Peut-être en accueil de Detlef Engel et Melina Sedo

samedi 14 avril 2018

Y a-t-il une indolence générale sous-jacente à tout ce qui se vit ici ?

Autour d’Adam, le Soudanais, de quoi je manque ? autour de l’accueil de migrants et de ce qui se décline depuis la décision-conviction de faire un pas d’accueil ?

Manque, est-ce le mot ? derrière les affairements – professionnels, l’affairement autour de l’écriture, l’affairement autour de ce qui reste à tirer, en argent, de mon commerce avec autrui ? est-ce le mot ?

Le tango apporte-t-il, conforte-t-il cette indolence générale ? peut-on parler d’indolence ? Continuer la lecture de « Peut-être en accueil de Detlef Engel et Melina Sedo »

El Baile, Mathilde Monnier, Théâtre de la Foudre

mercredi 11 avril 2018

Aujourd’hui le balancier : d’écrire vient l’événement. Que d’écrire vienne l’événement. Car je n’ai rien à dire sur le spectacle qu’on a vu hier.

Bribes sur le spectacle lues par Dominique : pas de chronologie. Pas de frontalité (article de libé) Pourquoi Frontalité ? je ne sais pas, dit-elle. Pas de chronologie comme dans le spectacle originel de Penchenat.

Ce que l’Histoire fait aux corps. C’est ce qu’elle me redit.

A la fin, la chanson, c’est « El mato a un polizia motorizado », un tube argentin, me dit-elle. C’est dansé derrière la cage, l’écran de la roulotte qui du lointain-jardin de la scène a été déplacée au lointain-centre. Grille en lieu et place de verre, écran-télé, cage de but. L’un danse derrière, spectacle, l’autre shoote dedans. Ballon placé. Tirs au but. A répétition. A répétition. Fin du spectacle. Autoviolence, en tous sens. Continuer la lecture de « El Baile, Mathilde Monnier, Théâtre de la Foudre »

Tristesse et joie dans la vie des Girafes, Rayon vert, Compagnie du 8 avril

samedi 7 avril 2018

Hier, Saint Valéry en Caux.

Tiago Rodrigues, Tristesse et joie dans la vie des girafes.

De Tiago Rodrigues.

On croyait que c’était un spectacle de lui, mais non, spectacle de la « compagnie du 8 avril ». Hier, en vue de cette soirée, allé au lycée de Dominique avec elle pour lui éviter de repasser par Rouen un vendredi d’embouteillage, c’est dire la motivation.

 

Sur le deuil et la sortie de l’enfance, une famille dont la mère s’est absentée, a cédé, décédé.

 

L’écrivain, l’homme de théâtre, le metteur en scène, le comédien prête sa voix, se prête à cette autre de 9 ans. 9 ans ? il chausse la vie d’une petite fille de 9 ans en restant Tiago Rodrigues. Il examine en conscience la vie d’une gamine de 9 ans. Il se mélange à la vie d’une petite fille de 9 ans. Mélange au sens du philosophe Coccia : il ne fusionne pas, il ne s’ajoute pas, il rentre dans l’atmosphère de la petite fille qui a perdu sa maman, qui vit avec son papa, papa qui est tombé au chômage. Petite fille qui vit avec elle-même, avec un nounours, qu’elle a appelé Judith Garland mais qui aurait dû s’appeler Tchekhov, ou quoi d’autre ? petite fille avec un imaginaire qui parcourt le monde, un monde qui est fait de fuite du monde et d’entrée en monde. Une petite fille qui rentre par moults détours et quelques éclairs de génie allant droit, c’est-à-dire en vitesse maximale, au but, au sens, à la vie, petite fille qui rentre dans sa réalité, dans un mysticisme de réalité : Continuer la lecture de « Tristesse et joie dans la vie des Girafes, Rayon vert, Compagnie du 8 avril »

Visite de free man, suite

samedi 31 mars 2018

encombré ?

bas nœud haut nombril drame serré puis drame desserré contracter le nombril rire rentrer rentrer rentrer, séparer bas et haut puis relâcher dénouer le drame la naissance angoissée maintenant tu rentres le nombril tu serres en l’ouvrant tu vas chercher la sensation claire qui se produit lorsque tu relâches subitement tout et quand dans la profonde inspiration le nombr, le nombril

