Aujourd’hui, c’est ça

vendredi 19 octobre 2018

Beaucoup, beaucoup de choses, dans le désordre, beaucoup, beaucoup de désordre : juste un horizon, un certain horizon de phrases, à 360° donc, mais ces phrases concernent aussi la pesanteur, l’infini bas, la gravité, l’infini haut, tout ça n’est jamais qu’esquisses d’infinis, ces désordres qu’esquisses de désordres, et les ordres qui en découlent, esquisses aussi.

 

Sans doute cette esquisse d’œuvre, qui, je le crains, n’aboutira jamais, concerne-t-elle un reformatage (pour employer peut-être abusivement la métaphore informatique), reformatage radical du psychisme humain, du co-psychisme humain car le psychisme est co-psychisme, d’emblée, la vie est co-vie, à la source.

Le psychisme individuel, capitaliste, libéral et l’économie relationnelle qui en résulte sont à bout de souffle.

Les psychismes identitaires, autoritaires, à pulsion fasciste ou à décompensation communiste s’enfoncent dans la toxicité radicale de la domination et de la contre-domination.

L’anarchisme est une rêverie de l’époque individualiste, généreusement envisagée dans des associations d’individus. Continuer la lecture de « Aujourd’hui, c’est ça »

Avant avant-hier, c’était ça

mardi 16 octobre 2018

 

Pas, refus ou déficience, homéopathique ou envahissante, la négation on se la porte à chaque pas.

L’oubli et le revenir aussi.

Le non apparait ou disparait mais toujours toujours disponible. Oui à non, non à oui ou plutôt non à oui, oui à non, non à non, oui à oui, logique, ontologie de la logique ? quand la logique touche, quand la logique est affect.

Nous faisons du tango le moment particulier d’une danse à deux, d’une danse du deux, où l’idée même de la liberté est une idée deux, l’idée comme quoi deux est libre.

Entrer plus en corps dans le oui et plus en corps dans le non. Continuer la lecture de « Avant avant-hier, c’était ça »

DUCHAMP DANS SA VILLE / DUCHAMP DANSA, VIL – L’atelier « DÉ-PRENDRE DUCHAMP »

Dans le cadre de « DUCHAMP DANS SA VILLE », projet de l’Université de Rouen et de la Fondation Flaubert, l’atelier d’écriture nomade  » L’idée c’est dé-prendre Duchamp » s’est déroulé de janvier à juillet 2018 à Rouen.

L’atelier s’est inspiré d’une réflexion de Bernard Marcadé  :

« Marcel Duchamp est un artiste de la déprise. Il a passé sa vie à se déprendre, du tableau, de la peinture, de l’esthétique, des femmes, de l’argent, du travail comme de la propriété… Ruiner Uriner… Ne pas posséder, laisser faire, laisser dire, c’est ne pas se mettre en prise, ne pas alimenter la machine esthétique et sociale. Le « transformateur des petites énergies gaspillées » imaginé par Duchamp dans ses Notes, constitue bien une manière de recycler ses propres incontinences. »

Bernard Marcadé, in L’urgence de l’art, entretiens avec Jérôme Alexandre, Postface d’Alain Cugno, éditions Parole et Silence, 2015.

Il s’agissait alors de saisir l’occasion d’un retour du fantôme Duchamp dans sa ville pour expérimenter à nouveau l’art comme heureuse puissance de désenvoûtement, de « décroyance » (décroissance de nos illusions coûteuses).

L’idée de départ était :

Un urinoir/ruinoir de discours, jeu ouvert à toutes et tous.

Le « déviavoice » (logiciel mental délibérément défaillant de dictée vocale), forme e-technologique héritière de l’holorime, de l’homologie approximative et des méthodes dérivantes de Raymond Roussel, sera proposé pour « déviavoicer » des discours d’inauguration des expositions du moment, des discours officiels, politiques, médiatiques du moment. La restitution visuelle se ferait par projection sur un urinoir, le texte modèle au-dessus, le texte déviavoicé sur l’urinoir même.

