». Je suis pressé de rentrer.

L’objet m’intéresse beaucoup, je rentre, pressé ou pas, concentré sur mon objet.

Je fais, selon ce qu’on me propose de faire, selon ma compréhension de ce qu’on me propose.

L’exercice de la marche, de la « balade » de Myriam Lefkovitz.

Marcher en avant… et marcher en arrière. D’abord avant, selon son protocole. On ne marche pas « dans le vide », on marche, on arpente un paysage, une ville, on « visite » (l’équivalent dans une salle de spectacle dans une prison, la prison de Caen, ça va être quoi ?).

Première salve de séances.

Démarrer seul. De la marche seul.

Puis avant « d’agir », de marcher avec l’autre, le regarder, l’accompagner attentivement.

Le rythme des séances : faire et noter ce qu’on vient de faire, et ce qu’on a senti et ce qu’on sent actuellement.

Noter aussi le « on ne sent rien » – qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je vois, entends, goûte, sens (odorat), comprends, quand je ne sens rien ?

 

Faire et observer.

Faire en observant.

« Noter en faisant » : refaire mentalement et noter au fur et à mesure.

 

On peut souffrir du regard des autres. Etre sans cesse sous le regard des autres.

On peut souffrir aussi de son propre regard sur soi, sur ce qu’on fait.

Quelqu’un me regarde en souriant.

Quelqu’un me regarde « de haut ».

 

Je veux dialoguer avec des gens qui consacrent leur vie au tango. Elise. Stef. Detlef.

Puis travailler « en initiation » avec toute sorte de gens. Comme à la prison de Caen.

Ou avec des gens qui apprennent le tango, dans les cours de Stef à Rennes. Une conversation entre le corps en mouvement avec l’autre corps, et le mouvement psychique, la « fiction ».

 

L’Innommable (Beckett) comme matrice minimaliste de la mise en mouvement de l’imaginaire.

 

Les bottes de sept lieues. L’ogre. Le troisième fils, le chat.

Le chat comme opérateur de fiction, médiateur entre l’imaginaire extérieur, et l’imaginaire intérieur, l’imaginaire sans prise, l’imaginaire « qu’on subit », et l’imaginaire qu’on agit.

(Dans l’après-coup, retour saisissant sur l’écho biographique produit par cette référence au Chat botté. Notre chat blanc, Gaston est installé en face de moi dans la balanzia.)

 

La musique.

Commencer avec l’écoute immobile, non, « l’écoute sur place ».

Le son est extrêmement faible. On écoute, chacun à sa façon. Si l’imagination se met en route, suivre, la suivre. Si rien ne se met en route, juste noter ce qu’on observe, écoute, position du corps, espace. Des idées intruses ? on les pose, dépose, « aimablement », on ne les suit pas, on revient à l’écoute de la musique.

On fait avec le son tel quel, on ne cherche pas à le changer. S’il y a désir d’autre chose, on change ce qu’on peut changer : c’est « soi » qu’on change. Par exemple, on aurait vraiment envie d’entendre plus fort, beaucoup plus fort. On ne se plaint pas du son faible, on ne tombe pas dans le « réactif affectif », on change imaginairement de position et on s’approche du son, on amplifie imaginairement. Puis on revient à la réalité du son et de soi.

L’imagination s’emballe ? on la suit, jusqu’à un certain point – l’objectif est de ne jamais perdre « de vue » le son et sa présence réelle. On reste « en conversation » avec lui.

 

Le silence.  Le silence est toujours très habité de micro-sons.  Mais pas seulement par des micro-sons, qui font dire que jamais il n’y a silence, sur terre.

Nos mouvements sont sonores. Deux à deux, explorer le déplacement, le mouvement porté, inspiré mu par du « silence en action » (ne pas employer l’expression de « musique silencieuse » », on penserait immédiatement musique, codage musical et non attention au corps sonore du silence).

 

Cet exercice viendra après le même exercice sur le support de la musique extrêmement faible.

Dans lequel nos mouvements seront tels qu’ils ne couvriront pas sonorement la musique diffusée.

Cinq minutes corporelles, 1 minute de notation.

 

L’objectif, pour moi, c’est que chaque séance, si possible, s’intègre dans une page – au moins journal, objet spécifique si ça se trouve.

 

Une pédagogie en conversation avec le nerf de la guerre. Le centre actif créatif en conversation avec la « pédagogie ».

Pédagogie, le nom renvoie à l’enfant. Ne l’utiliser que lorsqu’en effet on en appelle à une relation « enfantine ». On mettra de côté le mot infantile, qui est très intéressant dans le champ psychologique mais trop attaché à un jugement moral. Au lieu de vivre adulte tu te perds dans ton infantile.

Transmission sera plus sobre et effectif.

Par exemple « réapprendre à marcher », pour moi, ça va relever de la pédagogie. Très utile d’en appeler à l’enfant absolument présent à tout âge. De se sentir à nouveau enfant. La nouveauté, c’est juste que l’accompagnant, c’est soi, et nul autre.

L’autre, avec qui je vais marcher ? une force autrui, l’autre sujet (premières pages de Qu’est-ce que la philosophie, Deleuze, Guatari). Rien n’interdit des « échanges de rôle », mais seulement à titre d’exercice. Le statut de l’autre n’est pas celui de l’accompagnant, même le ou la pédagogue ne se fait pas accompagnant.e de l’apprenant.

La bienveillance n’est pas ce qu’on croit, elle n’est pas « infantile ». elle est réelle, d’adulte, à adulte, ou d’enfant à enfant, ou d’adulte à enfant, d’enfant à adulte.

L’égalité comme sensation : bien autre chose que l’égalité comme droit, loi, norme.

L’ouverture infinie que procure cette égalité-là.

L’inégalité comme sensationnelle erreur.