dimanche 18 avril 2021

si tu te laisses moins enfumer, par autrui comme par toi-même

tu te rends compte de quoi ? à quel point

tu t’enfumes ou tu es enfumé, tout le temps

c’est une autre manière, plus prosaïque de parler de la croyance

c’est sûr, plus tu considères le truc, plus tu vois bien que t’es un foutu de taré de croyant et qu’autour de toi il n’y a que des gens qui veulent vraiment te faire passer des vessies pour des lanternes

et quand bien même tu vas résister et te faire par exemple scientifique, tout ce que tu auras gagné c’est d’avoir gagné des centimètres de non-croyance par rapport à des années-lumière de croyance

mais je fais la différence entre ce que croient et veulent me faire croire mes ami.e.s guinéens et ce que veut me faire croire et ce que croit mon ami théologien

et ce que croit et veut me faire croire ma compagne

je fais la différence mais au bout du compte

à quel point je reste dépendant de leurs croyances, comme de mes croyances, c’est dingue

la croyance me fait fusionner avec tous les croyants de la terre, et tantôt je vais m’émerveiller bref jouir tantôt me lamenter bref jouir à l’envers

les crapules ont quelque chose de clair, au moins : ils savent qu’ils t’enfument, ils savent pourquoi et toi soit t’es con de te laisser enfumer soit tu te méfies, mais seulement partiellement, et c’est ça le problème : tu te méfies de la crapule alors qu’il faudrait également se méfier de ta confiance, ta croyance tous azimuts

méfier n’est pas le terme, défier n’est pas le terme

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tu parles de quoi, de qui ?

je parle de ma journée d’hier, du cahier de Sékou et Sia, de l’état déplorable dans lequel était plongée Do, du mail de Jérôme et de ma vie au bout de leur laisse

enfin, je dis leur laisse, c’est sûr ils la tiennent ou plutôt ils la trouvent sur leur passage, et ils s’en servent

j’emploie la règle du masculin qui l’emporte parce que je crois que domination c’est domination masculine, donc s’il y a une laisse et si je suis au bout comme Lucky c’est qu’à l’autre bout c’est mâle

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je leur demanderai quels sont les objets, de me montrer les objets, les choses qu’ils ont encore en leur possession et qui datent d’avant ou de pendant la migration

quel serait l’équivalent pour mes proches ?

ce n’est pas du tout que j’aurais besoin de « preuves », mais juste de choses témoin, d’impassibles choses témoins

soudain je partage les mouvements littéraires arc-boutés sur les choses, je partage,  j’en fais mes amis

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il y a une part victimaire indécrottable, chez moi et dans toute l’humanité, et, franchement, je ne vais pas essayer de faire croire à Sia qu’elle est aussi coautrice  de son excision et de ses viols

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quelle est donc la justice que je veux rendre, que j’espère

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au mieux tu as été un dominant hétéro, au pire un agresseur sexuel, un violeur

et tu te sens victime d’avoir été ça ? ou bien victime fusionnant avec tes victimes ?

j’ai pas envie de te faire confiance, de te croire, toi plutôt qu’un autre, plutôt qu’une autre, et là, je me parle à mon bonnet et en même temps je parle au tien, à tous les tiens

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je pleure

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le soleil se lève

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j’ai le dernier livre d’Edouard Louis, qui attend, là, à côté dans le salon

est-ce qu’on l’a fait démarrer trop tôt, Ed

qu’y a-t-il au bout de sa laisse ?

bon, au travail

vendredi 16 avril 2021


cette nuit, à deux heures, je me suis levé à cause d’une terrible envie de chier, je me suis assis, somnolent, sur le siège des WC, et je crois que j’ai fait le plus long et le plus sonore de tous mes pets

je croyais dur comme fer que ça devait être suivi, désagréablement, de merde mais non, rien, je me suis essuyé, c’était sans trace, vierge, pur, j’ai juste essuyé l’urine au bout du bout, pardon pour l’expression sottement littéraire, je me suis recouché, avec la crainte d’avoir chopé la gastro et puis je me suis grassement réveillé à six heures

j’ai rêvé le récit, que je ferai à coup sûr, de ce plus long et plus sonore pet de mon existence, je me suis vu racontant, avec une certaine délectation et avec l’assurance de mon effet sur l’auditoire             

j’ai aussi passé un long moment chez un écrivain célèbre, un hétéro, marié, avec des gosses, c’était une chouette ambiance, très désordre

je ne sais pas si j’étais plus jeune que lui, j’avais déjà publié mes quelques bouquins et à sa question si j’écrivais, je lui ai répondu que oui et que j’avais publié quelques livres, tout ça resté très confidentiel, cela, bien sûr, faisait la différence avec son statut, sa stature d’écrivain célèbre, mais il n’en joua pas, et pas plus moi, en symétrie contrite

ce n’était pas l’écrivain dont j’attendais soit le miracle d’une reconnaissance soit l’endettement définitif d’une admiration mal placée, d’ailleurs, dans le rêve, j’ai oublié le nom de l’écrivain célèbre, et au réveil jusqu’à tout à l’heure j’ai continué à l’oublier

à un moment je l’ai vu dans une pièce, assis sur le bord d’un lit, je crois, je l’apercevais de haut, un cahier sur les genoux, il écrivait au stylo, on s’est regardé brièvement, il ne s’agissait pas de le déranger et j’avais, moi, le plaisir du désordre familier dans le grand appartement, avec de nombreuses pièces, et le bruit, le bruit, oui, les humains faisaient du bruit, enfants, femmes et hommes à la fois très présents dans le rêve et tout à fait lointains, abstraits à l’esprit, le seul concret était les objets – leur nombre, leur désordre, les espaces et cet écrivain célèbre

ce matin, j’ai ouvert une de ces bibles à ouvrir éventuellement le matin, ces livres supportant d’être lus par touches, miettes, que j’ai rassemblés hier sur un coin de table, pour aiguillon

j’ai ouvert la première traduction intégrale des journaux de Kafka, pages 127 et 128, , il note à quel point  il se sent chez lui dans l’espace solitaire d’écrire, puis, le lendemain, à quel point « il est fier de s’être comporté humainement » avec ses amis, Max Brod je crois et quelques autres, fier de ça avant de se coucher

à quel point la relation habitée, à quel point la prison de la singularité conduit un homme sur le seuil de solitude et monde, qui est seuil-relation

au lieu de regarder le doigt de l’écrivain, le doigt biographique ou le doigt opératique, regarder l’opéra, la relation à l’œuvre, la danse à l’œuvre, le deux-impair à l’œuvre

cet écrivain célèbre, c’était Milan Kundera, et, bien sûr, dans le rêve il ne se ressemblait absolument pas, mais c’était lui

samedi 10 avril 2021

je suis passé par hasard sur ta terre de rêve et voilà ce que j’ai trouvé, cette nuit

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en ce moment je reprends des rêves déjà faits, je rerêve des rêves déjà rêvés, ou je rêve que je rerêve

j’ai une fille, elle a dépassé l’âge de l’adolescence

elle veut absolument s’en aller, c’est pourtant trouble le souvenir, est-ce que je l’envoie quelque part ou est-ce qu’elle part quelque part

bref elle s’en va

et ne revient pas

se pose la question à nous si elle est toujours en vie

était-ce dangereux, là où elle allait ? elle ne revient pas, il est très probable qu’elle ne soit plus en vie

pourquoi l’ai-je laissé partir

je me sens responsable de sa mort

cependant sa mort n’est pas certaine

ce qui est certain c’est l’oubli que nous en avons, nous avons oublié que nous avions une fille et qu’elle est partie

elle revient dans notre mémoire par hasard

j’ai rêvé plusieurs fois de ça, c’est sûr

ça me réveille presque, et, presqu’au réveil, je découvre que non, je n’ai pas de fille, j’ai trois garçons, je n’ai oublié personne, et pourtant

je crois que j’aurais envie de m’installer longuement dans ce rêve, dans cette nuit, dans cette méditation de rêveur

voulait-elle se donner la mort ? ce n’est pas impossible, ma mère est devenue ma fille ?

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au réveil est venue une méditation sur l’avortement

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je crois qu’il est nécessaire que nous parlions de l’avortement

le féminisme vers lequel je vais n’est d’aucun poids si je ne parle pas sincèrement de l’avortement

soudain nous sommes trois

toi, la femme de ma vie, l’ami théologien et moi

et beaucoup plus en vérité

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la production symbolique n’est pas humaine ni humaine maquillée divine

l’animal comme le divin sont les noms par lesquels je ne suis pas l’auteur de mon texte, de ce que je vous dis librement ce matin

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mais s’il y a quelqu’un, brandissant telle ou telle intelligence, très séduisante, et me dit c’est Dieu ou ceci ou cela qui te font parler libre

simplement je grogne, ours peut-être

peut-être je deviens l’ours de Nastassja Martin, je ne sais pas

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la pensée chinoise est belle, la pensée yogi est belle, y a-t-il quelque chose de beau dans l’appétit occidental, il faut bien le croire, nos voracités sont infiniment curieuses

curiosité en allée avec le non-vouloir saisir, rien ne m’appartient, ni même cette pensée que rien ne m’appartient

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souvent parler interrompt la méditation, les noms interrompent la méditation

plus que la pluie qui tombe sur le vélux, par gouttes sonores, irrégularité régulière

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je vois bien que je passe indifféremment de la terreur-fascination pour Dieu à la terreur-fascination pour ma mère

qui a eu droit de vie ou de mort sur moi

tu pouvais très bien décider que je ne sois pas

il y a une éternité que je suis entièrement livré à toi, Dieu a toujours été une femme, dans une traduc masculine, une femme en langue homme

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C’est vrai que je voudrais habiter à nouveau mon rêve mais ce n’est pas vrai que j’aie à nouveau envie de me recoucher et de redormir, non, pas du tout

Les intuitions sont faites pour aller avec les autres, les autres intuitions, les autres intuitionnant

Cette fille de mon rêve, il faut que je la retrouve, il faut que je lui parle

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Non, je ne détiens pas le dialogue intérieur, lorsque je me dis « tu »

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En moi il n’y a ni maître ni serviteur

Et s’il fut un temps où l’un devait absolument prendre le pas sur l’autre, ce temps est révolu, je me sens bien en multiple de deux et dans ce curieux deux impair

Et il n’est pas vrai par conséquent qu’entre nous, je veux dire entre nous : ces deux personnes majeures et vaccinées, nous soyons encore dans cette histoire interminable de maitre et serviteur, le tout au masculin bien sûr, même le féminisme est décliné au masculin

Où se trouve le deux impair dans notre petite paire ? voilà une question stimulante

La pensée n’est pas faite pour t’avaler, l’extraordinaire réflexivité n’est pas faite pour t’avaler ni pour s’avaler elle-même

Mais pour dégager l’espace entre

La teneur, la consistance qu’il y a entre nous

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La pluie commence à tambouriner sur le vélux au-dessus de ma tête

Comme les vagues commencent à me lécher les pieds lorsque je suis longuement assis sur la plage

L’immensité advient par un bout

La relation advient par la nuit, par un rêve, et par une consistance imprévue

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Mon imaginaire se laisse modeler

Je travaille le rôle féminin chaque lundi, non, je reprends, je travaille avec Do, par zoom avec Elise depuis sa connaissance du tango qui est féminine et masculine – elle est seule et propose du travail en solo chacune dans son chez soi, en France, en Pologne, à Montréal… et je profite de cette opportunité pour travailler plutôt le rôle féminin lequel m’apprend bien évidemment les deux rôles, plus que l’inverse j’ai l’impression, plus que si je me prenais des cours hommes

Je remarque que ce sont principalement des femmes qui m’ont appris le tango

Les hommes ont été des remarques, extrêmement utiles, mais des remarques

C’est intéressant, cette provenance féminine active d’un art encore massivement masculin

Je prends ça comme un cadeau

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Il faut vraiment que je parle à la fille de mon rêve, qui vient vraiment de quelque part, qui n’est pas « ma » fille, ni la fille de la mort

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Tu veux dire en face à face ? c’est quoi le face à face d’un rêve ?

