Pas autre chose que

mardi 9 octobre 2018

 

Pas autre chose que

« Déchire ces ombres enfin comme chiffons,

vêtu de loques, faux-mendiant, coureur de linceuls :

singer la mort à distance est vergogne,

avoir peur quand il y aura lieu suffit. A présent,

habille-toi d’une fourrure de soleil et sors

comme un chasseur contre le vent, franchis

comme une eau fraîche et rapide ta vie.

 

Si tu avais moins peur,

tu ne ferais plus d’ombre sur tes pas. » Continuer la lecture de « Pas autre chose que »

POLITIQUE TANGO, reprise

jeudi 27 septembre 2018

On se réfère à notre expérience, l’Histoire fait partie de notre expérience et inverse. On commence par une ordinaire incapacité à commencer, on est nul, on ne se souvient de rien, et on n’a rien à dire, rien à faire vraiment, on ne désire rien ou ce qu’on désire se heurte à : je ne sais pas quoi. On est en panne, ça commence comme ça. Le pouvoir est exercé par des incapables, comme mon expérience me l’indique lorsque j’essaie d’exercer le pouvoir d’être moi et que je n’y arrive pas. Nous sommes arrivés à une époque où le pouvoir ne peut être exercé que par des incapables parce que le pouvoir  est un régime d’incapacité relationnelle. Continuer la lecture de « POLITIQUE TANGO, reprise »

POLITIQUE TANGO

mercredi 26 septembre 2018

Jadis il appelait Grand Effaceur cette sensation et d’oubli vertigineux et d’aphasie quasiment, cette façon de rester muet, phrases blanches sur papier blanc, non, phrases blanches sur papier blanc engendre une sensation fluide, zen, quand la sensation de jadis, toujours visiteuse de présent, butait, butait sur la butée, butait sur un arrêt, et, l’écriture butant ainsi, la sensation était que le langage tout entier butait, s’arrêtait Continuer la lecture de « POLITIQUE TANGO »

Une poussée hier demain, une poussée hommes femmes : tango

dimanche 23 septembre 2018

Présente est la poussée , la poussée-deux, présente la poussée terre ciel, la poussée psoas, la poussée nord sud est ouest, présente est la poussée-hier et présente la poussée-demain

Tantôt je vais plutôt à hier tantôt je vais plutôt à demain

Mais là où je pousse c’est poussée une sur hier demain

La poussée a lieu, a élu domicile, usine et hôtel, au centre de gravité

Présent, très présent est ce centre de gravité, cet aimant où naissent, s’éloignent, se collent hier et demain

C’est très beau Continuer la lecture de « Une poussée hier demain, une poussée hommes femmes : tango »

Tango, tetigi, tactum, tangere

dimanche 9 septembre 2018

Tango.

Rêverie étymologique.

Pour l’africaine, réécouter Caseres.

Pour l’africaine, s’en remettre à toute pensée authentiquement disponible à la manière africaine, à la manière africaine de sentir l’Afrique en toute chose.

J’aime à imaginer que nous sommes tous noirs, tous esclaves lorsque nous dansons le tango, notre élégance est une caricature africaine, il faut sentir le goût de la caricature, le goût africain de la caricature pour apprécier notre goût de l’élégance dans le tango.

Vaste territoire encore inexploré d’une tradition dynamitée par ses origines mêmes.

Tango, tetigi, tactum, tangere, toucher, toucher à – prendre, goûter, manger ; aborder un lieu, atteindre, être contigu à, frapper (les cordes d’une lyre, ou toucher de son fouet, porter la main sur quelqu’un), touché, frappé par la foudre, toucher, séduire ; imprégner, mouiller – répandre de l’eau sur son corps ; affecter, impressionner, émouvoir ; duper, attraper, soutirer ; toucher, traiter, parler de ; toucher à, s’adonner à – forme primitive, tago.

