Danser le tango n’est pas une fuite

jeudi 18 janvier 2018

vent

 

emilie Dickinson : une branche de cerisier, ombre chinoise, frappe au carreau

l’horloge du vieil oncle bat la mesure

le rideau au-dessus du piano danse volutes du tissu rouge

la nuit digère la mort,  l’Appétit

 

assister à une tempête avec un chat, ce n’est pas la même chose qu’avec humanoïdes

les couacs de langage s’entendent moins qu’au saxo, violon, voix chantée

mais quand nous ne parlons qu’en couac c’est fatiguant, pour l’oreille, pour l’amour

une belle chanson, une belle musique, ça repose

le beau, l’idée pelure du beau repose

et l’idée-pelure du vrai chiffonne, à la longue

avale ton nombril, adresse ton torse au ciel, plonge tes doigts de pieds dans l’océan du sol

la ligne animale écrit à nouveau

quand ça ne marche pas à deux, essaye les deux internes

un chat vit statistiquement plus seul que toi, a-t-il des affres de solitude ? non. il vient te voir au bon moment

et au mauvais moment, il se bat

 

Dans le babil général, celui-ci, maintenant, étranger

 

Les fleurs que je t’ai offertes restent devant moi

Suis-je rustre ?

Des livres et des livres s’écrivent pendant la tempête

Est-ce une expérience en pleine tempête, cela, en ce moment ?

Nous composons des abris

Nous auscultons quelques dehors

Nous sommes quelques dehors

Pendant l’impression de confort, dans cet abri, ici, dessiné par l’horloge

Faire de la poésie n’est pas une fuite

Danser le tango n’est pas une fuite

Prendre sa retraite n’est pas une fuite

Chercher du travail n’est pas une fuite

Vivre ensemble n’est pas une fuite

Penser seul n’est pas une fuite

L’animal qui se cache ne fuit pas

J’ai besoin je crois de me désenvoûter de la fuite, de l’éloge de la fuite

Mais si vous survenez à l’instant, je me verrais obligé de prendre la fuite

 

Emilie Dickinson ?

La mort est avalée, plusieurs fois

Femelle est-il le nom de l’autre animal

L’abri est le même

Le jour, à quelques mètres près, c’est le même ; quand il vient.

 

Je me souviens bien, nous étions inspirés

Dans le même abri,  le deux s’ébrouait

 

C’est de l’élégance, pour nous deux, pas de la galanterie

Ni victime, ni prédatrice, ni doléante, l’élégance de notre abri est souveraine

 

S’il y a trop de poésie, tout le monde va fuir bien tranquillement dans le fleuve gras des métaphores

Si pas de poésie du tout, tout le monde va rester calé dans son abstraction économique

Un peu, juste un peu, c’est cela l’élégance

 

Au cœur de la tempête

Je t’ai offert un livre deux fois

Je t’offre ce bouquet de fleurs une deuxième fois

Elles ont des noms poétisés cons

Mais le vase est une offrande de femme, une réparation de femme

Le jour se lève et je me sens à nouveau heureux avec toi

La tempête assume tout, entre nous

Que fait-on des nombreuses opérations, stratégies qui se concoctent sur notre existence, notre dos, notre intégrité, que fait-on de notre aspect de proie ?

Et pourquoi chez les humanoïdes les rôles sont-ils si indiscernables ?

Seul le Jeu nous ramène à la raison, à la maison

Et voici, à nouveau

Le mot

L’admirable

Qui vient, tout au cœur de notre petit-déjeuner

Faire son office, sa danse

Notes-paysage en vue des ateliers Ecriture-Tango, en prison, et ailleurs

lundi 8 janvier 2018

La marche.

Le paysage.

L’oubli du paysage. L’oubli du corps.

Regarder où on met les pieds. Ne pas avoir besoin de regarder où on met les pieds.

Marcher d’un point à un autre. Je vais chercher quelque chose. Je ramène la chose mais ne sait quoi en faire. Cette question me fait revenir à mon point de départ mais sans motivation. Le retour vers mon point de départ flotte.

Qu’est-ce qui se passe dans le corps ? je regarde l’objet, je ne regarde plus ma direction. Continuer la lecture de « Notes-paysage en vue des ateliers Ecriture-Tango, en prison, et ailleurs »

Dédicace à une personne aimée en guise de vœux 2018

 

 

 

 

 

 

jeudi 4 janvier 2018

La dédicace porte sur le livre de François Jullien, Dé-coïncidence.

Et elle ne reste pas entre nous deux.

Ni supporte d’éternelle quête de reconnaissance de la part du dédicateur.

 

Lorsque nous parlons directement à Dieu, l’affaire semble réglée.

 

Elle est réglée, nous parlons librement, entre nous.

 

Littérature fait, provisoirement, bulle de protection.

On ne te sommera pas, toi, la dédicataire, de t’exprimer.

Esprit milonga. Tango fait bulle de protection idem.

 

En quoi sont-ce des vœux ?