 

Technique, vérité. Exercice, révélation, avération, ce qu’on voudra bien lancer comme mot faux beau. Ouvrir en fermant, fermer en ouvrant. Lorsque j’inspire je souffle, lorsque j’expire j’inspire. Continuer la lecture de « Visite de free man, suite »

Tango, avec Stef et Adam

jeudi 29 mars 2018

Il ne parle pas français, Adam ne parle pas français, il ne parle pas, à peine, il parle à peine l’anglais, quelques mots, il ne sait pas lire, il ne sait pas dire l’heure en anglais, il parle arabe, il parle aussi quatre ou cinq langues locales du Soudan du Sud.

Hier on l’a emmené avec nous au cours de Stef, au cours de tango, son sujet, à Stef, c’était, justement c’était, elle avait hésité, elle ne savait pas, elle ne savait pas ce qu’elle allait faire vraiment car ce qu’elle avait prévu c’était bof, elle nous confie ça en tout début de cours.

On lui a proposé de s’asseoir à l’entrée de la salle, là où on installe quelques chaises, et une table. Il nous a regardé travailler, danser.

C’était sur le cœur, sur le centre de personnalité, c’était sur la plasticité de tout ce haut, ce buste, ce cœur, cette essence du tango, qui est une danse populaire, donc dans les pieds, dans le sol, oui, sauf qu’à cette danse de terre se couple cette invention, cette invention du tango qui s’est mis à parler avec le buste, avec le cœur, avec « le centre de personnalité », qu’on a élargi, amplifié, arrondi, extendu aux gestes de « repousser, attirer ». Elle a travaillé, Stef a travaillé sur les deux grandes inventions du tango, la vie, la vie du buste, du cœur, l’invention du cœur, le cœur inventif, plastique, puis sur cette autre chose, incroyable, encore plus incroyable pour une danse : l’arrêt. L’arrêt. Etre capable de ça : entendre la musique de l’arrêt, entendre l’espace de rien, l’espace entre les deux, rien, juste respirer, danse de la respiration. C’est le tango qui a inventé ça, qui s’est inventé à partir de ça, l’arrêt.

Il assiste à tout ça, sans comprendre les mots. Juste le travail, les séquences travaillées, le mouvement, l’événement du mouvement. A un moment je croise son regard, il sourit et me fait signe que oui, c’est bien, c’est rudement bien, puis à nouveau dans ses pensées, dans son téléphone. Continuer la lecture de « Tango, avec Stef et Adam »

Allez!

aller

aller à l’autre

aller

aller

aller

aller puis revenir

aller à l’autre

 

tomber

 

tomber puis s’élever

revenir puis aller

la terre puis le haut

l’arrière puis le devant

 

non

rien de successif

 

tomber s’élever

aller revenir

échouer réussir

vivre mourir

écrire vivre

se rendre compte, de jour en jour se rendre compte

de jour en jour tombe

à un autre bout s’élève, va, réussit

en soi telle proportion

en société telle proportion

 

le drame individuel, la comédie individuelle

le drame social, la comédie sociale

le drame cosmique, la comédie cosmique

 

hier j’ai découvert « le tango de la mort »

j’ai redécouvert le tango de la mort

je savais que les nazis faisaient jouer les musiciens juifs au moment, au moment exact d’envoyer à la mort, je ne savais pas que c’était un tango, je ne savais pas que c’était le tango d’Eduardo Bianco, que c’était Plegaria d’Eduardo Bianco, je ne savais pas ça

je ne savais pas

je danse avec la phrase de Marguerite Duras, je comprends la phrase de Marguerite Duras, je comprends la sidération sans cesse renouvelée de la phrase de Marguerite Duras, je comprends la phrase de Samuel Beckett, je comprends la phrase recluse dans l’ombre, je comprends la phrase obscure de Paul Celan…

 

quand j’ai écouté, réécouté, toujours réécouté, ce tango de Bianco sur YouTube, avec les images d’orchestre juif dans le camp, ça a été secousses sur secousses, ça a été sanglots sur sanglots, j’ai cherché les paroles, c’était joué sans les paroles, sans la voix, quelqu’un aurait-il pu chanter ?