L’histoire linguistique est une science, et je ne m’aviserai pas de contrefaire cette science Continuer la lecture de « Tango, tetigi, tactum, tangere »

Être sincère aujourd’hui

lundi 3 septembre 2018

Ce n’est pas un espace de travail sincère, c’est une mise en scène permanente, c’est une invasion d’autrui, c’est une soumission permanente, ou compétition permanente, même chose, la compétition est soumission à l’ordre d’autrui, l’ordre social est un ordre autrui, autrui résonne aussi en malotru, l’aimé.e n’est pas toujours là, pas toujours présent, ni toujours absent, vous avez besoin comme moi de repli, d’une base, nous avons cru que la propriété est la forme idéale de notre repli, de notre base, avoir son coin à soi, sa tanière à soi, sa cache, son pré carré, non, pré carré entre d’emblée dans la compétition générale, c’est non pas je me cache, je me replie, c’est ne t’avise pas de me le disputer, ce coin à moi, nous avons mal à l’autre, l’autre ne cesse de nous faire mal, il faut s’en protéger, il faut se protéger de notre croyance que l’autre est tout pour nous, l’autre ne cesse de nous agresser car nous-mêmes sommes de constitution vorace, nous mangeons l’autre à longueur de journée, nous consommons l’aimé.e à longueur de journée… Continuer la lecture de « Être sincère aujourd’hui »

Et aujourd’hui

vendredi 1er juin 2018

 

après avoir déviavoicé l’ennui de tout discours –

la parole ramenée au pouvoir : à la jouissance brutale et sommaire, jouissance de soldat violeur

toute l’existence violée par le Discours

par la Société tête réduite selon la loi des chefferies sans scrupule

après avoir déviavoicé tout ça, après avoir fait couler l’acide de la confusion et de l’écho

qu’est-ce que ça dit ? qu’est-ce que tu dis ?

Je me suis posé la question en réécoutant Bérénice ! Continuer la lecture de « Et aujourd’hui »

Il y a un an

Jeudi 1er juin 2017

Silence.

Prison.

L’association C.

E.

Souffler sur l’autre, image action de la braise.

Destitué s’instituer.

Institué destituer.

Faire semblant, un peu, être vrai, un peu, jamais trop d’injonction.

Juste aller à ce qui agit.

Observer ce qui agit.

Observer ce qui n’agit pas ? dangereux.

Regardez comme il ne sait pas ! comme il se trompe !

Regardez l’erreur en action ! comme il ne fait rien !

Rien comme il convient ! etc.

Quel répertoire !

L’ARRET.

Le juge immobilise sa victime.

Qu’est-ce que tu fais !?

Tu commets l’erreur.

Le juge et sa victime – la victime du bien, du juste.

Qu’est-ce que tu fais !?

Je me trompe, j’insiste.

Silence.

(Le silence se fait.)

Valère Novarina réfléchit le verbe en action.

Le lecteur mime son agitation et meurt dans ses bras de babil.

Un. Hein ? sauvagerie du Un, Hun.

Examiner ceci que parler a consisté non pas à ne rien dire mais à ne rien faire.

Puis un vers, une rime avec père.

 

Silence.

Nous tournons, c’est vrai, nous tournons, mécanique du tour, volcadas, l’horloge du mouvement, des poids transférés.

 

Hier c’était révélant, une journée révélante – s’observait l’agencement parfait d’une vie, de tout ce qu’elle avait apporté à titre de matériaux pour – ceci, encore à faire, magnifiquement !

Et bizarrement, comme toutes les journées, quelque chose s’éteint, l’autre s’éteint.

Et on se souffle dessus en pensant que, en croyant que ça soufflera sur l’autre là-dedans, dont on sait la puissance mais jamais la place, la présence.

 

Non.

 

Les relations réelles ne sont pas le support de la relation virtuelle abritée en chaque être.

Proposition inverse ?

Non, car si je prends la relation virtuelle, la relation interne comme support de ma relation avec d’autres bien en chair et en coexistence sociale, je nourris le goût du capitalisme : l’autre n’existe plus que dans le strict cadre de l’offre et de la demande.

 

Silence.

 

Démocratie interne – il peut y avoir du conflit, mais la logique du conflit a été épuisée quant à sa fonction bénéfique, cathartique, créative. On ne suivra pas les chantres du retour à l’ordre du conflit en politique, en démocratie.

Et compromis ni négociation ne conviennent pour décrire l’espace démocratique interne, intime, quotidien, social quotidien, politique quotidien.

Danse convient mieux. Nulle botte en touche. Le réalisme advient dans et par l’esthétique.

Tu ne danses pas comme tu manges, comme tu baises.

Même si manger quand tu as très faim reste lié à la conversation dieu merci et que baiser quand t’as très envie veut toujours de la conversation des corps.

– quoique, quoique l’autre s’éteint tant en tous nos gestes.

Et la passion du robotique prépare son immense lit dépressif.

 

Non.

 

La danse est prévalence de la conversation générale depuis laquelle des fonctions s’expriment, s’activent, certes, mais première est la conversation, non pas échanges de point de vue, non pas discussion, mais déploiement d’un être, de l’être propre de la conversation.

