Jeudi 22 juin 2017

Urgence, sentiment d’urgence, matin, sentiment de matin, vraiment

Je sens, j’agis

Je suis agi, j’acte

Le délai de pensée, l’absence de délai

L’éternité éclair, la répétition, le sillon, le cycle dans le travail de création

Ecrire à vide, et dans l’avidité du renouveau chaque matin

S’installer, provisoirement, dans des reprises

L’urgence, le politique

Quel est ton travail ?

Quelles sont tes ressources ?

Quels sont tes projets ?

Hier c’était Pourville, Dimanche c’était Pourville, mardi c’était Pourville, un air de vacances, je suis, je la suis

Quel est ton travail, quelles tes ressources ? tes projets ?

Qu’est-ce que c’est prendre l’espace, marcher, décider ?

Une bonne honnêteté : dire qu’on ne sait pas, qu’on ne sait pas quoi décider, quoi faire, quoi choisir

Ok

Mais ton travail ? tes ressources ? projets ?

Questions auxquelles tu t’empresses de répondre quand on te presse d’y répondre ? ou questions internes, tout intérieures ?

 

C’est un homme, c’est pas dieu, c’est un homme, c’est un homme qui reconstruit un espace, qui marche à nouveau dans l’évènement monde, c’est un homme, ce n’est pas un dieu, ni n’est dieu son père, mais seulement Joseph, et sa mère, Marie, et sa mère, qui est bien sa mère, et la construction vient d’elle, en grande partie vient d’elle et si un instant tu crois, c’est-à-dire tu rentres dans l’intériorité de ce que tu crois, tu crois que c’est elle qui a besoin d’écarter le pater Joseph, soit trop autoritaire soit carrément défaillant, et si c’est cette femme qui écrit, qui inspire, reprend sa respiration et propose une autre respiration à son entourage, cet homme n’est pas le père de mon fils ni aucun autre homme, aucune autre queue, si l’acte, cet acte-là, de dénier toute paternité était le premier, était un des premiers actes poétiques féminins, une proposition féminine, qui aura son pendant… que dit-il à sa mère pour la renvoyer, la révoquer d’une certaine façon ? que dit-il ? que lui dit-il ? et si une expérience poétique se réalisait là, au lieu d’une expérience religieuse (sur le lieu même du religieux), qu’est-ce que ça donne ?

Je dialogue avec, je danse avec le travail monomaniaque de Jérôme et Alain

Royaume est un mot historique, politique, Royaume de Dieu est un programme politique et en tant que programme, aussi congédié, disqualifié que tous les autres programmes, pas trop envie de revenir là-dessus, même si en tout échec il y a, il y aura eu du bon

Mais cette histoire de monde et d’horizon de monde, cette histoire de Alain Cugno, pour la première fois me fait entendre l’histoire cardinale d’Espérance autrement que comme fantasmagorisation de la foi, ce qui l’aurait fait tenir si longtemps sinon pfft ! vite fait bien fait, et Charité ? charité ah charité pour moi tient toute entière grâce à Rimbaud et nul autre, la vérité générale de l’amour, sa clé commune au monde et aux hommes femmes tient à cet instant où le mot s’est trouvé réécrit par un enfant qui n’a pas su faire autre chose que s’en aller. Je m’en vais, aura-t-il dit et fait tout au long de sa vie. Comme l’autre, là, fils de Marie.

Qu’est-ce que je reçois, qu’est-ce que je fais, d’une seule et même main ? qui reçoit et donne ? je reçois et je donne, voilà l’acte, la passe. J’achète, je vends ? ça c’est pour calmer mon incapacité à vraiment recevoir et donner, c’est pédagogique, ça me rassure, ça tempère la terreur enfantine : l’enfant veut tout recevoir et ne rien donner, il croit que prendre c’est l’actif de recevoir, et, en quelque sorte, oui, il a raison, il faut activer ce qui se reçoit pour le recevoir, il a raison l’enfant, mais le féminin qui est la part toujours et toujours troublante, inquiétante pour le petit masculin, ce féminin apprend l’actif, enseigne l’actif du don et le passif, la divine passivité du don : je me laisse donner, je m’abandonne à donner

Ce qui se parle, là, tout juste là, à un câble d’ici

Ce ne serait pas le fond du fond de ton mot historial de foi ?