 

est-ce que

 

dansez-vous le tango ?

dansez-vous encore le tango ?

 

cette nuit c’était un drame individuel

étroitement individuel

et au moment où le jour est annoncé par les merles, quand la tentation est parfois grande de penser que jamais ça ne se lèvera

que pour soi jamais il ne fera jour, il ne fera plus jour, pour soi

et que la tentation est grande de faire en sorte qu’en effet le jour ne se lève plus, non seulement pour soi mais pour tous, toutes, et tout ce qu’il y a de vivant

et l’entrain , l’entrain , l’infect entrain que ça donne de conduire ainsi le jour à sa perte, de conduire les rênes de la nuit jusqu’à la nuit plus obscure

la jouissance infecte que ça te donne de prospérer, de constater que tu prospères sur cette idée, sur ce vœu, sur ce désir que le jour ne se lève plus, ni sur toi ni sur aucun vivant

et ce même désir et cette même jouissance à emporter les foules dans ce vœu

 

Bianco a joué devant Hitler, n’est-ce pas là une photographie de l’orchestre de Bianco jouant autour de Hitler ? ne sont-ce pas là les musiciens de Eduardo Bianco qui jouent autour du führer ?

dansez-vous le tango ? aimez-vous danser le tango ?

avec qui Obama a-t-il dansé sympathiquement le tango, un jour, un jour vite retrouvable sur la toile ? avec qui ?

avec qui aura pu danser Hitler, avec qui les papes successifs depuis que se joue et se danse le tango ?

que le pape enfin danse avec une femme ! tango horizon, tango flèche du temps

qu’un Hitler danse le tango avec une femme, tango gouffre, tango trou noir

mais ce sont là de regrettables fantasmagories

Notre théorie naissante est que l’art du tango est à même de dissoudre, métamorphoser la structure violente de l’humain.

 

 

chère Elise,

le temps semble nous engouffrer dans son indifférence cosmique

il faut beaucoup d’énergie pour écrire comme pour danser

il ne se passe pas un jour que tu ne danses, pas un jour que je n’écrive

et il ne se passe pas un jour où danse et poésie ne conversent, à leur manière

depuis le rythme d’existence que nous emboitons, les uns et les autres

j’espère que tu aimes de façon toujours aussi entière, et têtue, aussi indémêlablement perdue et sûre

je lance cette phrase qui chaque jour m’est lancée, dans cette vie avec « mon autre », mon expérience de quelqu’un d’autre,

quelqu’un d’autre planté, orbité autour du même axe que moi

 

c’est difficile de reprendre langue avec toi, avec vous, quand je rêvais de le faire une fois le texte fait.

 

Il ne se passe pas un jour que ne se délie une langue autour d’une nouvelle découverte à l’intérieur vécu du corps en exercice du tango, de cette danse à deux.

Mon corps se métamorphose, mon écriture aussi, et c’est le même corps, c’est la même écriture.

Bien sûr, j’aimerais beaucoup que nous soyons géographiquement proches, et que le goût du travail, de l’exercice, de la recherche, de l’extension, et encore de l’exercice soient quotidiennement partagés avec toi et Toni, avec Stef, avec quelques personnes, de ces personnes pas seulement passionnées par le fait de danser le tango mais de ces personnes dont la passion d’être, de vivre se découvre et se déploie de l’intérieur de la passion du tango.

Mais l’impulsion première à te réécrire, je dois l’avouer, vient d’une épreuve.