L’univers est une conversation.

 

Silence.

 

Mais alors que faisons-nous ?

Quel est le faire de cette conversation générale, puisque c’est le sujet du jour, faire ?

Observer ce qui se fait et aussi combien il se fait de choses dans l’espace-temps éprouvé comme de nulle action, où désespérément rien ne se fait.

Et dans cette observation, découvrir que la grande conversation est l’origine de nos faires.

C’est donc de reprendre langue, toujours et toujours qu’il est question.

 

« Journal d’action » était le nom du fichier d’un journal de bord d’antan, toujours mal tenu, ou se notait ce qu’il y avait à faire et ce qui était fait, avec quelques commentaires, réflexions etc. pour aider à faire, à être dans du faire, dans du lien social qui rapporte de quoi vivre.

Et par ailleurs une grande conversation toujours toujours profondément exilée, recluse, abandonnée, et reprise la mort dans l’âme, toujours coupable de l’agir vain de l’écrivain et du non agir de l’homme de peine.

Il y a comme ça des vies entières saisies en deux trois phrases, qui n’en font rien, n’en feront jamais rien comme elles n’en ont jamais rien fait (sujet de ce membre de phrase ? les deux trois phrases ? ou des vies entières ? les deux, alternativement).

 

Silence.

Observer ce qui se fait.

Observer ce qui se fait de ceci ou cela dont a priori on ne sait pas quoi faire.

Qu’est-ce qu’on fait ?

On attend.

On attend quoi ?

Godot.

Il ne viendra pas.

On attend.

 

Les mots ne dessinent pas des cercles magiques, ne dessinent pas que ça.

Observer la façon dont se tracent des cercles, des tournoiements dedans et des sorties de cercles.

Pendant que vous dansez, vous observez tant de choses.

Aussi il importe d’apprendre, de s’exercer, puis à un moment il importe de se lancer, l’exercice est une forme, incomplète comme forme conversationnelle, il faut encore converser. Les échanges de souverainetés sont à portée de main !

Qu’est-ce que ça fait ?

Un soulagement, une joie, un enthousiasme, une joie artistique : une joie solide.

La joie n’est pas, ne sera jamais de porter ou d’être porté au pinacle. L’humain s’est trompé de construction sociale.

Mais d’entrer quelque temps dans la grande conversation générale d’où toutes nos vies proviennent.

Est-ce bonne coïncidence ? en pensée concrète je retourne chez mon psychanalyste, lui parle avec ferveur, une seule séance, je n’ai pas les moyens de « reprendre », pas les moyens pécuniaires, mais se ressaisit la conversation générale de la psychanalyse dans laquelle nous sommes restés, même partis, comme « une fois pour toutes », non pas à titre de clôture folle mais incipit stimulant, encore et encore.

 

Silence.

Prison, projet, répondre à G.

L’association C.

  1. pour son stage.

Formation continue auteurs tango.

Site. Œuvre en transformation silencieuse.

  1. (conversation toujours)

Texte, Lettre à E.

Calendrier, planning du Chantier.

Démarches, peut-être A. et D.

Impôts, frais réels, revoir la copie.

Observation neutre et bienveillante auprès de qui agit, va agir, comme il peut et aussi selon ce qu’il ne peut pas.

Silence.

Erre philosophique, erre poétique… en prison

jeudi 31 mai 2018

Chers amis, Chère R.,

Il pleut, le ciel se découvre. Le chat, lové sur le fauteuil à bascule ronronne. Le jardin est gorgé d’eau. En interprètes du silence, ce chat, quelques gargouillis de mon ventre, l’eau qui s’égoutte dans la gouttière tout près – il ne pleut plus ; une voiture au loin, des gazouillis d’oiseaux qui reprennent, moineaux, merles – tourterelles et pies ne sont pas encore revenues…

Permettez-moi de vous offrir ce cadre, de vous l’apporter dans cette salle du premier étage du bâtiment B (?), lequel offre l’avantage d’une vue sur cour et sur ciel.

Il convient, disiez-vous, d’expérimenter – une pensée, une éducation… Pensée, éducation… peut-être est-ce le même mot, comme ici silence et regard composent un même mot, une même attention.

De la philosophie en prison, à côté des cursus, voilà qui donne, redonne le désir de respirer, de se transformer, d’une manière peut-être plus vitale qu’ailleurs. Un air de liberté réelle. Ce serait plus vital ici, puisqu’ici c’est une prison réelle quand dehors, dans notre société dite libre, nos prisons sont innombrables et la plupart du temps innommables – au sens de ne pouvoir être nommées, désignées, repérées.