Une méditation chaloupée à la tienne, c’est ça le face à face

Le rêve est un moment, comme dieu et l’animal sont un moment dans la vie pensée

Pour le 8 mars 2022, 2

voilà – hier j’ai bafouillé quelques lignes pour le 8 mars 2022, pensant qu’aujourd’hui je n’aurais pas le temps et aujourd’hui, nuit encore, j’ai le temps, je peux prendre un temps

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pour le mois prochain, peut-être, non une confession quoi qu’il y ait toujours un affect d’aveu lorsqu’on parle à cœur ouvert

et on se sent coupable de se sentir coupable mais on fait avec

le mois prochain j’essaierai de parler de cette vie d’homme avec toi et de ta charge mentale regardée depuis cet homme-là

regardée aussi depuis ce qu’il cherche depuis très longtemps

regardée aussi depuis ce que tu es depuis très longtemps et que forcément il ne sait pas et qu’assurément il aime, depuis le début, ce point très aveugle pour lui qui est précisément ce que tu es

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la vie politique m’importe beaucoup mais je ne me résoudrai jamais à m’établir à partir des formes politiques existantes ni à partir de formes supposées plus alléchantes

je ne botte pas en touche, on abordera le moment voulu chaque sujet qui fâche, de la culture du viol à la charge mentale, du mariage pour tous à la parentalité dégenrée

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le mois prochain je parlerai plus directement des privilèges auxquels je me suis accroché :

te laisser faire à manger le plus souvent, te laisser t’occuper des enfants le plus souvent

j’ai beaucoup participé mais c’était participer

je n’ai jamais jamais oublié l’heure d’école même lorsque j’étais horriblement happé par la grande métaphysique ou par des rendez-vous professionnels mais c’est croquignol quand on y pense

j’essaierai de parler de ça sans détour

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des pensées féministes font étincelles pour dé-penser l’ordinaire pensée masculine

l’expérience trans active une singulière puissance à libérer tout le monde assigné dans son genre

on pourra égrener comme sur nos monuments aux morts les noms qui auront illustré notre changement de cap

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illustrés : illustres d’avoir incarné, illustré notre changement de cap

mais nous n’oublierons pas non plus que tous nos monuments sont tartes, que toutes nos religions, religieuses ou laïques, de grâce ou de mérite, sont tartes, que toutes nos institutions, à un moment ou à un autre, sont tartes, etc., histoire de nous assurer qu’à aucun moment on ne puisse se reposer dans l’imposture bien-pensante

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et nous n’oublierons pas que notre changement de cap est vraiment un changement de cap

notre boussole ? non pas un passé auquel il faudra revenir à tout prix

non pas une société sans classe ni genre pour le bonheur de tous, cet espèce de ready-made aidé par la techno-science

non

juste entrer en relation pour de bon sans rien qui parvienne à faire diversion, c’est-à-dire à produire de l’appât, du mirage pour nourrir, gaver l’avidité première du sujet avide d’autrui comme on l’est du chocolat

hier il y avait une formation de #noustoutes et c’était bien utile

pour le 8 mars 2022, 1

solitaire ou solidaire

un peu contaminé par le lyrisme de Paul B. Preciado (re)lire sa déclaration du 8 mars 2021

mais pas trop

parce que mon idéal n’est pas le sien, le sien qu’il a atteint par un désir-courage assez incroyable : elle est devenue ce qu’il est

moi je ne veux devenir ni un homme ni une femme et pas davantage un ange

la solitude qui est la mienne, moins discriminée, beaucoup moins, que ne le fut la sienne, m’est quand même réellement coûteuse

jusqu’à son point du jour, qui se prononce « solidude »

solidaire de tout ce qui persévère chez toi comme chez moi

afin de ne pas m’effaroucher à bon compte ni de ce que je suis « mon monstre inconscient », ni de ce que tu es : « continent noir »

et c’est difficile

ça coûte des cauchemars, ces peurs, et des mésalliances, des mésententes, des guerres

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ça coûte de sacrées persistances de l’ère dominante

du dernier mot masculin sur le mot féminin de vérité

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tu n’aimes pas, comme moi, qu’on te fasse la morale, quelle qu’elle soit

Je ne vais donc pas me laisser traiter de cis, pas plus que de trans, je vais juste profiter des brèches que tu ouvres, volontairement et involontairement, et qui me permettent vraiment d’échapper un peu plus aux conneries qui me font penser ou dominant ou dominé ou un peu des deux mon général

J’ai juste envie de travailler, de batailler, comme toi tu travailles et batailles et si d’aventure aujourd’hui 8 mars 2022 nous sommes bien lunés nous allons pouvoir un peu danser ensemble

Danser ensemble !

En grand contact soit de peau soit de pensée parce qu’il n’est pas sûr encore qu’au 8 mars 2022 on soit complètement tiré d’affaire de la Covid 2019

Et ce sera sous le même intitulé, bien sûr : de la journée internationale des luttes de femmes

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La neige au petit matin nous donne toujours l’envie d’écrire une vraiment nouvelle page et la veille du 8 avril 2021, ça a bien neigé dans ma contrée

Et, oui, ça me donne l’envie d’écrire ou de tout relire à nouveaux frais, à tout nouveaux frais

solidaire et solitaire

Un atelier des commencements, un théâtre réouvert

mieux vaut-il commencer par toute ma vie je l’ai passée à la commencer ou bien  tout s’est passé sous l’air du commencement

il faut reconnaitre, la phrase est symptomatique de celui qui énonce, qui l’énonce : sous l’air de il faut se rendre à l’évidence c’est l’air d’une injonction faite à un père qui n’a pas reconnu sur le papier qu’il avait un enfant d’une autre que de sa femme légitime qu’il a pourtant quittée – ont-ils divorcé ? peu importe, toute cette histoire est une histoire à laquelle on invite les lecteurs de ne pas s’intéresser – entendre : ne plus s’y intéresser

il faut reconnaitre l’assujettissement magique, la crédulité initiale

il faut reconnaitre : le sujet reconnait qu’il se met en travers du chemin

qu’est-ce qui a poussé un philosophe à produire une philosophie de la reconnaissance ?

qu’est-ce qui pousse Samuel Beckett à entrer dans une seule tête

qu’est-ce qui pousse à poser des questions qui ne dépendront pas d’abord ou du destinataire de la question, ou de l’autre, posé symétriquement au sujet

posé comme entrave, le sujet-entrave pose une question à ou en provenance de l’autre-entrave

deux phrases dansent ensemble : je me mets en travers du chemin et l’autre se met , dieu ou quiconque incarnant l’intégrale de l’autre, l’autre se met en entrave de chemin

lever les embûches, les entraves : les regarder, comme en méditation, sans autre intention que les regarder

comment lever l’entrave que je suis – que je suis enclin.e à faire peser sur l’autre, soit en m’exerçant à sans cesse entraver l’autre soit en contrant l’autre dans sa production d’entrave contre moi, ma classe, mon genre

c’est une histoire qui commence, dans l’esprit qui s’y aventure, c’est un big bang, un phénomène vu de l’intérieur comme de l’extérieur, un phénomène-Moebius

et si l’histoire en fait ici c’est juste l’histoire d’un journal, ce journal commence selon un logarithme qui échappe à l’entendement de qui commence, soit à écrire ce journal, soit à le lire, de qui cherche à le publier, ou qui le trouve dans une vieille édition, ou bien le voit pour la première fois incarné sur une scène de théâtre

en poésie il convient d’apprendre le saute-mouton

c’est ainsi que les phrases passent

et le même jour à la même heure s’enlacer moutons dans le chaud de nos laines

le cours non pas alternatif ni paradoxal ni contradictoire ni aporique, juste en même temps, deux états différents, comme dit l’autre, physicien

cela nous fait juste un atelier des commencements

dans ce bon atelier il y a la bonne température pour commencer

en plein milieu comme dit l’autre, philosophe

en plein milieu comme vivent les méditant.e.s

rien ne l’emporte sur l’autre genre, ni sur soi ni sur l’autre

en attendant Godot, des garçons voient un public de femmes, pas du tout là pour louer, applaudir ou siffler la bonne ou mauvaise partie

ils voient qui regarde, qui est en train de regarder, et, comme ils ont compris qu’ils étaient un mirage, une diffraction de lumière, ils se mettent à regarder la diffraction qu’est l’idée même de public, et découvrent qu’ils sont en train de rencontrer un nouveau phénomène

c’est comme ça que les théâtres changent

il faut les occuper autrement, les théâtres

il faut occuper autrement nos lieux fermés, depuis des mois fermés

lundi 8 mars 2021, déclaration

il s’est passé beaucoup de choses cette nuit… enfin, j’ai beaucoup oublié sauf

le réveil

on est à la piscine, une piscine privée peut-être, j’approche du bord, tu es derrière moi, tu te colles à mon dos, je me penche

et tu es facétieuse comme à ton habitude et tu me, non, tu nous pousses et la scène est au ralenti, est comme au ralenti, l’eau se rapproche se rapproche se rapproche

et nous tombons dedans, toi au-dessus de moi et

j’ai dû entrer en apnée depuis un bout de temps parce qu’à peine sommes-nous entrés dans l’eau et que nous nous enfonçons, toi au-dessus de moi, je me débats et remonte en panique, enfin, en remontant, j’agrippe mon masque et me précipite, dans les mêmes gestes que le nageur ne sachant pas nager ni plonger, vers la table de nuit pour éteindre mon masque respiratoire

voilà le rêve-réveil, il est cinq heures moins cinq

au-dessus et au-dessous c’est femme

au-dessous ? l’eau, la mort, Virginia Woolf, ma mère qui a fait le plongeon dans la mort avec ses cachets de je ne sais quoi, je n’ai jamais rien voulu savoir de ce que c’était ses comprimés, l’eau du bain ça me suffit et toi, que j’appelle Do, facétieuse, sur mon dos

pourquoi on met du temps à se rendre compte, pourquoi c’est si long ?

et se rendre compte de quoi ?

que tu existes

et même si je le dis depuis un bout de temps, que tu existes, pourquoi pourquoi c’est toujours seulement aujourd’hui que je me rends compte non pas que c’est vrai que tu existes, mais tout simplement que tu existes ?

pourquoi mes théories et pratiques jusque-là ont toujours été une dénégation ou une falsification du fait, du simple fait que tu existes ?

pourquoi en si peu de temps, aujourd’hui même, un grand pan de notre existence vibre comme un gong ?

qu’est-ce que je fais de ça aujourd’hui ?

.

déjà, danser avec toi me fait comprendre comment ça danse dans l’apparence solitaire

.

paradoxe :

je mets beaucoup beaucoup de temps à comprendre que tu existes

et si cette mécompréhension a produit bien des horreurs, des génocides et des esclavages

et la compréhension soudaine et extrêmement longue et laborieuse n’implique nullement que je sois la cause, une cause quelconque dans le fait que tu existes

au-dessus et au-dessous de moi il n’y aucune femme, aucune mère

et au-dessus et au-dessous de toi il n’y a aucun homme, aucun père

tu n’es pas une réaction à ce que je suis

a-t-on départagé les féminismes à partir de cette question, idem pour les décolonialismes ?

bref, je ne suis pas une réaction à la domination

c’est la domination dans ses deux versants, dominant-dominé, qui est une réaction à l’incompréhension

que tu existes

que j’existe

que ça existe

que du deux existe avant même que notre langage parle de sujet, d’assujettissement fatal

.

j’ai eu raison de me réveiller comme d’un cauchemar, parce que la domination est un cauchemar

j’ai rêvé de ma peur de mourir – toujours à cause de toi, parce que tu m’as fait naître et tu as toujours voulu que je meure avec toi, et j’ai toujours voulu vivre avec toi, te désirer plein pot et vivre avec toi, parce que c’est toi la vie etc., vivre pareil que mourir avec toi, dans la caboche assujettie c’est comme ça que ça a toujours marché

.

à l’heure de l’extension psychique systématisée (l’homme augmenté) et ramenée dans le giron morbide du capitalisme protéiforme, du profit subjectif protéiforme, se libérer, hors machine, hors conception machinique de la chose, c’est bel et bien reconnaître que ça danse sous cette forme extrêmement improvisée et organisée qu’est une danse-deux, c’est-à-dire affranchie d’un.e chorégraphe subjectif.ve

notre histoire, notre danse, notre amour commence ou finit ou commence à s’écrire ou s’achève d’écriture avec le mot fin :

lundi 8 mars

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en forme de ps, publié le 10 :

Vu l’extraordinaire retentissement de ma déclaration du 8 mars ! je propose à la gente masculine (qui s’en sent concernée) de s’entraîner pour l’année prochaine en postant au moins une fois par mois d’ici le 8 mars prochain (mettons le 8 de chaque mois) une petite déclaration témoignant de ce qui se passe – désirs et difficultés/contradictions comprises, mais aussi soulagements et stimulations – dans leurs têtes et dans leurs actes d’hommes voulant sincèrement sortir ou se sentant en « sortance » de l’immense histoire de la domination masculine inscrite en eux.

