Une déclaration du 17 octobre

De belles scènes d’amour. De beaux ateliers. De beaux échanges. Une belle performance en préparation. Un beau livre en préparation. Une belle rencontre tango en préparation. Beau veut dire que nous aimons et que nous aimons aimer sans heurt, nous aimons l’absence de heurt, nous aimons l’absence de conflit, nous aimons la paix réelle, nous aimons la réciprocité de l’amour, de la beauté, du sentiment de beauté, nous aimons quand quelqu’un, une idée, un être, se serre dans vos bras, dans votre cerveau, dans votre corps, votre sexe, nous aimons éternellement lorsqu’apparaît subreptice l’amour et l’éternité en même temps, nous voulons le beau, éternellement. Aujourd’hui plus qu’hier nous le voulons dans l’écume de l’instant maquillée en profondeur d’être. Nous aimons dans l’instant très humanoïde, très fabriqué, très économique – l’économie de l’instant –  nous aimons aimer dans l’absence de conflit.

La destruction de notre monde se repait de notre désir de beau, d’amour et de non-conflit. Nous aimons sourire, nous aimons nous sourire. Nos sourires sont la marque que nous aimons sans heurt. Nous sommes gentils. Les méchants sont loin, ils sont au loin, ils vivent au loin, ils croissent au loin.

S’ils se rapprochent, d’abord nous ferons comme si nous ne les voyons pas, et si nous les voyons, si nous les croisons, nous leur sourirons, et ils nous souriront, nous penserons qu’en réalité ce ne sont pas des méchants, et s’ils ne nous sourient pas, nous espérerons que demain ils nous souriront, ou alors nous nous ferons à l’idée que non, le sourire n’est pas leur mode d’être, qu’ils ont un autre mode d’être, le plus longtemps possible nous tiendrons l’idée qu’ils ne sont pas méchants. Méchant ? méchant veut tout simplement dire agressif, conflictuel, négatif, destructeur.

L’enfance et la découverte sexuelle adulte, la catastrophique excroissance de l’enfance, dieu et diable.

Et si parfois je ne bouge plus, ni n’avance ni ne recule, ni poursuit une tâche ni ne l’abandonne, c’est je crois, c’est que se produit le croisement, l’abrazo entre le gentil et le méchant, entre le paradis et l’enfer, entre quelqu’un de bien et quelqu’un de vraiment retors et je ne peux ni faire un pas ni délacer l’enlacement. Je suis maladroit. Ma maladresse est l’expression la plus exacte non de l’ambivalence mais de la rencontre, toujours inattendue, entre le non heurt et le heurt.

J’ai voulu avoir une relation non heurtée au heurt : développer pensées et lois pour couler le heurt, la dissension dans la pâte, la crème, la délicieuse, dans le paradisiaque, dans le sans heurt. J’ai même en grande passion révolutionnaire instauré le sans heurt à coup de haches et de crimes. J’ai même instauré le sans heurt en instaurant, en instillant, en répétant et en répétant que le heurt faisait partie du non-heurt, le heurt compétitif, le heurt du vol institué fait partie du sans heurt du monde sans heurt, du bonheur éternel.

Je suis quelqu’un de sommaire.

J’écoute sommairement, je regarde de même, je verdicte pareil.

Mes déclarations sont sommaires, je fais tout sommairement, même mes études poussées, je les fais sommairement : je passe vite sur ce qui blesse vraiment, sur la rencontre désagréable du heurt et du non-heurt.

Les réalistes et les idéalistes se lèchent mutuellement le cul.

Au travail.