Deux noms viennent, non pour remporter la mise mais pour inviter, stimuler, réitérer l’acte de faire de la philosophie en prison, Michel Foucault bien sûr, et, d’une manière plus intimement concernée, Bernard Stiegler.

Le mot philosophie s’agrège sans hiérarchie à celui de littérature, et l’expérience est réelle aussi d’une littérature, d’une poésie venant s’habiter, se libérer dans des prisons réelles.

 

Je vous voyais bien partis pour converser, dialoguer, deviser, apprendre à penser toute la fin d’après-midi et toute la soirée. De même que je me verrais vous écrire toute la matinée, et le midi, et l’après-midi, mais le temps nous est compté, non seulement parce que les contraintes extérieures règlent nos pas mais aussi parce que nos corps nous imposent fatigues, fuites, inattentions et parfois d’imprévisibles besoins.

 

Il a semblé que la question de départ avait été ou mal relayée, ou interprétée dans un sens qui n’était pas dans l’esprit de qui avait proposé la question, mais le cours de la conversation a montré, m’a montré un étrange accord, étrange parce que tacite peut-être, sur ladite question et plus encore sur les manières de la déplier, plutôt que d’y répondre, comme il convient mieux à l’esprit qui expérimente.

La séance a été soigneusement préparée par deux articles (RENCONTRE PHILOSOPHIQUE AVRIL 2018. qu’est-ce qu’un humain doit apprendre pour vivre en société) qui avaient le mérite de déplier la question sur l’horizon d’humanité, lequel est présupposé par toute éducation, sur qu’est-ce que transmettre, quoi transmettre, comment transmettre, à qui, et qui transmet, peut transmettre, éduquer. Je ne reconsulte ni mes notes ni ce dossier lu par tous en amont[1]. C’est la « musique philosophique » qui semble ce matin devoir se laisser entendre – je l’apprécie et l’admire en non-philosophe : la pratique de la philosophie par des non-philosophes a aussi une rigueur, un sens, une pertinence, depuis qu’un philosophe comme Gilles Deleuze l’a articulée à son métier, à son génie, à sa vie – cette vie sur laquelle, comme pour la première fois, en compagnie de son compagnon de philosophie, Félix Guattari, il s’est retourné, dans Qu’est-ce que la philosophie ?

Vous avez voulu passer vite sur la question de l’humanisme engagé par le mot humanité, humain, le texte, le premier texte est assez lourd, j’en conviens. Mais si ce texte, si sa question, si son dépli de l’humanisme comme valeur sociale, valeur individuelle, valeur collective, si ce texte argumentatif était un pot de fleurs, je dirais qu’il m’a semblé que vous le déplaciez, afin de mieux vous voir – un gros pot de fleurs au milieu d’une table remplie de convives est gênant –, vous l’avez déplacé puis le cours de la conversation m’a semblé le remettre bien sagement au même endroit, assez exactement.  L’humain, l’humanité est un horizon, une valeur, un absolu même, un idéal-type si on redescendait vers Weber, et à vrai dire cela m’a semblé être moins un pot de fleur qu’un objet extrêmement dangereux à manipuler, à placer, déplacer.

Non que je veuille ici rappeler l’expérimentation essentielle de l’anti-humanisme et entrer dans une joute de réfutation, mais rabattre humanité sur société me semble bien rapide et surtout entériner une vision très Tribunal de l’existence, et même très carcérale – je pèse mes mots bien sûr. Car si éduquer se superpose à l’adaptation consentie et/ou imposée à la société et à ses codes, nous voyons bien que grosso modo c’est ce que nous faisons, dans nos sociétés démocratiques comme dans nos sociétés autoritaires et totalitaires. Il s’agirait au fond de marcher au pas – selon des visions différentes certes, douces ici, nuancées, brutales et froidement fonctionnelles là…

Toutes les remarques ont été judicieuses, celles de Joël, celles de Gérard qui je crois a évoqué, en appui à la référence de Philippe Mérieux, la superbe expérimentation de méditation avec des enfants, celles de Gilbert, celles de Jérôme, pleines d’un humour qui secoue par le rire nos méninges souvent trop sérieuses… Me revient à l’instant la remarque de Gilbert notant la bascule néolibérale du par soi-même au pour soi-même – apprendre  à apprendre, à apprendre par soi-même, et apprendre à se satisfaire, à s’approprier. De l’autonomie à la satisfaction individuelle, à l’hédonisme néolibéral.