Une petite déclaration qui ne se résume pas à une simple (mais déjà bien utile) déclaration de solidarité avec les luttes féministes.

Ça vous dit ? si oui, chaque 8 des onze mois qui viennent, commencez votre (court) texte par : « Pour le 8 mars 2022 »

lundi 8 mars 2021, déclaration

il s’est passé beaucoup de choses cette nuit… enfin, j’ai beaucoup oublié sauf

le réveil

on est à la piscine, une piscine privée peut-être, j’approche du bord, tu es derrière moi, tu te colles à mon dos, je me penche, un peu comme un personnage de Beckett, moins grotesque mais un peu comme

et tu es facétieuse comme à ton habitude et tu me, non, nous pousses et la scène est au ralenti, est comme au ralenti, l’eau se rapproche se rapproche se rapproche

et nous tombons dedans, toi au-dessus de moi et

j’ai dû entrer en apnée depuis un bout de temps parce qu’à peine sommes-nous entrés dans l’eau et que nous nous enfonçons, toi au-dessus de moi, je me débats et remonte en panique, enfin, en remontant, j’agrippe mon masque et me précipite, dans les mêmes gestes que le nageur ne sachant pas nager ni plonger, vers la table de nuit pour éteindre mon masque respiratoire

voilà le rêve-réveil, il est cinq heures moins cinq

au-dessus et au-dessous c’est femme

au-dessous ? l’eau, la mort, Virginia Woolf, ma mère qui a fait le plongeon dans la mort avec ses cachets de je ne sais quoi, je n’ai jamais rien voulu savoir de ce que c’était ses comprimés, l’eau du bain ça me suffit et toi, que j’appelle Do, facétieuse, sur mon dos

pourquoi on met du temps à se rendre compte, pourquoi c’est si long ?

et se rendre compte de quoi ?

que tu existes

et même si je le dis depuis un bout de temps, que tu existes, pourquoi pourquoi c’est toujours seulement aujourd’hui que je me rends compte non pas que c’est vrai que tu existes, mais tout simplement que tu existes

pourquoi mes théories et pratiques jusque-là ont toujours été une dénégation ou une falsification du fait, du simple fait que tu existes

pourquoi en si peu de temps, aujourd’hui même, un grand pan de notre existence vibre comme un gong, dont le coup aurait été ce rêve éclair et la longue résonnance la plongée dans l’eau de la mort et de la réalité réveillée, jusqu’à là maintenant, maintenant langage et non langage compris

quel est donc aujourd’hui le projet, la résultante-projet de cet événement ?

déjà, danser avec toi me fait comprendre comment ça danse dans l’apparence solitaire

.

paradoxe :

je mets beaucoup beaucoup de temps à comprendre que tu existes

et si cette mécompréhension a produit bien des horreurs, des génocides et des esclavages

la compréhension soudaine et extrêmement longue et laborieuse n’implique nullement que je sois la cause, une cause quelconque dans le fait que tu existes

au-dessus et au-dessous de moi il n’y aucune femme, aucune mère

et au-dessus et au-dessous de toi il n’y a aucun homme, aucun père

tu n’es pas une réaction à ce que je suis

a-t-on départagé les féminismes à partir de cette question, idem pour les décolonialismes ?

bref, je ne suis pas une réaction à la domination

c’est la domination dans ses deux versants, dominant-dominé, qui est une réaction à l’incompréhension

que tu existes

que j’existe

que ça existe

que du deux existe avant même que notre langage parle de sujet, d’assujettissement fatal

j’ai eu raison de me réveiller comme d’un cauchemar, parce que la domination est un cauchemar

j’ai rêvé de ma peur de mourir – toujours à cause de toi, parce que tu m’as fait naître et tu as toujours voulu que je meure avec toi, et j’ai toujours voulu vivre avec toi, te désirer plein pot et vivre avec toi, parce que c’est toi la vie etc., vivre pareil que mourir avec toi, dans la caboche assujettie c’est comme ça que ça a toujours marché

à l’heure de l’extension psychique systématisée (l’homme augmenté) et ramenée dans le giron morbide du capitalisme protéiforme, du profit subjectif protéiforme, se libérer, hors machine, hors conception machinique de la chose, c’est bel et bien reconnaître que ça danse sous cette forme extrêmement improvisée et organisée qu’est une danse-deux, c’est-à-dire affranchie d’un.e chorégraphe subjectif.ve (j’aime bien le bordel de l’écriture inclusive, le bordel que ça fait dans la langue, je préfère le bordel, enfin, le grand désordre parce que bordel évidemment ça connote trop avec ce qui reste de désir machinique, je préfère le grand désordre de la langue à n’importe quelle nouvelle loi qui singerait la Loi

et l’histoire de la langue écrite comme un pied de nez à la Loi reste peut-être à écrire

ne fermons pas la parenthèse

notre histoire, notre danse, notre amour commence ou finit ou commence à s’écrire ou s’achève d’écriture avec le mot fin :

un 8 mars

Dimanche, dernier jour de février 2021

l’encore pleine lune est derrière moi qui suis tourné à l’Est, une lampée de thé, une lampée d’air et observation de la cheminée intérieure, mouvement presque perpétuel, ainsi les créatures vivant d’air résonnent-elles avec ce qu’on appelait éternité, presque

ce qu’est une respiration

la fenêtre Est reflète la lune encore pleine dans le vélux d’Ouest

c’est pendulaire, c’est tranquille, c’est deux à deux, va-et-vient, amble

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j’expérimente seul ce que tout à l’heure je vais expérimenter avec toi : à deux, science ou art de Deux

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le tango n’est pas une alternative politique mais parfois on aimerait bien

on aimerait bien que ça vienne calmer la pulsion politique, l’extrême-droitification politique

la politique des Cogneurs de Femmes et d’Etrangers, de Pédés, de Juifs et d’Arabes

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puisque nous n’avons plus à nous toucher les uns les autres nous pouvons aggraver la politique des exclusions, c’est ce qu’on a l’impression d’entendre en écoutant le nombre qui s’apprête à glisser le nom dans la fente des petites machines à voter, dans les écoles et salles de vote

à glisser un nom vraiment chargé, en France

face à ce nom, je suis plus résolument que jamais Algérien, plus résolument que jamais Juif, Arabe, Pédé, Trans, Femme

c’est comme si, glissé fatalement en vous, je me repentais de ce que vous allez commettre

Est-ce que la danse pensée dansée jusqu’au bout des ongles vaut lutte politique, lutte biopolitique ?

J’aimerais bien

J’aimerais bien convertir les masses

J’aimerais bien que le tango convertisse

J’aimerais bien qu’en pleine période de Covid, le tango, l’exercice, l’âme, le projet tango convertisse la grosse angoisse planétaire, la convertisse en mutation biopolitique

Le tango se convertissant lui-même, selon son compas propre, dans sa méditation trans-genres

J’utilise le vocabulaire diabolisé par le blanc penseur de la néocolonie humaine

A quoi bon l’asticoter ?

Nous aimons aimer disent les êtres qui dansent

Et nous aimer c’est nous préparer, nous exercer au contact renouvelé des corps, des corps dans leur intégrale, au sens non complet, infinitésimal

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mais si vraiment tu n’aimes pas que l’autre te touche, ou si tu n’aimes surtout pas toucher l’autre

Pour toutes sortes de bonnes raisons

Tu peux faire ça à distance, cet amour dansant

Puisque tu es toi-même une distance, une infinie distance, de toi à toi et jusqu’au bout de l’univers lequel réagit au moindre de tes mouvements

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Montre-moi ton art et je te montrerai le mien

Puisqu’en ce moment nous ne sommes pas autre chose que des artistes

Aujourd’hui, les communautés s’échangent leurs passions d’être

Et se transmettent leur art de communauté

Notre façon de parler aux fourmis ou à toute autre communauté d’espèces a changé

Le tango que nous dansons se convertit au tango des interespèces

C’est juste plus long à apprendre

Mais comme notre tango, dès la première initiation, tu es happé par l’art de la vérité, c’est-à-dire par l’art de la relation avérée

Danser ensemble ce n’est pas se reconnaître interdépendants, c’est se vouloir en relation

C’est accorder toute qualité de vouloir à ceux, celles et ce avec qui et quoi on danse

Et ce vouloir, c’est comme une forme entre nous, une œuvre en cours, en gestation, en production, nous l’initions tout autant que nous le suivons, ce vouloir

Et nous observons la presque éternité qu’il forme, dans notre médiation du jour, de ce jour, dimanche, dernier jour de février 2021

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Oui, nous avons une putain de fringale de nos arts, les ami.e.s

Oui, mais quelle valse?

j’ai 65 ans à trois mois près et j’ai la chance d’avoir tout raté

je sais, la formule est encore à l’emporte-pièce, il serait facile à un esprit tempéré et tempérant de montrer l’inexactitude de ce dire

et je donnerais raison à cet esprit, n’empêche, j’ai la chance d’avoir tout raté

raté suffisamment pour être loin à jamais de « réussir » quoi que ce soit qui viendrait tempérer, adoucir le ratage

car ou bien on réussit, ou bien on rate, et l’immense peuple entre les deux ne s’occupe que du calcul infinitésimal de cette alternative, combien on réussit peu et combien on rate le peu qu’on est

vous pouvez très bien en déduire qu’avoir la chance d’avoir tout raté implique la plaie, pour ceux et celles qui ont réussi, la plaie d’avoir tout réussi

la plaie, la malchance, oui, la poisse

c’est bien rhétorique, ce début, on dirait, et pourtant

la difficulté, croyez-moi, c’est d’admettre et qu’il n’y a plus rien à rater et plus rien à réussir ni à rater un peu plus ni à réussir quand même un peu

ma vie intime, ma vie personnelle est tout à fait d’accord avec ce qui se dit ici

et la tienne ?

j’ai soixante-cinq ans et c’est une nouvelle vie qui commence, comment ni la gâcher d’avance ni la surjouer encore et encore, en exploitant jusqu’à la moelle et le mot vie et le mot nouvelle

ayant tout réussi, et je m’imagine bien en homme réussi, je ne vois plus en moi que la jouissance qu’autour de moi et vers moi il n’y ait plus que soumission volontaire, c’est-à-dire admiration, et si on amoindrit le mot, on aura : reconnaissance, respect, considération, intérêt, etc.

et d’avoir tout raté se présente alors le panel, le nuancier de la défiance jusqu’à la haine, et, au mieux le se détourner de, en passant par les bonnes vieilles déceptions

la sociologie s’intéressera à la zone grise entre les idéaux-types riches, les modèles de réussite et de ratage

jamais je ne pourrais dire, J’ai l’honneur d’avoir été esclave et pourtant la vitalité de la pensée noire, décoloniale, n’est pas loin de me faire faire ce chemin à rebours, et c’est un honneur de partager la lutte contre la boue collée au talon – les traces à la Lady Macbeth de discrimination et de racisme déguisé

bien sûr l’égalitaire reste un horizon commun et notre volonté sincère de négocier un égal accès à la réussite, et donc à l’échec, au ratage, mais nous avons d’autres communs

j’ai l’honneur d’avoir été une femme, puis-je davantage le dire ?

l’esprit est rhétorique et drôle ce matin, on dirait

non, j’ai soixante-cinq ans et la vie se goûte autrement, au petit matin

lentement, trop lentement mais quand même

il est encore difficile d’apaiser le monstre en nous, le monstre qui ou bien tout réussit ou bien tout rate, échoue

hier, vu le film conseillé par S., traduit en français, The Century of self, Le siècle du moi, de Adam Curtis

entièrement constitué d’archives cinématographiques, documentaires, un travail très subtil organisé par une pensée très soumise aux personnes personnages censés être causes et origines personnelles de notre réalité d’aujourd’hui (c’est la faiblesse du film)

la figure de Sigmund Freud et celle de son neveu d’Amérique, Edward Bernays

l’invention de la psychanalyse et l’invention des « relations publiques » à savoir de la publicité, de la propagande capitaliste (à l’ère nazie)

pessimisme freudien et manipulation optimiste (l’optimisme invétéré du profit) des masses font dans ce film figure de Janus

les forces agressives de l’inconscient : les forces brutes de la domination, et la connaissance stratégique qu’on en peut développer débouchent sur l’art d’induire de la soumission volontaire à partir du concept machinique du désir (mais quid de la pensée deleuze/Guattari sur ces machines désirantes ?)

