Variations de portraits / échanges de bons procédés, projet d’ateliers de parole et d’écriture proposés par Philippe Ripoll au centre de détention de Caen

 « Pourquoi ce que nous voyons devant nous regarde-t-il dedans ? »

Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Editions de Minuit, 1992.

Note d’intention

Des œuvres « me regardent », elles me permettent de me dire de nouvelle façon. Je les regarde et je me mets en situation de m’intéresser sincèrement à qui les a produites : je regarde l’autre.

C’est ce que j’appelle des « échanges de bons procédés ».

Ce processus est élémentaire, et pour moi, il reste à être mis en œuvre, à être pratiqué, vraiment, afin de révéler sa puissance relationnelle, ses vertus de dialogue, sa force de transformation personnelle et collective. Dans l’espace pénitentiaire, plus qu’ailleurs peut-être, puisqu’il concentre et traite de la violence du déni de l’autre, et de soi, dans ses infinies variétés.

A partir d’un environnement vivant et vécu, avec simplicité, comme vital, composé d’œuvres d’art et de livres, je me propose d’inviter à – et de laisser – parler-écrire autour de deux questions, qui, comme la poule et l’œuf, s’auto-engendrent sans hiérarchie entre elles : qui suis-je et qui es-tu ? autoportrait et alloportrait.

« Parler-écrire » : j’indique par là mon désir de travailler avec des personnes de tout niveau linguistique et culturel, savantes comme illettrées. Je me propose d’alimenter ce « parler-écrire » avec les œuvres d’art qui seront, au moment de mes interventions, empruntées à l’artothèque de Caen, ainsi qu’avec des œuvres littéraires, empruntées à la bibliothèque et/ou apportées par moi (dont je ferais une liste précise). L’objectif sera de produire des autoportraits de regardeurs à partir du vocabulaire des œuvres regardées, et des portraits d’artistes et d’écrivains, librement et subjectivement inspirés à partir de leurs œuvres et d’éléments biographiques.