La réalité fut simple et radicale :

L’atelier s’est finalement resserré sur le programme de « Duchamp dans sa ville » plus que sur ses manifestations. Une équipe de déviavoiceurs et déviavoiceuses a entrepris de faire dériver le programme dans son entier. Un participant-artiste caviarde, avec la complicité de l’équipe de Duchamp dans sa ville, la maquette du programme.

Le « déprogramme » a été édité en 100 exemplaires. il est disponible en fichier PDF : DEPROGRAMME DUCHAMP DANSA, VIL

et se propose d’être lu, joué en relation constante avec son « original » : PROGRAMME DUCHAMP DANS SA VILLE

Le principe d’écriture, comme de lecture, est d’arrimer constamment le texte déviavoicé au texte d’origine. Il faut donc avoir les deux livrets en main (ou sur écran) : le programme et le déprogramme. Le geste poétique est entre les deux.

Il ne s’agit pas d’un simple mime dada ou d’un jeu oulipien post-duchampien destiné à montrer des exploits en calembours, mais d’un jeu, des plus sincères, de destruction et recomposition partielle du sens, où chacun, écrivant et lecteur, est invité à enquêter sur sa capacité consciente et inconsciente à jouer de l’instrument-langue et à s’en laisser jouer, jusqu’à un certain épuisement – en effet, ça vide, ça lessive. Notre relation aux discours d’origine (de croyance) s’en trouve mieux qu’amusée : libérée, en quelque sorte. Et disponible pour de nouvelles intelligences.

Une performance-lecture s’est déroulée mardi 19 juin au Musée des Beaux-Arts de Rouen, à l’entrée et à la sortie de l’exposition « ABCDUCHAMP, l’expo pour comprendre Marcel Duchamp ». Une trace filmée est disponible iCi.

Participants

Gilles Åsmund

Mieszko Bavenkoffe

Isabelle Gard

Eric Lebourg

Pascale Marchalduchamp

Hélène Vé

Cat Web

Et la participation ponctuelle de Cléo

Atelier animé par Philippe Ripoll

Maquette patiemment caviardée par Mieszko Bavenkoffe

Film réalisé par Pascale Marchalduchamp et Mieszko Bavenkoffe

 

Table des auteur.e.s : Marque-pages

 

 

 

 

Tú el cielo y tú

Tango, 1944, Música: Mario Canaro, Letra: Héctor Marcó / version espagnole et traduction française

Pourquoi si heureux d’avoir trouvé

Contre toute attente

Prisonnier de ma langue française

Cherchant sur la toile la traduction des letra de Hector Marco

Mis en musique par Canaro

Tu, el cielo y tu

Découragé

Et in extremis

Un clic, un site et

Les deux colonnes

Version espagnole, traduction française

Et quelle traduction

Juste omis, ellipsé, en début d’errance

Ce « que tu adiós me repetía »

 

Tu, el cielo, y tu

C’est le titre de la chanson de 1944 et

C’est le titre du spectacle de 2017

De la troupe de Catherine Berbessou

Vu vendredi au Rive Gauche,

Saint Etienne du Rouvray Continuer la lecture de « Tú el cielo y tú »

Tú el cielo y tú / Toi, le ciel et toi

Tibio está el pañuelo, todavía,

que tu adiós me repetía

desde el muelle de las sombras.

Tibio, como en la tarde muere el sol,

mi sol de nieve, sin esperanza y sin alondras.

Tibio guardo el beso que dejaste

en mis labios al marcharte

porque aún no te olvidé…

Tú…

yo sé que el cielo,

el cielo y tú,

vendrán acá para salvar

mis manos presas a esta cruz.

Si esta mentira audaz

busca mi pena,

no la descubras tú

que me condena.

Guárdala en ti,

que es mi querer,

desengañarme así

será más cruel.

No…

no me repitas ese adiós…

que esto lo sepa sólo Dios,

el cielo y tú…

 

Toi, le ciel et toi

Depuis le quai des ombres.