bref on se retrouve avec d’une part l’éthique de la psychanalyse qui veut jouer fin avec le mal de la domination en dominant, en prenant de haut ou de biais le sujet-janus, conscient/inconscient, dominé par son mal de la domination

et d’autre part la contribution active, par soumission volontaire, aux formes infinitésimalement élaborées du calcul et du désir logiquement accouplés, bref l’éthique du profit

si, chacun de son côté, aujourd’hui même, Sigmund Freud et son neveu, personnage obscur ayant sans doute dépassé l’aura de son prestigieux oncle, si aujourd’hui, tous deux, ils se disaient : nous avons la chance d’avoir tout raté, qu’est-ce qu’il se passerait ?

non, non, surtout n’allons pas gribouiller par-dessus l’hypothèse des figures à la Michel Onfray, quelle horreur, ni à la Guy Debord

prenons le temps de déguster la conscience de l’échec, sans donner la pièce aux réussisseurs du moment (c’est ça la difficulté : éviter de s’aliéner encore dans les bras d’une quelconque réussite), en cela, je suis fidèle je crois à l’esprit beckettien tout en préparant une de ces trahisons pas piquée des vers puisqu’il s’agit ni plus ni moins de sortir de la rhétorique du désespoir, du ratage, de l’échec tout autant que de celle qui de l’autre côté du mur claironne idiotement

j’ai soixante-cinq ans, et qu’est-ce que je fais de cette vie, nouvelle, qui va dans les deux sens, qui veut aller dans les deux sens : reconsidérer le passé que je suis et aller plus sobrement au-devant de ce qui arrive

est-ce que ça fait un début de roman ? pas tout à fait, car nous sommes encore encombrés par un narrateur, par un auteur, par une forme inadéquate

la mort de Philippe Jaccottet nous mettrait bien sur la prestigieuse marge poétique

avec son indépassable loyauté

mais non il n’y a rien à réussir malgré tout ni davantage d’avantage à rater

de ce côté comme de tout autre

alors quoi ?

c’est quoi sortir des Janus, de réussite et d’échec, de psychanalyse et de capitalisme ?

est-ce une chance d’avoir tout raté, plus que d’avoir tout réussi, par exemple d’avoir fondé la psychanalyse ? ou d’avoir renouvelé le capitalisme ?

avant de balayer la question pour contravention par naïveté, balayez devant votre porte, qui que vous soyez

je balaye devant ma porte, j’ai un peu de mal, je passe l’appareil vapeur et j’attends que ça sèche

je ne suis ni d’un côté ni de l’autre de ce seuil et toi non plus

tu n’es ni d’un côté ni de l’autre

car sur le seuil c’est une danse qu’il y a, ça n’arrête pas de bouger, les places

tiens, dans le film de Adam Curtis, épisode 1, il y a, Vienne oblige, pas mal de danse de couple, valse notamment

et si on reprenait vie, à soixante-cinq ans depuis une valse

oui, mais quelle valse ?

vendredi 12 février 2021

on est dans le salon, mais le salon est plus grand que notre salon réel, on danse, on ? on est quelques-uns, quelques-unes, et surtout, très vite on est deux S et moi, c’est bien S, la compagne de J, et nous sommes plutôt heureux de nous retrouver à danser ensemble

l’abrazo ne ressemble pas à l’abrazo de S, elle s’appuie davantage sur ma tête, mais elle danse bien

je m’aventure à une danse plus libre et plus « fougueuse : je prends plus d’espace et clairement, elle part, ses pieds partent dans une autre direction que les miens, j’ai, je me suis vraiment trompé, je veux dire mon interprétation de ses appuis était complètement erronée, on a failli se vautrer, mais non

je m’excuse

s’ensuit comme un échange après la danse, elle est du même calme et de la même bienveillance que ce que je lui connais dans la vie réelle, et elle parle de ma façon approximative de gérer les temps, la mesure dans la musique, bref, je ne compte pas, et je pars ou finis un mouvement sur n’importe quel temps, je reconnais la rigueur de J., de l’allemand, dans ce qu’elle dit

bref nous nous retrouvons dans la voiture, nous sommes place Saint Hilaire, je crois, au sortir de la rue Saint-Hilaire

pour je ne sais quelle raison, elle doit sortir (place saint Hilaire, c’est à proximité de notre espace  de pratique de tango du mercredi, avant le covid, les confinements, le couvre-feu, etc) et je dois l’attendre

pour dire au plus juste : nous repartons, je roule sur les boulevards, sauf qu’en fait je me rends compte que j’ai oublié S, la place du passager est vide, je me rends compte que je l’ai oubliée, je prends mon téléphone, mon intention est de l’appeler et de lui dire que je rejoins la place, l’endroit où je l’ai laissée

je n’ai pas encore appelé qu’arrive à ma hauteur, en scooter je crois, une jeune femme, à peu près de l’âge de J et P (que nous accueillons pour le week-end), une jeune femme « indépendante », « détendue », « simple », « déterminée », elle est châtain, elle a peut-être des taches de rousseur, de taille moyenne, vêtue peut-être d’un jean et d’un pull, bref elle me regarde fixement, et longuement, elle a la tête tournée vers moi, elle sur son scoot moi au volant de ma voiture avec mon portable dans la main

son regard et son attitude insistante me font penser qu’il s’agit peut-être d’une prostituée, en tout cas je ne réagis aucunement à sa sollicitation si c’est une sollicitation et m’applique à composer le numéro de S

un peu plus loin, je l’entrevois, cette jeune femme, assise sur des marches avec son compagnon, elle parle vivement, ils semblent être dans une « scène » de jeune couple

je suis toujours dans la voiture, portable en main

sauf que, sans doute, je me réveille, et je n’irai pas rechercher S

le réveil en quelque sorte fait partie du rêve

je repense à la série « En thérapie » dont on a vu quelques épisodes ces derniers jours

je réfléchis à la théorie freudienne du rêve, à la géniale invention de « l’inconscient »

aux formes modernes d’appropriation du sujet par la théorie de ce qui lui échappe

on dit « mon rêve », « ton rêve » quand rien ne permet d’attribuer de telles places fixes

« ça rêve » dans la tête d’un homme ou d’une femme qui dort

Cette évidence indique que tout échappe au rêveur, à la rêveuse, alors même que l’interprétation va se cultiver chez le sorcier, l’analyste

ce sont des jeux de place très amusants de guidance, de « guidanse », art de guider et d’être guidé.e

les contenus de rêve sont faits pour servir de combustible au tout-venant, à celui, à celle, à ce qui passe à proximité

offrir un rêve à l’interprétation  et une interprétation à un rêve est un acte de séduction, dans lequel on s’amuse à croire ou faire croire que l’autre me détient et que je suis détenu par l’autre, rêve et veille s’échangent leurs qualités, leurs statuts, leurs auteur.e.s

le rêve et son interprète…

les rêves se prêtent à autre chose qu’à l’interprétation

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu

c’est la plus belle histoire d’amour, dis-tu, que tu as jamais lue, le plus beau roman d’amour et, je crois

je crois que je te crois, c’est pourquoi j’en fais ma priorité, comme on dit, je le mets, vendredi ? était-ce vendredi ? je le mets au-dessus de la pile de toutes les choses que je devais faire, cette raison d’amour est à la base de tout, mais de quoi l’amour est-il le nom, voilà, depuis si longtemps ! une très bonne question

une très bonne question puisqu’à considérer le plus que je puis considérer, c’est toute la vie, la respirée, l’irrespirable, la mal respirée et la si délicieusement humée, touchée – la respiration touche tout le corps du respirant et ce tact est fait de lumière, de chlorophylle, et le monde, dans sa version hyper simplifiée mais o combien amoureuse, est là, c’est elle, la vie, qui apparaît et dans la question et dans ceux, celles qui questionnent

c’est ça, avec le moins d’apprêt poétique possible, ici, l’accès en poésie pure, c’est-à-dire en amour pur et de quoi pur est-il le nom si ce n’est de toi

pas du tout l’idée virginale qui m’a en tant qu’homme rendu, et en tant que blanc, et en tant qu’etc., rendu aussi violent, plongé jusqu’au cou dans la philosophie et la poésie impures de la pureté

c’est le nom de nous

quoi ?

c’est le nom de nous

l’amour ?

mais de quoi nous est-il le nom ?

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reprenons

reprenons ?

c’est-à-dire réécrivons

réécrivons ?

tu veux dire que c’est moi qui écrit et pas toi ?

oui

mais quel est le roman que tu m’as donné à lire ?

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, de Zora Neale Hurston, traduit par Sika Fakambi

Reprenons, c’est-à-dire réécrivons, mon langage est assez primaire et je crois que déjà il disparaît, il se dissout dans la vie qui m’est faite, je me sens dans l’abandon de lui et quelles que soient ma joie ou mon effroi la réalité de cet abandon suit son cours, reprenons, réécrivons, c’est juste pour dire comme on commence seulement à penser écologie du vivant : tu n’es ni mon environnement ni ma part maudite ni ma lectrice, juste, vue d’ici, ma bienaimée, qui veut tout aussi bien dire ma si mal aimée, mais passé le seuil de nos représentations scindées, nous nous aimons et chacune à sa façon on se dit merci mais de quoi merci est-il le nom

Si cette page pouvait à l’instant devenir sanctuaire, je viendrais chaque matin m’y baigner

Reprenons, réécrivons

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L’histoire de la lecture de ce livre c’est toi d’abord qui l’offre à M, la compagne de S, tu as repéré la critique de Toni Morrison, l’édition Zulma t’est une maison chère, c’est l’époque des cadeaux

M le passe à S qui le lit, et, désirant tant partager son enthousiasme de lecture te l’offre en retour, tu le lis, et très vite, en lecture, tu me dis qu’il faudra absolument que je le lise, en attendant, tu l’offres à Sn, et, dans sa version originale, à Mm, sa compagne

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ce qui pour moi, ici, s’appelle plus qu’une lecture préparée

S l’a offert à Do, à toi, en même temps que Rodoreda, Place du diamant, même chose : l’ai lu après

si j’avais le temps ferais un livre sur ça : lire exclusivement après, APRES la lecture des êtres chers, pister le goût de nous, peut-être

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je ne sais plus trop à cause de quoi mais j’étais foutrac juste avant de me mettre à lire ça, une allure dépressive

comme toujours je crois, c’est une histoire d’amour chauffée à l’arc de la dissension mais je ne sais plus trop quoi, enfin, plutôt, pas le droit ni le désir d’enfreindre le secret qui court entre nous comme il court partout chez nos êtres chers et au-delà

et la dissension se faisait imperceptible derrière nous, comme une trainée de comète déjà loin, oubliée quoiqu’encore queue de comète

elle traînait derrière la joie réelle, derrière le bilan global de joie, si on faisait une analyse institutionnelle des sentiments

et mieux vaut lire ça, ce livre de Hurston, qu’écrire, me dis-je alors en silence un beau matin, car la queue de comète avait enroulé l’univers entier dans son art tortu de la dissension

et qu’est-ce que c’était la dissension portée à échelle au-delà de soi ? c’était l’époque de la honte, de la honte d’être un garçon, c’est ça, je me rappelle, c’était la honte, c’était décidément la honte, je ne veux pas être un homme, je ne veux pas avoir été un homme

plus encore qu’avoir été un Blanc, je crois

pas un homme, veux pas

pourquoi ?

cette honte est politique te disais-je lorsque tu repoussais d’un revers de main le mauvais sentiment, forte d’un syllogisme imparable, Tu m’aimes, je suis un homme, tu aimes un homme que je me trouve être

je peux ici te donner meilleur rôle qu’à moi, pas difficile, puisque rôle de femme, à mes yeux, c’est de toute façon meilleur que le mien

mais ça ne servirait à rien, de se renvoyer l’essence hypocrite à la figure, ce qu’on sait le mieux faire, mentir effrontément à la face de soi comme d’autrui, et qu’on s’aime soit le nom de ce mensonge

je pense que peut-être aussi, toi, tu en as un peu marre d’être une femme, que toute cette histoire commence un peu à gonfler, non ? restons ouvert dans notre question : qu’en penses-tu ? non, après un livre pareil, pas possible d’avoir marre d’être une femme puisque justement, femme commence, avec un pareil livre

tu parlais de honte ?

oui

honte d’être un homme et pas marre d’être une femme qui commence

la honte c’est le viol qui en est l’axe, le viol pensé jusqu’au fin fond de « l’homme bon » et que la honte ait changé ou plutôt soit en train de changer de camp, ça, on y tient, tous les deux, d’où cette signification politique de la honte dont je te parle

il ne suffit pas de se désolidariser du viol-axe ni d’être un garçon, un homme qui t’aime

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qui donc, ici, fera un bon résumé du livre de Zora Neale Hurston ?

allez lire la quatrième, et piochez ici ou là sur la toile

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à part la famille blanche, les Washburn, dans quoi tombe Janie, la personnage centrale, narratrice devant Phoeby, l’amie solaire, à part la vie blanche dans quoi elle tombe au point de ne pas se voir sur la première photo d’elle comme de famille parce qu’elle se voit blanche comme les autres et se cherche cherche alors qu’elle est quand même, à part cette origine-là toute blanche, qu’elle est quand même

il n’y a, à peu d’exceptions secondaires près, que des Noir.e.s dans l’histoire, au point que quand tu sors du livre tu peux réellement te poser la question symétrique, si on faisait une photo de toi avec ceux et celles que tu as appris à aimer, la question symétrique à celle de Janie, Mais où je suis, moi ?! tellement je me verrais Noir plutôt que Blanc !

