Féérie, langue française, dans la nuit

mercredi 6 décembre 2017

Une féérie. La trouvaille de Dominique – une guirlande lumineuse enroulée autour des baleines d’un parapluie qui était promis aux ordures et qu’elle a libéré de sa toile, suspendue au-dessus de la table du salon ; un bouquet de guirlandes graciles, lumineuses aussi, acheté à Emmaüs, posé sur la table roulante du salon, accoudée au canapé.

La féérie Noël est amplifiée par le reflet dans la porte vitrée noire. La suspension vient prendre la place de la « fleur » verte au bout de sa tige abstraite – forme dominante dans le tableau de Bourquin reflété.

C’est une féérie. Le verre de la vitre ondule, fluidifie l’image qui est passée au noir intense de la nuit. Ma silhouette achève la rêverie.

Les ateliers d’écriture sont une telle féérie, souvent. On enfile des mots scintillants, on recherche les mots scintillants, les flous, les noirs, les bosses, les effets.

Souvent celles, ceux qui viennent en atelier recherchent cela, noircir la page quand chez eux, chez elles, la page reste blanche. L’atelier d’écriture fait autorisation, émulation, et le signe de cette stimulation, de cette émulation, c’est la page qui se remplit. Je le vois bien, moi, mon plaisir à voir leurs pages se noircir, et mon inquiétude quand j’en vois un, une, rester un poil trop longtemps le nez en l’air.

N’empêche, hier soir, l’écriture avec les partitions, la partition « Treatise » de Cornélius Cardew a été d’une efficacité inouïe. Le processus de transcription, d’interprétation. Ecriture abstraite très concrète.

La semaine prochaine, je leur proposerai de transposer des blocs d’existence en partition, sur le modèle de Cardew, puis d’écrire – ainsi transposer leur existence en partition, puis jouer, chanter, interpréter la partition.

Détailler la proposition.

 

Deux ateliers coup sur coup, les étudiant.e.s de l’ESPE très véloces devant le ready-made malheureux de Duchamp Marcel Suzanne, et celui d’hier.

 

 

 

 

 

 

J’admire cette vélocité, des jeunes comme des plus vieux. Ça me requinque.

Ensuite passer de la jouissance à la relation. C’est mon sujet.

Nous avons une relation réelle, d’eux, elles, à moi, parfois entre eux, entre elles – mais l’enjeu est bel et bien, et c’est ma responsabilité même, d’eux, elles, à moi ; à eux, elles, passant par moi, à moi en passant par eux, elles, à l’écriture en dépassant, me dépassant, se dépassant, tout en relation, tout en relation.

Isabelle est très sensible à la circulation réelle de son existence dans les moments d’atelier. Hier son père.

 

Pourquoi tant d’écriture inclusive ? je pense à mes anciens amis, dont j’ai lu des posts bien ironiques sur le sujet. J’entends, j’imagine le jugement dernier d’un Philippe Sollers. Je vois aussi la bonne conscience lisse et vide des défenseur.e.s de la bonne cause… que j’ai choisi d’épouser.

Le masculin et le féminin dans la langue, nous y voilà, source, inquiétude, la langue n’est pas une propriété nationale, je me moque des repus, de quel camp qu’ils soient.

Soudain, et aussi avec les statistiques du jour qui placent les Français à la queue du peloton européen de l’acquisition de la lecture et de l’écriture, la langue redevient centre névralgique des grandes transformations humaines. Les rapports masculin/féminin au cœur, en amont même des rapports de domination, les rapports de soumission/délégation dans la langue elle-même : forme et pensée déléguées à la machine, l’automate, à quoi bon savoir écrire, à quoi même comprendre ce qui nous arrive puisque toutes les fonctions à mon sujet se comprennent entre elles, ma vie est parfaitement surmoïsée, je suis le terrain de jeu des dominateurs de tous poils.

Peut-être que le devenir bête, crétin, de l’homme quelconque est une résistance, intéressante résistance à ce jeu parfaitement idiot des compétences en concurrence sur le grand marché des idiots onanistes dominateurs… tiens, queue de phrase bravache ?

Parler encore plus mal français, comprendre encore plus mal les consignes, oui, pourquoi pas…

Allons, le temps n’est plus, mais plus du tout, à la variété dandy de l’existence malheureuse.