Or je me demande aujourd’hui si cette opposition ne se rapporte pas au fond à la même histoire, à l’histoire de l’individualisme, dont l’épisode néolibéral ne serait que le chant du cygne quand l’humanisme émancipateur d’individu en était le berceau. Ce serait, bien sûr, à développer. Je me contenterai de ceci :

Humain vibre de plus de questions que de valeur prétendument universelle, je crois, et quant aux valeurs irréductibles qui ouvriraient, depuis la pluralité des cultures, la controverse vivante pour le siècle qui vient de s’ouvrir, comme c’est je crois l’orientation pragmatiste d’un Bruno Latour, elles supposent bien sûr d’en rabattre un peu, comme vous l’avez noté, sur le centralisme universaliste du Parti Occidental !

Bref si humanité devient en son fond un concept intranquille (j’emprunte à Pessoa le mot), l’éducation, toute pensée sincère de l’éducation, et toute pratique sincère de l’éducation s’appuiera sur un goût pour l’expérimentation, comme vous l’avez tous bien dit, mais aussi sur un goût pour l’intranquillité fondamentale de toute expérimentation.

J’avoue que j’aurais volontiers apporté Jacques Rancière et son ouvrage sur Joseph Jaccottot, « Le Maître et l’ignorant », et volontiers rapporté le CD du cours de Deleuze sur Spinoza, car au premier contenu d’éducation évoqué, proposé par Gilbert, à savoir la natation, m’est revenue comme une gifle l’exemple que Deleuze donne pour instruire la problématique de la composition humaine, de son éthique chevillée à son être ; il donne l’exemple du petit d’homme qui patauge dans l’eau puis apprend à nager, c’est-à-dire à composer, à expérimenter une hétérogénéité. Enfin, voilà une approximation de mémoire.

Autre petite touche, pour tempérer les ardeurs de surplomb philosophique et pédagogique que j’ai cru détecter : que l’enfant ne cesse de nous réapprendre à apprendre, c’est-à-dire à nous étonner – ce bon vieux et incontournable truisme de la philosophie – voilà aussi qui peut introduire plus de finesse sur la relation pédagogique et sur la passion philosophique.

Au fond, sur ces questions, je vois que mes lectures actuelles, et bien trop peu sérieuses, m’aident infiniment – le travail d’un François Jullien, par exemple, et son travail extrêmement méthodique, « occidental », visant à s’ouvrir à la pensée chinoise, et à l’ingérer véritablement, sortant ainsi des dualismes ravageurs par des moyens très fins ; le travail d’un Emanuele Coccia, spinoziste de fond, invitant à « recosmologiser » l’humain et la terre…

Je dépasse là mon temps imparti, et conclut à la va-vite ce qui n’est au fond qu’un remerciement pour m’avoir accueilli dans cette rencontre philosophique. Et, comme je vous ai remis le « projet » qui donne sens à ma présence dans ces murs en ce moment, vous comprendrez qu’il est vital pour moi de m’accorder, de me connecter à ce genre de « scène » qui témoigne que vivre et penser sont d’une même étoffe, d’un même pas.

Ce que j’ai entendu, ou voulu entendre, comme « conclusion »,  à savoir qu’il s’agissait aussi d’apprendre à aimer, sans que cela ait pu véritablement se développer, me montre à quel point nos pas – dans l’erre philosophique comme dans l’erre poétique – sont voués à faire amble, et, dans le sublime consentement à vivre et penser ensemble, à faire abrazo (ce mot tout droit venu vous savez d’où… quoique, précisément, comme en maint domaine, le mot fasse aussi écran, par ses préjugés et ses clichés).

Philippe, jeudi 31 mai 2018.

 

[1] Je me rends compte que je n’avais pas pris le temps de lire sérieusement le deuxième article, en effet plus intéressant, et je fais le constat après coup qu’il n’a peut-être pas véritablement informé les conversations de lundi.

Je suis qui je suis

mercredi 30 mai 2018

C’est un jour peut-être où à la place du geste d’écrire, ou d’agir selon tel désir et telle décision, le jour lui-même, et son aléa, n’importe qui passant par-là, selon son être, sa splendeur, sa détermination propre, m’emmènerait, dans son sillage,  je me mets à sa disposition, je suis, je le suis. Ma volonté propre, si volonté propre il y a, si même volonté de quelque sorte que ce soit il y a encore chez moi ce matin, c’est de le suivre. Je n’ai pas particulièrement le goût d’écrire ce matin, et aucun autre goût – ou alors peut-être celui d’aller, de marcher, mais selon ce que le jour, selon ce que le jour, le jour, la lumière paisible de ce petit matin, six heures et des poussières, selon ce que le jour me propose, selon l’invitation qui m’est faite par le jour – je le suis, je le suivrais, je le suivrai, je l’ai beaucoup suivi.

