sources, théâtre, ronds-points

mardi 11 décembre 2018

qui entre ?

qui se fait une place ?

qui ? quelle force autonome ? quelle joie portée

est-ce un chat qui entre ?

quelles sont les poèmes qui entrent, les manières de scander, de dire, portée par tel ou telle qui n’est pas moi

quelle source

qui entre et parle, dit, s’étire, s’indigne

avons été si tant pressés de faire comme un, les retrouvailles cruelles et mignonnes, nous sommes tant et si occupés à vouloir faire qu’un seul monde

qu’on oublie que quelqu’un entre, arrive, arrive, quelqu’un arrive et arrive, quelqu’un entre, entre et si grande la tentation d’obnubiler la scène présente, le théâtre, la question du décor, de la scénographie présente

de la communauté qu’on croit devoir scénographier au présent, si tentés par ça qu’oublie que s’oublie le poème des sources, des arrivées, des entrées, et de quelle source telle parole ? tel corps ? tel migrant ?

de quelle source ?

l’image m’est rafraîchissante soudain – géographie de cours d’eau, de fleuves et à nouveau filets d’eau rameaux

tu entres et le lieu d’où tu viens, la force d’où tu viens se met à couler ici

si tant tu commences à exister avant que j’appose une phrase avec sujet moi

c’est bon signe

ce que nous faisons ensemble, cette joie particulière d’être ensemble, d’aller, de mêler nos soleils

rien n’oublie que tu entres, que tu arrives

soudain le mot théâtre entre à nouveau, et entre de tout ailleurs que je croyais, le mot théâtre entre non pas de ma famille théâtrale, de la communauté d’où n’entre et ne sort personne, mais le mot théâtre vibre de toutes sources qui soudain viennent à s’écouler ici

d’une histoire d’amour et d’une autre histoire d’amour et d’une autre histoire d’amour encore

je ne suis pas ce que j’ai été

je ne suis pas ce que je serai, ni du verbe suivre, ni du verbe être

c’est une manière d’aller et de recevoir  qui entre et qui sort

qui sort et va où

qui entre et qui sort, c’est passionnant, non pas pour fixer, introniser la prison présente, mais pour réellement entendre le poème qui entre, celui qui sort, cette manière souveraine, toujours autre, qui entre, et qui sort

tu entres, dans mon espace, dans mon pays, dans mon corps

on se met à danser, les Eléments frémissent

et je te vois sortir ou tu me vois sortir

c’est tout le théâtre qui change au fur et à mesure qu’entrent et sortent les Souverains, les Bien-aimés, Bien-aimé est le nom de force autonome, j’aime qui parle du dehors de moi

il n’y a pas d’auteur, il n’y a pas de metteur en scène

les fonctions rajeunissent, entrent et sortent, la vie réelle entre et sort

voilà le théâtre que je découvre

et les débuts de vie et les fins de vie communiquent

nous ne sommes pas empressés à être nous-mêmes, à nous sustenter de nous-mêmes, à dévorer le plat de nous-mêmes

mais pressés oui, de danser, et de danser encore, de sources à sources

et les traditions qui naissent ne veulent pas se dévorer elles-mêmes, ni les révolutions

elles veulent danser

nous voulons danser

nous sommes des forces qui veulent danser, entrer, s’embrasser et sortir

 

où est le directeur du théâtre, ou la directrice ?

il n’y a ni directeur ni directrice du théâtre

scène et salle font rond-point peut-être

il y a en tout cas un feu qui brûle, dans le froid

et pas mal de klaxons font la musique de ce qu’on danse

Tempête, révolution… grands mouvements

dimanche 9 décembre 2018

 

Qu’il vente et qu’il pleuve fera l’affaire du pouvoir, moins de ronds-points investis – l’esprit de guerre civile est entré, pour de bon – la « prophétie littéraire » de Houellebecq a pris corps. Qu’il vente et qu’il pleuve, la puissance météorologique me galvanise, elle augmente ma « puissance révolutionnaire », elle galvanise ma crainte aussi, du désastre – de la cheminée arrachée, de l’arbre abattu sur la maison, la crainte que la grue ne s’effondre et terrorise le quartier autour de nous – nos acheteurs ont établi une grue dans notre jardin. Continuer la lecture de « Tempête, révolution… grands mouvements »

c’est une longue histoire

samedi 8 décembre 2018

 

où que tu mettes les pieds, c’est une longue histoire

le tango est une longue histoire argentino-occidentale, l’amour est une longue histoire

l’amour ? l’histoire d’amour et la vie de couple et l’encyclopédie des figures amoureuses et conjugales

l’esprit encyclopédique et méthodique s’inscrit dans l’esprit de longue histoire : de tradition.

C’est un progrès qu’un type comme moi reconnaisse ce fait, et aussi s’inscrive, comme il peut, dans cet esprit de tradition : chaque pas est de longue histoire Continuer la lecture de « c’est une longue histoire »

Nuit populaire

vendredi 30 novembre 2018

Fond, tunnel, la terre est négative ? Mater est négative ?