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mais avant ça, le début début du livre, quand cette femme, Janie, revient dans la ville où tout le monde la connaît vu qu’on apprendra que ça été la femme du Maire

rien que ça, rien que ce début, où ça jase sur cette femme qui est quand même la honte, partir avec un jeunot, etc., dans l’écriture, c’est la bascule de honte à vie, on le voit-sent tout de suite, c’est tout le sujet

le sujet de quoi ?

le sujet de comment, parce qu’on aime, on s’extrait de là où on se trouve, et on extrait même la vie sociale d’elle-même, et comment on sent poindre, puisque c’est une écriture noire de Noire, que Révolution est un mot qui prend sa source ici même en un sens peut-être toujours et encore inédit, à savoir un sens vital de l’amour vécu – on n’a rien du contenu, de l’histoire, mais c’est ça la grâce de l’écriture, qu’on sente tout au détour des phrases qui vous transpercent de leur sens  comme le soleil sur votre visage à travers le rideau de la fenêtre

et comment on sent que le sujet va être aussi d’extraire la communauté d’elle-même

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je dois dire que mon taux d’émotion a battu son plein dans la première grosse moitié du livre, du temps que Janie ne trouve décidément pas vie à sa taille et me suis calmé lorsque l’émotion battait son plein pour l’écrivaine et sa bande

quoique

si je relis en silence et si je me repasse le film du livre, il restera cet ouragan qui nous tue quand il est en train de les tuer, mais qui ne nous fera rien regretter parce qu’on est de ceux et celles qui se sont aimé.e.s par-delà tout, qui se sont vécu.e.s jusqu’au trognon, c’est la plus belle histoire d’amour que j’aie jamais lue as-tu dit en me donnant le livre, jamais j’oublierai ça

et c’est le livre d’une femme et c’est le livre d’une Noire qui me donne ça

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c’est un livre bible en fait, du genre à vous refonder sur du plein vide 

dans le livre, la question n’est absolument pas tranchée de l’existence ou pas de Dieu et on s’en fout puisque l’énergie de la chose puise dans la même histoire qu’on a les uns avec les autres, mondialisée et mondialisante, qu’on le veuille ou pas, et Dieu fait partie de cette histoire-là, qu’on pourra évidemment reprendre aujourd’hui, mais sous l’angle d’une femme et sous l’angle d’une Noire

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si vous dites trop tôt chef-d’œuvre vous tuez dans l’œuf la promesse de travail, de transformation qu’on se fait en lisant un peu comme un pacte de gamin, de gamines qui se refilent un livre comme on se promet une vie

ne disons donc pas trop tôt chef d’œuvre afin de ne pas nous reposer trop vite, de ne pas nous abstenir de lire vraiment

c’est écrit, c’est publié en 1937 et franchement du haut d’aujourd’hui c’est exactement le livre qui te fait voir l’infini du passé et l’infini de l’avenir

l’émancipation a bel et bien son infini dans les deux sens

ce livre qui désormais est largement derrière nous nous apprend à aller devant, à passer 2021, je crois

vous allez y trouver les problématiques classiques de l’émancipation, des premières émancipations

et nous sommes tous et toutes, comme Janie, penché.e.s à la barrière de son petit enclos d’enfance, vous savez de cette prison spéciale dans laquelle, que vous soyez dedans ou dehors, en fait, vous sentez la même prison et qu’il vous faudra un événement que vous ne savez pas pour sortir de là

et l’idée qu’un homme puisse venir incarner l’événement de vie pour l’être tourné à la vie qu’est une femme, ça ne se réduit pas à des représentations encore enchaînées à la vieille domination, à l’infernale domination masculine, puisqu’il suffit qu’à homme et femme on substitue ce qu’on veut comme pièces, jetons d’amour

et voilà de quoi recharger la batterie d’aujourd’hui par exemple d’un type comme moi qui était mal barré, se voyait vraiment noirci de la honte d’être un homme c’est-à-dire d’être, d’avoir été toujours du côté mort malgré le prodige des apparences (j’ai été durablement impressionné par le livre de Marguerite Duras, La maladie de la mort)

demandez à n’importe quel violeur ou non entendeur d’autrui de regarder ce qu’il a fait et vous verrez l’anthropologique résistance à se reconnaître en décision de violence et vous éprouverez ma sensation de honte

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pourquoi tu as lu oralement le livre de Zora Neale Hurston, et pas seulement ça, pourquoi tu as enregistré, sans aucune reprise, cette lecture ?

pour produire le document de ma lecture, sans rien laisser entendre qui serait mieux parce que disparu

et pour aussi mettre en acte l’oralité fondatrice du livre, ou plutôt refondatrice car elle est au féminin cette oralité, et quelle oralité ! – merci à Sika Fakambi de nous la réinventer, première fois que j’entends du nègu’ qui me renverse vraiment (de quoi peut-être réviser le missel de l’oralité en littérature moderne)

et la mettre en acte, c’est prêter ma voix muée de taureau (ou de lion, me suis vu en lion récemment en petiote séance de méditation) à l’événement d’une voix de femme noire, qui #balance ses porcs avec un tel panache – et il n’y a pas que ses deux premiers maris comme porcs, toute la gente masculine à tout moment bascule dans la porcherie – vous savez, cette porcherie d’Orwell, de La Ferme des animaux où porc est celui qui se déclare plus égal que les autres :

ce que tout homme a commencé par faire à la face féminine

j’ai aussi enregistré pour exercer la présence à ce qu’on lit de vive voix dès la découverte de ce qu’on lit : être à ce qu’on lit : on ne peut pas apprêter une lecture après de premières et solennelles et silencieuses lectures, on y va direct, et tantôt ça roule, c’est connecté, et tantôt ça crisse, ça ment parce que la lecture est débile, rate les marches trop hautes de l’écriture de Zora

qu’est-ce que tu veux faire de ces enregistrements que tu as classés de 1 à 20, selon la chapitration de l’auteure ?

je ne sais pas, rien

ça ne peut pas faire livre sonore, ce serait une insulte à la belle et subtile fonction d’ingé son, un peu moins insulte au métier de lecteur, globalement ça pulse ma façon de lire sans filet, même s’il y a des pans, notamment de dialogues, franchement mauvais ou des démarrages lentissimes et pâteux, au début j’ai pas pu m’empêcher de chialer et ça se fait pas, je pense que ça doit être bien ridicule, mais comme le but est de n’en rien faire, ces questions sont oiseuses, seule l’expérience ne l’est pas

.

tout le dessein du livre est tellement présent d’emblée et ça a eu sur moi un tel effet bœuf

unité de phrase et de livre, les trois premiers paragraphes sont dans un marbre que tu soulèveras à toute entrée en littérature

.

mais qu’est-ce qui fait que la littérature, que cette littérature « positive » – on pourrait dire au fond que c’est l’histoire d’une vie « réussie », avec obtention de graal

qu’est-ce qui fait que ce livre on le place tout en haut de la pile de littérature, alors que le moteur littéraire c’est quand même bien l’échec et le mal ?

le graal de l’émancipation féminine, c’est peut-être ça, le secret

tellement de toute façon pas acquis dans le réel sociopolitique qu’il prend une touche d’infini

un infini qui va faire vivre tout le restant de la vie de Janie dans sa maison d’ex-maire, Tea Cake, le troisième homme, l’amant, étant mort mais éternellement présent en facteur de joie sonnante et trébuchante

parce que la joie, elle a commencé dans cette maison tristement close sur le fermé de toute domination déterminante, de toute détermination dominante, elle y a commencé, la joie, la vie, donc le fermé il se trouve de facto réouvert

.

oh, allez, deux citations juste avant de finir, la première, en plein ouragan :

« Dans une brève accalmie du vent, Tea Cake esquissa un geste vers Janie et dit, « Me figure ça que maintenant tu regrettes de pas être restée dans ta grande maison là-bas loin de telles choses de la sorte, pas vrai ?

– Naaan.

– Naaan ?

– Naaan. N’importe comment les gens y meurent pas avant que leur temps soye venu, s’en fiche pareil où tu es. Moi chuis avec mon homme dans une tornade, puis c’est tout.

– Merci plein ma tite dame. Mais mettons voir à supposer que tu t’en vas présentement mourir. Tu serais pas en rage après moi que je t’ai traînée ici ?

– Naaan. Nous deux on est ensemble ça fait comme deux ans. Si tu peux voir la lumière au lever du jour, t’en fiches pareil si tu vas mourir au tomber du soir. Y a si tant de gens qu’ont jamais vu aucune lumière du tout. Moi j’étais rien qu’à farfouiller dans le noir et Dieu y m’a ouvert une porte. »

Il se laissa tomber au sol et posa la tête sur ses genoux.

« Donc alors Janie, tu penses vraiment tout ça que tu disais pas, vu que moi ici j’ai jamais connu que t’étais tant satisfaite avec moi de même. Moi je croyais que… » 

Le vent revint en triple furie, et une bonne fois pour toutes éteignit les lanternes. (…) Tous semblaient fixer l’obscur, mais leurs yeux dardaient sur Dieu. »

.

et, évoquant la scène épique où son homme la sauve du chien qu’on apprendra enragé, et la sauvant se fait mordre :

« – Pauvre moi. M’aurait taillée en pièces, si c’était pas que t’étais là, cher.