 

De fait j’ai beaucoup de choses à faire, c’est-à-dire que j’ai beaucoup de choses à suivre – l’obligation, le sens de l’obligation, c’est cela suivre, se soumettre volontairement.

Et à mesure que le ciel se couvre, que je marche plus avant dans le paysage du clavier, l’ordinateur étant au loin, la page blanche étant au loin, témoin d’horizon, en quelque sorte, à ma droite, à 3 mètres environ, je vois, je pense, que le hasard, la chance ne m’a pas, ne m’aurait rien présenté que je suive dans l’allégresse de l’accompagnement, de la soumission volontaire…

Est-ce cela, la paresse ?

Le chat s’est installé sur la balancia, à 2h, en face de moi, il fait la pointe de l’aiguille dont je fais le pivot.

Le jour baisse, comme quand on meurt. C’est très mélancolique. Le chat vient de refuser cette proposition, cette inclination à la mélancolie, il s’est retrouvé et a brisé la métaphore, c’est redevenu un chat enroulé sur lui-même, sur son être, s’adonnant à son sommeil de chat.

 

Je dois parler de la rencontre philosophique au centre de détention de Caen, je dois parler du concert entendu hier, en hommage à Marcel Duchamp, et je dois commencer mes impôts, et ma déclaration à l’Agessa, je dois peut-être accompagner Dominique à son lycée, pour un atelier théâtre amical, je dois travailler sur l’atelier Duchamp, je dois, je dois finir le corbusier…

 

Est-ce que chacune de ces micro-tâches à faire est une partie de cette chance, une de ces rencontres qui fait que l’on se met à suivre, à vivre selon son être qui suit, je suis qui je suis, je ne sais ce que dit l’hébreu, mais la langue française fait sonner notre humeur de tango.

 

L’homme est une femme.

On se débarrasse trop vite des problèmes qu’on rencontre, on s’en débarrasse par de la rhétorique ou par le geste fallacieux d’écarter ce qui nous semble être, relever de la rhétorique.

Femme du côté de ce qui suit, homme du côté du leader… Il n’empêche, c’est la rhétorique dominante du tango, et c’est la dominance encore du masculin dans le monde.

Le féminisme est devenu l’alternative sérieuse de l’humanisme. L’homme est une femme.

Avec des phrases comme ça, certitude de conduire à des sentiers qui ne mènent nulle part ?

On comprendra renversement de domination, des conneries de ce genre, quand féminisme veut seulement dire, ici, pensée se ressaisissant.

Sentiers qui ne mènent nulle part !

Le machinique est-il un genre indépendant du masculin et du féminin ? et complémentaire ?

Qui dit homme dit femme, qui dit femme dit homme.

Qui dit homme et femme dit machine.

A-t-on besoin d’une rhétorique tordue pour faire droit au transsexuel, au queer ?

A-t-on besoin de dire, après avoir dit Nature ! Pas de nature !

 

 

Qu’est-ce que c’est bien quand on ne sait plus quoi suivre ni qui suivre !

Le ciel est à présent entièrement couvert et j’ai la tête parmi les grands courriers, bien au-dessus.

Et mon bassin danse selon l’aimantation de la terre et selon le désir céleste.

 

 

Je suis qui je suis, c’est le génie de la conversation, du dialogue.

je t’aime.

Je te suis, j’aimerais être ton ombre.

Je ne suis pas, je ne coïncide pas avec ton ombre, je me trouve à te suivre, je me sépare à te suivre, à vouloir me fondre corps et âme à ton mouvement propre…

Je t’aime. C’est vertigineux et c’est calme. La subjectivité est confiée.

Dissension, dissociation, ciel et terre

vendredi 25 mai 2018

il n’y a pas beaucoup de temps pour dénouer le petit ? gros ? nœud d’hier et ayant noué cette nuit

pas de temps du tout

une respiration vaudra pour dénouement

un regard franc à l’intérieur

 

ne rien laisser au n’importe quoi (tout le monde sait faire, ça ; moi le premier)

ne rien gouverner par décret, mesures unilatérales, conduite dans l’agressivité de toute volonté.