Tiède comme le soleil qui meurt en soirée

Mon soleil de neige

sans espérance ni alouettes.

Tiède comme le baiser

que je garde et que tu as laissé

Sur mes lèvres en t’en allant

Car je ne t’ai toujours pas oublié(e)…

Toi…

Je sais que le ciel,

Le ciel et toi,

Viendront ici pour sauver

Mes mains prisonnières de cette croix.

Si ce mensonge audacieux

Fait mon malheur,

Ne le démens pas toi

Qui me condamnes.

Garde le pour toi,

C’est ma volonté,

M’ouvrir les yeux ainsi

Sera plus cruel encore.

Non…

Ne me répète pas ces adieux…

Que seuls le sachent Dieu,

Le ciel et toi…

L’art du couple à l’intérieur de soi

vendredi 8 décembre 2017

L’art du couple à l’intérieur du corps solitaire, l’art du couple à l’intérieur de soi, l’art du couple dans le tango, grâce au tango.

Avant-hier il y avait cours avec Stef Lee. Un échauffement, tout un déroulé de formes, formations du mouvement, en faisant dialoguer deux à deux des points écartés, opposés mais pas que, du corps. Par exemple poignet et cheville, croisés et de même côté, mâchoire pouce du pied, coude, hanche, etc.  – un moment, beau à pleurer, selon Stef, c’est cet exercice : deux à deux, l’un met en œuvre, évolue, fait évoluer ses duos, ses couples devant l’autre qui regarde, qui met en œuvre ses neurones miroir, œil latéral plutôt que scrutateur, surtout pas scrutateur, émouvant en diable… Je confirme, Continuer la lecture de « L’art du couple à l’intérieur de soi »

FIVE EASY PIECES Milo Rau / IIPM / Centre d’Art Campo (Suisse / Belgique) au CDN Normandie, programmé par ART ET DECHIRURE

Dimanche 19 novembre 2017. 7h.

Rets. Tomber dans les rets de l’autre. Tisser – innocemment ou à la mode perverse – de tels rets que ceux, celles qu’on aime y tombent.

Rets rime avec arrêt. Rets signifie immobiliser l’autre, l’enfermer, ou le faire bouger : on agit l’autre (théâtre de marionnettes, dans la philosophie, dans la politique, dans l’amour).

La poésie de ce spectacle engage une méditation sur l’horreur, avec les enfants que nous avons toujours été, avec les adultes que nous avons toujours été.

Five easy pieces, programmé par Art et Déchirure, José Sagit, accueilli – festival généreusement accueilli – par le CDN, David Bobée et son équipe. Continuer la lecture de « FIVE EASY PIECES Milo Rau / IIPM / Centre d’Art Campo (Suisse / Belgique) au CDN Normandie, programmé par ART ET DECHIRURE »

Mardi 21 mars 2017, Cher-e-s ami-e-s, chères amies, chers amis…*

Je vous adresse cette courte lettre pour vous proposer un « deal » que j’espère à votre avantage.

Depuis plusieurs mois je réfléchis à un mode de partage travaillé de notre travail, si je puis dire, si cette lourdeur peut mieux dire qu’un silence léger trop léger. Celui-ci, ce travail, se déroule, plus ou moins, « en secret », dans ce qui aujourd’hui fait véritablement secret, cache : lettre volée cachée à la vue de tous, pour reprendre le grand classique d’Edgar Poe, remixé par Jacques Lacan et toute une tradition psychanalytique et littéraire.

