Le cœur d’Emily Dickinson

mercredi 29 novembre 2017

Le cœur absolu

et non pas l’esprit absolu

– j’avais, par erreur, d’abord pensé à ça.

 

Du cœur l’esprit se nourrit

Comme tout parasite

Si le cœur est riche

L’esprit profite

 

Mais si le cœur faillit

L’esprit s’émacie

Si absolu ce qu’il

Y puise

 

Progressivement je me fais un chemin corporel, dans le livre

– cerveau, lèvre, cœur…

C’est comme d’une bible feuilletée – le mot exact ! millefeuillée ? flickbookée ?

et le hasard de l’arrêt.

Cela me va.

Car c’était la leçon de la nuit. Longue nuit, longue insomnuit.

 

La peur nous fait faire et non-faire beaucoup de choses.

Elle a peur du vide devant elle et j’ai peur de sa peur.

(Je la sens très près, dès que je la touche la fleur sexe s’oriente à sa lumière

mais pas seulement, nous marchons l’un dans l’autre, nous faisons, l’un pour l’autre, paysage arpenté)

 

Sa peur devient ma peur, nue, entière.

Plus vieille que la sienne.

Sa rancune devient ma rancune.

Je suis de la neige ?

Et elle un pas noir ?

Nous sommes tous deux neige et nous marchons

Seulement le couple mélange volontiers les traces, les efface ou les indistingue

Car nos pas ont même pointure et enjambée semblable

et on marche distraits.

Voulez-vous rester un peu dans les Images

comme quand on lit Emilie Dickinson ?

Je crois que depuis tout à l’heure, le cerveau, de lourd, s’est éclairci, et le corps de balourd à plus preste.

D’abord j’avais mécompris ceci : si absolu que soit l’esprit, il s’émacie quand le cœur fait défaut.

C’est une compréhension attachée à l’époque. Elle est vraie, utile, c’est une pensée de Résistance.

Mais la lettre dit cela : l’esprit s’émacie tant le cœur est absolu.

Et si cet absolu flanche, l’esprit…

Emacié, emaciare, rendre maigre, épuiser.

L’esprit épuisé.

L’apparente course folle du génie de l’esprit, la biorobotique serait manifestation d’un épuisement de l’esprit – épuisement de toutes ses ressources.

Utile, pour penser la poésie politique du temps.

 

La suite sera un enchaînement autour de la foi en ce qu’on peut porter, faire.

Le dictat de la Reconnaissance repose sur l’idée que vous dépendez de la foi des autres en vous.

Et votre foi en vous – l’expression est malheureuse, car c’est seulement porter crédit à ce qui passe, se passe, en vous – …

Vous oscillez comme la valeur oscille, vous prenez votre vie pour une Bourse, un grand marché financier.

Et vous vivez-dépérissez à coup de bulles et de dépressions.

La fatuité est aussi malheureuse que la dépréciation de soi.

Mesure bien ta vie, ton rythme actuels à cet aulne.

 

L’enseignement de cette nuit

A travers veilles et ronflements

c’est que je l’accompagne, j’essaie. en plein coeur

 

Faut-il mettre un peu d’esprit dans des cœurs en fusion ? ou du cœur dans des esprits au fond indifférenciés au sein de la Danse Logique ?

 

 

13h. Réparer le monde.

Alexandre Gefen, critique littéraire et chercheur au CNRS, auteur de Réparer le monde : la littérature française face au XXIe siècle (Corti, novembre 2017). La Grande table, 2ème partie.

D’abord, c’est la Fuite qui est déclassée.

La fuite et la Distinction.

L’une valant pour l’autre.

D’abord c’est l’Irrégularité, qui est déclassée.

Les grands noms de la radicalité littéraire.

D’abord c’est l’Autonomie, qui est déclassée.

Puis les surclassements imprudents.

Ou bien la solaire solitude ou bien l’empathie, l’empathique littérature de développement personnel.

 

Peut-être est-ce la réalité des textes de l’époque.

Je ne vais pas entreprendre de les lire, relire, tous pour autoriser le chemin de traverse que nous frayons, ici même.

Mais reconnaitre, à l’aide de médiateurs, de « lecteurs à ma place » que sont tous les conseilleurs, conseilleurs (bons ou mauvais) que sont tous les critiques, universitaires, écrivains chroniqueurs… reconnaitre le milieu, l’environnement, l’écologie socio-littéraire.

Pas donc tout lire relire pour constater le handicap relationnel à la source – et de la grande littérature et de la sociologie littéraire de substitution (sociologie empathique critique ou non critique). Le handicap relationnel, le péril initial, l’incapacité à danser : car quand tu es seul archi seul et jaloux de cette archi-solitude, pas question de danser avec qui que ce soit autre que ton ombre tutélaire ou ton ombre-chien. Et s’il s’agit d’empathie, de réparation empathique, pas possible non plus de danser avec quelqu’un qu’on couvre, sur lequel on se penche, sur qui on fait peser son poids de soignant, de réparateur.

Je vais acheter ce livre pour en écrire un bien meilleur – mauvaise motivation, ou bien stimulante, selon.

Depuis le début, je cherche « la même chose ». Depuis le début, le même être dansant toque au carreau. Cela mérite d’être formulé, défendu, donné, explicité dans l’embryon d’œuvre qui s’exprime depuis le début (je passe sur mes difficultés biographiques à devenir ce que je dois devenir).

Juste temps de laisser l’embryon s’exprimer, c’est-à-dire se développer à sa guise.

 

 

Difficile d’actualiser ce site, le journal, le travail en cours, les événements, les projets.

Une part de secret ? secret : juste ce qui préserve autrui nommé en vrai. Secrète aussi la part foncièrement incertaine quoique la plupart du temps souveraine : il n’est presque pas un matin où on ne s’écrie, plus ou moins silencieusement : c’est cela donc qu’il fallait dire.

Mais aussi par insuffisance, angoissante paresse qui voile l’esprit sur le tard de la journée, parfois si tôt tombé !

Et puis, si longtemps tenu à et par la foi d’autrui aux dépens de l’unité qui à travers l’amas des jours s’invente, se trouve, se découvre, se vérifie…

Et puis, plus souvent en flagrant délit de langue vaine.

Plus vite, ou plutôt, meilleure allure ! c’est ce que chaque jour, on se souhaite – on, pour la petite personne qui n’ose dire je, ou on pour la zone vive qui croît chaque jour, ou décroît, selon le propice, ou le danger du jour.