– T’as pas besoin de dire si c’était pas que j’étais là, bèbe, vu que moi je me tiens ici devant toi, en plusse que je veux que tu saches qu’ici devant toi t’as un homme. »

Je reconnais que Hurston m’a d’un coup repêché le mot « homme », il était moins de deux…

Toi, la citation que t’as noté sur ton carnet c’est :

« Dieu y m’a arraché du feu à travers toi. Et je t’aime et j’ai de la joie à ça. »

Et puis c’est un bout de la page 240 puis le tout dernier paragraphe qui lui aussi fait partie du marbre planté au seuil de toute littérature

Et donc Je reconnais que Hurston et toi vous m’avez d’un coup repêché le mot « homme », il était moins de deux…

mais la beauté du livre va plus loin et maintient l’énigme de la violence, de la destruction masculine : Tea Cake a chopé la rage, et va finir dans la haine, dans la même haine pure que Janie a lu dans le regard du chien fauve sur le dos salvateur de la vache surnageant dans les eaux déferlantes du lac

et Janie, pour se défendre autant que pour défendre devant l’éternité l’honneur de Tea Cake, son si bel amant, Janie va le tuer, et c’est amusant le procès en accéléré plus qu’expéditif juste après :

il y a un jugement blanc qui blanchit Janie, et un jugement noir qui la noircit, puis une révision radicale de tous les jugements :

dans Eatonville, cette ville d’une utopie à déconstruire encore et encore à mesure de la déconstruction des dominations

dans Eatonville qui est à reconstruire, parce qu’on s’aime

mais ce n’est déjà plus de l’utopie, c’est de la danse

.

ayant lu ça Gustave Flaubert réécrit complètement autrement sa ‘dame Bovary, sûr et certain

et peut-être que Tiago Rodrigues a un peu senti cette fiction, défiction, refiction lorsque sa lecture scénique de Miss Bovary s’est décentrée amoureusement sur Charles, sur Charbovary

jeudi 4 février 2021

non, tu n’es pas un personnage, mais oui tu es personnage

tu es une personne, oui, et non, personne est le mot réversible qui tient en haleine pour un jeu qui est fini, je crois

persona le masque

personnes et personnages, soit

.

tu es à côté de moi

hier midi nous avons beaucoup parlé

nous avons parlé au lieu de baiser

nous nous sommes d’abord tenus à couteaux tirés parce que l’ordre de la parole contredit l’ordre du sexe et vice-versa

.

quand bien même nous serions le plus sincèrement philosophes, le plus sincèrement deleuziens, masculin pluriel, nous serions obligés d’entendre, déplier et conserver notre secret

le secret

l’avantage d’un secret, c’est que nous savons ce que nous cachons

la fiction du secret entretient la fiction de la vérité

.

je comprends que ce soit insultant pour les femmes d’ériger à ce point le phallus au centre de la structure humaine

Lacan aura eu le mérite d’avoir poussé le bouchon

métaphore de la pêche ?

imaginons une femme pêchant et constatant que les hommes ont à ce point mordu à l’hameçon du phallus

ferre-t-elle ?

maintenant imaginons femme pêchant avec au bout de sa ligne l’hameçon clitoris (Catherine Malabou), pêche miraculeuse ?

moi je n’ai qu’une éthique : l’éthique du désenvoûtement

si vous voulez réenvoûter quelqu’un, ne comptez pas sur moi, ce n’est pas dans les services que je propose, si je propose des services et bien sûr que j’en propose, des services, même si je me trouve bien nul

.

nul ?

nulle ?

personne et personnage de toi-même autant que personne pour moi et personnage dans ma fiction de moi, tu n’as quasiment pas dormi cette nuit, tellement tu te sens nulle

.

ce que j’ai compris, me semble-t-il, à l’extérieur de cette scène d’écriture, je n’arrive pas à le verser dans l’écriture, d’habitude c’est l’inverse, l’écriture vient découvrir, donner un la de lucidité

je suis complètement passionné par toi

comme un bon romancier peut l’être avec son personnage, un vrai autre que lui-même

sauf que je ne suis pas romancier et que tu n’es pas mon personnage

et que la fiction politique ne s’interpose pas encore au cœur de la nuit, car il fait nuit encore, et j’aimerais tant que les lumières de la nuit se prolongent

fiction politique ?  l’idée d’une conscience donneuse de droits, de liberté  et de morale

une conscience partagée qui voudrait, qui aura voulu posséder le devenir

le constructivisme du genre comme du désir est une faiblesse

car faible est celui ou celle qui refuse sa faiblesse et la faiblesse, c’est qu’on est exposé et qu’on ne détient pas le regard porté sur nous ainsi exposés

il n’y a pas de nature mais il n’y a pas non plus de culture, de construction consciente pas même sous des traits renouvelés, déconstruits

si je dis avec la force candide de l’acteur que j’ai honte d’être garçon, vraiment honte, ce n’est pas du tout que je désire, que j’ai désiré être une femme, devenir femme, ce n’est pas du tout que je veuille devenir ce que je suis n’étant ni homme ni femme

je ne veux pas devenir, je deviens, et la honte d’être un garçon et le non-sens d’être une femme me portent au seuil de toi, et l’amour que je te porte, aussi connement et vraiment dit, c’est le même nom que l’extrême curiosité que j’ai de toi

nous sommes comme le philosophe, en fin de vie, qui se pose la question, mais qu’est-ce que j’ai fait, c’était quoi, ce à quoi je me suis livré toute ma vie ?

c’est ce livre-là que nous écrivons – j’ai encore puissamment l’idée, le désir de livre sous mes doigts et dans ma tête, mais je sais, et tu sais, que « livre » n’est plus le mot adapté au seuil que nous touchons

je ne veux pas devenir ce que tu es

et si je rentre un peu dans ton cerveau, après avoir frappé à la porte, après une si longue histoire de violence, si longue, oui, ce n’est pas avec le vœu de te devenir en moi ni me devenir en toi

la subjectivité passive et active nous est connue, archi-connue

et nous pouvons, avec délectation, échanger nos rôles, oui, passif et actif – ne jouons pas sur les mots, passif ne veut pas dire passif : passif est l’égal d’actif, notre modèle d’émancipation n’est pas un modèle d’actif, un modèle actif, il est tout autant passif, un modèle passif

je ne raconte pas ton histoire parce que je ne veux pas vendre ton secret, notre secret

notre secret est niché dans ton secret et vice et versa

la relation désubjectivée dont je parle n’a rien d’un décret et la légalité subjective demeure, ta légalité subjective demeure et pas du tout envie de loger une force violente contre ça

ce n’est pas violent, ce que je te dis

ce qui entre nous se dit n’est pas violent, et lutte pacifiquement contre les violences que si souvent nous retournons chacun.e sur nous-mêmes, et, en bon couple conjugal qui se respecte, sur l’autre – parfois, et dieu merci pas si souvent que ça

le couple intérieur que nous faisons avec nous-même est aussi chiant que le couple que nous formons en couple

la singularité foisonnante du deux n’est ni binaire ni dualiste

.

c’est pourtant un roman poétique que j’aimerais écrire avec toi

et qu’est-ce qui s’écrit, entre nous, à la place de ce vœu encore subjectif, masculin, ripollien ?

je crois, j’en suis sûr même, que mon échec de vie, un sentiment d’échec comparable au sentiment d’échec qui cette nuit t’a traversée, c’est le tour esthétique de notre trouvaille, à savoir qu’en nous trouvons… (gardons la faute de frappe)

qu’en nous trouvant nous avons trouvé quelque chose

nous avons trouvé notre extrême fragilité, appelons ça comme ça, histoire de nous interdire le claironnant

ni l’un ni l’autre ne sommes le la héros du couple, du deux

et jamais la langue d’ici ne portera le silence de là

et que nous aimions jouer ensemble, l’un.e pour l’autre, l’un.e avec l’autre ne change rien à la solitude apparente qu’il faut assumer – j’assume la solitude de cet écrit et tu assumes la solitude de ce qui n’est pas écrit

.

chaque pas que nous visons nous essayons de le faire juste, de placer métatarses, cheville, genou, hanche et côtes, d’un seul et même mouvement, de manière à aller du premier coup sur ce pas, de manière à ne pas encombrer le dialogue auquel nous avons notre vie à consacrer – une danse à n pas

si je prends au mot mon ami théologien qui dit que sa relation à Dieu n’est pas du fantasme, je lui demande de me prendre au mot lorsque je dis que ma relation à toi n’est pas du fantasme

nous avons besoin d’un autre mot que Dieu en même temps que d’un autre mot qu’autrui

non pas pour escamoter notre affaire en plein spectacle, en pleine décomposition mondiale

mais pour aller là où nous aimons

nous aimons veut dire : nous nous aimons

il faut comprendre ça

nous aimons veut dire : nous nous aimons

le Grand Jeu de l’indifférence nous restera parfaitement utile

notre amour commande un bon taux d’indifférence entre nous

mais nous sommes capables de nous déclarer aux deux bouts les plus éloignés de l’univers (que nous mettons au singulier par commodité), nous sommes capables d’exprimer que nous nous aimons

et quand je dis nous je dis aussi bien nous, deux petites personnes en ce jeudi 4 février 2021 à Mont-Saint-Aignan, et nous, événements aux deux bouts les plus éloignés l’un de l’autre de l’univers, je ne métaphorise pas, je nous déplace, et peut-être les deux bouts d’univers sont aussi, eux aussi, déplacés, considérables et déplacés

voilà, j’ai dit ce que j’avais à dire ce matin, sans rien avoir défloré de notre secret, qui est toute notre histoire, je crois m’y être tenu, et cependant ouvertement tenu

Lampions et décos décrochés

entre 4h10 et 5h44

une heure trente-quatre de micro expérience d’un passage de subjectivité universelle à relation universelle

4h10. Un peu trop tôt pour se lever, Elia et Simon arrivent à midi, pas question d’être décalqué par une nuit trop courte, je ne me lève pas, donc se rendormir mais se rendormir ne se commande pas, à moins de réessayer l’autohypnose, quelques rudiments d’autohypnose

on se commande, on se suggère un chemin

mon petit chemin singulier, petit problème ambulant

c’est désormais les limites extérieures de mon corps

et soudain un centre apparait

poser les limites extérieures du corps pose un infini centre, une zone centrale

limites extérieures du lit, limites extérieures de la chambre, de la maison, du quartier, de la ville, de l’agglomération, de la région, du pays, de l’Europe, du monde, du système solaire, de la galaxie, de la région galactique, etc.

sauf que

le centre, « l’infini centre » dégagé dans le lit fait écart avec le centre de la terre

et la sphère imaginée depuis ce centre déplacé en regard de celui de la terre vient toujours prendre en intersection la chambre, la maison et, et…

la chambre avec la cuisine et un bout d’extérieur et de sous-terre

élargir à la maison c’est élargir à un bout de jardin, à la nouvelle maison des voisins construite à la place du vieux cerisier centenaire, à l’atelier de la voisine derrière, de même le quartier, même avec une connaissance approximative de ma situation géographique et topographique, mon élargissement ne correspond pas à la division de la pensée active commune, aux découpes administratives et scientifiques

mes limites sphériques se creusent dans la terre, dans le ciel et dans les horizons terriens, puis spatiaux

mon élargissement au système solaire s’intersectionne avec une zone hors du système solaire et ainsi de suite, même dans l’ignorance des savoirs sur lesquels chaque mot ici présent repose, l’hypothèse sphérique s’intersectionne avec l’autre sphère, satellite elle aussi, de la terre

la présence de Do à côté de moi dans le lit engage la multiplication infinie des sphères

mon infini centre englobe ou s’englobe dans l’infini centre de Do à côté et de toute la population terrienne humaine, puis vivante, et peut-être même l’infini centre de l’âme de l’inerte

et si je m’arrêtais à l’intersectionnalité universelle je manquerais l’expérience inconfortable mais o combien intrigante et vivifiante

est-ce que les deux Nords, magnétique et géographique, et le différentiel appelé déclinaison magnétique, sont une image de ce différentiel relationnel qui déporte ma subjectivité et toute subjectivité non pas vers l’autre subjectivité ni, conceptuellement, dans l’intersubjectivité, mais dans un infini centre appropriable par aucune subjectivité, mais en soi centré

en descendant au plus infini de mon centre subjectif je découvre un deuxième centre, non pas celui classiquement appelé centre de l’Autre, d’une autre subjectivité, fût-elle absolue et désignable par le nom de Dieu

.

bref au bout de quelques tentatives attentionnelles de cet ordre, je compte jusqu’à cinq , c’est mon grossier code hypnotique pour m’endormir au bout de 5, et de fait, si je ne m’endors pas stricto sensu à cinq, j’observe un réel engourdissement

et j’arrive à un état qu’on pourrait qualifier d’intermédiaire entre veille et sommeil, entre rêve, rêverie, méditation, j’ai dû dormir puisqu’il est 5h44 et qu’à aucun moment il n’y a eu « l’ennui insomniaque »

et cette manière de vivre dans l’interstice du sommeil et de la veille ressemble à cette expérience qui se tient entre le sujet et l’autre sujet

bref à l’infini centre relationnel

qui déporte mon centre

.

l’expérience tardive de la danse, du tango, et l’expérience éminemment maladroite

parce que le corps a déjà toute une histoire

la distance, l’écart entre cerveau, cœur, mains, plante des pieds, qui chacun peuvent faire infinis centres est peut-être une image, une analogie du centre relationnel

cerveau, cœur, mains, plante des pieds, etc., ensemble, ont toute une histoire et une foultitude de déterminations, de reproductions schématiques

tout un tas de schémas imprimés comme une fois pour toutes

et cependant

une plasticité créative se trouve, entre 4h10 et 5h44

et induit une certaine métamorphose du même monde qui, en France, va reprendre son jour du 22 janvier 2021

samedi 16 janvier 2021, ou tentative de traduction de la veille, ou, j’ai honte d’être un garçon

– qu’est-ce que tu voulais dire hier ?