Je peux parler, en ce qui me concerne, d’une certaine confiance, bien souvent inquiétée par des trous vertigineux, des pertes en abime, d’une certaine confiance dans ce qu’il me reste à faire, c’est-à-dire à écrire. Et je peux parler aussi, en ce qui vous concerne, un à un, une à une, d’une confiance, trouée, vivante, la vôtre en propre. Aussi, ma proposition de « deal » n’a rien à voir, ou, prudence, peu à voir, avec une demande de reconnaissance, d’encouragement par louanges ou critiques étayées, sur le dit travail engagé. Ni dans un sens, ni dans l’autre, à moins que l’amitié, précisément, soit cette sorte d’encouragement têtu que nous nous exprimons, à longueur d’amitié, même quand celle-ci a sombré dans le défaut d’amitié (je pense à une expérience naguère douloureuse, aujourd’hui plus fondamentalement étrange). Alors quoi ?

Le deal est proposé à « des amis triés sur le volet ». Quelques amies donc, quelques amis. Pour lesquels sans doute une forme de dette symbolique est ressentie, dette d’amitié fondée sur les partages de vérités, les vérités de partages que propose toute amitié.

Vous travaillez aussi, « dans votre axe », et il est possible que nous ayons, de place en place, le goût de nous lire, de nous voir, de manger ensemble, de danser ensemble.

Alors voilà, je ne voudrais pas surinvestir mes capacités de réciprocité, ni même les vôtres, mais s’il y a quelque chance que nous entrions en connexion, en bonne connexion, je ne voudrais pas faire l’amer constat rétrospectif d’en avoir négligé des occasions tangibles.

Le deal est simple : je vous ouvre une « catégorie » de mon site, intitulée « Sans titre, journal », qui depuis le début de l’année se nourrit en effet d’un journal, d’un chantier de « journal », se lisant à rebours, cette forme étant aussi bien l’annonce, la périphérie que le centre et la réalisation du chantier lui-même. Nul engagement à tout lire (ouf !), vous respirez comme vous voulez à l’intérieur de cette proposition. Nul engagement à lire même, car la connaissance – l’expérience –  infuse que nous avons l’un-e de l’autre prévaut, et nous savons que certaines régions, ou certains événements de notre pensée, de notre vie, sont, de fait, adressables à tel-le autre.

Toute réaction manifestée de votre part, ou toute manifestation spontanément adressée à notre interface, fera en quelque sorte partie du chantier d’ici, sans vous engager au-delà de ce que vous souhaitez engager, votre réaction, votre manifestation, selon vos vœux – et les miens – pouvant rester strictement privée, ou pouvant être partagée sur la même étagère, à vue et généralement non vue, de mon site. Aucune pression pour « manifester une réaction » ou « agir une manifestation ». Toutefois, au bout de six mois d’expérimentation, si vous n’avez rien manifesté de, et dans, vos visites, vous sortirez de facto de ce deal.

Je vous adresse cette proposition par mail, sans lien affiché sur mon site.

Si vous êtes partant-e, je vous enverrai la même lettre sous forme d’article, à la fin duquel se trouvera le lien sur le texte d’ouverture de cette « catégorie ». Libre à vous ensuite de circuler dans les différents articles, dans l’ordre que vous vous donnerez.

Vous remarquerez qu’il n’y a pas de fonction « commentaire » accessible. C’est que votre participation, de quelle ampleur qu’elle soit, ne sera pas de l’ordre du commentaire.

Vous aurez un statut d’auteur, vous prendrez soin d’associer à chacun de vos articles la catégorie « Ami-e-s ». Cette catégorie n’apparaitra dans aucun menu et vos articles ne seront donc pas visibles aux visiteurs du site, à moins que nous décidions d’un commun accord de rendre accessible tel ou tel article, sous une autre rubrique appropriée.

Vous pourrez bien sûr à tout moment vous retirer du deal, si possible en me le manifestant (le « possible » en question n’étant que la forme polie du « souhaitable »).

Voilà. Je suis à votre disposition pour en parler si vous avez envie d’en parler. Ça peut se mettre en route dès votre réponse. Et si ça ne vous dit rien, votre simple non-réponse fera l’affaire. Il n’y aura pas de courriel de rappel !

Mon amitié,

Philippe Ripoll.

 

*petite plongée au cœur insoluble du langage, pour une re-poétisation (problématique et non axiomatique) des genres dans la grammaire.