Ce matin orteils, surface plus ample de l’orteil au métatarse, trajet entre orteil et talon.

Lignes, ondes de la hanche à l’orteil, puis appui du dos (ceinture scapulaire), en appui sur l’axe, le même, l’adorable verticale.

Peut-être que la tête vient d’ailleurs, de là-haut, ainsi que le torse, oui, Kleist encore, la marionnette encore, le fil encore, le mouvement s’active du ciel, bien sûr, et ciel passe aussi au centre de la terre, mais penser ciel, ciel.

L’image Maïakovski, le cou girafe de Maïakovski est adouci, pétri dans une autre pâte que la tension morbide qui l’habite encore.

 

La gravité, au sens poétique et chorégraphique, informée même maladroitement par la poésie physique (appelons science poésie pour changer toute la représentation).

 

L’espace créé dans le corps, par éloignement, extension musculaire entre bas et haut, jusqu’au point, jusqu’à la sensation qu’en effet, tête et torse sont suspendus et activés par un désir cosmogonique, céleste.

Notre existence polaire s’épanouit.

La dissension devient dissociation – dissociation au sens tango et non au sens théorique, logique, politique (la dissociation ne commence pas lorsque tu tournes ou le torse ou les hanches sur leur axe commun, elle commence, elle s’active d’elle-même entre bas et haut).

Cette séance, commencée par les orteils, raconte mon épreuve d’hier et, à sa façon, la résout.

Il faut travailler avec de vrais ingrédients, de vraies possibilités disponibles, et non avec le fantasme des autres, l’institution fantasmatique des autres, ce qui fait ce qu’on appelle communément société.

Je suis prêt à assumer poétiquement, humainement, cet écart, cette dissociation d’avec l’appareil sociétal qui m’emploie, me rejette, m’intègre et me désintègre.

Omoplates

vendredi 11 mai 2018

tout commence quand rien ne manifeste de commencement mais la continuation, une continuation du commencement, quand aucun gardien ne s’interpose pour signer tel ou tel papier d’autorisation d’entrée. Ainsi a dû voir le jour, de la poche de Françoise Ripoll et d’une goutte de présence de Michel Humbert ce qu’ils ont appelé Philippe, et que je me trouve ici appelé à relier à un commencement continué, une continuation de commencements – et c’est inlassable parce qu’inlassables sont les continuations de fin, de disparition.

 

A peine je découvre, grâce à l’autre, ici, Stef Lee, qu’il existe des muscles pour rapprocher les omoplates vers un centre actif du dos, ouvrant et élevant une cage thoracique, que cette nouvelle conscience de l’handicapé se recommence en vérité au contact décisif avec le torse de celle qu’on aime et de tout ce qui aime dès qu’un torse vient te traverser et recommencer la preuve que quelque chose est commencé, avec toi et toi.

Entre toi et toi : soudain, oui, la subjectivité la plus libre s’exprime à l’intersection de « moi » et de « toi », devenant pour elle deux « toi ». C’est une expression malhabile certes, subjectivité est une expression malhabile mais si nous rejetons au maximum de ce que nous pouvons rejeter l’imposture, qui toujours fait acte d’appropriation éhontée de ce qui jamais n’appartiendra à quiconque, si nous rejetons la subjectivité comme la possession fatale du sujet, de son soi et de ses objets, ses avoirs, et si nous reprenons alors le mot un peu plus dépouillé, une « subjectivité » un peu plus dépouillée, un soleil, une étoile apparait entre les cœurs, et quand bien même l’avidité de chacun, sous le masque de l’émotion, viendrait rafler la mise de cette étoile, cette étoile ne cesse d’exister, ne cesse de tenir sa vie, son intensité d’elle-même et uniquement d’elle-même, entre nous deux. Je t’aime devient une parole dite par cette étoile et non plus par l’un et l’autre des amants.

Mais c’est trop dire et trop se soumettre à l’histoire terminée des religions, comme, je crois, on peut aussi dire que c’est trop dire eu égard à l’histoire terminée des politiques, des économies, que nous n’achèverons jamais de terminer – mais autre est l’ardeur à terminer et autre celle à conserver coûte que coûte et tout perdre alors dans cette étreinte étau avec une éternité qui jamais ne nous appartiendra….