En allant à Auschwitz, je ne savais pas, je ne me souvenais pas, je ne savais pas, je ne pouvais pas savoir comme ne pas savoir, je ne pouvais pas savoir comme je ne pouvais pas ne pas savoir, connaître comme ne pas connaitre le tango dit de la mort, et, maintenant je peux bien te l’avouer, le texte, qui allait bon train, à partir de tes quelques si belles lettres, le texte qui voulait si fort se reprendre, au sens fort de cette reprise qui reprend toute une énergie du vivant sous une nouvelle force, la force propre de la répétition créative, ce texte qui voulait si fort se reprendre s’est arrêté net. Il allait reprendre, il reprenait, à l’endroit le plus impossible, à cet endroit qui déjà m’avait arrêté, tu te souviens de ces espaces, de ces moments-seuils que je t’avais proposé de noter, et parmi ceux-là, il y eut, tu évoquas la visite d’Auschwitz, la salle des cheveux, la montagne de cheveux, et c’était cette image-là qui t’avait centrée sur la douleur, sur le partage de la douleur, sur le sanglot – il manquerait juste, dans ce lieu de mémoire, quelques distributeurs de kleenex, comme dans les cabinets de psy, ou de juge d’instruction, disponibles pour le moment assuré du sanglot. Bien sûr le sanglot ne fait pas conscience ni travail de mémoire ni travail d’histoire, mais le sanglot fait travail de vie, et où donc se travaille la vie, dis-moi, où donc, faut-il qu’elle se travaille à l’endroit même où elle a été industriellement niée, détruite ? Et cela déjà, ton évocation d’Auschwitz, me demanda beaucoup de temps, une visite d’Auschwitz, beaucoup plus de temps que prévu, déjà, ça m’avait arrêté, je ne pouvais pas passer, restituer, évoquer ces courtes phrases, tes phrases sur les cheveux d’Auschwitz, il fallait du temps, repousser ce qui était destiné à vite s’écrire, vite se chanter, il fallait y aller, il fallait en revenir, mais je ne savais pas encore.

Et aujourd’hui je ne sais quelle force – idiote sans doute, injuste sans doute, ou simplement déplacée sans doute, d’où vient et quelle est cette force qui soudain, soudain, soudain

crée, déloge, révèle une insupportable continuité, une continuité, tu entends ? une continuité entre ce moment qui aurait dû à jamais plonger le tango dans sa disparition, dans son intime interdiction, et définitive, après ce « tango de la mort », joué et rejoué, tu entends, tu l’entends ?

Dans ton pays, tu entends, tu l’entends ? ce tango dans la continuité de ce moment et de ce présent, à nous?

J’ai suivi la visite comme tout le monde, en plus bref peut-être, parce que le car avait pris du retard, et l’heure du retour restait inchangée, nous n’avons pas longtemps erré,

nous n’avons pas longtemps erré autour de la boue, des flaques d’Auschwitz, dans cette architecture qui emmène avec elle les bois alentour, qui emmène le souvenir des plantes, et toute concentration humaine, conduite, gérée pour la mort.

Dominique n’est pas venue avec moi. Non seulement elle n’est pas venue avec moi, mais lui est venue l’idée, ici seulement, dans l’appartement très polonais rempli de ces si belles affiches polonaises, lui est venue l’idée, ici seulement, de peut-être arrêter le tango. Tu dois connaître Maria Filali, dans un entretien filmé, elle dit très bien que si devait l’emporter le déplaisir, la pénibilité du tango, si par le tango elle devait souffrir plus qu’elle ne se réjouissait, alors elle arrêterait pour de bon, elle pourrait arrêter. Une telle parole portée par une telle « star » du tango facilite l’accès au langage pour nous, gens ordinaires : en effet arrêter si cela fait plus de mal que de bien, et c’est cela qu’elle me dit alors, que Dominique me dit alors, pour des raisons internes à la danse, à elle, à la pratique, pas du tout pour « de grandes raisons ». Et bizarrement, elle n’a plus jamais reparlé ainsi, plus jamais, il n’a plus jamais été question d’arrêter, c’est là-bas, uniquement là-bas qu’arrêter a été parlé. Je vais peut-être arrêter le tango. Et je crois que c’est le jour même, enfin la veille, car je partais très tôt le lendemain pour Auschwitz, où : Je vais peut-être arrêter le tango, me dit-elle.