– ce que je voulais dire ?

– oui, ce que tu voulais dire

– qu’est-ce qui voulait se dire hier ?

– si tu veux

– qu’est-ce qui voulait se dire hier, ce qui voulait se dire hier, à propos de caricature ?

.

– oui, à propos de caricature

– hier c’était la nuit où au lieu de raconter toute ma vie et sa façon bien à elle de s’échouer au pied de la fin, j’ai disserté, on pourrait croire que j’ai disserté, j’ai fait semblant de disserter, ma nuit pourtant était extrêmement centrée, calme, j’étais, et si tu relis aujourd’hui, je crois que ta voix si elle se coule un peu dans la mienne peut retrouver la poésie non exprimée mais infiniment là

– tu parles d’une poésie sans poète ?

– oui, c’est ça, c’est une bonne formule, une poésie sans poète, je crois qu’on peut retrouver ça si on relit, jusqu’au bout, mais aujourd’hui

– aujourd’hui ?

– aujourd’hui j’ai envie de te faire plaisir, j’ai envie de te traduire « ma » langue d’hier, oh, pas du tout une explication de texte, ça ne mérite pas d’explication de texte, c’est toi qui mérite qu’en te parlant je m’efforce de me faire comprendre de toi, sans cependant tirer le dire pour te complaire, et la difficulté c’est ça, de te parler, de te dire que je t’aime sans te complaire, sans chercher à te plaire, c’est ça la difficulté

– sans me séduire ?

– c’est peut-être le mot, la caricature c’est ça, c’est l’homme pris la main dans le sac en train de séduire, dans sa tentative de séduction, dans sa grossière tentative de séduction

se faire comprendre au sens de séduire

je voulais parler de ma caricature d’homme, de ma caricature d’écrivain, de ma caricature de citoyen, de ma caricature de mystique, de ma caricature d’existant

c’est de ça que je voulais parler

– de ça vraiment ?

– pas de ça vraiment parce que, je le confesse, je voulais parler de ce que je sens à savoir que la caricature n’est pas plus la mienne que la tienne, à cet endroit, je voulais peindre ma caricature en même temps que la tienne

– en même temps que la mienne ?

– en même temps que la tienne

– tu voulais en fait m’inviter à visiter, à me visiter sous l’angle de la caricature, c’est ça ?

– je le confesse

– pourquoi tu dis, Je le confesse, ça m’énerve, pourquoi une histoire de confession là-dedans, je ne suis ni curé ni moraliste, tu fais chier avec ton histoire de confession

– je dis Je le confesse, parce que c’est une invitation pas faite pour plaire, ni te plaire, ni me plaire

dans l’art de la caricature, il y a une grande palette, une grande variété de formes, de traitements, Molière a excellé dans cet art

il a compris que plaire au Roi c’est-à-dire à la Cour entière ça pouvait vouloir dire ne vouloir plaire à personne, ni même aux Malherbes de circonstance, aux écrivains porteurs d’art comme on dit porteurs d’eau

.

– pourquoi tu parles de Molière ?

– quand je parle de Molière je parle de mon père, je ne parle pas de Molière pour parler de mon père, mais parlant de Molière, mon père vient dans la cariole du nom, Molière le transporte avec lui

j’imagine que Molière saura aussi écrire la caricature de mon père

– est-ce que je dois comprendre que ton intention était, hier, que ton lecteur, ta lectrice se fasse, doucement, son propre chemin pour découvrir sa caricature personnelle, mais que tu n’étais pas forcément à l’aise dans cette technique pourtant classique dans tout art, pas à l’aise, parce que tu ne veux pas être un pervers

en disant que la caricature est au milieu, tu as l’impression d’éviter de faire la leçon, à l’autre comme à toi-même, car la caricature suppose quand même toujours une leçon, un enseignement, un jugement, est-ce que je peux comprendre ça ?

– il n’y a pas de plus grand art que celui qui pourchasse les ridicules jusqu’au tréfond invisible du ridicule

aujourd’hui Molière écrirait Les Précieux Ridicules, il ferait ce travail, difficile de se faire écrivain femme pour traquer le ridicule qui consiste à chercher par tous les moyens à plaire, et, évidemment, à se tromper de moyen

– reparle-moi de toi, plutôt que de Molière, plutôt que d’une Molière aujourd’hui

– j’ai honte d’être un garçon

– un frère ?

– un garçon

– un homme ?

– un garçon

– un confrère ?

– un garçon

– un bonhomme ?

– un garçon

j’aimerais bien, par exemple te raconter mon histoire de garçon avec E., et la grande pitié rigolarde qui en émanerait, j’aimerais bien arriver à faire ça, et en même temps résolument plus envie de faire mal à qui que ce soit, et les bras m’en tombent d’avance

les garçons se sont constitués pour se séduire mutuellement, devenir des confrères et pour s’entretuer

il y a belle lurette qu’il n’y a plus de papa, ça n’existe plus, il n’existe et peut-être n’a-t-il jamais rien existé d’autres que des Frères

tous les Pères sont des frères déguisés

.

– tu as honte d’être un garçon ? on le dirait pas, au lit, on le dirait pas

– parce que garçon est désiré par toi, tu sais bien, il suffit que tu me regardes pour que le garçon se lève

en fait, garçon au sens de frère violent voilà ce que je n’aime pas du tout  et garçon peut-il être autre chose que frère violent, au bout du compte, ou commis au service de Frère Violent. Crois-moi, je crois avoir fait le tour de la question, et garçon se réduit à ça : frère violent ou commis au service de Frère Violent. À peine aurai-je le dos tourné, vers une autre par exemple, que Frère Violent te reviendra en mémoire et tu te diras, bah oui, il est comme les autres, c’est un frère violent, il a été frère violent avec son ami. Et moi je répondrai que l’ami l’a été encore plus que moi et qu’il s’est donné la caricature de croire qu’il m’avait battu par KO

– qu’il t’avait battu par KO

– c’est ça

violence, méchanceté, agressivité, appelons ça comme on veut, prenons même des noms nobles, comme fauve, comme sauvage, comme animal, prenons ces noms vraiment nobles pour désigner l’agressivité en acte

.

– dis-moi, tu as parlé de Molière, c’est-à-dire de ton père transporté dans la brouette de Molière, est-ce à dire qu’il en est de même pour le Beckett de En attendant Godot ?

– oui, il en est de même

mon père dans la brouette de Beckett

je ne sais si Beckett pousse la brouette ou s’il la tire

– c’est le mot Garçon qui m’a mis la puce à l’oreille

– le mot Garçon ?

– le mot garçon, et ton histoire de métaphysique de garçons à propos de En attendant Godot

.

– je pense que Beckett a voulu se pendre et qu’il a écrit ça pour le faire sans le faire

c’est une position vraiment « classique » dans la Modernité, je crois : écrire pour ne pas se tuer

Le classicisme c’est écrire pour ne pas s’entretuer, pour ne pas trucider l’autre, le frère

La Modernité, c’est écrire pour ne pas se tuer. l’écrivain, l’artiste, le Martyr : même combat, écrire pour ne pas se tuer

au départ des deux, même violence, vraiment, même violence

ce ne sont que des histoires violentes

et là-dedans, l’amour n’a jamais été que caricature, expédient pour réaliser la violence active de l’être, mis au mode garçon

le christianisme a essayé très sincèrement de pacifier le garçon, mais ça n’a pas marché, parce qu’au lieu de se tourner honnêtement vers des femmes il a joué la femme, il a fait la femme et je trouve que c’est l’impardonnable du christianisme – je ne suis pas sûr que ça ait été dit déjà, ça, cette condamnation du christianisme parce que le Christ a contrefait la femme au lieu de chercher au moins une Rabiah, ou une Thérèse d’Avila ou je ne sais

– Condamnation ?

Réfutation ?

Critique ?

Déconstruction ?

– tout ça si tu veux, si tout ça se formule comme alternative à la violence de garçon, que celle-ci soit altruiste : qu’elle cherche à trucider les autres garçons, ou qu’elle soit égotiste, à vouloir retourner la violence contre soi, cette violence ayant pour motif, source, instrument, le féminin

– ?

– la domination masculine, violente ou élégante, sur les femmes est un effet collatéral de la violence de garçon

tout ce développement pour expliciter quoi ? cette petite phrase : j’ai honte d’être un garçon

.

– et tout ce petit développement pourrait être aussi une invitation à aller visiter le démon, la caricature de celui et celle qui lit ? de celle ? de femme ?

– je ne dis pas « j’ai honte d’être un garçon » pour faire plaisir au féminin, à fille, ou pour pleurer dans les jupes de ma mère, ou d’une autre femme-fille la remplaçant, toi par exemple

les plaintes et les larmes sont l’alter ego du meurtre

.

– j’ai besoin d’un peu de silence après une phrase pareille

– moi aussi

vendredi 15 janvier, en mémoire inconsciente de janvier 2015

caricature de moi et caricature de toi
la difficulté de ce jour étant de tenir la danse connectée des caricatures et de ne pas se réfugier derrière le sujet, le sens, la vérité, je ne sais quel Dieu exempt, intact de toute caricature
c’est difficile lorsque nous voyons Trump plonger crocs les premiers dans l’acide de sa caricature
c’est difficile d’aller à, de reconnaître ma propre caricature, ou celle de l’Américain anti-trump
et pas la moindre envie, le moindre sens, le moindre contact avec le nihilisme
lorsque Martin Luther King est assassiné, il est impossible, sauf à Malcom X du fond de sa tombe, d’actionner le bouton caricature de Martin Luther King
et lorsque les artistes sont confinés et que du fond de leurs caves, ils brandissent leurs plus beaux chants et leurs plus belles Défenses et Illustrations de l’art
difficile de reconnaître la caricature de l’artiste, en Claude Lévêque par exemple
lorsque spectaculaire, aussi drôle que toxique et destructrice apparaît la caricature de homme, difficile de faire apparaître, connectée, la caricature de femme
ou, si vous voulez, celle de maître en même temps que celle d’esclave
très difficile sans passer pour le traître de servicel’hypocrite de service, l’acteur de service, l’agent secret de l’un ou de l’autre, en service, en vulgaire service
très difficile
et se profile la caricature de celui qui sent la caricature de l’un et de l’autre, se pensant ni l’un ni l’autre
puisque l’un et l’autre se trouvent devant lui et non en lui, et non lui, ainsi divisé
il est difficile de se reconnaître héritier, héritière de Grotesques en tous genres
c’est plus difficile, beaucoup plus délicat d’aller au Grotesque des vraies victimes, des vraies souffrances, beaucoup plus, vraiment
et les contre-révolutionnaires, les néo-conservateurs, les anarchistes de droite en tous genres sont vraiment des crasseux à surfer sur le grotesque de leurs victimes
c’est vraiment un calvaire de danser avec eux, d’aller sur les lieux de leurs connexions pourries avec l’art de la caricature
et je me mets fatalement du côté des Bons, mais vraiment des Bons, c’est-à-dire des Trans, des Pédés, des migrants, des femmes, mais vraiment sans hésiter
et c’est après, après ce mouvement, qu’aller à la sensation de caricature s’éprouve dans ses putains de difficultés
on peut le dire comme ça
un peu de finesse dans la Barbarie générale et c’est maintenant qu’a lieu un moment de danse sublime ; connecté à l’art de jouer avec ce qu’on peut pas, malgré tout ce qu’on peut
et peut-être avec ce qu’on veut pas malgré tout ce qu’on veut – de bien

je suis en train d’écrire à qui et quelle adresse mettre sur l’enveloppe ?

vendredi 15 janvier 2021

ce jour, entre tous, encore une fois, où le placer ? humblement coincé entre les autres, aussi anonyme ?

ou bien en début début, ou début de chapitre, début de fin ?