Samedi 18 mars 2017

D’abord s’asseoir correctement. Correctement. Détaillez correctement. Siège un peu trop bas, un peu trop mou ? Compensez, coccyx ancré, torse léger, taille avalée, sans que l’effort musculaire envahisse votre esprit. Faites en sorte que le corps se souvienne.

De quoi le corps se souvient-il ?

De quoi se souvient-il d’hier. De quelle lourdeur, de quelle mélancolie, le corps ? Un abattement, en corps.

Et aujourd’hui, dans la tempête ? et dans la tempête, le visiteur félin, dans l’encoignure nord du jardin ? quel dialogue des corps, entre espèces ?

A quel désagrément de la vie entre hommes je prêterais le flanc ? L’inimitié de T. est-elle ancrée dans une figure dont je suis le dépositaire ?

La question est la même pour la séquence politique que nous traversons. L’inimitié générale. La haine, seul véritable combustible politique en ce moment.

 

Le langage ne souffle pas à la même vitesse, de la même force que la tempête du jour. Il ne souffle apparemment pas du tout, il enregistre comme un vieux greffier tout poussiéreux la fougue juvénile de la terre.

Il répond aux sollicitations de sa compagne, une femme que le souffle, mécanique (mon masque) et naturel (le vent) a importunée. Il dit, il puise maladroitement dans le sac de phrases du petit matin. Le corps, balourd, le précède en le gênant, comme un serviteur contreproductif, ou il le suit de trop près, en se mettant dans ses jambes.

Hier matin, le langage s’ébrouait dans les vagues de VW. Il était dans l’enchantement-enfantement de lui-même, du monde humain toujours au bord de l’anhumain. Emotion continue, émotion continue, chez VW, émotion continue, marche, marche, comme au tango marche inépuisable des phrases. Nous entrons, toujours nous pénétrons dans le monde physique de l’esprit, de ses représentations, la conscience corporelle est permanente.

L’a-t-on déjà vraiment lue sous cet angle ?

Pas forcément le temps, la capacité, de chercher. Cherchez, vous, cherchez, si je peux me permettre de vous suggérer quelque chose, au cas où vous soyez en attente d’une tâche, à faire. Ou en attente d’une vérification de ce que vous éprouvez, à l’instant, à notre contact.

 

L’immédiat, le nid de l’immédiat, offre une totalité de monde, chaque chose, chaque manifestation est une réserve, l’immédiat (fournir les coordonnées, non, laisser paraître, laisser s’inscrire les coordonnées, du moment), l’immédiat est une immense médiathèque, chaque objet, chaque série d’objets, matériels, immatériels, offre son monde, son histoire, beaucoup croisent ton histoire à toi qui inscrit mot à mot les volutes de l’instant dans son registre, mais nombreuses sont les choses qui ont volé et qui volent dans des histoires parallèles, chez d’autres narrateurs, ainsi que chez aucun autre narrateur.

Petit film de l’environnement qu’est l’immédiat à cet instant t.

Voilà c’est fait. Éventuel objet de travail.

 

Tu veux un café ?

C’est l’heure de suspendre, dans le même environnement, dans la même énergie continue, cet ici et maintenant, cette médiathèque de l’infini.

Performance Beckett, Samedi 18 février 2017, 17h

A l’occasion du finissage de l’exposition Eamon Doyle à la Galerie du Centre photographique, 15 rue de la Chaîne, Rouen

et en hommage à Samuel Beckett qui en est la figure tutélaire,

« L’Innommable », une expérience avec Samuel Beckett, pour ici et maintenant

Performance-lecture

Au cœur de l’opus beckettien se trouve l’Innommable, pensé explicitement comme noyau de toute l’œuvre.

L’innommable : ce qui ne peut pas être nommé et qui doit inlassablement être renommé, ainsi le pronom personnel je et son acteur principal : moi, « l’immoiable ».

