Tout à l’heure

jeudi 23 novembre 2017

tout à l’heure, tout à l’heure, tout à l’heure

il suffit de répéter

hors cadre, hors cadre d’une chanson, d’une injonction, d’une leçon

il suffit d’interrompre le flux de la vie ordinaire ou de la vie prévue

les vies très actives, les vies agitées, les hommes et les femmes pressées – cela est vie ordinaire, autant

dans l’ordre des choses que les vies réduites, à mobilité réduite que sont ce qu’on appelle les gens ordinaires, sans places dominantes

 

Tout à l’heure, une conférence sur ma pratique des ateliers d’écriture. (à l’invitation de Emmanuelle Halgan, en Licence 3, Sciences du langage, Rouen.)

 

L’atelier d’écriture créative est tout autant un atelier de philosophie et de politique.

Nous faisons confiance à la souveraineté de chacun (l’écriture inclusive ne doit pas faire l’impasse sur le premier régime oral de la langue. L’obsession législatrice ne suffit pas à réparer les effets à long terme de la tyrannie).

Au fond tout plaide pour une relation poétique, artistique, esthétique, créative en toute circonstance.

La situation pédagogique se trouve prise dans cette philosophie de la relation créative.

En sciences du langage, la question se trouve comme prise en son berceau.

Je suis venu à l’atelier d’écriture par le théâtre, par l’écriture théâtrale, par le théâtre de la langue et à l’intérieur de cet espace de vie est venue la formation poétique de l’obsession du livre. Formation poétique : voyage équivoque de la lettre L vers la lettre V, dans les deux sens. Distribution des deux sens à la fois : livre/vivre.

Une certaine manière, dès lors, de raconter ce que j’ai fait, comment, et surtout comment la relation d’écriture s’est peu à peu apprise.

Mon expérience avec la quatrième technologique du lycée agricole du Neubourg.

D’emblée recherche de formes, d’opérations ludiques et opérations de lecture, d’écoute. Je me souviens avoir extrait des phrases dans leurs premiers textes, qui me semblaient être des petites pépites. L’accès à la poésie s’est fait comme ça.

Par exemple, la main voit, ma main voit –  – l’ouvrier travaillant de ses mains comprend la phrase avant l’enfant d’intellectuels.

 

La question d’écrire, pour celles et ceux qui ont horreur d’écrire parce que c’est source de trop de fautes, de difficulté à exprimer correctement ce que déjà la parole, la voie orale du langage peine à exprimer…

La normativité de l’écriture, le fait qu’elle scelle du sens, des échanges, des interdits, une législation, cela a été un acte créatif (sphère Foucault) et c’est tardivement que la langue écrite s’est trouvée en elle-même investie d’un requisit normatif, constitution progressive de la langue française écrite. (Le requisit normatif de l’égalité des sexes dans la langue ne doit pas faire oublier la créativité relationnelle des genres dans la langue.)

L’atelier d’écriture créative ne fait que renouer avec le fond créatif de la langue, dans la croisée de l’oral et de l’écrit.

 

La notion de contrainte, par exemple, est un lieu commun, une évidence, la principale ressource de l’atelier d’écriture : « la contrainte libère. »

La relation initiale à l’émancipation (la sphère des ateliers Bing), même si on lui oppose des conceptions plus formelles, formalistes de l’atelier d’écriture (Boyer), comprend dès l’origine cet apparent paradoxe de la libération par contrainte, la contrainte jouée, c’est-à-dire indifféremment respectée, déviée, violée ou renforcée.

L’atelier d’écriture créative est un espace d’utopie, une utopie réalisée le temps de l’atelier.

A moins que l’utopie ne soit qu’un mot qui relance le goût du désir et de la jouissance comme une promesse sans cesse réactualisée – la créativité comme promesse et comme réalisation rebondissante.

 

Travailler avec des enfants, avec « des fous », avec des « prisonniers », avec des « chômeurs », avec des « populations de quartiers » – bref, toute une pratique, très historique, liée à l’histoire sociale des 20, 30 dernières années…

Une pratique parfois fulgurante, parfois approximative. Il me semble toujours bienveillante. Parfois « interloquante ».

La relation de l’écriture créative avec les autres arts, avec la peinture, les arts plastiques, avec la littérature – car au fond, beaucoup d’ateliers d’écriture peuvent s’animer dans une relative indifférence à la littérature.

Ma « phase François Bon ».

Parler un peu de François Bon. Ramener son livre sur les ateliers, et son livre sur la fin du livre.

La langue comme organe perceptif, la créativité littéraire, poétique comme production de formes, de créativité perceptive. L’exemple de l’inventaire.

 

Aujourd’hui vers des ateliers d’écriture tango.

La relation d’abrazo avec le rôle lecteur, la relation d’amour et de créativité dans l’acte même d’écrire, de penser, de composer sa vie.

On peut terminer par ça.