une suite de la déclaration du 17 octobre 2017

à l’ami qui ramène toujours et toujours Tartufe en guise de bagage en grande émotion, je propose une visite dans les non-émotions.

à l’ami qui devant l’idée même d’inventaire regarde sa vie comme vie ratée, je propose le ratage comme carburant principal de toute création, de toute vie créative.

à l’amie qui croit être dans le vrai de la proposition qui lui est faite, je propose de se proposer autre chose.

à l’aimée limée à l’expérience commune du temps, je propose de la suivre un moment, qu’elle me suive un moment, que nous suivions un moment la grâce tierce voire la déchéance tierce, puis un oubli, oui, que nous nous oubliions, comme savent faire les héros de notre temps, les Alzheimer, puis que l’utopie nous revienne, avec ses cadeaux de noël sous les bras, et que nous aimions tout de ce que nous voyons de nous, et autour de nous, jusqu’à l’explosion de nos deux étoiles là-bas, que sur terre d’humbles et géniaux chercheurs enregistrent, décryptent et convertissent en explosion de savoir.

à l’ami pétri d’ennui au sens définitivement classique et tragique, vouant à l’art ses dernières forces d’aimer, je propose de couper le mot art comme on coupe une mauvaise herbe ou bien une végétation qu’il est bon de couper avant renaissance, pour renaissance, comme il veut, et d’aimer une femme, la sienne si possible sinon une autre, en vrai ou dans le papier dont sont faites rêveries et translations fantasques.

et à l’ami-moi, que va-t-on suggérer ? de travailler davantage délesté du travail lui-même, des simagrées que se font les hommes travailleurs et exploiteurs de leur pseudo-travail.

travailler à l’ouvrage d’un monde, celui-ci, toujours à venir, toujours déjà encore.

travailler davantage donc hors simagrées, comme aimer davantage hors simagrées.

nous appelons simagrées expressions et signes dont on peut se passer, qui ne produisent au mieux qu’une écume au pire un cambouis indélicat sur les jupes délicates de l’existence.

un peu moins de sociologie totalitaire (économie et sociologie critique comprises).

un peu moins de salons.

un peu moins de disputes socioprofessionnelles, familiales, un peu moins d’onanisme numérique.

est-ce tout ce qu’on va suggérer à l’ami-moi ? oh, tant d’autre choses, la foison n’est pas foison de signes, de vêtements, de tatouages, la saison de ça est bel et bien passée, comme la saison des nudités véridiques, la tresse des logarithmes et du fond de l’univers nous porte, nous porte à apprendre à danser réellement et que nos ouvrages dansent avec ce que naguère on nommait ouvrage de dieu, et, en passant, suggestion à tous ceux, celles qui s’investissent du nom de dieu, comme pour le nom de l’art, suggestion de l’oublier, de le couper, comme tous les noms à lui attachés, encore toujours déjà attachés, comme athée, comme agnostique, comme non-croyant, etc.

quel autre conseil va-t-on donner à l’ami-moi ?

celui de reconsidérer de fond en comble l’amie-toi, oui, au féminin, puisque la parole est encore toujours déjà ici masculine. De fond en comble ? oui corps et esprit avec lequel, depuis lequel tu danses depuis le début sans savoir que tu danses.

Ne cours pas pour autant lui donner raison, à elle – raison nous la cherchons dans le détail du droit, en ce moment même pour calmer l’incalmable pulsion masculine, guerre et viol jusqu’au trognon de l’être.

Quel est le conseil si conseil il y a, à l’ami-moi ? ennuie-toi donc davantage d’elle jusque dans la satisfaction qu’elle te donne, elle n’est pas là où d’elle tu obtiens satisfaction d’être. Elle n’est pas non plus dans l’effacement des genres que tu réclames aussi pour toi-même et qui par intermittence vous réussit, diamant d’existence que tous deux vous portez, masculin et féminin.

Quel conseil encore te donner, ami-moi, dans l’adorable solitude, juste avant le jour. Un peu plus de courage. Le mot vient de loin, fais-lui confiance. Danse avec plus de courage, avec plus de cœur, hein ?

Nous avons la responsabilité d’écrire l’histoire féminine de l’humanité, c’est une des tâches « révolutionnaires » tout en haut du menu d’existence, s’il est bien question de festin, et cela, il faut le suggérer (et faut-il encore user du il faut ?) il convient ! de l’adresser aux religieux et à tout dominateur – en puissance d’argent ou symbolique) comme l’adresser à la camarade pétrie d’égalitarisme dans la compétition sacro-sainte pour la domination…

  • Je me permets cette dérive, je crois, à cause de la dérive Maïakovski que je vais donner à entendre demain. C’est le beau et ténébreux Maïakovski, le génial poète parmi les géniales poètes de son temps et autres grands génies russes dont la France a récolté un adorable rejeton en la personne de Jakobson. Oui nous parlions de la tâche d’une histoire féminine à écrire. Je m’explique, depuis le masculin que je suis, depuis la dominante masculine que je suis : c’est dansant le tango que l’idée vraiment prend corps. Du fond de l’univers le féminin parle d’une autre langue qui a toujours été la mienne, mais maladroitement, je veux dire que le maladroit c’est moi, c’est la dominante masculine. Il est bien probable que la dominante féminine soit aussi maladroite à l’égard du féminin, c’est une hypothèse que je laisse au coin du feu, à bonne température.
  • La question de l’égalité ne couvre pas tout de cette tâche qu’il nous appartient aujourd’hui, à savoir écrire du fond de l’univers l’histoire féminine de l’humanité. – car la robotique risque fort d’être affreusement masculine et oblitérer encore pour des siècles la tâche féminine qui pourtant nous incombe à nous, femmes et hommes.
  • La seule constante de toute ma petite histoire de 1956 à peut-être demain ou par chance après-demain, 2046 ? 2046 ! vertige, vertige ! bref, la vraie constante aura été l’avènement du féminisme et la très lente métamorphose et des idéaux et des pratiques qui lui sont liés. Les familles de droite par exemple qui revendiquent désormais l’avènement du féminin dans l’affreuse histoire masculine de droite, oui, plus affreuse que les histoires masculines de gauche, disons-le, même si, même si le masculin de gauche finit toujours par caler devant le réel féminin… Même les familles de droite se sentent investies de cette tâche sous-entendue, et toujours sous-entendue au sens de ne pas parvenir à être vraiment « entendue », la tâche leur est inscrite, petite grâce offerte aux familles de droite ! la tâche d’écrire l’histoire féminine depuis le fond de l’univers, depuis le fond de dieu, s’il faut mettre les points sur les i – parce que dégenrer nous savons le faire, et nous allons de mieux en mieux savoir le faire, et savoir nous promener, femmes et hommes, dans le dégenre assez libérant, mais restera toujours et toujours la tâche de cette histoire féminine qui est ce avec quoi je rentre en contact lorsque je danse avec toi – et je sais que tout maladroit et impétrant que je suis, je sais que cette danse n’en est qu’à ses débuts, ses bredouillements, le tango est doué de cet esprit-corps renouvelé en son noyau.

Au travail.