Je crois que les lieux lui ont parlé, que les morts lui ont parlé, je crois que le goût de la mort était trop fort, elle ne veut rien avoir à faire avec le goût de la mort, avec toute complaisance avec ça, et le sanglot, celui qui ranime, qui fait renaître, est d’abord manière très complaisante de succomber, c’est d’abord une complaisance dans le mourir en commun, dans le commun de la mort, dans la mort commune. Je me suis dit ça, après coup je me suis dit ça, c’est Auschwitz et le tango de la mort qui l’ont révulsée, interdite, et comme, pour des raisons biographiques solides, elle s’est interdite le sanglot, la complaisance maternelle du sanglot, elle n’est pas venue. Toi, tu es polonaise par ta mère et tu connais l’histoire et tu connais ton histoire, et je ne sais pas quelle est ton histoire, et maintenant pour nous tous danser à nouveau devient la plus grande affaire humaine, et entendre à nouveau un morceau de tango, à commencer par ce tango de la mort, Plegarlia, d’Eduardo Bianco, mais avec le souvenir du tango yiddish, devient, est devenu

 

Non le vrai sanglot n’a pas été encore dit, pas encore été mêlé aux spasmes du dire, le sanglot, c’est la collusion soudaine entre la Shoa et la montagne infinie des victimes féminines dans l’histoire masculine, c’est soudain l’amalgame des deux, pas de raisonnement, pas de discours, rien pour tempérer, interdire cet amalgame violent, radical, entre juifs et femmes, oui, entre juifs et femmes – le pouvoir de la mort a bel et bien régné sur les femmes et combien de femmes sont mortes et ont longuement souffert sous les coups, sous la loi du masculin, c’est cet amalgame qui est au cœur du sanglot qui s’est échappé, qui vient de s’échapper, qui s’est calmé, qui est revenu et qui s’est pensé, plus au calme, plus au fond de lui-même.

A l’école primaire, Dominique se souvient d’un maître qui exhibait les pires images des camps et des tortures, c’était dans les années soixante, et elle raconte comment les enfants, pour se venger de ce maître morbide graffitaient des monstruosités sur les murs de la cour de récré, comment les garçons menaçaient de tortures les filles, comment d’emblée la complaisance initiale avec la mort industrialisée devenait moteur sexuel, sadisme de structure. Je crois que la petite fille qu’elle était fut épouvantée, secrètement épouvantée par ça.

 

Le premier motif à reprendre langue avec toi était plus discret, plus anodin. C’est quoi ta part polonaise, c’est quoi, ta vie là-bas, quand tu y retournes ?

Mais je ne voulais pas faire peser sur toi, sur ton éventuel récit de vie mon incapacité plus ou moins mystifiée par de grands sentiments… et voilà que je te partage une charge insupportable…

Non, j’ai voulu t’écrire, au plus près de mon, de notre expérience, qu’on continue, aujourd’hui plus que jamais, du tango, et pour te dire que reprenant de fond en comble ce « petit texte » qui doit rester petit en volume, et qui s’intitulera « Les lettres d’Elise » si, jusqu’au dernier moment tu ne rétractes pas ce moment de partage, pour te dire que…

Tu vois bien aussi qu’une fois encore, au fond, le seul fait de t’adresser quelque chose relève, « me relève » de l’intense découragement à l’œuvre dans mon cœur, dans mon « courage ».

Appelle-t-on courage la force cosmique qui nous traverse et nous fait chercher encore à danser, à converser ? n’est-ce pas un peu vaniteux ?

Ça s’arrête là, brutalement. Brutalement la nécessité de relire, de reprendre, de se remettre au travail, de faire lire à Dominique, et peut-être t’envoyer.

Un peu difficile de reprendre la forme convenue, admirable, réconfortante, de la lettre, mais ça se fait,

doucement,

simplement.

Comme le tango qui forcément,

à un moment,

revient te dire

que c’est simple,

combien c’est simple.

Je t’embrasse,

et,

bien sûr,

sans l’exiger,

espère que tu nous enverras de tes nouvelles

et ta manière à toi

d’aller

ou ne pas aller

dans tel

ou tel pas

qui s’est aujourd’hui imposé à moi.

 

Philippe.