Le fond, le plomb, la lourdeur, l’abandon, la tristesse, la terre, la terre est négative, l’intestin est négatif ?

Le fond, la haine, le négatif, la terre est bouc-émissaire ? la vie terrienne est bouc émissaire ?

Le fond, le tunnel, l’obscurité, la nuit, la nuit, l’hiver-nuit, la fatigue, la maladie, la mort, la mort, la nuit

Certains s’essaient à faire des poèmes quand d’autres s’essaient à vivre, à ne pas nuire, à ne pas nuiter la nuit ni enterrer la terre

Le fond, la nuit, l’abime

Rester à la surface de l’actualité, l’actualité hyper locale (la vie sociale, professionnelle), à la surface de la vie nationale et internationale, des réseaux, rester dans l’apparente connaissance quotidienne que nous avons du monde et de son déclin Continuer la lecture de « Nuit populaire »

Effort et lâcher-prise

jeudi 1er novembre 2018

quoi ?

dans la nuit encore, juste avant l’autre face, juste avant le champ optique masqué par le soleil, le fond, le lointain réduit par le localisme solaire

quoi ?

 

y a-t-il beaucoup d’idées inutiles, beaucoup de sentiments inutiles, beaucoup de gestes inutiles, beaucoup de projets inutiles ?

inutile ?

si je reprends l’herber haute, dans la nuit, ni elle, ni la femme que j’aime et qui dort là-bas au bout et en haut ne sont ni utiles, ni inutiles

dès que le langage s’interpose, en fait, beaucoup de choses deviennent inutiles, encombrantes même. Continuer la lecture de « Effort et lâcher-prise »

La déclaration se reprend toute seule

mercredi 31 octobre 2018

Y a-t-il un lien entre cette haute herbe, plantée contre le poteau de la pergola, presque à hauteur de la barre transversale qui soutient la glycine, y a-t-il un lien entre ce rythme de vie gracile, habitée de points de suspension, coiffée de plumes, un lien avec celle que j’aime ? à force d’enlacer les deux, les lignes très entremêlées de l’herbe dessinent le corps et l’âme tressée, finesse allée avec la complexe profusion des sentiments et de ce qui échappe aux sens. C’est planté dans la terre, c’est élevé, tendu vers le ciel, c’est l’appel, l’appui dansés vers tous les horizons.

Que cette herbe écrive ici même, non mon amour pour elle ni son amour pour moi, elle pourrait se trouver ridicule d’être transplantée en terre métaphorique… Continuer la lecture de « La déclaration se reprend toute seule »

Encore l’eau – du cinéma

mardi 30 octobre 2018

On l’a vu deux fois, ce film, ce poème féminin

– grand poème du féminin

Les hommes, trois, quatre hommes, beaucoup d’autres hommes suggérés derrière, des amants, un noyé…

Mais l’essentiel, entre femmes, entre mère et fille.

C’est une manière de regarder, d’être ébranlé par ce qu’on regarde. Regarder minéral quand c’est du paysage, caméra fixe, regarder végétal quand c’est humain, tremblé ou flotté de la caméra. Continuer la lecture de « Encore l’eau – du cinéma »

Une déclaration d’amour

dimanche 28 octobre 2018

 

Maintenant ? alors que le temps, la défaillance de la machine, a disparu tout un cortège de lettres ?

Maintenant, maintenant,

l’actualité est à l’intérieur, l’actualité est à l’extérieur, l’actualité est dans le langage, l’actualité est hors du langage, l’actualité est dans le corps, l’actualité est hors du corps. Continuer la lecture de « Une déclaration d’amour »

De l’orteil à l’occiput

jeudi 25 octobre 2018

C’est un truc pour réparer, pour relancer, pour aimer à nouveau, pour marcher à nouveau…

C’est un truc pour réinventer, pas le fil à couper le beurre, nous venons de très loin, nous revenons de très loin, l’archaïque nous est une passion sans cesse renouvelée – et le « classique » a pris toutes les rides de l’archaïque, mais plutôt que des « classiques », nous dirons que nous sommes de préférence des archaïques. Mais archaïques, dans ce périmètre, nous le sommes parce que nous nous reconnaissons comme des inventifs, demain est une belle invention pour nous. Les Modernes font partie des Archaïques, c’est aussi notre force.

Réparer, réinventer, tout un. Continuer la lecture de « De l’orteil à l’occiput »

L’image de Fred Margueron devrait agir.

mercredi 24 octobre 2018

Je vais aller, ce matin, dans un ou deux cafés à Grand Quevilly, autour de la Maison des arts et du théâtre, avec une grande photographie de Fred Margueron.

Laisser parler les gens. Il y a le café du théâtre, et l’autre, le café des Provinces, qui fait tabac-presse. Le café du théâtre fait PMU également.