.

nuit à son mitan, trois heures et demi

le mot acteur, le mot moteur, le mot abrasif, c’est

caricature

caricature au sens imprévu

d’abord au sens imprévu, avant l’art de la caricature, lui-même exposé à l’imprévu de sa caricature

en même temps, collés l’un à l’autre, dansant connectés, caricatures de nous

caricature de moi et caricature de toi

la difficulté de ce jour étant de tenir la danse connectée des caricatures et de ne pas se réfugier derrière le sujet, le sens, la vérité, je ne sais quel Dieu exempt, intact de toute caricature

c’est difficile lorsque nous voyons Trump plonger crocs les premiers dans l’acide de sa caricature

c’est difficile d’aller à, de reconnaître ma propre caricature, ou celle de l’Américain anti-trump

et pas la moindre envie, le moindre sens, le moindre contact avec le nihilisme

lorsque Martin Luther King est assassiné, il est impossible, sauf à Malcom X du fond de sa tombe, d’actionner le bouton caricature de Martin Luther King

et lorsque les artistes sont confinés et que du fond de leurs caves, ils brandissent leurs plus beaux chants et leurs plus belles Défenses et Illustrations de l’art

difficile de reconnaître la caricature de l’artiste, en Claude Lévêque par exemple

lorsque spectaculaire, aussi drôle que toxique et destructrice apparaît la caricature de homme, difficile de faire apparaître, connectée, la caricature de femme

ou, si vous voulez, celle de maître en même temps que celle d’esclave

très difficile sans passer pour le traître de service

l’hypocrite de service, l’acteur de service, l’agent secret de l’un ou de l’autre, en service, en vulgaire service

très difficile

et se profile la caricature de celui qui sent la caricature de l’un et de l’autre, se pensant ni l’un ni l’autre

puisque l’un et l’autre se trouvent devant lui et non en lui, et non lui, ainsi divisé

.

je peux plus facilement parler de mon sentiment caricatural à mon encontre

mais l’exercice de confession est très caricatural, lui aussi

est-ce que nous pouvons toucher les moments de connexion d’au moins deux caricatures ?

.

ce n’est pas un écrivain qui te parle, tout au plus une caricature, une caricature éhontée d’écrivain

et toi en ce moment je ne sais pas la caricature de quoi tu prends plaisir à être en « me » lisant

l’autiste même est caricature dans son champ d’autiste, aussi génial et visionnaire soit-il

c’est bon, énervons-nous un peu, allons plus vite

caricature de peuple et caricature d’élite

caricature de Démocratie et caricature de Non-Démocratie

il est difficile de se reconnaître héritier, héritière de Grotesques en tous genres

c’est plus difficile, beaucoup plus délicat d’aller au Grotesque des vraies victimes, des vraies souffrances, beaucoup plus, vraiment

et les contre-révolutionnaires, les néo-conservateurs, les anarchistes de droite en tous genres sont vraiment des crasseux à surfer sur le grotesque de leurs victimes

c’est vraiment un calvaire de danser avec eux, d’aller sur les lieux de leurs connexions pourries avec l’art de la caricature

et je me mets fatalement du côté des Bons, mais vraiment des Bons, c’est-à-dire des Trans, des Pédés, des migrants, des femmes, mais vraiment sans hésiter

et c’est après, après ce mouvement, qu’aller à la sensation de caricature s’éprouve dans ses putains de difficultés

on peut le dire comme ça

un peu de finesse dans la Barbarie générale et c’est maintenant qu’a lieu un moment de danse sublime ; connecté à l’art de jouer avec ce qu’on peut pas, malgré tout ce qu’on peut

et peut-être avec ce qu’on veut pas malgré tout ce qu’on veut – de bien

je t’aime tellement

.

et j’ai cru sentir hier que tu m’aimes tellement

nos imparfaits sont tellement connectés

.

que vaut cette nuit au milieu de toutes les nuits, de celles que j’ai vécues, de celles que terre a vécues ?

je suis en train d’écrire à qui et quelle adresse mettre sur l’enveloppe ?

épilogue de vœux

vendredi 8 janvier 2021

.

dans la foule de nos messages de vœux, que lisons-nous ?

qu’est-ce qu’il vient de se passer ? qu’est-ce qu’il se passe ? tout un peuple de lecteurs et d’interlecteurs lisent les titres du jour

et que font ceux et celles qui viennent de lire au micro leur déclaration du jour ?

en janvier tout ça prend toujours une allure de nouvel an

est-ce que tu suis l’événement ou est-ce que tu fais l’évènement ?

événement au sens où l’entendent humains et post-humains qui ont établi et pour ainsi dire prouvé que l’évènement comprend signes et actes noués

et lorsque nous apprendrions que notre vie impacte l’univers, nous ne tomberions pas des nues

et continuerions à nous départager entre fous de puissance et lamentateurs de puissance

quels seront nos bons vœux alors, et qui s’adressera à qui ?

les dominateurs voudront encore guider et les lamentateurs choisiront dans le lexique du follower l’esthétique de leur réactivité

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quelque chose ici s’adresse à tous les cœurs, dans des phrases aussi claires qu’obscures, aussi limpides que coriaces

ici se rassemblent nos plus beaux moments, en vrai et dans la chambre-cerveau de chacun.e d’entre nous

profitons de ce moment, lequel n’oublie pas ce qui est en train de se passer, l’événement en cours

jamais le monde ne s’est révélé à ce point changer de monde

et n’importe quel sauve-qui-peut catastrophiste est une accélération de catastrophe

et n’importe quel flegme de connaisseur est une accélération de catastrophe

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qu’est-ce que nous faisons avec ce qui nous arrive, qu’est-ce que nous créons ?

quelle chorégraphie spontanée, méditative, hautement réfléchie, ou sincèrement art brut, à laquelle nous avons juste à bosser ?

dans quelle création voulons-nous apparaître, en auteures interprètes chaloupés

dans quel nouveau cycle de créations ?

dans quel événement voulons-nous figurer notre être, notre relation ?

si nous rouvrons nos théâtres, nos galeries, nos musées, nos poèmes en corps, en attendant la réouverture des milongas, ces queues de comètes de l’impressionnante mutation vivante

c’est pour créer quoi ? quel événement de monde ?

et qu’est-ce qu’on peut se souhaiter de mieux, dans ce moment spécial où tous, toutes, nous avons l’air surprises

comme attrapées par un paparazzi

ou par un voleur de feu

et suspendues dans la surprise

où toutes, tous, nous avons l’air surpris

par la nuit, par l’événement, par quelqu’un

et suspendus dans la surprise

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et on se retrouve saisi.e.s là

avec le vœu de plutôt se poser des questions que se taper des déserts et des guerres de réponses

on est peut-être là, tous, toutes, à se demander : qu’est-ce qu’on fait maintenant, cette année ? qu’est-ce qu’on fait, qu’est-ce qu’on crée, qu’est-ce qu’on fait ?

Envoi

au départ, le vœu, c’est d’abord de répondre aux vôtres

mais qu’est-ce que je peux bien vous répondre ! me dis-je en mon for

et même quand je dégaine le premier, que je vous adresse mes vœux, la petite voix reste la même

au départ de tout – et une nouvelle année a toujours été dans l’esprit enfantin qu’est le nôtre, un départ, un redépart de tout

la petite voix dit, Mais qu’est-ce que je peux bien répondre à ces vœux, qui nous veulent du bien, qui nous veulent, nous, en bonne forme de nous

et une musique vient, en fondu, en provenance d’un beau silence, la musique de  Angel d’Agostino, Café Dominguez, envoyée par Elise Roulin, avec la voix de Angel Vargas

et à partir de cet événement surgi du noir et du silence, dans la nuit, un abrazo, non pas deux personnes allant l’une vers l’autre, mais un abrazo attirant et repoussant deux personnes, par puissance chorégraphique

dans une mécanique céleste infinie – je reconnais que ce vocabulaire lyrique dénote plus d’incapacité que de vérité mais on fait avec ce qu’on a

on dira que cette page peut bien faire la couverture de notre carte de vœux – d’où vient notre fascination pour les boites à musique avec danseurs tournant dès qu’on ouvre la boite ? la mécanique céleste de l’abrazo incorpore la main ouvrant la boite, remontant le mécanisme

et

l’incorporant, l’affine, numérise et réincarne toute la relation

vient le moment où nous allons à nouveau nous embrasser

et ce qu’on avait appelé tango reviendra tout frais, tout nouveau, tout métamorphosé aussi, loin des vieilles habitudes de l’archaïque inégalité

qu’est-ce qu’on répond aux vœux qu’on se lance, les uns aux autres , qu’est-ce qu’on répond un abrazo répond, vœu de nos vœux

2021, encore

nous recevons le plus long texto du monde, un copié-collé, qui parle de littérature, de tango, de foi dans le désir, dans un désir conjugué au féminin comme au masculin

une foi dans le désir !

et croyance que roman est le nom shaman d’accès à l’autre

ce sont les meilleurs vœux qui se puissent recevoir

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iI est des esprits et des corps qui sont fous de tradition d’esprit et de corps

et comment n’aimerait-on pas tout shaman, tout passant et passante, passeur et passeuse

aussi nous disons merci, nous qui voyageons aussi

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nous qui aussi aimons suivre yeux fermés et cœurs ouverts la prêtrise de tout art

– et qu’aujourd’hui des hommes cherchent à exceller dans l’art de suivre, yeux fermés et cœurs ouverts, cela semble un don, un abandon remarquable, historique

si longtemps l’homme a joué tout seul la femme qu’il désirait, qu’il était, sans être

qu’aujourd’hui il suive, yeux fermés et cœurs ouverts, le désir d’une femme

c’est chose heureuse

et une prosodie inouïe déploie l’ancienne et solitaire et masculine prosodie

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mais tu sais

la poésie non écrite

que les poètes interprètent comme poésie non encore écrite

et que les vivants boivent au quotidien

parce qu’il en est ainsi de l’écriture de vivant

la poésie revient, en 2021

non écrite, et toute chaude, entre deux qui dansent, corps à corps, c’est-à-dire esprit à esprit, c’est-à-dire galaxie à galaxie

au plus intime, au plus intérieur

car comme bafouillait un poète, l’intérieur est à l’extérieur et l’extérieur à l’intérieur

et le temps de tout mal comprendre afin de comprendre, c’est-à-dire le temps d’être tout mal compris afin d’être compris, à l’intérieur comme à l’extérieur

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nous n’avons plus le temps de jouer aux propriétaires, n’est-ce pas, ni propriétaires du moi, ni propriétaires du nous

nous n’avons plus le temps de jouer à ça, n’est-ce pas ? n’est-ce pas qu’on n’a plus le temps ?

on n’a plus le temps, hein ? hein ? hein ?

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reprenons

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depuis le début, suivre n’était qu’aller et aller encore

et aller, guider, aller n’était que suivre, suivre encore

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le mot, l’idée, l’expérience, la chose dite « amour », mal dite « amour »

passe d’art en art, dans le mot mal dit d’art

l’effort que je fais pour t’imaginer, c’est encore rien à côté de l’effort que je fais pour aller là où s’imaginent nos deux corps

redis mieux la phrase, car elle se prête à confusion

là où s’imaginent nos deux corps, c’est là où ils se créent, n’est-ce pas ?

bien avant que nous baisions et qu’un gosse émerge de la scène

qu’un genre émerge de notre danse

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le poète qui bafouille bafouille avec ce qui est, ce qui lui est le plus intérieur et le plus extérieur

avec qui ne parle ni ne poétise

et le ou la shaman est d’abord celui, celle qui ni ne parle ni ne poétise

puis selon le poème que nous aimons nous raconter, la ou le shaman fait croire au poète, à la poète en sa vertu shamanique de poète

mais nous n’avons plus le temps de jouer au propriétaire, n’est-ce pas ? n’est-ce pas ?

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Nous sommes en 2021, dis donc

Tu te rends compte !

Voilà un poème qui va faire le tour du monde, dis donc

Le poème de deux vers

Nous sommes en 2021, dis donc

Tu te rends compte !

quelle joie d’être auteur.e d’un tel poème !

faisons la fête que nous ferons demain, lorsque nous ne serons plus transis par le Corona et ses descendants pandémiques

faisons cette fête, cette danse, car « monde » recommence

en plus intérieur et plus extérieur que l’apparence de monde qu’on a voulu se concocter

quand absolument nous voulions mais voulions plus encore que vouloir veut dire, nous voulions nous tenir loin de la danse

dans la croyance superficielle et la douleur superficielle en notre séparation

en notre révélation solitaire, en notre solitude révélante et révélatrice, n’est-ce pas ? n’est-ce pas, au fond du fond propriétaire, d’une vérité, d’une terre, promises

est-ce que mes vœux pour 2021 tiennent la route ?

j’ai bien peur que non

mais c’est pas grave

on est l’auteur.e du poème qui a fait le tour du monde

Nous sommes en 2021, dis donc

Tu te rends compte !