Livraison de deux jours

Lecteur d’éternité, je te livre aujourd’hui deux pages, deux jours du journal, de l’œuvre en cours –pardonne l’outrecuidance de ce mot, mais je ne crains pas trop la rhétorique de l’humilité devant toi, car tu es mon roi, mon impératrice, c’est l’évidence

Précisément une évidence qui à chaque mot est mise à mal, et même ridiculisée, n’empêche

Je te livre ça, lectrice d’éternité, et pas plus, parce qu’en ce moment, chaque jour est de plus en plus intime, près donc des gens avec qui je partage le pointage du jour (le jour est une usine, on va y pointer bon an mal an)

Parmi les gens il y a aussi moi, et les trucs persos qui se donnent parce que c’est le passage, le passage obligé, alors, je ne poste rien, et puis je confesse que je ne vois pas bien, je ne perçois pas bien le seuil entre perfection et reprise, texte parfait et texte à reprendre

Je suis dans ces ébats-là, exactement, avec les Lettres d’Elise, qui reprennent, là, en ce moment

Qui imposent absolument la sensation de perfection dans le nouveau work in progress qu’est la découverte du tango…

Alors voilà, en privé presque, dans cet espace public non fréquenté qu’est ce site

Voici deux jours confiés à ta sagacité Continuer la lecture de « Livraison de deux jours »

L’âme du matin

lundi 5 février 2018

De même que s’échauffent chevilles, genoux, hanches, torse-dos, épaules, mains, tête, le corps de la nuit se déverrouille, la fantaisie des pensées, depuis les restes d’hier jusqu’au programme d’aujourd’hui, du souci éternel au désir qui revient, l’exercice, je le crois, est aussi méthodique, l’autre cerveau commande au cerveau-main, la créature fantasque est aussi construite que ce corps déverrouillé de la tête au pied

La danse, l’histoire en cours du mouvement, Continuer la lecture de « L’âme du matin »

Barbara, Jacques Rancière et les autres

dimanche 4 février 2018

Arte replay ou autre biais. Barbara, le film, Matthieu Amalric et Jeanne Balibar, un mauvais exercice d’admiration, de bout en bout. Un biopic (ça s’écrit comment ?), un biopic aurait mieux fait l’affaire – de l’admiration en veux-tu en voilà mais avec ce petit effort biographique qui donne l’impression d’une vie. Là, rien, des fragments d’admiration, des fragments d’envoûtement. Matthieu Amalric prend la place du spectateur sans prendre le courage de se sonder comme spectateur idiot (tout spectateur médusé est un idiot sans doute, brossant l’idiotie de l’artiste dans le sens de son idiotie… Mais rentrer dans son idiotie propre, se la coltiner, c’est autre chose…) Continuer la lecture de « Barbara, Jacques Rancière et les autres »

Deux textes en cours, Deux en cours

jeudi 1er février 2018

La nappe est rouge.

Les rideaux sont rouges.

Les murs sont orange.

Son pull à elle est rouge.

Son pull à lui est rouge.

Cris et chuchotements.

 

Peut-être que c’est deux textes différents qu’il faut écrire, Les Lettres d’Elise, et ce texte, sans titre encore, qui fait du couple, de notre couple, le sujet, l’initiation. Continuer la lecture de « Deux textes en cours, Deux en cours »

Tú el cielo y tú

Tango, 1944, Música: Mario Canaro, Letra: Héctor Marcó / version espagnole et traduction française

Pourquoi si heureux d’avoir trouvé

Contre toute attente

Prisonnier de ma langue française

Cherchant sur la toile la traduction des letra de Hector Marco

Mis en musique par Canaro

Tu, el cielo y tu

Découragé

Et in extremis

Un clic, un site et

Les deux colonnes

Version espagnole, traduction française

Et quelle traduction

Juste omis, ellipsé, en début d’errance

Ce « que tu adiós me repetía »

 

Tu, el cielo, y tu

C’est le titre de la chanson de 1944 et

C’est le titre du spectacle de 2017

De la troupe de Catherine Berbessou

Vu vendredi au Rive Gauche,

Saint Etienne du Rouvray Continuer la lecture de « Tú el cielo y tú »

Tú el cielo y tú / Toi, le ciel et toi

Tibio está el pañuelo, todavía,

que tu adiós me repetía

desde el muelle de las sombras.

Tibio, como en la tarde muere el sol,

mi sol de nieve, sin esperanza y sin alondras.