Ce texte est un puissant « algorythme ». A l’époque de l’effondrement écologique, économique et symbolique de l’individualisme, ce livre reprend du service, c’est l’évidence : il décrit notre situation d’aujourd’hui, le calme panique qui nous constitue, et il donne le combustible dont on a besoin : une exceptionnelle concentration.

Durée 50 minutes. On prévoira les conditions comme si on allait passer la nuit ensemble. Coussins, couvertures, soupe, eaux, bières et pains…

Révolitions du XXIème siècle, vœux 2017

Hier j’ai écrit quelque chose, qui t’était destiné, et j’ai tout perdu. L’occasion des vœux s’y était glissée, et non pas l’inverse comme souvent, quand l’occasion de soi se perd, s’emberlificote dans l’occasion réglée des vœux réglés.

A un moment il y avait ceci : qu’est-ce qu’on voue, et à qui ?

Et à soi ? ses propres promesses ? Qu’est-ce qu’on voudrait décider vraiment pour l’année qui vient ?

Et venait la question : qu’est-ce qu’une décision ? et venait cette réponse qu’une décision nait de ce qu’on est, donne forme à ce qu’on est, ainsi la question qu’on se renvoie aisément : je te souhaite ce que tu te souhaites de meilleur, qu’est-ce que tu veux, pour toi, qu’est-ce que tu décides pour toi, quelle est, quelles sont ces décisions qui vont te faire, te rendre à ce que tu es ?

Le fil était hier, mon fil de funambule me semblait correctement tendu pour marcher dessus. « Hier », c’est à peu de jours près hier qu’a eu lieu la perte, et hier l’idée allait, l’idée de décision tirait vers ceci : ce que nous sommes, ce que nous décidons à être est une part et n’est qu’une part, ni infime ni prépondérante, écrivais-je, d’une décision générale… Pour prévenir contre la pluie de malentendus engendrée par une telle expression, le fil du texte perdu proposait d’entendre par décision générale une écologie de décisions. Et de même ta décision, tes décisions : part, ni infime ni prépondérante, de la décision qui a lieu dans l’être, dans ce qui est. Nos décisions sont une danse de décisions partagées. Le partage, l’idée de partage n’a rien à voir avec un gâteau qu’on se partagerait, il n’y a plus de gâteaux, les enfants, c’est fini, c’est une époque révolue, notre amour et de liberté et d’égalité n’est plus en lien avec ou notre avidité ou notre fantasme d’une répartition égale du gâteau-richesse de la terre. Le mot partage convient mieux à l’espace vivant que nous habitons, et la danse, ici le tango auquel on s’initie, convient mieux à imager cette autre signification du partage.

(Aujourd’hui est dans la besace d’hier et demain est une besace ancienne qui nous reste chère.)

Nous dansons parce que nous avons tout perdu, disais-je hier. Et vite de prévenir ceci, prévenir contre cette image hollywoodienne d’une salle de bal dans un navire qui coule. Non. Ce Nous avons tout perdu ne se chante pas sur tous les modes de la plainte et du malheur, mais en brique vivante, comment dire ?… 
Nous sommes nés dansant, l’adn de l’univers est une danse, nous n’avons pas d’abord un axe chacun puis un axe de deux dans l’infini de la salle de danse, nous naissons en même temps vers notre propre axe comme vers l’axe du deux, du couple, s’il faut avouer ce mot, prompt aux malentendus, comme vers l’axe musical, comme vers l’axe du monde dansant.

Le petit événement d’idée-phrase d’hier, c’est, c’était cette colonne dans laquelle nous nous embrasons, cette verticalité inépuisable, et l’infini de la salle de danse qui fait vraiment : horizon.

Notre révolution, s’il faut reprendre ce mot qu’on croyait recyclé dans celui de mutation – mais mutation manque de décision quand révolution s’est toujours fait une indigestion  de décision d’année-zéro –, ici, sur la page, innocence connectée à nos crimes, à notre sentiment si puissant de culpabilité qu’il nous pousse à l’acte coupable, sur cette page, révolution se transforme en ce mot révolition : revouloir vraiment, et vraiment autrement ; exercice du jour, exercice pour l’année 2017, pour nous revouloir en partage de décisions, en échanges, en connexions de singularités, vraiment… comment donc nous organiser cette année pour danser notre éclair de vie, de révolition ?