Ce sont des vœux pour nous, immensément personnels et immensément politiques, mais en creux, en creux de nos personnes et en creux du politique. Le politique : manières de vivre avec notre vouloir et notre incapacité, de vivre avec ce qu’on veut et avec ce qu’on ne sait pas vouloir, et manière aussi de vivre avec ce qu’on ne veut pas – réguler ce qu’on ne veut pas.

J’ai aimé la première partie des vœux de Sandrine Rousseau (Mediapart). Liberté, Marianne, mon corps de femme, magnifique. Après, exercice de positivité républicaine qui tombe de soi-même dans son négatif, le négatif du bon sentiment (le négatif du positif, si on lit François Jullien).

Tiens, je n’ai pas écouté les vœux du Général poupon.

Voici les vœux, voici la dédicace. Continuer la lecture de « Dédicace à une personne aimée en guise de vœux 2018 »

Tango du jour improvisé et autres pavés dans quelques mares

Fernand Deligny à l’époque de « La Grande Cordée », 1959. © Archives Josée Manenti        cf. Médiapart 19 décembre)

mercredi 20 décembre 2017

Au bout du compte c’est seul qu’a lieu la rédaction du texte, l’exercice

Sur la piste et Dans notre vie s’invitent chez la solitude d’ici

On peut dire aussi les choses comme ça et rassurer tous les allumés, les angoissés et tous les moralistes

de la solitude

 

La musique me conduit-elle tout le temps ?

Pas sûr. Une musique faite, parfaite, enregistrée identique et immobile peut devenir

Au détour d’une grâce passagère

L’élément qui me suit, qui suit la danse qui l’écoute.

 

L’intrusif. J’ai actionné le mode avion

Commun des mortels je sais seulement que

mon poste de travail est allégrement

investi, visité, interpelé

ma solitude est une illusion, l’illusion

par laquelle le marché s’exprime

se déploie avec le plus de vigueur, traquant

– mes goûts, mes actes, mes habitudes, mon profil, mes dadas, mon compte en banque, ma capacité élastique à me laisser entrainer, berner, séduire

Le viol change de main, change de terrain

Le sexe n’est plus le terrain de prédilection du viol

Le cerveau est préféré

Où sont les troupes de résistants juridiques ?

 

A l’époque où la conscience individuelle est sérieusement déconstruite – plus sérieusement que par les grands édifices de la modernité passée, du soupçon passé, de la déconstruction passée –, mise en question par le régime rhizomique de consciences instrumentales, instrumentées, le régime de la conscience dispersée

 

La question « suivre ou guider » prend un relief particulier

 

Je veux suivre

Je ne veux pas suivre

Je veux guider

Je ne veux pas guider

Je guide, je suis

Je ne guide pas, je ne suis pas

Tu veux que je te suive

Tu veux que je te guide

Je veux te guider, je veux te suivre

 

Solitude dans les champs de coton

Je me souviens

Le poème demande-t-il à me suivre, à me guider

Je me souviens de Koltès et de Chéreau

De Patrice Chéreau et de Pascal Gregory, l’alors jeune comédien

Je me souviens de l’époque hautement solitaire de la relation d’amour

De l’époque hautement amoureuse de la solitude

Je m’en souviens bien

 

Le violeur pervers persuade sa victime qu’elle se sacrifie pour la bonne cause

Il lui demande de consentir au viol

Les sociologues qui mettent leur credo dans l’intelligence, la conscience des acteurs sont aussi hypocrites que les anciens sociologues qui faisaient parler l’inconscient des agents – tous plus ventriloques les uns que les autres (Ça faisait peut-être plus joli spectacle que l’ennui ici des consciences consentantes ?)

 

Je te suis, tu me guides, je te guide, tu me suis

Jamais je ne me guide ? jamais je ne me suis ?

Mais si bien sûr ! développement personnel !

Economie, engendrement économique de la chorégraphie

Algorythmes de l’offre et de la demande

– demandes extra-utérines, offres extra-utérines, à jamais

Il n’y a pas, jamais eu, de demande authentique, pas d’offre authentique

 

L’économie et la sociologie sont condamnées à être des semblants de sciences

A être constructions de paille

Il ne peut y avoir de science de la valeur car il n’y a pas de valeur

 

Laissons-les répondre

 

Elles font comme si nous vivions vraiment dans un mirage de monde

La valeur c’est un mirage de monde

Valeur et individu sont les deux mamelles de ce mirage de monde

 

Laissons-les répondre

 

Ce ne sont pas des sentences, juste des hypothèses pour respirer

Faire enquête sur notre relation

« Notre relation » : entre toi et moi

Indice de relation entre même et autre, monde clos et monde ouvert, terre, étoile, univers et plurivers

 

Je n’oublie pas que le poème vient à une personne quelconque, peu équipée en savoir et en pouvoir

Et à une deuxième personne qui prendra elle-même le soin de définir sa quelconquitude

 

Si nous nous mettons au tango, les amis

C’est parce que péril en la demeure consonne avec modification de nos manières d’habiter

Et nos manières sont manières de danser, ici, à deux et en multiples de deux

Rien n’empêche la danse de possession de soi et de la masse

Ou l’extase répétitive de toute autre danse à deux

Rien n’empêche l’écriture solitaire d’une chorégraphie contemporaine

Mais ici, c’est l’expérience qui voit deux à la source de un

Qui suit ? qui guide ?