L’extraordinaire sensibilité que le solitaire se découvre au cœur le plus mystérieux de sa solitude, cette sensibilité commence et recommence à être ce qu’elle est, à faire ce qu’elle fait, à continuer ce qu’elle continue au moment même où elle marche, s’exerce ou bien se chante sans plus d’exercice alors que celui du lâcher-prise propre à tout mouvement vécu, et commence et recommence, cette sensibilité quand, lorsqu’elle marche, elle respire dans un abrazo. Y a-t-il un seul poème d’amour qui raconte, chante, continue cette évidence, laquelle se continue, se recommence en chaque abrazo dépris de l’étau de la possession, de la pulsion, de l’utilité même d’un usage que le solitaire viendrait in extremis récupérer pour son compte, pour se torcher dedans afin de faire l’éloge de sa solitude, de son bien le plus sacré.

Non. La solitude la plus totale, la plus aimable, n’advient qu’en abrazo, dans la solitude de l’étoile, à l’abri des scènes de ménage que tout solitaire se fait à lui-même et que tout couple recommence car toutes nos histoires sont de pauvres et misérables scènes de ménage.

Mais il suffit d’un abrazo, infiniment continué, dans l’exercice de commencement et dans l’exercice de fin : où finit la solitude du sujet, où s’accepte de la finir, de la clore…

Ce n’est ni une page de philosophie ni une page de poésie, c’est à peine une musique qu’on entendrait au loin, au très loin et qu’au fur et à mesure que commence le jour, que s’élève un soleil, nous entendons plus fort…

 

A 8h10 le soleil est déjà haut et bien au milieu de la porte-fenêtre du salon, de l’espace commun dont j’use depuis longtemps à présent, de préférence à mon bureau qui croupit un peu dans une saleté et un abandon non aimable. Mais à droite de la porte-fenêtre, derrière les branches emmêlées du prunier et du haut charme, derrière le lierre de plus en plus massif qui recouvre progressivement l’image urbaine pleine de ciel de Simon, tout au fond du jardin, je vois comme s’élever un astre gigantesque par rapport à la taille de celui qui nous fait humain inscrit dans notre histoire de terre, un astre, un quart d’astre dix fois plus gros et d’une luminosité comparable, et avec l’imagination, encore plus grande que celle du soleil, et cette illusion me semble alors née d’un nuage, d’un énorme nuage que l’éclat du soleil viendrait illuminer, puis je vois qu’en guise de nuage c’est un morceau de toit de la maison voisine qui a été récemment agrandie, et qui brille tant, que ses lignes, ses arêtes rectangulaires se sont fondues en cercle, en astre, sous la chauffe de la lumière. Qu’une habitation d’autrui prenne ainsi place de métaphore puissante de l’étoile se déployant entre nos deux cœurs, cela s’emboite ici parfaitement dans la leçon du jour.

Peut-être en accueil de Detlef Engel et Melina Sedo

samedi 14 avril 2018

Y a-t-il une indolence générale sous-jacente à tout ce qui se vit ici ?

Autour d’Adam, le Soudanais, de quoi je manque ? autour de l’accueil de migrants et de ce qui se décline depuis la décision-conviction de faire un pas d’accueil ?

Manque, est-ce le mot ? derrière les affairements – professionnels, l’affairement autour de l’écriture, l’affairement autour de ce qui reste à tirer, en argent, de mon commerce avec autrui ? est-ce le mot ?

Le tango apporte-t-il, conforte-t-il cette indolence générale ? peut-on parler d’indolence ? Continuer la lecture de « Peut-être en accueil de Detlef Engel et Melina Sedo »

El Baile, Mathilde Monnier, Théâtre de la Foudre

mercredi 11 avril 2018

Aujourd’hui le balancier : d’écrire vient l’événement. Que d’écrire vienne l’événement. Car je n’ai rien à dire sur le spectacle qu’on a vu hier.

Bribes sur le spectacle lues par Dominique : pas de chronologie. Pas de frontalité (article de libé) Pourquoi Frontalité ? je ne sais pas, dit-elle. Pas de chronologie comme dans le spectacle originel de Penchenat.

Ce que l’Histoire fait aux corps. C’est ce qu’elle me redit.

A la fin, la chanson, c’est « El mato a un polizia motorizado », un tube argentin, me dit-elle. C’est dansé derrière la cage, l’écran de la roulotte qui du lointain-jardin de la scène a été déplacée au lointain-centre. Grille en lieu et place de verre, écran-télé, cage de but. L’un danse derrière, spectacle, l’autre shoote dedans. Ballon placé. Tirs au but. A répétition. A répétition. Fin du spectacle. Autoviolence, en tous sens. Continuer la lecture de « El Baile, Mathilde Monnier, Théâtre de la Foudre »