Une résidence d’écriture autour de l’artothèque et de la Maison des Arts de Grand Quevilly

Notes pour le projet 2018-2019

Point de départ

L’idée originale de la Maison des Arts, c’est de constituer des vignettes sonores, parlées, sur les œuvres de l’artothèque. Et c’est autour de cette idée que la pertinence d’une résidence d’écriture, dans la foulée des premiers ateliers d’écriture avec l’AEJ, s’est révélée.

Démocratie de l’art

Transmettre un regard subjectif et parlé, c’est d’emblée le confronter à l’autre regard et lui offrir, et ce don est, pour qui le reçoit, une invitation et une stimulation à entrer dans sa propre expérience de regarder et de parler et de transmettre, et ces échanges de subjectivité font une forme de danse, de connexion esthétique avec le monde, avec l’art. C’est peut-être là que réside, que vit, que se concrétise ce qu’on appelle la démocratie de l’art.

Une œuvre, c’est de la durée. Les traductions verbales, si elles étaient équivalentes au temps d’existence de l’œuvre visuelle, feraient des romans de 10 000 pages et plus pour chaque œuvre.

L’idée, c’est qu’en droit nous fassions exister de tels romans : la démocratie de l’art est une pratique, une épreuve constante. Ce n’est pas la foire d’empoigne des jugements, des opinions, c’est une création continue, partagée, le plus souvent secrète, anonyme, « privée », et de temps en temps, publique, exposée, jouée en public, discours, ateliers, conférences, vernissages, etc., et, ici, projet éminemment créatif de « vignettes sonores ».

Le projet : autour des vignettes sonores

La vignette sonore : document et poésie sonores

L’objectif de produire des vignettes sonores rattache le projet à de la poésie sonore et à du documentaire radiophonique. La lecture, la mise en voix, ou parfois la seule improvisation vocale des publics, formeront le mode principal de restitution, de performance : chaque texte de vignette sonore, écrit ou improvisé, devra être enregistré en présence de l’œuvre correspondante. Il importera de faire sentir à l’auditeur la présence réelle de l’œuvre parmi le groupe, ou à côté de la personne performeuse.

Les vignettes sonores tiennent leur justification de la collection de l’artothèque. Je propose néanmoins d’étendre la pratique de la vignette à des œuvres de passage (dans les expositions temporaires) et de composer des vignettes pour des œuvres qui deviendront absentes. L’idée radicale serait de ne pas fournir d’image, d’illustration de cette œuvre absente. Juste son cartel et sa ou ses vignettes sonores. Ainsi le projet serait en mesure d’embrasser Artothèque et Maison des Arts et de constituer en quelque sorte une collection d’œuvres absentes.

La vignette comme voix du regard, parlée ou écrite

Je me propose de développer « mon art du spectateur » par le dispositif très simple et toujours renouvelé et renouvelant, lequel consiste à relever des mots venus de l’œuvre regardée, relever des mots venant de qui regarde, des mots comme autant de fenêtres sur des associations possibles, des phrases possibles, des articulations sensibles. Le dispositif peut se jouer à maint niveau de complexité ou d’extrême simplicité, c’est son atout. C’est toujours une composition, une danse des mots venus de l’œuvre et des spectateurs.

C’est un jeu qu’il sera possible de pratiquer de façon collective (avec des groupes, des classes) et de façon individuelle. Ainsi le travail avec des personnes isolées pourra prendre la même valeur qu’un travail collectif avec des groupes, débouchant l’un et l’autre sur des vignettes sonores originales.

Les publics visés

Je me propose de ne pas seulement travailler avec les gens et les groupes que la Maison des Arts me proposera, mais aussi d’aller « dénicher » des personnes, des groupes, parfois dans des cafés, dans des commerces, parfois dans des « structures », parfois dans des établissements scolaires, mais hors dispositifs culturels, en allant voir par exemple les personnels ATOS des établissements scolaires ou les familles, parfois dans des « zones de non-droit », si de telles zones existent à Grand-Quevilly et dans l’agglomération.

La dimension spécifique de l’enregistrement

Enregistrer des vignettes sonores demande de travailler spécifiquement la dimension vocale et expressive de la lecture, ou bien de la conversation spontanée. Les temps et les modalités d’enregistrement feront partie intégrante du projet et feront « objectif » pour chaque participant – individuel ou collectif.

MAISONS, un atelier à la MAISON DES ARTS de Grand Quevilly avec l’Atelier Educatif de Jour de l’Association pour Adultes et Jeunes Handicapés

Cette édition (disponible à la Maison des Arts et  téléchargeable ici) est la restitution d’un atelier d’écriture et d’expression mené par Philippe Ripoll avec les membres de l’AEJ et l’équipe de la Maison des Arts. Cet atelier s’est déroulé en 7 séances de janvier à juiin 2018. une restitution publique de lecture à voix haute s’est déroulée le 6 juillet 2018 à la Maison des Arts.

Notes-paysage en vue des ateliers Ecriture-Tango, en prison, et ailleurs

lundi 8 janvier 2018

La marche.

Le paysage.

L’oubli du paysage. L’oubli du corps.

Regarder où on met les pieds. Ne pas avoir besoin de regarder où on met les pieds.

Marcher d’un point à un autre. Je vais chercher quelque chose. Je ramène la chose mais ne sait quoi en faire. Cette question me fait revenir à mon point de départ mais sans motivation. Le retour vers mon point de départ flotte.

Qu’est-ce qui se passe dans le corps ? je regarde l’objet, je ne regarde plus ma direction. Continuer la lecture de « Notes-paysage en vue des ateliers Ecriture-Tango, en prison, et ailleurs »

Variations de portraits / échanges de bons procédés, projet d’ateliers de parole et d’écriture proposés par Philippe Ripoll au centre de détention de Caen

 « Pourquoi ce que nous voyons devant nous regarde-t-il dedans ? »

Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Editions de Minuit, 1992.

Note d’intention

Des œuvres « me regardent », elles me permettent de me dire de nouvelle façon. Je les regarde et je me mets en situation de m’intéresser sincèrement à qui les a produites : je regarde l’autre.

C’est ce que j’appelle des « échanges de bons procédés ».

Ce processus est élémentaire, et pour moi, il reste à être mis en œuvre, à être pratiqué, vraiment, afin de révéler sa puissance relationnelle, ses vertus de dialogue, sa force de transformation personnelle et collective. Dans l’espace pénitentiaire, plus qu’ailleurs peut-être, puisqu’il concentre et traite de la violence du déni de l’autre, et de soi, dans ses infinies variétés.

A partir d’un environnement vivant et vécu, avec simplicité, comme vital, composé d’œuvres d’art et de livres, je me propose d’inviter à – et de laisser – parler-écrire autour de deux questions, qui, comme la poule et l’œuf, s’auto-engendrent sans hiérarchie entre elles : qui suis-je et qui es-tu ? autoportrait et alloportrait.

« Parler-écrire » : j’indique par là mon désir de travailler avec des personnes de tout niveau linguistique et culturel, savantes comme illettrées. Je me propose d’alimenter ce « parler-écrire » avec les œuvres d’art qui seront, au moment de mes interventions, empruntées à l’artothèque de Caen, ainsi qu’avec des œuvres littéraires, empruntées à la bibliothèque et/ou apportées par moi (dont je ferais une liste précise). L’objectif sera de produire des autoportraits de regardeurs à partir du vocabulaire des œuvres regardées, et des portraits d’artistes et d’écrivains, librement et subjectivement inspirés à partir de leurs œuvres et d’éléments biographiques.