C’est un vrai labeur poétique que de chercher d’autres verbes

On finira peut-être par les trouver

Maître et disciple s’en porteront mieux

délivrés de la valeur de maître et de la valeur de disciple

itou homme et femme

 

Idéologie ou danse ?

Tango

Importé d’Argentine

Puis d’Europe

Puis de Globe

Puis encore d’Argentine

Puis de cette île encore inconnue

Qui loge tout au bout

de notre cœur-corps-exil

L’art du couple à l’intérieur de soi

vendredi 8 décembre 2017

L’art du couple à l’intérieur du corps solitaire, l’art du couple à l’intérieur de soi, l’art du couple dans le tango, grâce au tango.

Avant-hier il y avait cours avec Stef Lee. Un échauffement, tout un déroulé de formes, formations du mouvement, en faisant dialoguer deux à deux des points écartés, opposés mais pas que, du corps. Par exemple poignet et cheville, croisés et de même côté, mâchoire pouce du pied, coude, hanche, etc.  – un moment, beau à pleurer, selon Stef, c’est cet exercice : deux à deux, l’un met en œuvre, évolue, fait évoluer ses duos, ses couples devant l’autre qui regarde, qui met en œuvre ses neurones miroir, œil latéral plutôt que scrutateur, surtout pas scrutateur, émouvant en diable… Je confirme, Continuer la lecture de « L’art du couple à l’intérieur de soi »

Féérie, langue française, dans la nuit

mercredi 6 décembre 2017

Une féérie. La trouvaille de Dominique – une guirlande lumineuse enroulée autour des baleines d’un parapluie qui était promis aux ordures et qu’elle a libéré de sa toile, suspendue au-dessus de la table du salon ; un bouquet de guirlandes graciles, lumineuses aussi, acheté à Emmaüs, posé sur la table roulante du salon, accoudée au canapé.

La féérie Noël est amplifiée par le reflet dans la porte vitrée noire. La suspension vient prendre la place de la « fleur » verte au bout de sa tige abstraite – forme dominante dans le tableau de Bourquin reflété.

C’est une féérie. Le verre de la vitre ondule, fluidifie l’image qui est passée au noir intense de la nuit. Ma silhouette achève la rêverie.

Les ateliers d’écriture sont une telle féérie, souvent. On enfile des mots scintillants, on recherche les mots scintillants, les flous, les noirs, les bosses, les effets. Continuer la lecture de « Féérie, langue française, dans la nuit »

A TRAVERS TEMPS

A travers temps

de Philippe Ripoll

en compagnie des habitants de Pîtres,

du Manoir sur Seine et de Romilly sur Andelle

Avec 10 photographies de Alain Tendero

 

Nos sociétés européennes vieillissent.

De cette vieillesse, il y a peut-être à réinventer une fonction symbolique vivante pour l’ensemble de la société.

 

A travers temps est un récit qui se dessine à partir d’allées et venues dans un paysage rural, industriel, légendaire, archéologique, métissé, au croisement de la Seine, de l’Eure et de l’Andelle. Un micro-paysage européen en devenir.

Un « visiteur » accompagne David, « porteur de repas » auprès de personnes âgées. Il rencontre Madame Biville, Madame Godard, Monsieur Hannoteaux, et bien d’autres. Il laisse agir leurs paroles, leurs récits de vie. Il croise des enfants dans des classes. Il sillonne la plaine normande, les écluses, le Mont des Deux Amants. Des voix s’élèvent, témoignent, se taisent. Le récit rencontre des personnes bien réelles, croise les temps ― mémoires, légendes, temps présents, et à venir. Un photographe se coule dans la pérégrination.

Puis, un événement fictif se prépare, une performance, plaçant une population, dans tous ses âges et dans tous ses états, face à elle-même et à son devenir. Tandis que pour le visiteur un autre événement a lieu, intérieur, invisible :une ouverture, « un autre passage, de l’un à l’autre, des uns aux autres. D’un monde à l’autre. »

 

Ce livre a été écrit au cours d’une résidence d’écrivain au centre social intercommunal de Pîtres et du Manoir-sur-Seine, en haute-Normandie.

 

Philippe Ripoll a en effet accompagné le porteur de repas, conduit des entretiens, animé des rencontres, qui ont évolué, de l’atelier de parole à l’atelier de lecture en passant par l’atelier d’écriture. Il a animé quelques rencontres avec des enfants, dans des classes ou après la classe (aide aux devoirs), rencontré les petits de la crèche, fait connaissance avec l’équipe du resto du cœur, esquissé des rencontres générationnelles…