Tibio guardo el beso que dejaste

en mis labios al marcharte

porque aún no te olvidé…

Tú…

yo sé que el cielo,

el cielo y tú,

vendrán acá para salvar

mis manos presas a esta cruz.

Si esta mentira audaz

busca mi pena,

no la descubras tú

que me condena.

Guárdala en ti,

que es mi querer,

desengañarme así

será más cruel.

No…

no me repitas ese adiós…

que esto lo sepa sólo Dios,

el cielo y tú…

 

Toi, le ciel et toi

Depuis le quai des ombres.

Tiède comme le soleil qui meurt en soirée

Mon soleil de neige

sans espérance ni alouettes.

Tiède comme le baiser

que je garde et que tu as laissé

Sur mes lèvres en t’en allant

Car je ne t’ai toujours pas oublié(e)…

Toi…

Je sais que le ciel,

Le ciel et toi,

Viendront ici pour sauver

Mes mains prisonnières de cette croix.

Si ce mensonge audacieux

Fait mon malheur,

Ne le démens pas toi

Qui me condamnes.

Garde le pour toi,

C’est ma volonté,

M’ouvrir les yeux ainsi

Sera plus cruel encore.

Non…

Ne me répète pas ces adieux…

Que seuls le sachent Dieu,

Le ciel et toi…

Notes-paysage en vue des ateliers Ecriture-Tango, en prison, et ailleurs

lundi 8 janvier 2018

La marche.

Le paysage.

L’oubli du paysage. L’oubli du corps.

Regarder où on met les pieds. Ne pas avoir besoin de regarder où on met les pieds.

Marcher d’un point à un autre. Je vais chercher quelque chose. Je ramène la chose mais ne sait quoi en faire. Cette question me fait revenir à mon point de départ mais sans motivation. Le retour vers mon point de départ flotte.

Qu’est-ce qui se passe dans le corps ? je regarde l’objet, je ne regarde plus ma direction. Continuer la lecture de « Notes-paysage en vue des ateliers Ecriture-Tango, en prison, et ailleurs »

Dédicace à une personne aimée en guise de vœux 2018

 

 

 

 

 

 

jeudi 4 janvier 2018

La dédicace porte sur le livre de François Jullien, Dé-coïncidence.

Et elle ne reste pas entre nous deux.

Ni supporte d’éternelle quête de reconnaissance de la part du dédicateur.

 

Lorsque nous parlons directement à Dieu, l’affaire semble réglée.

 

Elle est réglée, nous parlons librement, entre nous.

 

Littérature fait, provisoirement, bulle de protection.

On ne te sommera pas, toi, la dédicataire, de t’exprimer.

Esprit milonga. Tango fait bulle de protection idem.

 

En quoi sont-ce des vœux ?

Ce sont des vœux pour nous, immensément personnels et immensément politiques, mais en creux, en creux de nos personnes et en creux du politique. Le politique : manières de vivre avec notre vouloir et notre incapacité, de vivre avec ce qu’on veut et avec ce qu’on ne sait pas vouloir, et manière aussi de vivre avec ce qu’on ne veut pas – réguler ce qu’on ne veut pas.

J’ai aimé la première partie des vœux de Sandrine Rousseau (Mediapart). Liberté, Marianne, mon corps de femme, magnifique. Après, exercice de positivité républicaine qui tombe de soi-même dans son négatif, le négatif du bon sentiment (le négatif du positif, si on lit François Jullien).

Tiens, je n’ai pas écouté les vœux du Général poupon.

Voici les vœux, voici la dédicace. Continuer la lecture de « Dédicace à une personne aimée en guise de vœux 2018 »

Tango du jour improvisé et autres pavés dans quelques mares

Fernand Deligny à l’époque de « La Grande Cordée », 1959. © Archives Josée Manenti        cf. Médiapart 19 décembre)

mercredi 20 décembre 2017

Au bout du compte c’est seul qu’a lieu la rédaction du texte, l’exercice

Sur la piste et Dans notre vie s’invitent chez la solitude d’ici

On peut dire aussi les choses comme ça et rassurer tous les allumés, les angoissés et tous les moralistes

de la solitude Continuer la lecture de « Tango du jour improvisé et autres pavés dans quelques mares »