ACTUALITES

Atelier d’écriture

L’écriture comme expérience

2016-2017 : écrire, entrer en relation

 

 

IMG_2975Ecrire c’est entrer en relation.

Une sensation, une perception, une idée, un récit, un poème, une simple phrase, c’est d’abord une relation, une conversation, avec une chose, un paysage, un geste, une personne, un personnage, une émotion, une pensée… le lecteur, la lectrice sont comme le support imaginaire de cette aventure relationnelle incarnée.

L’atelier d’écriture s’attache à ce que chacun développe ses lignes de vie dans l’écriture. C’est tout à la fois simple, détendu et très concentré.

Informations pratiques :

Séances les mardis 24 janvier, 7 et 28 février, 14 et 28 mars et 25 avril de 19h30 à 22h.

Lieux : alternativement au domicile de Philippe, 76, route de Maromme à Mont-Saint-Aignan, bus F2 arrêt Lehmann, et dans la galerie du centre photographique du Pôle image, 15, rue de la chaîne à Rouen.

Tarifs : Première séance gratuite pour tout-e nouvel-le arrivant-e. 20 € la séance – 10 € tarif réduit (chômage, situation de précarité) – Si obstacle financier, un troc, un échange de service peut être proposé.

Des pactes d’art plutôt que des pactes d’horreur.

L’horreur a été commise dans la ville où l’on est le plus regardé-surveillé. Partout des caméras, et le vœu de les équiper de reconnaissance faciale. Dans la ville où l’on est le plus regardé, le plus surveillé survient en pied de nez macabre l’horreur.

En quoi l’idée de Georges Didi-Huberman selon laquelle l’image nous regarde, et déclinée ici en accompagnement de quelques expositions de Normandie Impressionniste : que l’œuvre quand on la regarde dessine notre portrait, en quoi diffère-t-elle du regard-surveillance, du regard-sécuritaire et de la séduction de l’horreur, de la frayeur nues, quelle différence ?

Que devient soudain cette vieille métaphore de l’appareil photo et du flingue, que devient l’enfant joueur flingueur de William Klein ?

Questions nues, désarmantes. Mais extirpées de la violence, de la non-relation qui est l’idéal-type de toute violence, et restituées au jeu, à la relation vécue, voulue, méditée.

Je ne me replie pas dans ma coquille lorsque j’insiste dans mon amour de l’art, j’extirpe en son fond le mal de sa coquille, la haine de la réalité, la paranoïa générale qui déréalise tout.

En quoi je trouverai la force de faire mon taf demain à 11h (maintenant).

Et ce qu’il en est au passé.

 

enregistrements à l’abbatiale

Irène, Four heads

Visite enfants pistolet

Lisa, Capellona

Eric, Kids, graffitis

Charles54, Nekrassov, Voznessenki

Juliette, stockmarket

Orlo, hairdresser, boxe peinture

Lisa (Barbey) + Capellona passes trolley

Lisa / 12-13 ans /4ème

William Klein s’apprête à prendre une photo, il voit que les personnes dans le train le regardent, il entend les pensées. Une dame se mettant la main à la bouche, choquée, pense très clairement : « Que fait-il ?! ». Il bouge légèrement les yeux vers un monsieur, celui-ci pense : «’aurais aimé devenir comme lui… », il parle de William. Mais sa fille pense autrement : « J’aurais aimé devenir comme elle… ». Elle, elle parle de la dame qui passe devant l’objectif du photographe, et cette dame, sans faire attention à lui, pense tout haut : « Qu’est-ce qu’ils ont à me regarder ?! ».