 

La semaine dernière, accueil favorable du patron du café du théâtre, et favorable celui de l’autre, réputé plus difficile, plus macho. Il y a deux ans et demi qu’ils ont repris cette affaire, les patrons, l’homme était cadre dans je ne sais plus quoi, chômage et reconversion, avant la retraite, Madame ne travaillait pas. C’est donc une reconversion. 1500 personnes par jour ! au tabac-presse. Ils développent un nouveau service, je ne sais plus lequel… Le patron m’a fait asseoir à une table. J’avais vu la patronne, entre le tabac et le bar. Il y a des marches, j’étais en haut, et elle en bas, puis elle est remontée à mon niveau. Elle a tout de suite été séduite par l’idée. Attendez, j’en parle à mon mari, il va descendre. En effet il y a une salle ou un bureau en haut, non, c’est leur appartement, un escalier que je n’avais pas vu. L’abstraction dans laquelle je vis ne me fait pas imprimer les couleurs, les vêtements, les espaces. Il faut beaucoup de philosophie, et une philosophie qui bifurque de son chemin de philosophie pour retrouver, réinvestir le sensible au cœur de ce qu’elle appelle la pensée.

Le philosophe est un handicapé. C’est ce qui me rapproche de lui. Continuer la lecture de « L’image de Fred Margueron devrait agir. »

Aujourd’hui, c’est ça

vendredi 19 octobre 2018

Beaucoup, beaucoup de choses, dans le désordre, beaucoup, beaucoup de désordre : juste un horizon, un certain horizon de phrases, à 360° donc, mais ces phrases concernent aussi la pesanteur, l’infini bas, la gravité, l’infini haut, tout ça n’est jamais qu’esquisses d’infinis, ces désordres qu’esquisses de désordres, et les ordres qui en découlent, esquisses aussi.

 

Sans doute cette esquisse d’œuvre, qui, je le crains, n’aboutira jamais, concerne-t-elle un reformatage (pour employer peut-être abusivement la métaphore informatique), reformatage radical du psychisme humain, du co-psychisme humain car le psychisme est co-psychisme, d’emblée, la vie est co-vie, à la source.

Le psychisme individuel, capitaliste, libéral et l’économie relationnelle qui en résulte sont à bout de souffle.

Les psychismes identitaires, autoritaires, à pulsion fasciste ou à décompensation communiste s’enfoncent dans la toxicité radicale de la domination et de la contre-domination.

L’anarchisme est une rêverie de l’époque individualiste, généreusement envisagée dans des associations d’individus. Continuer la lecture de « Aujourd’hui, c’est ça »

Avant avant-hier, c’était ça

mardi 16 octobre 2018

 

Pas, refus ou déficience, homéopathique ou envahissante, la négation on se la porte à chaque pas.

L’oubli et le revenir aussi.

Le non apparait ou disparait mais toujours toujours disponible. Oui à non, non à oui ou plutôt non à oui, oui à non, non à non, oui à oui, logique, ontologie de la logique ? quand la logique touche, quand la logique est affect.

Nous faisons du tango le moment particulier d’une danse à deux, d’une danse du deux, où l’idée même de la liberté est une idée deux, l’idée comme quoi deux est libre.

Entrer plus en corps dans le oui et plus en corps dans le non. Continuer la lecture de « Avant avant-hier, c’était ça »

Pas autre chose que

mardi 9 octobre 2018

 

Pas autre chose que

« Déchire ces ombres enfin comme chiffons,

vêtu de loques, faux-mendiant, coureur de linceuls :

singer la mort à distance est vergogne,

avoir peur quand il y aura lieu suffit. A présent,

habille-toi d’une fourrure de soleil et sors

comme un chasseur contre le vent, franchis

comme une eau fraîche et rapide ta vie.

 

Si tu avais moins peur,

tu ne ferais plus d’ombre sur tes pas. » Continuer la lecture de « Pas autre chose que »

POLITIQUE TANGO, reprise

jeudi 27 septembre 2018

On se réfère à notre expérience, l’Histoire fait partie de notre expérience et inverse. On commence par une ordinaire incapacité à commencer, on est nul, on ne se souvient de rien, et on n’a rien à dire, rien à faire vraiment, on ne désire rien ou ce qu’on désire se heurte à : je ne sais pas quoi. On est en panne, ça commence comme ça. Le pouvoir est exercé par des incapables, comme mon expérience me l’indique lorsque j’essaie d’exercer le pouvoir d’être moi et que je n’y arrive pas. Nous sommes arrivés à une époque où le pouvoir ne peut être exercé que par des incapables parce que le pouvoir  est un régime d’incapacité relationnelle. Continuer la lecture de « POLITIQUE TANGO, reprise »

POLITIQUE TANGO

mercredi 26 septembre 2018

Jadis il appelait Grand Effaceur cette sensation et d’oubli vertigineux et d’aphasie quasiment, cette façon de rester muet, phrases blanches sur papier blanc, non, phrases blanches sur papier blanc engendre une sensation fluide, zen, quand la sensation de jadis, toujours visiteuse de présent, butait, butait sur la butée, butait sur un arrêt, et, l’écriture butant ainsi, la sensation était que le langage tout entier butait, s’arrêtait Continuer la lecture de « POLITIQUE TANGO »