 

Oui c’est aussi de l’ivresse, trop d’ivresse dans ce qui déjà est un matin trop chaud, 22 juin 2017

Le poème peut se reprendre très sobrement

Grâce à l’étonnante présupposition d’un collège de poètes savants philosophes et actionneurs

Le désordre d’un seul, ici même ne nous affole pas tant que ça

La toile inventive du monde, de l’horizon monde se saisit avec lui, avec son apparent désordre et les clés d’un certain temps à ouvrir à l’intérieur du temps

Vous appelez ça apocalypse ? apocalypse ? sobriété des temps retrouvés, dans le labeur comme dans la joie, dans l’attention comme dans l’insouciance

Elle me dit hier, danser avec toi c’est comme écouter un poème qui s’écrit, c’est quelqu’un qui ne lit rien de ce que j’écris, qui juste danse avec moi, régulièrement, et est attentive au chemin d’initiation que je suis

C’est de tango, là, explicitement, qu’on parle, hého ! tango, oui, l’horizon là soudain c’est tango

Tu as raison de marquer la voix, car les éventuels qui t’écoutent sont capables de zapper le changement de champ

Or

L’expérience la plus intime de l’intériorité la plus offerte, la plus partagée a lieu dans chaque changement de champ, dans l’ouverture produite par le changement de champ

Nos deux amis ont l’extraordinaire intuition d’opérer un changement de champ à l’intérieur du christianisme qui est leur champ, leur chant d’origine, et de le migrer en art, en artistes

Alors, oui, déformation professionnelle, et du philosophe et du théologien, ils essentialisent le mot art, le mot artiste et croient et veulent faire croire que le singulier de ces mots va être capable de tenir la singularité de l’affaire aussi longtemps qu’on prononcera ces mots au singulier comme au général

Nenni

Art est un mot quelconque qui désigne des réalités disparates, idem pour artiste

Passez votre chemin vous qui voulez faire peuple, qui voulez nous intimider en nous séduisant avec une bannière sensée être unique.

Macron à sa manière réalise bien le truc, la bannière la plus idiote pour foutre tout le monde dans le même panier de séduction, ça tiendra ce que ça tiendra

On s’égare ?

La séance de méditation se termine et on va se retrouver aussi nu que nul à la reprise de l’active du jour ?

Peut-être oui, peut-être non

Nu et nul font une bonne profession de foi

Mais ne jouons pas, même au prétexte de Shakespeare, ne jouons pas avec l’impression du langage

Le langage est réel et Shakespeare le savait

Chaque illusion a son bloc de réalité

Le langage est réel

Il faut juste le temps de lui laisser cette plasticité exceptionnelle qui le plie, le tord, le modèle, module entre toutes ses faces, rhétoriques et phénoménales

La rhétorique même est phénomène mais il faut tant de temps pour s’en apercevoir

D’où est-on parti ? je ne sais plus

Des questions cruciales, quelles sont tes ressources, ton travail ? tes projets ?

Et de la lecture du livre à paraître de Jérôme Alexandre et Alain Cugno « Art, foi, politique : un même acte », bientôt chez xxx

La vie très personnelle est passée aussi par là

J’y suis aussi le plus attentif possible, à cette vie personnelle, aussi heureuse qu’inquiète

Aussi offerte à la destruction qu’à la solidité d’une dynastie

La dynastie des Ripoll-Hurier ? oui, oui

Trêve de plaisanterie, au travail.

 

Je relis, compose la journée d’hier avec la petite torsion des notes de lectures qui datent aussi du jour d’avant, reparcours la journée précédente et je m’exclame : ça travaille sacrément !

J’aurais presque de l’admiration pour ce qui est mis en travail là, en tout cas de la fierté.

Et pourtant, beaucoup plus longs sont ces moments, ces séquences plutôt de « honte », liés au fait que je ne rapporte plus d’argent, ou si peu que c’en est insignifiant.

Je me crois Ulysse alors que je devrais me prendre encore pour un prétendant comme un autre, et continuer à prétendre à ceci et cela, histoire de gagner un pécule, puisque tout argent est confié au prétendant qui est – plus ou moins – adoubé.

Mais je suis Ulysse, et imaginairement je massacre tous les prétendants : je les méprise du fond du cœur.

J’ai tort, mais je suis Ulysse

J’aime l’injuste qui aime Pénélope, jusqu’au dernier souffle

Je suis Ulysse

Lorsque je serai mort, Pénélope pénétrera en moi comme en elle, aussi librement et avec la même générosité de cœur

L’amour sera ce qu’il a toujours été, roi, mais avec encore plus de foi

Absents, notre jardin resplendira

Ce sont des petites histoires que nous nous chantons

Des petits poèmes

Des petites chansonnettes

Il n’y a pas lieu de nous chier dessus, de nous mépriser, de nous oublier tous deux dans la tour d’oubli

 

Au travail.