Il entend murmurer des personnes dans l’ombre. Avant que tout ne S’ARRÊTE, il entend la voix préenregistrée : « Le train va partir dans dix minutes en direction de la frontière, nous vous souhaitons bon voyage ! ». Il clique sur le bouton et plus rien, plus de sons, plus d’autre image que celle du train et de la femme passant devant l’objectif.ÔÇ£CapellonaÔÇØ passes trolley_153x114

Juliette (Barbey) + Stock Market

Juliette / 12-13 ans / collégienne

 

Souffle de vent.TOK_076-077_Stock_Market_154x103

Brouhaha.

La Bourse.

 

Konichiwa ! je suis Shingo Tachibana, l’ancien directeur de la bourse de Tokyo. C’est un monde à part entière cet endroit ! Vu de haut, on dirait une fourmilière, grouillante de vie ! vu de haut, oui, je vole, oui, je suis un fantôme. Suite à la chute du cours du Yen, il y a quelques temps, je me suis fait harakiri. J’ai beaucoup plus d’honneur à être déjà mort que d’attendre patiemment ma fin. Imaginez un camion benne, avalé par une baleine, elle-même avalée par le monstre des brumes, ajoutez le Mont Fuji et voilà le poids des reproches qui me seraient tombés dessus. Alors, quel sort est préférable ? Venez, je vous fais visiter.

Les paroles et les mouvements s’accélèrent.

Soudain, tout devient noir, en un grand éclair.

Long silence.

Bruissement d’un voile.

 

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Ephémère / 34 ans, Harfleur / Professeur de lettres / Théâtre – Lecture – Danse / Mère : 67 ans – Père 79 ans – retraités – Fils : 5 ans – Fille : 8 mois – tous deux sans emploi / En mouvement, refusant les certitudes

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Je vois un œil surligné d’un trait noir comme un début d’envol. J’aime les points noirs petites ponctuations taches de rousseur du temps, j’aime le regard coupé qu’on devine, qu’on suppose, qu’on invente, je n’aime pas ne pas pouvoir poser mes mains sur l’image, j’aime ne pas comprendre ce qui est inscrit en japonais, Ça me fait penser à ces papiers peints qu’on arrache, qui recouvrent d’autres papiers peints. Je voudrais voir ce qu’ils voient. Je vois des déchirures et des décollements. Ça me fait penser au kaléidoscope rouillé de chez mes grands-parents. Tourner et des grains qui recomposaient à l’infini des motifs. Je porte des tennis à grosses fleurs rouges et jaunes et noires. J’aime le noir et blanc de l’image qui n’est jamais vraiment ni noir ni blanc. J’aime les zébrures qui sont les rides de la photographie sur la peau. En rentrant je donnerai des bains à mes enfants, rituel de gestes xxxxx  xxxxxx xxxxxx. J’aime qu’une famille de touristes que je crois, vois japonais, passe devant mon image. J’aime ne pas savoir ce que disent les enfants dans des inflexions tournoyantes. Je veux une baignoire chaude dans laquelle me plonger pour continuer à observer le puzzle de l’image. Bout du nez rouge, sans doute de fraîcheur abbatiale. Avant j’ai marché dans le soleil sous des cerisiers japonais, savouré une découpe inattendue de solitude. En regardant l’image à nouveau, je vois des lèvres délicates – féminines, sur un visage d’homme, le masque du rapace. Je vois, ça me fait penser à des reportages animaliers qui scrutent l’attente, à ces découpages dans les vieux catalogues pour inventer une éphémère perfection. Je vois le minuscule épi à la racine du sourcil droit, je vois le passé caché à la pointe des regards, ça me fait penser aux brouillons qu’on ne jette pas, pour ne pas faire table rase, aux encoches dans le bois faites par ceux d’avant. J’aime le palimpseste accepté. Je voudrais moi aussi rajouter un morceau, en alléger un autre. je vois des mouvements dans l’immobilité et je n’avais pas vu que le texte lui sortait de la bouche, une bulle aux contours abîmés, qui dit quoi ?